‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 2)Chapitre 99 sur 108 · CHAPITRE CINQraEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQraEME

AVAirrAGBS DU CÉLIBAT CHRÉTIEN.

Les déclamations contre le célibat chrétien viennent princrpalement des célibataires anti-ehrétien^.

Lorsqu'on examiqe avec quelque attention les déclama-: lions de plusieurs coptre la sainteté du célibat chrétien , l'on y recpnnait que les uns ne les ayaqcent que par esprit 4'irréligion; les autres, de libertinage; ceux-ci, d'ignorance ou de mépris des vrais motifs qui l'ont établi; ceux-là, d'une présomption qui se croit en droit de blâmer Iout jours les lois les plus sages. D'abord l'on remarque souvent que ceux qui osent le décrier davantage, ne sont' pas à beaucoup près ceux qui ont passé par l'état du mariage et qui y vivent chrétiennement, mais plutôt ceux qui observant un célibat très anti-chrétien, refusent néanmoins de s'engager dans les liens d'un honnête mariage, afin de vivre avec plus de licence. Or , il est certain que sans s^arréter à la religion seule , qui a toujours hautement condamné ces sortes de personnes , ^1 n'est rien de plus con-? traire aux bonnes mœurs et aux intérêts des républiques , que leur conduite ; et que ce furent en partie ces motifs qui engagèrent autrefois les législateurs à prononcer des peines contre les citoyens qui demeureraient dans cet état. En sorte que l'on peut dirç que les lois anciennes qui défendaient le célibat, ne le fabaient pas toujours tant dans la vue de le rendre odieux, que pour s'opposer aux désordres de ceux qui ne cherchaient qu'à vivre dans un libertinage aussi opposé aux bonnes mœurs, qu'au bien de

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la réfNiWqiia; et parce que , bien loin d'être une vertu chez eux y c'était un véritable scandale. Mais lorsque dans le christianisme to souverains ont reconnu la pureté des motifs qui portent les fidèles au véritable célibat , ils ont cru devoir honorer la sainteté de cet état et l'appuyer de leur autorité. Mais en laissant aux chrétiens la liberté de le pratiquer^ ils n'ont jamais prétendu autoriser les désordres et la licence de ceux contre lesquels les lois anciennes s'é-* taient fortement élevées. Car , dit au contraire l'empereur Constantin dans le passage que j'ai rapporté, ceux-là seuls qui pèchent volontairement et par malice , méritent d'être punii selon la qualité de leurs crimes (l). Juste application certainement k faire à ceux qui gardent un célibat anti-^ chrétien.

^insi y pour imposer davantage silence à de tels décla<9 mateurs qui ne voudraient voir le célibat chrétien suppri*:mé f que parce que la perfection de cet état est un reproche continuel de leur vie licencieuse , qui ne veulent pas aussi s'^gager dans un mariage légitime , parce qu'ils en crai-* gnent la gêne; il faudrait établir des lois, non pour détruire la sainteté du célibat chrétien que l'Eglise et l'Etat ont jus* tement approuvé et autorisé, mais pour obliger au mariage tous ceux qui seraient connus pour vivre dans le désordre, ou qui n'auraient pas de raisons légitimes, pures et chré^ tiennes pour s'en éloigner. Ce serait le moyen d^en faire d?s citoyens réglés et utiles à la république ; ce serait en même temps celui de leur faire baisser le ton et de les rendre plus circonspects, lorsque ne pouvant attaquer dans elle-même la sainteté du célibat chrétien , ils s'efforcent à le décrier en disant qu'il est contraire au bien de l'Etat, o'e$t»à-dire, selon leur langage , à la population. Reproche .certainement d'autant plus mal fondé de leur part, qu'il se tourne et retombe entièrement sur eux. Car , quel aveuglement de ne pas s'apercevoir que le célibat antî-chré-* tien qu'ils gardent, est ce qu'il y a de plus contraire au

(t) Eos cuim qui sponté ac deditâ operâ peccareni, congruo supplicio «fficiendos esse aiel>al. Cap, 4. An. 59.

bien de la république « aui^ bonnes mœu rs et ji la religion. Comment ne sentent -ils pas ce qu'on peut leur dire avec justice à eux-mêmes : Combien en effet depuis nombre d'amiées^ peut -être même depuis plusieurs siècles^ les Etats ne seraient^ils pas plus peuplés^ si vous eussiez con^ tracté des alliances conformes aux bonnes mœurs et aux lois les p}ps sages? D'ailleurs, ne vous flattez pas de faire croire aux gens sensés que vous soyez aussi portés pour le bien public que vous voudriez le faire entendre', car il est constant que vous êtes si peu animés d'un vrai zèle de ce bien public , que si les célibataires chrétiens pratiquaient cette vie par d'autres motifs que par ceux de la religion et d'une plus grande perfection , dès lors vous ces^ seriez de les décrier, parce que plus vous verriez augmen-^ ter le nombre de vos semblables , et plus vous chercberiez à vous ménager les uns et les autres*

