‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 2)Chapitre 73 sur 108 · QUATRIÈME PROPOSITION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PROPOSITION

LBS HlSTORIBIf S BCGlisiASTIQUES RSGOIf NAISSBBT lA

SUPÉBIOErrÉ DU PAPE.

Il faut en vérité y Monsieur , n^avoir jamais rien vu de Thistoire de TEglise , pour parler sur ce ton4à. Si je ramassais tous les faits propres & donner le démenti à Luther , vous verriez bientôt un ouvrage d'une immense étendue: mais nne demi.doS.aine de traits feront autant que mille pour achever une conviction qui , en . établissant la possession constante des papes , doit assurément troubler celle où Luther a été jusqu'ici de passer chez vous pour avoir de Thabileté et de la justesse dans les sentiments. En voici quelques-uns tirés des historiens les plus connus.

Eusèbe nous apprend dans son Histoire Ecclésiastique, que Paul de Samosate, condanmé par le second concile d^Antioche , ne voulut pas céder la maison épiscopale à Domnus , élu en

(i) Tom. 8. Ed. Jen. Gerin. p. 241 . b.

SUR LA PRIMAUTÉ OU PAPB BT DBS £t£q17B8. 345

sa place; et qae fempepetir Aorélien, qumque païen , ordonna que la maison serait adjugée & celui des compétiteurs auquel Tévéque de Rome récrirait y c^est-à-dire auquel il donnerait sa communion (1). Ne fallait-il pas que la supé* riorité de Tévèque de Rome fût dès lors bien reconnue , puisque même un empereur païen voulait bien y avoir égard ? L^historien Socrate dit formellement que les saints canons défendent de rien décerner dans TEglise sans le consentement du Pape (2).

Sozomène rapporte que saint Athanase , déposé par Eusèbe de Nicomédie au concile d^Antioche j se rendit à Rome pour être jugé en dernier ressort j avec Paul de Constantinople , et que le pape, après avoir examiné leur cause , les reçut à sa communion, et les rétablit cha- <ma dans son Siège; ce car, ajoute cet historien , ce le soin de toutes choses lui appartient , à «c cause de la dignité de son Siège (3). y> '-

Théodoret soutient que le grand nombre d'évéques réunis à Rimini, ne peut préjudicier en rien à la bonne cause, puisque le pape, dont

XL FALLAIT , dit-il , AVANT TOUT AVOIR L'AVIS , U^a

MS consenti à ce qui s^est fait en cette assemblée (4).

Evàgre nous apprend que les Pères du concile dTphèse , sur le point de juger Nestorius , dirent qu^ils s^étaient assemblés pour obéir aux canons et à la lettre du pape Gélestin, et que

(!) Euseb. iib. VII. cap. xxx. Edit. Valer. p. 889. — (î) Lect. Edit. Froben. Iib. II. c. vui. p. 296. — (3) Lecl. Edit. Froben. Iib. lU. cap. VII. p, 589. — (4} Théodorus. Iib. II. c. wii. Edit. Froben. p. 462.

oe m^était <qa^à vetgtei , «et après beanconpr do laimeft t <iP^^^ ^^ rendamii à la nécessité de porter 4^0Btee lui la «enteace de Tdé|>09itioQ» Il dit âu même endroit, que saint Cyrille i^kat tontes choses au concile^ .et qu^il y tQnait la ^e* mière place 9 coimm^e représentait réeéq[a0?.de

Snlpice Sévère rapporte que PrisciUlen 0t ae$ com{xagneti(is , : condanmés au concUe de Sarragosse , ^e rendirent ^à Rome pour plaider leuï* cause devant le pape Damase , et tàobegr de se josti|ier ^ anais que le pape ne voulut pas Lesi adjrsnlsttrç len sa f>réseiice ^^^^

Yoilà f Monsieur^ des iustoriens bien anJbé*. rieurs,, comme vous saves&, à Boniface III, <^ ne fut élevé au pontificat qu^en Tan 607 , et les faits qu^ils rs^ortent sont encore plus anciens que les auteurs qui les ont écrite. Gomment Luther a-t-il pu ignorer tous ces faits ? Durez* vous qu'apparemment il les avait lus , mais que peut-être il les avait oubUés , et qu'il faut ex- <îUser en «lui un. défaut de mémoire ? Je le veux: mais convient-il à un homme qui retient si peu ce qu'il a In^, de venir, avec une connaissance ^i. mince de Tanliquité^ traiter à chaque page de ses écrits , les catholiques d'ânes et dldiots ? ce Les papistes sont .tous des ânes, dit-il au quace trièmetome de ses Ouvrages , et restent tou^ cç jours ânes , à qpielque sauce qu'on les mette ; ce bouillis , rôtis , fris , trempés , pelés , battu3 1

(t) E^gr« lib. L cap. iv.'EdiU F^obcn.pg. 7S6« — (9)Sulpit. Seieu lib. n. Edit. Liigd.iBoliiT, |>.4S8.

