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V histoire de Paphnuce , bien loin d'affaiblir, confirme et éclaircit le- troisième canon du concile général de Nieée,
Il est certain d'abord ( ainsi que la suite le démontrera) que les conciles et les saints Pères , tant grecs que latins, qui , jusqu'au quinzième ou seizième siècle , ont parlé de ce canon , ont reconnu qu'il obligeait au célibat les ministres des autels. Or, ce n'est tout au plus que depuis deux siècles que quelques-uns ont commencé à croire que ce con*cile n'avait statué aucune obligation aux ecclésiastiques de garder la continence ; et la principale autorité dont on s'est servi pour constater cette vérité , est l'histoire rapportée par Sôcrate d'une représentation faite par Papbnuce, évéque de la baute Thébaïde, au concile, sur la continence des ecclésiastiques mariés avant leur ordination. Les hérétiques des derniers siècles , si ennemis |du célibat chrétien, ont été, ce semble, les premiers, et surtout les
4(^9 GHAP. I. DU GiUBAT ECCLÉSIASTIQtnBI
oftlfiji^slet, qui ont prétendn cpie stir la représentati^iD àe ^phnuce , le condle n'aTail* établi ancinie loi sur le eélibat sacerdotal. Plusieurs auteurs catholiques ont cru f trouver la même chose. Mais un peu plus d'attention de la part de ees derniers et un peu moins de pré?entioii de la part des autres, aurait fait connaître que Papbnuce ne demanda aux Pères du concile autre choçe, sinon qu'ils n'obligeassent pas pour le présent les dercs mariés avant leur ordination à se séparer de leurs femmes ; que du reste il approuTait towt que le concile obligeât dorénavant au eélibat tous ceux qui seraient ordonnés; et que ceux mêmes qui^ depuis leur ordination » s'étaient mariés , se séparassent de leurs femmes. C'est ce dont je crois que Ton oonviendra avec nous en lisant attentivement le passage rapporté par Socrate , dans son histoire, livre premier, 9 <Aapitre onze* La version latine est du P. Alexandre dans sa dissertation sur le célibat des ministres sacrés.
<c Les évéques avaient quelque dessein de faire encore une autre loi par laquelle ceux qui étant mariés avaient été ordonnés évéques, prêtres et diacres, se séparassent de leurs femmes. Lors donc que l'on fut près de traiter cette question , Paphnuoe se leva au milieu de l'assemblée et dit à haute voix : qu'il ne tallait pas assujettir à une telle loi ceux qui avaient été ainsi ordonnés , que le mariage est honorable en tout et que son union est pure , et qu'il fallait prendre garde qu'en voulant trop en demander , il n'en résultat pour l'Eglise de grands iaconvénienls ; que tous n'étaient pas capables d'observer une règle si austère , et que ce serait peut-étre exposer leurs épouses , qui ne se sentiraient pas assez de force pour garder une telle chasteté ( car il regardait comme chaste un mariage légitime ) ; qu'il fallait se contenter d'ordonner que ceux qui s'étaient mariés depuis leur ordination se séparassent de leurs femmes^ selon l'ancienne tradition de l'Eglise ; mais qu'il ne fallait PAS ei^ger la même chose de ceux qui avaient été iMariés avant d'étr^ ordonnés.
a Ainsi parla au milieu du concile Paphnuce, qui non* f«il|»l9^pt n'était pa9 marié, mais qui avait toiyours vécu
niSQU'^Atri/' CONCILE DE NICÉE. 403
dans une parfaite continenee. Car dès son enfanoe il 8'ét]kil retiré dans un monastère où il menait un gf nre dé :tié très austère , Qt où il s'était surtout aequis une grande réputation de ohasteté la plus exemplaire. Cest pourquoi tous les évèqueSf prêtres et diacres ayant approuvé l'avis de Paphnuee^ on ne songea plus k traiter cette qucstièn , et on laissa à chacun le pouvoir et la liberté de garder la continence avec sa femme (1 ).
Preuve 4e cette vérité.
Que Yoit«on d'abord^ je le demande dan9 ce ps^çe^ qui détruise ou même affaiblisse le capon que |e cçjiciie
(1) yisum 1^ £piipopis legem novam in Eoçlesiam iotrodocerçj nt qui eisent sacris i^itiati ( sjcut epucopi » fteshpfft} çt Dîaooni ) «jpas, cum QrauH ^tci y v^ IflatrimoBi^m fipijutfent» miDin^é ^mirent. Et çiu>mam iliis eraX propositpiii de bac re çQD^ilî^m ipire » i^ mediç eorom çpii« sessa smrexit P^plmatiiis ^ ac vehementer TOcifei^tas ^t^ non gra¥8 ja? gmm cerricibus illomm imponendum esse qui erant aaçris ipitiati | hoiM norabile ff^ çoqjugiun» in^ omnes > f^ Xhfffvm immacolatoin. Vivendjua ne nimjs e^uyiisit^ praespriptione Ecçl^^façi erayi ipcQinmodp afficçrai^t* Omnes enim noa posse j[ç|Te ta^a anstora^ ^usqp|iofmi , neque à dngtt-» lorum uxoribus fortasjse /çaip caatinioiMa Donpam posse sçrvari { iriri autem cum ui^ore Iç^dma conqibitiun casiimoniamappellavit); iUu4 salis esse ut qui |n clerum ante adscrîpti erai^t» quam d,u|dssent fOûres ^ hi secundum veterein Ecçlesi^e ti^tditÎQnçm^ieijiceps à pupdis abstinerenf | non tamen quemqu^ni ^b ^llà quam jsun pridem ^ cunn laicui erat^ ui^ rem duxisset, seji^ngi debere.
