‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 2)Chapitre 65 sur 108 · SECONDE LETTRE · texte numérisé non relu

SECONDE LETTRE

lAu^ment est clair , et ne fant-il pas diaprés ces principes , on sontenir par nne prétention extravagante , qne saint Angnstin parlait ainsi 3SÙ1S savoir ce qufil disait , on convenir qne par cet argument le Inthérien ne se trouve pas moins confondu que Wïnanichéen ?

Mais y Monsieur , il est temps de finir^; |e c!*ois avoir traité toutes les parties du sujet dont Je m'hélais proposé de vous entretenir. Pai tâché de vous faire sentir les inconvénients de votre système , pour vous faire d^autant mieux remar. (]uer la justesse, les avantages et la nécessité du nôtre. Je voildraîs avoir pu le faire en moiiis de mots ; mais le désir de rendre sensible dés matières assez abstraites déciles - mêmes , m'a rendu difius sur un article qui entraîne nécek^ sairement tout le reste. Il s'agit ici du fond de la t*éligion y il s'agit de la nature et de l'essence de cette foi sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu. Si en traitant un si grand sajet je me suis jaté dans des détails inutiles , voua voudresi bien me pardonner d'avoir abusé de votre patience ; mais si , par toutes les réflexions <jue j'ai eu l'honneur de vous faire , j'avais pu réussir à vous exposer nettement les voies de

geliOyOQreis nonobtemperem dicèntibus mihi : noii credere manfchaBO? Elige quod vis ; si dicis : crede catholicis , ipsi me monent, ut nullam vobis ndem accommodem ; quapropter non possum illis credcns nisi tibi non credere; Si dizerîà » noIi catholicis credere , non rccié faciès per Evangefiam me cogère ad manicb^ei fldem , quia ipsi Evangelio catholicis praedicàniibus crèdidi. Si autem dixeris , rcctè credidisli catholicis lauaaniibus Eirangelium , non recté iltis credis vîtuperantibus manichaeum, usqueadeo mestaltum putas» ut nullâ redditâ ralione, quod vis crcdam, quod non vis» non credam. Aug. Ep, fundam. Cap. Y, Tom. 6. Edit. Froben. pag. lis.

sua M Ap€^^B DE L4,F0I. ^G^^

la 4oi divuï^, je ne pomjraifi |^ çavoîr «tai^aifi, gré d^ayoîr donné - qiietcpiic^ ^teixd^ à ceJ^i

QaoiquHl ^^ $oi|;yTl<^ SP Ç^ in^;4ispeiî#ei^ de i^pandr^ f^;M:(^^ A iffe^P^ dîjffic^lfc^^ Vm forinç cpnlTB iW?trtP^#S 4?iQi;;Car>4rlft crai^i^ de vpwrfatîgp^ç.à refiçjM;w«rle$t-fwait\suf^^

tai^ties J^ 4pi^g^tiris que )|]|$(|alci vo^ ave^^jbien voïilpj^iiyer,..-; i. /..:-• ::.\;..:,r- -.; ..•.> ?iW-'- . yoici donc ce qn^oniu^ns objecte vl^S:Caâ¥>r liqo^s 5 dit-qn , ne «t's^ppird^At pas ent^ç ewfi^W, leur >règle de fod y les an$^ yo^lî^^t que TEc^tç^^ expliqué^ pari le pap<^ s^t infaUlibl^nient biflft. expliquée , jlesf autRçjs i^ gajantis^nl; quÊ^ JÎft*, décidions des conciles géné^^i^ ; ^Ân c^e;|t ^ va^Uy ^}onte*lK)a9 qii'oitaoi;^ pjrpn^eti^e^âi gr^iides ^ùr^té^ .p^rle .iqQyep^ de cet(çf ; rè^e ^^ : l^iû^r qiCoi^ fie trouve pasinéii^ ^e sùrf^té^à^jl'ét^)]^». Onnp^Sfj^eproche^ spçoiji^ lie;» dt,prpuy^Ji% divinité 4^ VEc^^tpre par TaiiitOFit^; dç tSglj^ ^ çt l'autorité 4ç Tl^SfàS^ar rjEçriturev Quàn4 on voi;i$ demande^ y (l^oTt^dit^on ) d'oii.yous s^ve^z que r^vangile dé saji^t, Matthieu, est la paiçojLe! de jDiea ,i ,vous répondez qx^e c'^est. rCglise qi^. TOUS en i^sure; et quand on demanda , à'oh, vous savez que TEglise est infailliblje ^ voiT^ré-^* pondez que c'est TEvangile de saint MaUl^a, (pi vous en instruit : ainsi y çp^clae;i>t<*pn 9 y^us ne f^es une i;otiler dans un cercle vifieu^i^et trompeur.