SUR LA PRIMAUTÉ D9 PAPB Et QBS ÉY&QUBS. 347

te brisés ^ tdftiffoés^ Tewkés^y ce sont toujours des ce ânes (1). >> Qae vous semble, Monsieur, de cette ^(pression ? N^est-elle pas aussi noble que spiritulsiUe ? ne vous parait - elle pas digne de Thumble modération de Luther ? Soyons donc ftnes^ puisqu'il le veut ainsi; mais est-il honorable à ce docteur par excellence de se voir redressé , confondu , convaincu d'^ignorance ou de mauvaise foi par un àne, et même par un àkie de la petite et die la moindre espèce ? Ce n^est pas là néanmoins de quoi il s^a^ id; mon but est bien moins d^enlever à Ludier la réputation d^habile homme , dont vous voulez Inen rhonorer , que de défendre les papes contre ses reprocbeis fabuleux. Je crois Favoir fait , en justifiant la possession constante où les papes ont toujours été d^êxercer leur juridiction sur toute^^ les Eglises chrétiennes. Remontons maintenant jusq«^à la source, et faisons voir Torigine du titre qui les établit chefe et pasteurs de tous le^ fidèles. ^

utres sur lesqubls juspose la LÉGpiurrÉ du

POUVOIR DBS PAPES.

J^annonce trois propositions qui renferment put ce que j'ai à dire sur ce sujet.

La première est que Jésus - Christ a établi Apôtre saint Pierre , chef et Pasteur de tous

(1) Eli il. Jen. Grerman. pag. 38S.

348 TROISIÉMB £ËTTBS

lés fidèles ; lai seconde , que Tantotité dont saint Pierre a été revètn, a dû pdsser à ses successeurs , la troisième , que ce sont les évèques de Rome qui sont les successeurs légitimes de saint Pierre. Voilà , Monsieur , ce qui forme le titre des papes j et j*espère que quand vous Taorea examiné, vous ne serez plus surpris que le monde entier se soit accordé si généi^ement pendant les huit premiers siècles, jusqu^au schisme des Grecs , à reconnaître leur autorité. Mais si la validité du titre prouve que la possession des papes a été juste et légitime , la longue et constante possession où ils ont été , fait aussi voir par avance la validité du titre ; car il n^est point à présumer que tant de particuliers et de peuples se soient déterminés sans raison, et par un pur principe de fiiiblesse et de lâcheté, à reconnaître une autorité imaginaire.

Ne refusez pas ici , Monsieur , de donner encore quelques moments de votre loisir et de votre application^, pour entrer dans un éclaircissement dont le sujet est loin d'être indifférent et sans conséquence. Car s'il est vrai , comme nous le prétendons , que cette autorité soit établie de Dieu , et que vous y ayez été soumis par Tordre de la Providence , qui a pourvu au gouvernement de son Eglise , combien n^estil pas important pour vous de ne pas vous y soustraire !

ktiR LA niIlliUT& DD PAPE ET DBS ÉTitQIIBS. 349

PREBUÈRE PROPOSITION;

lèstrS-OHHiSTA ÉTIBLI Stnct MBRBE CHEF ET PASTEUR CE TOUS tES FmÉLBS.

je dis. donc en premier lien, que Jésus-Christ a établi saint Pierre chef et pastenr de toas les fidèles , et pour le prouver j'en appelle à l'Ecritnre ; nous verrons s'il est aacon dogme de to< tre créance , pour lequel vous pui*siez citer des textes aussi forts que ceux dont je vais nie servir pour établir la primante de saint Pierre ; et cependant c'est là le point qne vons combattez avec le plus de chaleur : tant il est vrai que ce qui règle vos sentiments , est bien moins une déférence sincère pour TEcritore , que llntérét de parti , et la détermination de soutenir à tout prix un premier engagement. Car vons n'ignores pas qne saint Pierre s'étant empressé de rendre mi témoignage éclatant à la divinité de Jésos- Christ , le Sauveur lui dît poor récompenser la ferveur de sa foi : « Vous êtes Pierre , et snr K cettepierre je bâtirai mon Eglise, et les portes M dePenferne prévaudront jamais contre .eile^ <c Et je vous donnerai les clés du royanniË. n des cieux; tout ce que vous lierez sur la terr* ^^ M sera lié dans le ciel , et tout ce que voa« <* ïc lierez sur la terre, seradéIiédanslGcie]£''

350 ^(MÀÉMÈ LfitTtt:^

Or , Monsieur , pourquoi pensez-vous que 3ésus^ Christ ait changé la nom de cet Apôtre , appelé primitivement Simon , en celui de Géphas , qui signifie Pierre? Pourquoi le Sauveur dit-il que sur cette pierre il bâtira son Eglise , si ce n^est pour marquer , que comme le fondement d\mé maison en fait la principale partie , sur laquelle tout le reste est solidement appuyé , ainsi toute FEglise sera-t*elle appuyée sur Pierre, ainsi Pierre saura- 1- il par son inébranlable fermeté maintenir le bon ordre , et en affermir toutes es parties ? Que signifient les clés qu^on promet de lui donner nommément? Ne scmt-eUes pas une marque d^antorité ? Direz-vous que ces clés figurent seulement le 'pouvoir de lier et de délier y et que le même pouvoir a été donné dans la même mesure aux autres Apôtres; mais remarquez d^abord , que c'est à Pierre seul que Jésus-Christ adresse ici la parole j au lieu qu'au chap. XVIII de saint Matthieu, il ne parle à tous les Apôtres qu'en commun , et sans faire aucune mention de clés. Remarquez de plus , que le dessein de Jésus-Christ est évidemment de gratifier et de distinguer Pierre en vue de la confession qu'il vient de faire ; comment donc s^empôcher de reconnaître que le Sauveur a voulu lui accorder un privilège supérieur à celui dés autres Apôtres ? Remarquez enfin , que dans la supposition même oii Tintentîon de Jésus- Christ aurait été de donner les clés à tous les ministres de l'Eglise par les mains de Pierre , qui les représentait tous en sa personne , il serait néanmoins vrai de dire , selon )a remarque

SUBLAFlUnADTtiBnPAFBVriIBSÉVâQUES. ^1'

tlé saint Ângastinj que Pierre ne les représentait tons qa'ea vertn de la primauté de son Apostolat (1).

