‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 2)Chapitre 79 sur 108 · SUR LA PRIMAUTÉ DU PAPB ET DES ËTÉQUES · texte numérisé non relu

SUR LA PRIMAUTÉ DU PAPB ET DES ËTÉQUES

commâ à leur pasteur légitime ? Comment , et en quelle conscience persistent-ils aujourd'hui à pe pas vouloir reconnaître tme autorité si l>ien établie , et incontestablement émanée de Jésus* Christ?

Vous me direz sans doute , que si au temps de Luther , Tévêque Guillaume ne se fût point opposé à la prédication du pur évangile, et protégé les anciennes erreurs contre la saine doctrine, les habitants de cette ville n'eussent point pensé à se soustraire à sa juridiction. Mais permettez-moi de vous dire , que si Tévéque de Strasbourg eût enseigné ou fait enseigner dans son diocèse une doctrine particulière qui n'eût pas' été commune à tous les évéques de son temps, ou même à tous les évéques des premiers siècles , je m'abstiendrais volontiers de blâmer ceux qui ont cessé de le reconnaître pour pasteur. Mais Févêque Guillaume n'a fait que maintenir la doctrine reçue et autorisée par tous les évéques de son temps ; il n'a fait enseigner dans son diocèse que ce qu'ont enseigné tous les évéques des quatre premiers siècles , comme je m'offre à vous le faire voir sur tel article contesté qu'U vous plaira d'examiner. Je vous le demande donc , Monsieur , à considérer les choses dans, leur origine , et au momçnt de la séparation ( car c'est là le point de vue où il faut toujours les envisager), la présomption n est-elle pas pour la multitude des pasteurs contre quelques ouailles indociles, pour l'antiquité respectable et non suspecte , contre

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des iioaveaiix venus , pour le snpérieqr contre rinférieuF , pour le corps des évéques joints au çhel^ contre des particuliers sans caractère ? Qae di^je , Monsieur , Texpression est-elle jaste ? An lieu de parler de présomption , ne fant^il pas dire que Tordre donné par Jésus-Christ d'^écouter son Eglise, la promesse de n'^abandoxmer jamais le corps des pasteurs , la nécessité d^une autorité toujours visible, toujours en état de parler et de se faire écouter , sont autant de preuves convaincantes qui démontrent par avance , et sans qu'ail soit besoin d'^entrer dans aucun examen, la faiblesse insontenid>le du prétexte dont on voudrait colorer sa révolte contre Tévéque ? Je vous laisse à penser , si Texcuse dont on prétend s^autoriser , en donnant pour raison qu^on a vu ou cru voir son évéque avec tous les autres évéques du monde dans Terreur , sera reçue au jugement de Dieu, et si cette excuse, bien loin de rendre la désobéissance moins criminelle , ne sera pas justement ce qui Taggravera davantage.

Qp^'il me soit donc permis , Monsieur , par la part que je prends au plus grand de vos intérêts , à votre intérêt éternel , de vous prier, de vous conjurer d^apporter une attention sérieuse aux raisonnements que j'ai eu Thonneur de vous faire, pour vous démontrer Tobligation où vous êtes de revenir à Tobéissance que vous devez à vos supérieurs ecclésiastiques. Ce n'est pas là sans doute un point indifférent pour le salut , puisque TEcrilure compare le mal de la résis^

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tance à Tantorité légitime , an désordre du sor« tilége et an crime deridolàlrie (1). Ponrqnoi cette force d'expression i sinon ponr nons frapper plus yivement, et nous empêcher d'enfreindre envers nos supérieurs la règle sacrée da devoir, Votis n^gnorez pas , Monsieur, que Fancienne loi ordonnait de punir de mort qui* conque refuserait dans son orgueil d'obéir au grand^prétre (2). Que voyons-nous dans cette pcmition corporelle, si ce n'est la figure du double châtiment réservé pour le corps et pour Tâme à ceux qui manqueront de soumission envers le grand-prêtre de la nouvelle loi ? Votre zèle pour le service du roi et pour le bien de l'Etat , vous font sentir aisément toute l'horreur du crime que l'on commet en se révoltant contre son souverain ; tout sujet rebelle ne nous parait pas moins digne de la colère de Dieu que des vengeances de son prince. N'y aura-t-Û que le mé^ pris de l'autorité spirituelle qui. vous paraîtra sans, omséquence ? le çroiriez-vous moins propre à fermer l'c^itrée du ciel , que le mépris de l'autorité séculière ?

(1) Quasi peccitum ArioUndi e»t repugnare, quasi scelus idololatrias Boile acquiescere. I. Reg* XV. 25.

(9) Qoi snperbierit noient obediro Sacerdotîs SiBperio« morietur bo«o illf. Dent. XVn. S,

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CONCXiUSION.

A quoi tient-il donc , Monsieur^ qne tous ne suiviez cet heureux penchant qui vous porte à tout ce que réclame votre devoir ? Vous aimez partout Tordre et Tarrangement , aimez-le aussi dans TEglise ; vous désirez être une des ouailr les de Jésus-Christ , et vous voir placé à sa droite au jour de son jugement , reconnaissez donc pour pasteur le successeur de celui à qui Jésus-Christ les a toutes confiées. Une longue suite de vos illustres aïeux a respecté constam* ment pendant plusieurs siècles le pape et Tévêque du diocèse ; hors cinq ou six de vos ancé* très , tous les autres , à remonter jusqu'au premier établissement du christianisme en ces cout trées , a vécu sous la juridiction de Tévêque et du pape. Joignez-vous aux plus nombreux et aux plus anciens de vos pères. C^est d'eux que vous tirez Téclat de votre noblesse , ne craignez pas d'apprendre d'eux les sentiments que vous devez avoir sur la religion. Craignez plutôt de passer pour rebelle à Jésus-Christ , en refusant de reconnaître conune eux l'autorité de son vicaire et des successeurs des Apôtres, ce Comment ce peut-il se flatter d'être attaché à Jésus-Christ , ce c'est saint Cyprien qui vous adresse cette ce question , celui qui s'élève contre ses prêcc très , et se sépare de la communion du ce clerçé ? Le malheureux, il porte les armes conc< tre rEglise , il est rebelle aux ordres du

^cc ciel (1 ). » « C'est une impiété , dit-il ailleurs , et c'est nn adultère , c'est un sacrilège d'entre- « prendre de violer par les institutions de la <c fureur humaine la disposition divine ; retirezce vous, retirez-vous de la compagnie contace gieuse des révoltés (2). » Voilà, Monsieur, l'exhortation du saint évêque à des infortunés qui se trouvaient dans un cas pareil à celui où vous êtes malheureusement engagé ; c'est éga-^ lement le précis de toutes les réflexions que j'ai eu Thonneur d'offrir à vos sérieuses méditations. Ainsi je finis , en vous assurant qu'on ne peut être plus respectueusement ni avec plus de zèle que je le suis, etc.

(I) An esse sibi cnm Christo videtur , qui adTersàs Sacerdotes ^ ^linVtï Êicit , qui se à cleri ejus societate secernit ? Arma ill^ contra Eoclesiam Dei portât, contra Dei dispositionem répugnât. Cyprian. lib.l.Ep. 8. éd. Froben. p. 53.

(9) Àdulterum est , impium est , sacrilegum est , quodeunque humano Airore instituitur, ut dispositio divina violetur ; procul ab hujusmodi hominnm oontagione discedite. Cyprian. de Simplicttate pnelatoram ^ éd. Froben. pag. 170.

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