. fe réponds à la première difficulté , qiîe.tflvVI. le^. catholiques s'accprdent Si freconnaj^tr^ poiqi^

296 SECONDB usmiB

règle de foi la parole de Dien^ expliquée par ri^lise; or TEglise ( je parle ici de TEglise enseignante ) n^est ni le pape seul , ni le concile sans le pape ; c'est le corps des évéqnes joint à lenr chef; uni à son chef ce corps est infaillible, Tont catholique se fait un devoir de le croire. Quant à Tinfaillibilité du pape y lorsqu'il parle ex cathedra y c'est- à -dire en qualité de pasteur universel , pour instruire toute TEglise , après avoir consulté Dieu et dûment examiné les matières , les sentiments des théologiens catholiques sont partagés sur ce point. 11 est vrai que la plus grande partie de TEglise le croit sdnsi; mais quelques théologiens et surtout quelques juriscoftsultes, particuhèrement en France, affectent de croire le contraire. Or, cette diversité de sentiments subsiste sans attaquer la pureté fondamentale de la doctrine ; et ceux même qui tiennent pour l'infaillibilité , n'en foht pas un article de foi ; ils ne regardent leur sentiment que comme une opinionthéologique plus générale sans doute et moms prouvée , mais dont la discussion néanmoins reste libre dans les écoles. Ainsi , Monsieur , vous voyez assez en quoi consiste notre règle de foi , et en quoi elle ne consiste pas ; vous voyez combien mal à propos on élève contre nous ces misérables chicanes.

Venons à la seconde difficulté ; voici ma réponse : si nous prouvons Tinfaillibilité de TEglise par TEcriture , ce n*est que dans le cas où nous avons affaire à des gens qui en admettent la divinité. Rien de plus simple de citera un protestant

SUR LÀ BâGLB DB LA FOI. 297

PEvangile de saint Mattbieii dont il ne doute pas, pour lui prouver que TEglise est. infaillible. Mais lorsque nous ayons à convaincre des In& dèles , des Juifs ou des Mahométans , qui n^ont aucune déférence pour nos livres sacrés , nous commençons par leur exposer les grands motifs de crédibilité qui caractérisent la religion chrétienne de manière à la rendre évidemm^^nt préférable à toute autre religion ; et quand nous sommes parvenus à les persuader de la vérité de la religion chrétienne , nous croyons avoir établi en même temps dans *leur esprit toute l'autorité que méritent les quatre Evangiles; vu que tous les chrétiens d^aujourd'hui s'accordent entre eux à regarder ces livres comme dictés par le Saint - Esprit , et que la première leçon du christianisme est de les donner pour, inspirer , de sorte que la religion chrétienne ne pourrait nous tromper sur cet article , sans cesser d'être la véritable. Or, la divinité des quatre Evangiles, et tout autre livre, unanimement reçu par. les chrétiens pour livre sacré , une fois établie par cette voie , ou par toute autre que vous aimerez mieux ( car nous ne proposons pas celle-ci comme la seule qui puisse être efficacement employée ), nous sommes dès lors en droit de nous en servir , pour prouver l'infaillibilité de l'Eglise ; et nous le faisons avec d'autant plus de succès , que nous appuyons les citations déjà si claires de l'Evangile sûr ce sujet , par le raisonnement suivant qui vous paraîtra invincible, si vous en considérez toutes les parties, et la liaison qu'elles ont entre elles.