Quoi de plus naturel, Monsieur^ que ces réflexions tirées , comme tous le voyez , de la juste et véritaHLe interprébdion des paroles et des circonstances oîi elles ont été dites ? Que ponrra-t-on objecter de raisonnable , pour en éluder la force ? Prétendra-t-on que par la pierre sur laquelle Jésus - Christ promet de bâtir son Eglise , il faut entendre noo le disciple , rasas le maître ? J^avoue que c'est Jésus - Christ qui est la rentable pierre angulaire , et je ne pense pas que vous trouviez de catholique qui s^ovise de TOUS le contester j je dis de plus avec saint Paul et :dâns le suis de saint Paal : k qux rk-

SOHRB nS VKUT tOSNi jf IXPtOt FORIWltEnT - QUE

cmn QUI A Êri posi nt la paâsEncB m Jésus- CSBIST, c'est-à-dire qu'il n'y a que Jésus-Christ qui soit riirrBnR et u consonATSua iffl nûnti: poi (S) T la source de tous nos mérites , et Tunique prix de notre rédemption. Mais prétendre que par le motde/^/errc, placé en cet endroit, il faille entendre Jésns-Christ , c'est ne faire auoone attention à la suite et à l'airangement des paroles ; c'est faire parler Jésus - Christ de la manière du monde la plus absurde et la moins sensée. Car, observez je tous prie , Monsieur, qull n'était pas possible à Jésus-Christ de nous faire entent&e plus nettement sa pensée , - et

352 TBOtsiâms lsttbb

qn^on notaire ne pourrait prendre plus de pré^ caution dans un acte pubUc y pour ne laisser aucun lieu à la méprise. Qui doute que le Sauveur ne l'ai fait dans la vue de prévenir la mauvaise difficulté qu^on nous oppose aujourd'hui ? Premièrement , celui à qui il parle, et qu'il pré-tend privilégier, il le nomme Simoriy du nom qui lui avait été donné à sa naissance. Ensuite, pour le distinguer d'un autre Simon, frère de Thadée^ il l'appelle ;/î/^ de Jonas ou de Jean , en mar*^ quant le nom de son père. En troisième lieu, il le nomme Pierre , seion le nom nouveau qu'il lui impose , et qui doit lui rester toujours ; puis incontinent après , il ajoute la raison pour laquelle il l'appelle Pierre ^ et marque quel sera l'usage de cette pierre , en lui disant : Vous êtes Pierre , et c'est sur cette pierre que je bd-^ tirai mon Eglise. Enfin , de peur qu'on ne puisse détacher la pensée de celui à qui il parle , il ajoute inmiédiatement , et je vous donnerai les clés. Or, figurez -vous que Jésus -Christ soit ici la pierre dont il est parlé dans le texte , ou , comme il plaît à Luther de l'imaginer ^ qu'il faille entendre par la pierre la foi en Jésus- Christ , ou la confession de sa divinité : comment pourrez-vous jamais former une construction raisonnable du discours que lé Sauveur tient à son disciple ? Fous êtes Pierre , vous Simon , à gui je parle , et moi , qui vous parle ,• suis cette Pierre^ et c^est sur cette Pierre j c'extà^ire sur moi , ou du moins sur la foi en ma personne , ou sur la confession de ma divinité , que je bâtirai mon Eglise , et vous êtes celui

SUR t t^BIMAUTÉ DU PAFB ET BES ÉyAqUES. 353

ù qui je donnerai les clés. Cest ainsi qu'on vendrait faire parler Jésns-Christ. Mais y a-t-il de la raison à lui prêter un langage aussi bizarre que celui-là ? Avouez donc , sll vous plaît , que le texte subsiste dans toute sa force , et que si vous en aviez de semblables à produire contre nous , vous nous croiriez perdus sans ressource. C'est bien pour lors que vous chanteriez notre défaite , en faisant retentir bien haut les termes magnifiques de la pure parole de Dieu. Mais les textes de l-Ëcriture les plus clairs ne font plus d'impression sur vous , dès qu'ils présentent un sens qui vous blesse : on a chez vous le talent admirable de se cacher les sens les plus naturels , et d'en imaginer d'^autres , qui viennent promptement au secours de l'idée flatteuse dans laquelle on aime à s'entretenir, que partout l'on adhère invîolablement à la pure parole de Dieu. Il faut donc le répéter clairement pour ne vous laisser aucune peine dans l'esprit ; quoique Jésus-Christ soit la véritable base et la pierre fondamentale de l'édifice de TEglise , saint Pierre néanmoins j comme son vicaire , ne laisse pas de participer en sa manière à cette qualité. Jésus- Christ n'est-il pas la véritable lumière du monde, comme il se nomme lui-même en saint Jean (i)? et néanmoins il dit en saint Matthieu à ses Apdtres : J^ous êtes la lumière du monde (2). Saint Pierre ne nomme-t-il pas le Sauveur, pasteur et éi^êque de nos âmes (3) ? Ce titre empêche-t-il qu'il n'y ait parmi les chrétiens quantité de vé-

» (I) Jean. c. vni. ^ (2) Mallli. V. — (3) Pier. II.

