‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 2)Chapitre 56 sur 108 · LA FOI · texte numérisé non relu

LA FOI

Quelle sera donc enfin votre ressource pour sortir de vos doutes ? et où trouverez -vous de quoi rendre votre foi ferme et inébranlable ? C'est sans doute dans TEcriture même que vous prétendez trouver le remède à la perplexité. H faut , dites-vous , quand il se présente quelque

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passage qui souffre de la difficulté , expliquer le passage par un autre plus clair, et en assurer par là la véritable explication. Voilà , Monsieur, un débouché que vous envisagez avec complaisance, et qui vous paraît fort heureux pour sortir des inquiétudes de la foi chancelante. Mais examinons , s'il vous plaît , si l'usage de cette méthode remédie efficacement aux inconvénients de votre foi; si cette méthode est pratiquable pour le plus grand nombre de vos partisans ; si ceux mêmes qui auraient quelque disposition à se servir de cette méthode , la mettent effectivement en pratique : et nous trouverons qu'elle est défectueuse sur tous ces points , et que vous vous flattez d'une idée qui ne répond ni à votre attente , ni à vos forces , ni à votre pratique. Comme l'expédient que vous fournissez ici est , à vos yeux , le meilleur pour sauver votre religion , que nous attaquons vivement et avec avantage par cet endroit, je n'omettrai rien pour vous faire voir le faible de votre. défense; et si dans la discussion où je vais entrer , vous voulez me permettre de parler plutôt à la droiture de votre cœur qu'à la subtilité de votre esprit , malheureusement trop ingénieux à trouver des défaites , j'espère vous convaincre pleinement que votre foi n'a pas les qualités de la foi divine , et que pour pouvoir vous sauver , vous êtes obligé d'en embrasser une autre , dont les principes plus suivis et mieux soutenus , puissent vous rassurer plus parfaitement devant Dieu.

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tA G05FR01TTATI0N SEULS IVE PEUT DONIVER A LA FOJ LE DE6BÉ DE GEATITUDE IVÉCESSAIBE.

Je dis donc en premier lien qbe la confronta^ tîon des passages , faite dans la vne d^expllqner les moins clairs par d'^antres plus clairs , n'est nullement propre à tranquilliser un homme sage* Car vous voyez bien vous-même , Monsieur, que chaque parti se flatte d'avoir pour foi les textes les plus clairs , et que le partisan de Galidn trouvera de Tobscurité , où le partisan dé Luther trouvera la plus grande clarté. Ainsi l\in voudra qu'on explique le passage de saint Matthieu par le passage de saint Luc , comme étant le plus évident; Fautre voudra au contraire qu^on explique le passage de saint Luc par celui dé saint Matthieu, comme étant absolument décisif. Quand vous aurez bien écouté ce qu'on vous dira de part et d'autre , votre esprit restera flottant et incertain sur le parti qu'il aura à prendre ; et s'il se détermine , ce sera avec tant de danger de prendre les mauvaises raisons pour les bonnes , et de préférer la clarté prétendue à la clarté réelle , que vous ne pourrez y trouver la certitude de foi que nous cherchons. Voyons le fait dans des exemples : car le détail aura ici un merveilleux eflet pour dissiper vos défiances, et vous empêcher de craindre qu'on ne cherche à vous surprendre par des propositions plus éblouissantes que solides •

SUR LA BÉOLB DB hk FOI. ^41

Vous conviendrez sans doute qu^il n'^est guère d^article plus important* dans la créance qui tous est commune avec nous , que la divinité de Jésus-Christ, sa présence réelle dans TEucha^ ristie , et la validité du baptême des enfants, Or^ si la confrontation des passages ne suffit pas toute seule, pour vous rendre inébranlablement ferme dans la créance de- ces trois articles capitaux, vous comprendrez sans peine qu^il en sera de même , à plus forte raison , pour tout autre article de moindre conséquence, dont vous disputez avec nous ou avec d^autres. Or ^ Monsieur, il n y a qu^à donner un moment d^audience au socinien sur le premier article , au calviniste sur le second , et à Tanabaptiste sur le troisième , pour être obligé de convenir que la méthode qui s^occupe à comparer des passages , à les opposer' les uns aux autres , et à les éclaircir pat des lumières empruntées et fournies par d^autres textes , ne peut procurer une parfaite sécurité.

Ecoutez donc , s^il vous platt , le socinien ou Tarien , qui pour vous prouver que le fils est moindre que le père , vous cite ces paroles de Jésus - Christ , JHon père est plu^ grand que moi (1). Quoi de plus clair , vous dit-il, que ces paroles , pour prouver iWgalité du Fils ? Vous lui contesterez sans doute la clarté pré^ tendue de ce texte , et vous direz qu^il ne faut pas Tentendre sans restriction ; quHl faut le rap poWer & Thumanité de Jésus-Christ, et que d'au* très passages démontrent la nécessité de cette

(i) Joan. XïV. 28.

"242 SECONDE VÊTtKË

expUcatioa, Mms ^ Monaieiir, si le socinîen vou^ téplique qa'il est elàir que! J^sas - Christ en di^ ^éfûÊiiïMbn Pècerest'.plus grand ^jfuemoiy^ parlé ^ê aa pepsozuiey ék que paàricoiuéqtaeiitla per- Miup^ du tèv^ï^st pla9 grande; que cetid duFils, •Oi^nè 0a méme.teHit^. â s-'appoie de la maadme de Luther ^ qui v^eut que la confrontation des p^3iage$ ait Uea non ;partoYÂ j mais seulement à la> rencontce: des textes^ obscurs et embar- 1*9^^ y parce qne, selon lui , il serait; d^une très ,:Q)au¥aise et trè% dangereuse pratique d^oppojS^r ik un telle, elair d^autrea textes pour TexpUqn^r (1);^ ^iuj?ant cette modification du prin» cipe. génital , le ^sclcinien ikd sera<-t-il pas autant en droit de se retrsmcher à Tabri de aon pas^ «âge! prétende :très clair > sans vouloir souffrir que. vous.en>,^eniiQ2 à la confirontation , que Lu^ ^r4 iit^ V4tre d^en user ainsi envers Carlostat^ lœrsque cQ.chef des sacramentaires opposait iiûUe textea i ees paroles s Ceci est mon Corps , pour en affaiblir la force et les expliquer selon «es idéea?]^ther déclara pour lors le cas privil^;^;fi«t .prétendit que 1- abondance de clarté ^t .de lumière. , mettait ce texte au-dessus de la I9Â générale de, la confrontation ? Pensez- vous qtsfii le 4ocimw ne sera paq tenlé: de demander attiif i jm$ exception en éi'veur de son passage, qpi lui pav^t si lumineux ? Et vou» , Monsieur , seri^ei^vou» lÂeasùr, dians . les principes de Lu« ther , qi^ ce pas^^ge en efibt ne mérite pas des égards pairtlcutiâfs qui l'exemptent de la règle conmiune ?

(1) Dans sfl réponse à Cnriostat. Tom. 4. p. 377, Edîr. Gemi. htii

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