29B « covcLVSÊcm*

Lit <«li^tt dirétietine / disens-nom , exigô dé a&ÉÈà '^ snt diitqiie article dte notre créance^ iàtit f<A îettiiké 6t iiiébrafnlabley et qui pons mette don» iéfil disposilioitô dé répandre tiotre Mng ponr Id déféiï^ de chaque article en parfioaHar. Or y ^mmë rEcfîttereiest âusoeptible: danS' une in^ fimté d^enâl*oits de plusieurs sens j il n^t paà possible ijoe ttons ayons cette foi soofveraiiié^ Ment fermé étinébrsoilable y i moins d'onetanU tôrlté iàfdllible , qni nous rassore : tcmejiant le Véritable sens ; dosic il fatrt une antoiâéunfasi^ lil^lé, dîsthigtiée de 1-Ecritnre mèméy ^pouri amis faite crcnref tonime il faut : or. eette anUcité lÉlfiEdUible ne t>èut sie troBver qoe^ dans PJ^lise à laquelle elle a été en effet pronnsè-'; donc; il faut que TEglise soit véritablement inlaillible. Donc, s'^il s'élève parmi les chrétiens dés. cc^* tentations sur la canonicité de qdelque livre., rije sera à cette Eglise infaillible qu'ail appartiendra de prononcer , et chaque fidèle n'aura plus qu-â sé soumettre à ses décisions.

Je me flatte , Monsieur , que vous serez satisv fait de ces deux réponses ; elle^ sont aussi solides quçx^laires etinteÛigibles, et je ne vois plus rien maintenant qui puisse aiTaiblir en vous Testime que mérite si justement notre règle de foi.

Tro!Qve3& donc bon , s'il vous plaît, que pressé par le îsèle qui m^anime pour votre rjepos et votre ^alut, je vous invite avec toute la force dont je

Buis capable, à ne pas difiéi'er pltia longtemps de reconnaître et d^enïkrasser èette divine règle, qoi calmera les incertitàdeis dè^ Votre esprit, dkki^ néra à votre foî nri degré dé fermeté qa^elle tfa point en jnsgn^ci , et vons férsf vivre dHme vie tonte notfVeâe, dé là vie d^ihe foi divine et véri*» tablement chi*étiennfe*

Petit- on afvôir Thonnenr de votfs connaître, et' respecter eh vons , comme je le fais , tant d^éniinentes qualités, sans éprouver nn désir ardent de vous voir incessaminent revéta de ce précieux don de la foi , saùs laquelle totttés les belles vertus morales deviennent inutiles pour le ciel î Dieu vous a comblé de biens et de gloire, vous jouissez de la plus belle réputation; Une noblesse distinguée, soutenue, 6u plutôt relevée par votre mérité personnel , vous attire la con- Mdéràtion de toute la province ; chaque honnête hdmmie s^emprèsse d'être de vos amis , parce qu\)n h^dnve autant d^honnèur que de douoem* à cultiver votre àinitié. Mais à quoi aboutiront tous ces avantages , si vous ne marchez dans les voies de la vraie foi ? Saint Augustin ne nous dit-il pas que c< la foi catholique est préférable ce à toutes les' richesses , à tous les trésors , à te tous les honntetirS , à toute la substance du <t monde (1) »?l N'fest-ce pas là la perle précieuse de rÉvàngilé ^ pour laquelle il faudrait tout sacrifier au Besoin? Mais grâces au ciel,

(1) Nallae majores dmtî» , nullî tîiesaurî , nullî honores , nulla ihundi InfJQs major solKtanlia, quam est-fides cai]iolica< Aug« Serm. I. de verbis Aposloli, T. X. Ed. Frobcn. pag, 250.

s 00 qONGLUSIOIV.