$54 tROISIÉXS LËTtRfi .

ritables évéqdes et de pasteurs véritables ? Saint ]Paid enfin, qui dans sa première anx Corinthiens nottô enseigne que personne ne peut établir d^au^ tre fondement que Jésus-Christ, ne dit-il pas aux tphésiens : Voiis êtes f édifice qui a été fondé sur les Apôtres et sur les Prophètes (1 ) ?

ïl est donc évident que la qualité de pierre fondameiïtale n^est pas tellement attachée à Jésus- Chirist , • qu?elle ne puisse aussi convenir à s^s ministres , quoique dans une signification infiniment moins relevée. Mais , repliquerez-voas, si tous les Apôtres sont aussi des {»erres fondamentales , quel avantage saint Pierre aura»t-il Ear-dessus les autres ? La réponse est dans ce eau passage de saint Jérôme, déjà cité : ce Quoi' rc que la force de TEglise soit appuyée égalece ment sur les douze Apôtres , comme sur aucc tant de colonnes ^ Jésus-Christ n^a pas laissé ce <iependant d^en choisir un parmi lès douze ce pour rétablir chef , afin de prévenir les dance gers du schisme et de la division (2) * » Tons les Apôtres ont eu droit de prêcher TEvangile dans toutes les parties du monde, de fonder partout de^ Eglises , d'écrire des livres canoniqueis , par IHhspîration immédiate quils tenaient de Dieu , et c'est dans ce sens qu'ils sont tous autant de pierres fondamentales deTEglîse. Mais Pierre a seul été établi chef et centre de Tunité; seul il â été chargé du soin de veiller sur tout

(1) Epli. n. V, 20.

(2) Licet ex aequo super eos Eccle^ia forlitudo solideiur , tamen proptcrea unus inter duodecim eligitur , ut capiie constîtuto schbmatis tolla-* lur occasio. Lib. I , ail Jov. cap. xiv , T. IV , ed, Marliaiiay , parle 11 1 page 168.

iVK LA I^RIMAUtâ DU PAPE ET DBSËTÊQUBS. 355

le troHpean , et c^est par cet endltnt qtie la cfiiàlité de pierre fondamentale loi convint plus ^riicalièrement qu^à anctm antre.

Rappellerez -vous cette objection vulgaire; répétée chez vous si souvent et avec tant de complaisance f M^ direaâ - vous que si TApôtre saint Pierre est la pierre fondamentale de TE-glise , il n^est pas concevable qu'il ait été le premier & chanceler, ni à renier son maître ? Qu\me chute si profonde marque bien mal la fermeté de la pierre inébranlable 7 Mais prenez garde; nous ne prétendons pas que le Sauveur ait mis d*abord saint Pierre en possession de Tautorité qu^il lui destinait ; alors il se contenta de la lui promettre : Je vous dotmeriu les dés , Je bâti'rai ; ce n^est qu'une promesse par laqûéUe il le désigne potir être dans la suite là pierre fondamentale , sans Itd en communiquer d'abord les qualités , et sans le mettre en place ; son instal-^ lation définitive h'éut lieu qu^après le Résurrection , lorsqu'il fut chargé de la conduite ées ouailles du Seigneur.

Une objection plus forte et que vous ne manqueriez pas sans doute de me faire , si je n'^avais soin de vous prévenir , se tire de l'autorité de saint Augustin, qui déclare dans ses rétractions, que par la pierre dont il est parlé au passage cité , il faut entendre Jésus - Christ , et non i'^Apôtre saint Pierre (1).

Je réponds à cette difficulté : 1 ** que si vous voulez vous en tenir à l'explication des Pères ^

{i) Chap. XXI du !•' Hy.

356 TROISIÉM£ LETTRE

VOUS nous dontiez cause gagnée : car ^ hors saint Augustin dont vous nous parlez , et sur qui j^ai à faire une réflexion, qui, je l'espère , vous contentera , tous les autres Pères sont incontestablement pour nous ; c'est ce que je m'engage à vous faire voir , quand il vous plaira , dans Tertulien (1) , Origène (2), saint Cyprien (3), saint Athanase(4)9 saint Baôle (5), saint Grégoire de Nazianze (6) , saint Ambroise (7), saint Epiphane (8), saint Ghrysostôme (9), saint Jérôme (10), saint Cyrille d'Ale>^andrle (11), saint Hilaire (1 2) , saint Léon (1 3) , saint Grégoire (14), et de plus dans le condle de Calcédoine, composé de six cents trente évèques(1 5). Je vous iparque ici exactement Tédition, le tome et la page , oii vous trouverez le sentiment des Pères que je viens de citer. Si vous êtes curieux d^e^aminer ce qu'ils disent sur ce sujet , nous les aurons parcourus en moins d'un quart d^eure; vous verrez qu'ils s'accordent tous unanimement à »ecomialtre l'Apôtre saint Pierre pour la pierre fondamentale de l'Eglise. Or , y a-t-il à douter , Monsieur , que le sentiment unanime des Pères ne doive être préféré au sentiment d'un seul , quel qu'il puisse être ?

