‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 2)Chapitre 58 sur 108 · SBcomfE lbttrs · texte numérisé non relu

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moire 'd'une chose présente; pensez i celui de saint, Jean : Je Udsse maintenant le monde j et je nCen vais à mon Père (])jà^oii ils concluent qvSl ne reste donc pas dans le monde pour se donner à nous dans la cène; pensez à celui de saint Matthieu : Tout ce qui entre dans la bouche descend dans t estomac^ et va ensuite dans le lieu secret (%)j d^oii ils infèrent qu*onne peut dire sans impiété que le corps de Jésus-Christ se reçoive par la bouche ; pensez à cet autre de saint Matthieu : Si quelqiCun vous dit : Le Christ est id ^ ou il est là ^ lien croyez rien (3) , ce qu^ils prennent pour une défense formelle de croire ce que nous disons de sa présence dans TEucharistie ; pensez à cet autre de saint Jean : La chair ne sert de rien , c'est t esprit qui vi^ vifie (4) , paroles sur lesquelles ils appir^nt fortement leur manducation spiritueUe , quHls disent se faire par la foi , sans recevoir maté-' riellement la chair de Jésus-Christ, Rappelezvous tous ces passages, et veuillez vous remettre en même temps dans Tesprit tant d'expressions de l'Ecriture , par lesquelles ils prétendent justifier le sens figuré et métaphorique qu'ils don-* nmt aux paroles de Tinstitution , en faisant voir que dans cent endroits la parole est n'a que la signification du mot représente , et vous serez obligé de convenir dans le fond de votre âme (car j'en appelle ici à cette droiture qui vous est si naturelle ,. et dont vous ne pouvez vous dé^ pouiUer , lors même que vous faites la meiU

(1) XVI, 27. ^ ;î) XV. 87. — (3) XXIV. 29. — (4) VI. GA.

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lenre contenance) vous serez, dis-je, obligé de convenir, qa'^à s^en tenir à la senle Ecriture et anx règles de votre confrontation , il ne sera pas possible de sortir d^incertitade sur de tels articdes, ni de parvenir à une fermeté également sage et inébranlable , qualités si essentielles à la foi divine , et qui la distinguent de ce qui n^est que pure opinion.

Four, ce qui est des anabaptistes , vous ne pouvez nier qu^ils niaient contre vous un avan-* lage qui donne un poids immense à tous les arguments qu'ils tirent de PEcriture contre la validité du baptême. Car comme votre doctrine fondamentale est quHl jne se fait de justification que par la seule foi , ils vous réduisent à Tune de ces deux extrémités, ou de dire que les en^ fants ne sont pas justifiés dans le baptême , parce, qulls ne sont pas capables de produire un acte de foi , ou de soutenir qu'Us produisent un acte de foi , qui opère en eux la justification: ce qui blesse le sens commun, répugne à la rai^ son , et est démenti par le ténioîgnage des sens ; puisque tout ce qui parait dans les enfants , fait voir clairement que leur esprit enveloppé de ténèbres est privé de tout usage de raison , et que par conséquent ils sont aussi peu en état de produire un acte de foi , c'est-à-dire un acte d'entendement et d'assujettissement libre et volontaire de l'esprit aux vérités révélées , qu'ils sont incapables de jouer du luth , tant qu'ils ont les m^ns enveloppées dans leurs langes. Ce rai-, sonnement est pressant ; vous ne pouvez y répondre, qu'en renouvelant gratuitement et s^pi.

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prenw en faveur de cfaaqoe enfant^ te mifacle qui ^e fit en fiiTenr de saint Jean-Baptiste ; maia si ron lient à ajouter à cette pteimère difficohé les 36 aliments qae les ministres de Transyl-r ▼anie ont rassemblés pour prouver la nqUité du baptême des enfants y et qui se trouvent dans denx livres imprimés en 1â6&, Tun contré la Trinité , Tautre contre rinciffnation , quel psfrii V0us^restera-t*-il à prendre? Vous rassurez-vous par l^age établi dans vos églises , par les préjugés de votre éducation^ par le mépris que vous faites de la doctrine des anabaptistes , sans Tavoir ^a-* mais exammée? Mais ne sont-*ce pas là autant de i mauvais garants , sur lesquels vous nepou-ii vee faire fond ? Gomment donc éviterez - vous d^entrer dans des doutes très sérieux sur la bonté de votre baptême ? Et si , malgré toutes ces objections si fortes et si nombreuses , vous ne laissez pas de croire votre baptême vrai, cette créance n'atteindrai pas du moins à OU degré de fermeté qui la mette hors du rang dHuie simple opinion. Quoi ! vous dira Tanabap^ tîste , en baptisant les enfants vous faites une chose dont vous ne trouvez aucun exemple dans TEcrîture ; le Sauveur dit : déliez , enseigner , et baptisez (1);'«t vous baptisez avant d'enseir gner , vous renversez Fordre qu'il a marqué. H vous déclare : que celui qui croira et sera baptisé , sera saus^é ( 2 ) . N'est - ce pas pour vous faire remarquer, qu^l exige la foi comme disposition à recevoir le baptême d'une manîêi^e