Istam jn episcopori^m çontentu oradonem habuit Paphoutius ^ cum ipse non modo nuptias pon expertus e|8set | sed nec mulierem aliqnandô cootigissetf Nam i pi^ero in mon^steiio jBeîpç^m seyero yitae disciplinas generi totum dediderat ; qui qnidem propter singularem castimo^iam pr» caeteris plané in magnà famae celebritate viut. Itaque cum totusepiscoporum^ presbyterorum et diaconorum conveotus verbis Paphnutii assensisset » controversia de bftc re exorta penit&s sedata est , potestasque permbsa unicuique pro arbitratuab uxorum consuetudinc abslinendi.
404 CHAP. I. DU CÉUBAT BCCLÉSIASTIQUE
Vient d'établir sur l'obligation du célibat sacerdotal P.Qua. n'y YOit'H>n pas au contraire qui^ne le confirme? Paphnuce; sans attaquer aucunement ce canon, mais plutôt le regar^ dant comme conforme aux lois anciennes de l'Eglise > demande seulement que pour le présent l'on n'établisse pas de loi qui oblige ceux qui étaient mariés avant leur ordi<^ i^ation à se séparer de leurs femmes ; parce que l'Eglise > en les ordonnant quoiqu'ils fussent mariés , était censée ap-^ prouver leur mariage; que leur mariage étant donc très légitime^ leurs femmes ne pourraient en épouser d'autres sans crimes» ni être séparées malgré elles de leurs époux sans être exposées peut-être au danger de l'incontinence* Mais Paphnuce demande-t-il la même cbose pour ceux qui se sont mariés depuis leur ordination ? Nullement : parce que l'ancienne tradition , l'ancienne discipline de ITglisô était contre eux , parce qu'ils ont contrevenu à cette loi. Ainsi^ bien loin de demander qu'ils gardent leurs femmes^ il consent qu'ils en soient séparés , parce que leur mariage n'est pas légitime^ et que ne l'étant pas , elles doivent être mises au rang des femmes suspectes , des femmes sous-in-» troduites. Ainsi , demander que la rigueur du canon ne s'applique pas pour le présent aux premiers, mais consentir qu'il s'applique aux seconds, n'est-ce pas soutenir, n'est-ce pas appuyer de la manière la plus forte ce que le concile a établi sur le célibat sacerdotal ?
■ Sur quoi cependant (Quelques-uns ont-ils pu croire que la représentation de Papbnuce avait empêché ce concile de prononcer aucune loi sur ce célibat ? ou que même les Pères avaient laissé indistinctement à chacun la liberté d'habiter avec leurs femmes prises avant ou après l'ordination? ce ne peut être, selon toute apparence, que sur ces dernières paroles du passage de Socrate où il est dit , que le concile laissa à chacun le pouvoir et la liberté de garder la continence avec leurs femmes ( 1 ). Mais encore un peu de réflexion apprendra que d'après tout ce
(1) Potcstas pcrmissa cuiquc pro arbitralu ab uxorum consucludine abslinendi.