; <1) Lib. de Prxscript. edit. Froben. p. 103. — (2) Hora. 5. in Exod. T, 1. p. 57. — (3) Epist, ad Quintinum. edit. Froben p. 333. — (4) In Ép.'ad Felicem. T. 5. edit. Paris, p. 676. — (5) Lib. 2. in Eunom.

edit. Froben. p. 322 (6) In Orat. 26. edit. Billî. p. 678. (7) In

Cantîco Ambros. — (8) In Ancoralo , T. 2. edit. Pelav. p. 14. — (9) Ho- Aiil. de pœnit. T. 1 . p. 895. — (10) In Ep, ad Ibm. T. 6. edit. MarU'anay. p. 20. — « (M) Lib. 2. in Jo. C. f.edil. Paris. T. 4. p. 131. — (12) In Cap. 16. Mattli. edit. Paris, p. 690. — (13) Serm. «> • iv.

Ass. edit. Paris, p. 51. — (14) Lib. 6. Ep. 37. ad Eulog. edit. P.* .a. T. 2. p. 739. — (15) Edit. Labb, T. 4. p. 4«6.

SOB LA PRIUADTi DD PAPK BT DBS ÉVÎQCBS. 357

Si TOUS tronvez dlaiHenrs «[acquis- Pëvea qai se soient exprimés de manièrê k faire croire qae parle mot de pierre ils ont entenda la fol et la confession de la divinité de Jésus ~ Christ , je Tons prierai d'examiner leafs paroles avec pins d'attention , et de remarqner qu'ils n'on.t p(wit irarlé d'âne foi ni d'une confession en ^néral , dans nn sens- détaché , ' et sans autan rapport à Pierre ; mais qae Pieire est ton}ouFS le saîet de leurs discours , qu'ils n'ont «n vue qne la foi et la confession de- Pierre; qu'«nSn tout leur raisonnement se rcdmt à dire que c^est la rivacité de sa foi , et son empressement à confesser ta divinité de Jésns-Christ , qui lui méritèrent la distinction dn Sauveur , et le privilège d'être établi la pierre fïmdamentale de son Eglise.

Je répcmds en second lien , que si vous vous en tenez au sentiment de saint Augustin , nous gagnons encore notre procès pour le fondjcar u est hicontéstahle que saint Augustin a reconnu la primauté de saint Pierre.' 'Qu'importe ^sor qnel passage i) l'ait fondée , si. c'est .sur celui de saint Matthieu, au Chap. Ifï, ou sur celui de saint Jean, au Chap, 21,' on sur d'autres? « C'est en lui , dit-il , et parlant de Pierre , que « la primauté de Tapostolat éclate avec des avan'< « tages singuliers (1). m k C'est lui, dit-il aU- « leurs , qui représentait l'Eglise , comme chef « et prince de tous les Apôtres (2). m

(tj Inquo primaïus sposloloru m mia exccllenli gralia pracmincl. Lih. Il, coiitnDonili3l.Mï3p. i,Toin. VII, c<l Froben , p. 390.

(!> Fcirua iPeincogBOinùialMlMuitu Eccleùs riguram padaHaf!»lolalui principalum lenciis. Scrm. Mil, ilc riM-liis Uumiiii, Tom. K,

Z58 TROISQlm UTTBB

Jedh entcomème Uep, que si saint Augustin eût sa le syriaque , il serââ; resté dans son pre* mier sentiment, qui consbtait à regarder TApâ* tre , .comme la pierre sur laquelle Jésus-Chiist 9 prétendu bAtir son Eglise , sentiment qu^il nous a marqué ^nplus d'im endroit (1) ; trompé par

lait changer de pensée. Il s^est figuré qu'il y avait deux mots dans le texte syriaque , comme il y^ en a deux dans le latin, Petrus et fetra^ et dans le g^rec&^/wc et n^rpa , aans faire atten-^ tion que ntcpH et mr^ , signifient la même chose en grec , et que rinterprète a appliqué n<r^ à la personne ob Pierre , un nom mascplin étant plus convenable à un homme. Si ce Père , si habile d^ailleurs , eût su que le même mot Céphas est employé deux fois dans le texte syriaque , il se fût bien gardé de raisonner comme il Fa fait , et de nous donner pour raison de son sentiment, que le Sauveur n^a pas dit : tu es Petra , mais tu es Petrus, Or , quelle mer-p veille que le raisonnement de saint Augustin , fondé sur une fausse supposition et sur le peu de connaissance aull avait de la langue syriaque 9 se trouve défectueux ? Mais c^est trop nous arrêter au texte qui contient la promesse , ve^ nons à celui qui renferme rexécution.

Nous apprenons de saint Jean , que le Sau-

(f ) fn Psainio coDtn partem Donati. Ed. Frobc i, , T. VII , pag. 9 , Scrm. XV de Sandis. T. X , pag. 1 197.