fi) SliiUh. XXVm: 19. — (3) Marc. XVÎ, IG,

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profitable aa salât ? Saiat Pierre vons assure i aue le baptême nous sauve , non en nous purifiant des souillures de la chair , mais par le témoignage dune bonne conscience (1). Von^ souvient-il d'aucnn témoignage que votre conscience vons ait rendu, au moment qu'on vous versa l'eau sur la tête ? Ëtait-eUe pour lors en état de vous parler, et vous eu état d^entendre son langage ? Mais , Monsieur, je n'ai garde de vouloir ici transcrire les trente-six arguments des miaistres de Transylvanie : où cela nous mènerait-il ? Le peu que j'en ai dit, sufiit pour voa3 faire voir que l'examen et la discussion de chaque article, en rapprochant tous les testes qui sont pour et contre , n'est pas une bonne méthode pour calmer les esprits, ni pour rendre la foi inébraolable.

Qu'on nous dise après cela qu'il suffit de lire r£criture sans aucune prévention , pour juger sainement et sûrement do sens des passageit contestés. Le détail que je viens de vous mettre devant les yeux , ne suffit-il pas pour convaincre du contraire tout homme raisonnable ? Ces raisonnements peuv^it avoir quelque apparence, tant qu'on s'en Uent au général; mais dès que Ton examine la question de près , et qu'on vient à entrer dans nnediscivsjon exacte sur quelque point particulier, tont le spécieux de ces belleft maximes s'évanouît, e^ pu sent, malgré -' ' [{a|il faut plus qa'qa tswn^i ^bre ejt,dég:>-

(1? s. Prt.nt. sa.

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tontës prêVe(htîoiis , p6tà^ prendre s^àrement son parti. .

B^âUlenrs,' qui conviendra de ces piH&ventions ? Qaî en fera convenir son adversaire ? Comment s^stirer qa^on n'^est pas dans le cas des préjtigés ? Comment s'en ^irantir sûrement ? Par quel endroit rendra -t- on les réproches qn'on fait aux antres , plus croyables que ceux auxquels Ont se trouve exposé? Comment finir la Œspute ? Comment , après Pavoir finie , s'assurer qu'on a raison ? Conunent appuyer sur un principe , qui induit deux partis opposés à soutenir avec une égale fermeté deux contradic* toîres ? Dieu aurait-il attaché la sûreté de la foi à la bonne idée que chacun a de soi-même ? La paix et la tranquillité de la république chrétienne, dépendraient-elles d'une règle si fautive et si éijîiivbqde ? N'est-ce pas rétablrr l'esprit particulier , après l'avoir proscrit ? Cet esprit libre et dégagé de tous préjugés n'en fait-il pas toutes les fonctions ? Ne le dit-on pas également infaillible ? N'est-il pas également partial , quelque profession qu'il fasse de ne l'être pas ? N'esta il pas çujet aux méines inconvénients , aux mêmes reproches ? Toute la différence qu'il y a entre l'un et l'autre , c'est qu'on fait venir celuilà d'en haut:| et qu'on tire celui-ci du fond de ITiomme même. Que n'établît-on la même règle ppur juger sûrement du véritable sens des lois civiles? A quoi bon des juges et des magistrats pour terminer les procès ? Ne suffira-t-il pas de bannir les préjugés , pour se rendre justice à $oi-même et aux autres? Le beau plan de po-

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litique ! Le beau plan de religion ! Us sont par* faitement semblables.

Mais on se flatte, me direz- vous, dans ses propres affaires; c^est pourquoi il faut des juges pour arrêter les mauvais effets des préjugés ; d^ail^ leurs le véritable sens des lois n^est pas toujours manifeste , et il faut d^habiles gens pour ne pas s^ méprendre. Eh! Monsieur , ne se flatte-t-on pas égaliement dans les choses de la religion? JVa-t-on pas encore plus d^attachement à ses sentiments qu'à ses biens ? et le sens des oracles divins qui roulent sur des points aussi éle-* vés que les mystères de la foi , est-il dans plusieurs endroits moins caché , que le sens des lois qui n'ont pour objet que les affaires tem* porelles? C'est donc pour ce .motif que Dieu a dû établir un tribunal souverain «t^infaillible , chargé d'arrêter, le cours et les mauvaises, suites des préventions ^ et de déclarer sûrement le véritable sens des Ecritures , au niiËea des contestations qui viendraient à s^élevékr.

Je crois vous avoir prouvé daimpent , que la méthode de la confrontation iieauffit pas pour atteindre le but dont vous vous flattiez. J'ajoute , que si elle ne répond .pas- à vûtrei attente, pour vous donner la certitink que vous y cherchiez , elle répond encore moins aux'forces delà plupart de vos partisans f dont elle surpasse assurément le pouvoir.

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