Rlonsiew,' vous vons; trouvez dans une situation ail vousn^ave^ point d^aulre sacrifice à faire qoç celui de votre esprit; Di^u ne vous demandç rien autre chose j que de le soumejttre à lautorité légitime qu^il a établie pour votre sûreté et pour votre repos. Balancerez-vous entre les deux partis dont nous venons d^examiner les maximes? D^une part, suffisances présomption, doute j perplexité , variations , divisions , conr traventions perpétuelles aux principes établis , voilà les suites nécessaires du système de votre religion; de l'autre, soumi^ision sage, ordre constant , uniformité générale , sûreté parfaite , tranquillité inaltérable , voilà les fruits de notre, incomparable règle de foi. Qui peut vous arrêter encore ? Craîndriez-vous que Dieu r^e vous blâmât au jour de son jugement , de vous être défié de vos lumières particulières, lorsqull a fallu vous assurer des véritables sens de TEcriture , pour déférer à Tautorité la plus grande et la plus respectable qui soit dans le monde , à cette autorité dont Jésus-Christ vous garantit Tinfaillibilité par d'évidentes promesses ? S'il arrivait , par impossible , qu'en adhérant aux interprétations de l'Eglise , vous vinssiez à vous tromper , votre apologie ne serait-elle pas toute prête ? Mais si la confiance en vos propres lumières vous séduit , quelle défense vous restera-t-il ? Ne vous trouverez-vous pas responsable de tous vos égarements ? Songez , Monsieur , que Dieu ne vous demandera pas moins compte de votre foi , que de vos actions; et comment la justifierez-vons, cette foi sur tous les chefs que j'ai discutés dans

cette lettre ? Je connaia la bonté de votre esprit, je sebs le solide de nos reproches, et ce double coup-d'œil ne me permet pas de douter qne vous n'en soyezému. Fasse le Ciel qu'un désir sincère de votfe salut vous fasse triompher du respect humain , qui setd pourrait vous empêcher de triompher de Terreur. Ce sont les vœux que je ne cesserai de faire à TAutel, jusqu'à ce que je les voie exaucés. Faites-moi Thonneur de me croire avec une vénération sans égale , et avec un attachement infini , etCé

P. S. Je vous prie , Monsieur, de remarquer que ceux des vôtres qui ont recours au système dMne Eglise invisible , pour se ménager une communication avec TEglise pure des premiers temps , auront à répondre non-séulement à tout ce que j'ai dit dans ma première lettre contre l'invisibilité de l'Eglise , mais aussi à tout ce qui est contenu dans celle-ci. Car, si la véritable EgÛse de Jésus-Christ a pu cesser d'être visible, et qu'elle ait eii effet disparu pendant plusieurs siècles, il est évident que les fidèles cachés manquant en ce cas d'une autorité visible , capable de rassurer leur foi sur les articles contestés , n'auront pas eu d'autre ressource que la confrontation : or, je croîs avoir démontré d'une manière à convaincre tout homme sensé , que la voie de la confrontation ne peut donner à la foi le degré de certitude nécessaire, que la multitude est incapable de cette méthode , et que ceux qui se chargent de confronter, ne font rien moins dans la pratique , que de s'acquitter

iOt CDfirCLtJSlOlt.

dé Içor oblig^li(ùi. Voilà donc , Momieiir , votre Egtise inid^ibla eacore xm^ fois sapée par les fondemisats^ let on ne pourra penser à la relever^ sans se faîre^ xxa deir^îr de répondro^ exactement à tout le contenii de cette lettre* Mais comment s'y prendre povr le faire àyec succès ? Car enfin, on Ton tmtendra la matière dont il s^agit , op Ton ne Tentendra pas ; ai on répond sans Ten* tendre , on st^évit^ra pas de se rendre ridicule ; et si on Tentend i oa sera forcé par Tintelligence même du sx\]et , à reconnaîtra la yérité de ce qu'on voudra combattre. C'est ici, Monsieur , un sofjet digne de votre attenti(m.. Si perscwi^.nci j$q présente pour répondre à un écrit qui attaque si:directement votre religion dans ses principes, ou si, comme je crois pouyoir me le ^promettre , il ne parait que des réponses qui s'éc^t^it du sujet , sans satisfaire au véritable pQint de la difficulté, rendez-vpus, Monsieur, résidez -vous, et ne restez pas plus longtemps dans une religion dont les principes sont si défectueu?^ , et où Ton est si peu en état de rendre raison de ^a foi.

Page 1