8DB LA PfinUDTÏ DO PAN St DES ÂTâQUBS. 350

.veor conversant avec ses disciples a[Mrès-saféfiorrection, demanda trois fois à sùnt Pierre s'il Taimait , et qa'après a*étre assuré de son amov» on pour mieux dire , après lui aroir fait com* prendre les oblig;ations e^entielles de Temploi qu'il allait loi confier , illnî recommanda éa^ lement trois fois le soin de son troupeau , en loi disant : paissez mes brebis , paissez mes agneaux ( 1 ). Qui ne voit que Jésos - Christ adresse ici la parole à saint Pierre en particulier, et le charge personnellement de la conduite de son troupeau ? C'est ce que le Sauveur nonsfait assez connaître en l'appelant iSf'mon, /îts de Jean , du même nom dont il s'était ^rvi pour le désigner dans la promesse des clés ; il p'a pas voulu laisser lieu de douter que la conduite du troupeau n'ait été remise à celai -là même & qui les clés avaient été promises. La précaution que le Sauveur prend de lui demander s'il ne sent pas un amour supérieur à celui des autres disciples , ne marqn&-t-elle pas également qu'il a prétendu lui confier un dépât pins [H^cieux qu'à tous les autres ? Comment ne pas également sentir que le Sauveur , en lui recom^ mandant ses ouailles , les lui recommande toutes, sans en excepter aucune ? Lorsqu'il dit au Cb. 1 û de saint Jean : Je connais mes brebis , et mes brebis me connaissent ; je donne ma vie pour mes brebis (2) ; n'est-ce pas la même chose q^ s'il disait : Je connais toutes mes brebis , to, mes brebis me connaissent , je donne ma

(I) IranSXI. 15. te. IT. — [2) J«o X.

tseqot^

360 Ta(HSIÉME liBTTBfi

pour toutes mes brebis? Comment donc ne com* |>rendrait-il pas également tontes ses onailles , îorsqnHl dît à Pierre , paissez mes agneaux , paissez mes brebis ? Il charge Pierre de la condnite des onailles qni sont à lui ; or eUes sont tontes à lui; donc il le charge de la conduite de tontes les onailles , de la conduite dn tronpeau tont entier. Remarquez en même temjps , Monsieur , s^il vous plaît , que ce nVst pas sans mystère que le Sauveur distingue entre les agneaux et les brebis ; les agneaux représentent les simples fidèles ; les brebis figurent les pasr tenrs , dont le devoir est dHnstruire les peuples, comme celui des brebis est de nourrir les agneatix; ainsi le Sauveur a-t-il voulu nous faire entendre qu^il étabUssait Pierre , pasteur des uns comme des autres, et que les évéques ne seraient pas moins soumis à sa conduite, que le reste des fidèles.

Tel est le sens que tous les Pères de TEglise ont reconnu dans ces paroles. Origène dit que le Sauveur n^exîgea de Pierre d'autres dispositions que Tamour , lorsqu'il ce lui confia le soin ce de paitre ses brebis , et fonda son Eglise sur ce lui comme sur une pierre inébranlable (1 ). » Saint Ambroise assure que le Sauveur, sur le point de quitter la terre pour monter au ciel , nous laissa Pierre comme vicaire de son amour, en lui disant : paissez mes brebis , et qu'il le préféra à tous les autres , parce qu'il avait été

(I) Cure Pctro summa rerum de pascendis ovibus traderetur , et su[>er iptiun velut super petram randaretur Ealesia* lo cap. VI, Epist. ad Roid. T. III, pag. 179.

SUR LA PRIMAUTÉ DU PAFB fiT DES ÉTÊQUSS. • 36 1

le premier à confesser sa divinité (1 ). Saint Chrysostôme nous déclare, que ce le Sanvenr chargea c< Pierre do soin de ses frères , du soin de tout ce le monde ( 2 ). » Saint Léon ajoute ce que ce Pierre a été choiti pour être mis à la tête . de ce tous les Apôtres , et de tous les Pères de VE^ cç glise ; que j quoique le peuple de Dieu comp* ce tàt plusieurs prêtres et plusieurs pasteurs y ce tous néanmoins devaient être soumis au ce gouvernement de Pierre , et que c'était à et Pierre à les régir tous (3). » Saint Grégoire nous apprend que Pierre a été chargé de la conduite de toute TEglise, et que c^est à lui que le Sauveur a dit : paissez mes brebis Ci). Saint Bernard , pour qui Luther témoigne une estime si particulière , sans doute parce qu^il a dit de grandes vérités aux papes, écrit au pape Engènei ce Chaque évêque a son troupeau à conduire ; ce pour vous , vous êtes chargé du soin de tous ; ce tous pour vous seul ne font qu^un seul tr6u*r ce peau ; vous êtes le pasteur, non-seulement ce des ouailles , mais des pasteurs eux-mêmes, ce Vous m^en demandez la preuve, la voici dans ce les paroles du Sauveur , qui dit à Pierre j

ce PAISSEZ KES BREBIS (5). >:>

(1) Lf X » in Lucam , T. I » ed Paris.» p. 1549,

(â) Petram dumtaxat aflatur«ci fratrum curam committit... Cum Pelro orbis terraram curam demandasset. Homil. 87 , in Joa. Edit. apad Ilugoyem. T. III « pg. 88 b. 89. ^

(3) De tolo mundo unus Petrus cligtlur , qui omnibus aposlolîs cunctîsquc Ecclcsix Patribus pra;ponalur , ut qaamvis in populo Dci muiti ^aoerdotes sinl 9 mulliq^c pasiorcs , oroiics tamcn proprié rcgat Petrud. Serm. III » in annivcrsario die assumpt. cdit. Quéiid , p. 55.