jusqu'au I/' concile i)E NIGÉB. 403
qui a précédé > ces dernières paroles ne signifient autre chose sinon que le coiïlcile laissa la liberté à ceux-là seu>* lement qui avaient été mariés avant leur ordination , de garder la continence avec leurs femmes^ et non pas S ceux qui s'étaient mariés depuis leur ordination. Donner à ces paroles ce dernier sens , serait faire entrer Socrate ou Paphnuce dans la plus grande contradiction^ ce serait en même temps taxer le concile de détruire l'ancienne dis^ cipline de l'Eglise. Car , qu'y aurait-il de plus ridicule de dire que Paphnuce demandant seulement qu'on n'obligeât pas ceux qui jusqu'ici avaient été mariés avant leur ordination à se séparer de leurs femmes ^ le concile néanmoins en eût accordé plus qu'il ne demandait^ en donnant 1^ même lil^ert^ tant à ceux-là qu'à ceux qui s'étaient mariés depuis leur ordination ou qui même se marieraient dorénavant? Qu'y a-t-il aussi de plus révoltant d'avancer que ce saint concile ^ après le canon qu'il venait de former » se fût port^ à se renverser lui-même et à renverser en même temps Tancienne discipline de l'Eglise? et cela^ quoique Paphnuce lui eût représenté q^e cette ancienne discipline ne permettait aucunement à ceux qui étaient élevés aux ordres^ de se marier (1) ; ainsi qu'OQ l'a vu effectivement par les canons des deux premiers conciles que j'^ai rapportés^
Rien donc de plus sage que la demande ou l'avis de Paphnuce ^ mais il ne faut pas l'élever à un tel excès que Ton pense qu'il ait été le plus sage et le seul sage entre tous les Pères qui formaient ce grand et saint concile. Il s'est passé dans cette assemblée ce que Ton sait être ordinaire dans toutes celles où, lorsqu'il s'agit de porter quelque jugement, l'on discute auparavant la question, l'on charge quelqu'un de porter sur cela la parole et de prendre des conclusions, De même , dans cette respectable assemblée , après avoir établi le canon qui confirme l'obligation déjà ancienne pour les u^inistres des autels de garder le célibats il aura été question de savoir quelle conduite néanmoins
(1) Ut secundùm vcterem EcclesisB traditionem deinceps h nuptiis se abstiaereui.
406 GHAP. I. DU CÉLIBAT fiCCLÉBUSTIQUE
l'on devait tenir envers ceux qui pour le prirent étaient mariés. A l'égard de ceux qui l'étaient depuis leur olrdina-» lion , la chose ne paraissait souffrir aucune difficulté , leur mariage était nul, et foit contre les lois et l'ancienne tra? dation de l'Eglise ; par conséquent les femmes qu'ils avaient étaient mises au rang des sous-introduites. La difficulté était seulement plus grande à l'égard de ceux qui avalexit été mariés avant leur ordination, et il s'agissait de savoir SI on les obligerait à se séparer d^ leurs femmes; parce que dans le nombre de celles avec lesquelles le canon du concile disait qu'ils pourraient demeurer^ l'épouse était particulièrement omise. La matière étant donc import^ntç^ et demandant une mûre réflexion, l'on, aura mis à en délibérer en plein concile ; et pour donner à la décision , quoi* que non écrite, une forme plus authentique, Paphnuce fut chargé de la part des Pères de porter sur cela la parole, d'exposer les raisons et de donner même son avis , qui a été de ne pas obliger ceux qui étaient mariés avant leur ordination à se séparer de leurs femmes. Sur quoi la matière ïnise en délibération , quoique les Pères suivent cet avis , ils ne disent pas cependant en termes for* mélSy qu'ils permettent à ceux pour qui parlait Paphnuce, c'est-à-dire à ceux qui étaient mariés avant leur ordination, de continuer à habiter avec leurs femmes, mais qu'ils leur donnent la liberté de garder la continence avec leurs femmes (1). Expressions qui marquent la pureté évangélique dont étaient animés tous les Pères de ce grand et saint concile , et par lesquelles ils font connaître assez claireifaéht qu'ils conseillent néanmoins à ceux-ci de garder la continence. Ainsi , rien de plus sage que toute la conduite du concile , et rien de plus prudent ; parce qu'en effet lorsqu'on établit une loi, l'on use d'indulgence pour le passé, sauf à la faire observer exactement par la suite. Mais indulgence qui fait connaître en même temps que la volonté du concile était qu'on n'ordonnât plus dorénavant
(t) Potesias permissa cuiquc pro arbitratu ab uxorum consuetudinc abstinendi.
jitsqd'au i/' concas m jxmim» 407
ceux qui étaient mftiiés, afin que ie iMttYtMm caûù^ lù| iuth serve dans toute son exactitude.
Tel est Èéiàû nous le yétitdble sen^ et l^xplîeiktioii très nâitnrelle de 6e passage tiré dé iiiistoîf«de6ocrate« Mnn^ sans nous arrêter atfx ftiisemements dd ceux qui, Mny^MAt que ce passage e^ oppOiié an troisième eanon 4b. ccmcit^ de Nicée, acousenl cet historien de siQ)poslti(m danf J^ rapport qu'il ftiit^ie liiisioirede PA|^Buce> «u qui lui iioputent de favoriser Fhérésie de$ Novatiens , nous souic^nous an ikmtrairê ce passage ^ nous le reg^^rdons 'cowne une eircbnstafice instmetive et un anci^i monument ^qui donne au canon de Nicée nmt grande darté^ et ^ul «on-r firme plus que Jamais le sens que nous lui donnons. Ei je pense que Socrate hiinmème ferait étonné^ s'il pouvait en»* tendre que l'on donnât h son passage un autre sens que eélui que i|Ouâ avons exposé , sens auquel tous ^^ux qvi s'«n sont éeartés depuis qu^ue temps , doivent revenir ^vec tous les concilçs et les saint? Pères qui les^mi prér cédés*