(4) Lib. IV « Ep. 52. T. H , éd. Paris. , p. 608.

(5) nabent episcopi sibi assignatos grèges singuli singulos , libi uni- Terti preditiy uni unus, nec modo ovium « sed et pasioruin « tu unus cm-

36S TROISIÉHB LETTBB

Que voàdriez-vous , Monsieur , de plus fort pour prouver la primauté de saint Pierre ? Le3 deux textes sur lesquels je viens de rétablir, sont clairs en eux-mêmes; Texplic^tion que nous en donnons , est celle de tous les Pères ; le monde entier Ta reconnue jqsq[u^au schisme des Grecs y et TEglise latine jusqu'^au temps dei Luther : Pierre a agi partout en qualité de chef, et en conséquence dti rang supérieur où nou3 prétendons que le Sauveur Ta élevé, PTestrce pasi lui qui , après TAsceusion du Sauveur 9 parla le premier dans rassemblée de tous les disciples , pour les engager à choisir un Apôtre à la place de Judas (1 ) ? N^est*ce pas lui qui , le jour de la Pentecôte , prêcha le premier Jésus crucifié , et convertit trois mille persounes dans sa pr&r mière prédication (2) ? N^est-ce pas lui qui , eu plein conseil, prit la parole pour rendre raison de la doctrine évangélique (3) ? NVst-ce pas lui qui connut le premier , par révélation divine , qu'on devait recevoir les Gentils dans TEglise (4); lui qui prononça le premier au concile de Jéra^ salem , qu'il ne fallait pas obliger les chrétiens à la Circoncision (5) ; lui que vint visiter le grand Paul , après avoir prêché trois ans en Arabie , tant pour lui rendre compte de ses travaux , que pour concerter avec lui les moyens les plus propres à faire fructifier l'Evangile (6) ?

Aussi voyons-nous que les Evangélistes , en

ninin pastor: undé in probenrquaeris, ex vcrbo Domini : pascp. oves heas. T.I,ed.Habil.,p. 4S2.

M) Aci. cap. I, 15. — (8) Acl. cap* II. 14. — (3) Aci. cap. V. 29. ^(1) Aci. cap. X, tl. —(5) Agi. cap. XV. 7. -^(6) Gai. ?. 18.

sua LA PRIMAUTE DU PAPE £T DES ËYÊQUES. 3Ç3

faisant le dénombrement des Apôt|:^s , nom-r ment toujonrs Pierre le premier (1 ),, et rien n'est plus fréquent que de trouver dans leur^ écrits cette expression : Pierre et ceux qui étaient at^ec Jui (%); Pierre et les autres Apô^ très (3) : expressiou qui marque, vous le sentez, distinction et supériorité. Direz-vous, Monsieur, que Pierre a été le premier en âge , ou le pre^ mier par rapport à la vocation apostolique ? Itfais, saint Epiphane nous apprend, qu'André était Tatné de Pierre (4) : vos Genturiateurs mé-» me ne le contestait pas (5) ; et d^aiUeurs, nou$ apprenons de saint Jean qu'André fut appelé à Tapostolat avant Pierre (6) ; il nV a donc que la sonorité du rang, qui ait pu engager les Evangélistes à nommer Pierre constamment le premier, et à en parler toujours avec cette distinction qui convieiit au chef de tous.

On se plaît à répéter chez vous , que nous croyons légèrement bien des articles qui ne sont pas fondés sur TEcriture; mai^certe$,.cene sera par le dogme de la primauté de saint Pierre qui pourra nous attirer ce reproche. Les vérités que je viens de vou^ développer , me donnent , je pense , le droit de vous faire remarquer le ton de hardiesse avec le^^el vos ministres en appellent à TEcriture , lors même qu'ils y sont le plus clairement condamnés. Leur artifice consiste à crier sans cesse à TEcriture , à nous donner ce

(i).MaUli. X. 2. Marc. HT. 16. Luc. VI. 13. — (2) Marc. I. 56. Luc. Vm. 45. Luc. IX. 32. — (3) Ael. U. 14. 57. Acl. V. 29. — (4) H.Tr, 51. Alogorumetiit. Pela v. T. 1. p. 440, — (5) Ceiil. 1. lib. 2. cap. lU. p. 964. -^ (Ç) Ica'i, I. 40.

364 TR(MSIÈME LETTRE

çrî pour la preuve de ce qu'ils ont entrej^rîs de croire , à supprimer les passages qui les incoinmôdent , à y donner des explications que l'intérêt du parti et non la raison suggère, et à saisir les moindres apparences de difficulté, pour nous les objecter avec un air de confiance capable d'éblouir les simples.

C'est ce qu'ils pratiquent dans cette occasion^ ainsi que dans toutes les autres. Si saint Pierre, disent-ils , eût eu le moindre caractère de supé-* ^ riorité , saint Paul eût-il osé lui résister en face, comme il fit à Antioche (1 ) ? Eût-il égalé son apostolat à celui de Pierre , en disant çue la même puissance qui établit Pierre F Apôtre des Juifs ^ avait établi Paul P Apôtre des GentilsÇi)? Les disciples eussent-ils contesté pour savoir lequel d'entre eux ils devaient estimer le plus grand, comme ils le firent au rapport de saint Luc , et le Sauveur leur eût-il dit : Les rois des nations dominent sur elles ; ils rien doit pas être dé même parmi vous (3) ? Telles sont à peu près les difficultés qu'ils forment contre la primauté de saint Pierre , difficultés bien faibles pour mé^ riter d'être mises en opposition avec les preuves que nous avons données.

La réponse à la première difficulté se présente comme d'elle-même ; n'est-il pas permis en certains cas aux inférieurs de reprendre leurs supérieurs , quand l'importance du sujet le demande , et qu'on le fait avec les ménagements et le respect convenables ? Ajoutez que saint

(f ) Gai. il. \ i, — («) Gai, H. 8. — (3) XXII. 24.

SUBLÂPaiHADTËQUPAIVETOBSËTiQDBS. 365

Cyprien (1), saint Augustin (2) , saint Grégoire (3) , au lieu de voir dans l'avis donné à saint Fi^re un préjudice porté à son autorité , en tirent au contraire une honorable conclusion en faveur de son humilité, n C^est, disent-ils, le n plus élevé qui est repris par son inférienr , « et qui ne dédaigne pas de soniTrir ses re- « proches. »

Quanta la seconde difficulté , observez que saÏHt Paul n^a point prétendu égaler son apostolat à celui de saint Pierre sous tons les rapports. Il s^est contenté de marquer aux Galates, que sa doctrine et sa mission venaient ininiématernent de Jésos-Christ, comme celie des autres Apôtres ; son but unique .est de fermer la bouche à de faux docteurs qui cherchaient à décréditer son ministère, conune on le voit au second chapitre de la m^e Epttre. Le partage des deux peuples dont il est parlé , ne doit pas être regardé comme on partage de juridiction, mais comme une espèce de convention faite entre saint Pierre et saint Paul pour accélérer le progrès de l'Evan^e, Saint Pierre, s'est proposé de s'attacher plus particulièrement à la conversion des Juifs ; c'est la portion la plus honorable ; c'est celle qui avait fait l'objet pai^ ticulier.da zèle de Jésus-Christ; saint Paul a destiné ses soins et ses travaux à la conversion des Gentils; mais ni Vun , ni l'autre ne devra

(1) Ed,ad<laintinunie<]it,Frobcii. p. :

(S) Ep> 19. *d Huronjmum. T. 3. eJîi. Frobcn. p, , (5) Bom. 18. in Cxteh. Eec« i Hinerc lut •on dedigulor. T. I. «dit. Pwm. f, 1S94.

366 tRCytelÉMfe LfittRÉ

cependant négliger les occasions qui pouifaient se présenter chez Tune et Tantre nation de gagner des âmes à Jésns -Christ , comme il est aisé de le justifier par plti3ieurs faits rapportés aox Actes des Aptffres.

La troisième difficulté s^évanonit encore pins aisément qne les denx premières ; saint Pierre ne reçut Teifet des promesses de Jésus - Christ qa^âprès la Résurrection ; il n^ a donc pas lieu de s^étonner quHl se soit élevé , avant la Passion du Fils de Dieu , quelque contestation entre les Apôtres sur le fait de la prééminence. Peut-être que d^une part les marques de tendresse si particulières dotuiées à saint Jean , et de Fautre les promesses magnifiques faites à saint Pierre, donnèrent lieu à la dispute , en partageant les esprits en faveur de Tun et de fautre. Quoiqu^il en soit , le Sauveur , [bien loin de condamner la prééminence , semble ici la supposer en disant t Que celui qui est le plus grand^ se rende comme le plus petit , et que celui qui goui^erne , soit comme le sen>iteur (1). Pour ce qui est de la domination fastueuse des rois des nations , il est bien sûr que le Sauveur la défend à ses disciples, sans pourtant leur interdire Tusage d'une autorité légitime : c'était pour régler les devoirs des supérieurs , et non pour en abolir le rang , quHl leur faisait ces leçons salutaires.

Voils voyez, Monsieur, que ces difficultés sont trop superficielles, pour affaiblir des preuves aussi solides que les nôtres ; nous les avons tirées des

(t) Mauh. XXII. â6«

SURLAPBIMACTÉDUPAPBSTIlKSÉTiQirKS. 367

(ito^les de rEcritare les plus claires et les mieux circonstanciées ; ces paroles y tous les Pères les ont expliquées dans le sens que nous leur don« nous ; ce sens se trouve soutenu et autorisé par rusage et la pratique de tous les siècles , puis^ que dans tous les siècles la primauté de saint Pierre a été constamment reconnue et révérée dans ses successeurs , comme nous Tavons déjà amplement prouvé par tout ce que nous avons dit de la constsmte possession des papes*

n.« PROPOSITION.

L^AUTORITi DB SAINT PIBBRB A DU PASSER A SBS

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