î. IL

Le célibat chrétien plus favorable que contraire à la

société humaine*

Mais d'un autre côté , quelle présomption de se croire plus prudents» plus sages que toute l'Eglise et tant de grands hommes ; de se croire plus instruits et mieux éclairés sur les intérêts des républiques que ceux qui les gouvernent, et qui loin de penser à faire de pareilles plaintes du célibat chrétien, enpnt fait Téloge, l'ont autorisé , ont puni ceux qui l'ont décrié, ainsi que l'on peut le voir à l'égard de Jp- ▼inien etdel'Anti-Célibataire(l] ; qu'ils ont au contraire tou-> jours condamné et prononcé des peines contre ceux qui ne gardaient le célibat que pour vivre dans une licence cri-^ minelle ! Répondons d'abord à ces ennemis du célibat chrétien, qui pour le décrier prétendent qu'il est contraire à la population; répondons, leur dis-je, ce qu'un grand |Pèrc

{i) Avant-propos. A ri. v.

de l'Eglise leur répondait dès le quatrième siècle du chris-r

tîanisme.

« Qui peut se plaindre , leur disait saint Ambroise» de

n'avoir pu se marier faute de trouver une femme? Si

quelqu'un dit que les vierges consacrées à Dieu diminuent le genre humain J qu'il apprenne que là où il y a peu de ces sortes de vierges, les pays sont moins peuplés , et que les nations les plus nombreuses sont celles où l'on pra->

tique la virginité L'expérience de toute la terre nous

convainc de l'utilité de la virginité; car elle attire de la part du ciel sur le vaste Empire romain , une bénédiction qui le rend l'empire le plus peuplé (1). »

En effet , outre cette bénédiction qui est une grâce particulière que Dieu répand , tant pour confondre les ennemis de la virginité, que pour protéger une vertu qui est si agréa* ble, l'on peut en apporter encore une raison assez naturelle, savoir : que la même religion chrétienne qui conseille le célibat f donne d'un autre côté à ceux qui ne s'y destinent pas, des règles si sages selon les différents états, qu'elle empêche autant qu'il est possible les désordres qui , dan$ le mariage comme hors du mariage , seraient contraires à la multiplication du genre humain.

Ajoutons encore ici une raison puisée dans l'ordre de la providence même , afin de répondre à ceux qui pour appuyer le désir qu'ils ont de voir la destruction du célibat chrétien, font des supputations imaginaires du nombre de citoyens dont ils croient que les Etats augmenteraient , si on obligeait au mariage tous ceux qui y renoncent par des motifs de piété et de religion. Pour cela remarquons que si Adam et Eve ont suflfii pour peupler toute la terre, si Noè

(1) Quis tandem quaesivit n^orem qui non invenerit?....... Siiquis

igitur putat consecratione virginum minu! genus humanum» consideret quia ubi paucae virgines , ibi eliam pauciores bomines : ubi vîrginitatîs

studia crebriora» ibi numerum quoque hominum esse majorem

Ex ipsius igitur orbis terrarum usii non inutilis virgînitas existimatur, praesertîm cum per virginem salus veneril orbem fœcundatura Komanum. De virginitalc. Cap. 7.

DU CÉLIBAT GHBÉTIEIV . 457

et sa très petite famille l'ont repeuplée^ c^est une vaine idée de dire que l'abolition du célibat chrétien rendrait le monde plus peuplé. Car puisqu'à mesure que le genre humain s'est multiplié jusqu'à un certain nombre, ce même nombre n'a pas lui-même augmenté, dans quelque partie de l'univers que cç soit, à proportion de ce qu'avait augmenté la postérité de nos premiers p^res , il est évident qu'il est dans l'ordre de la providence que les hommes ne passent pas un certain nombre dans les différentes parties du monde i en sorte que la même main du Créateur^ qui a su d'un seul en produire un si grand nombre, sait, comme aux vagues de la mer, y mettre les bornes qu'il juge à propos. D'où je conclus que les nations de la terre ne gagneraient ni ne perdraient quand il n'y aurait p^s de célibataires chrétiens. D'où je conclus qu'il est même quelques nations qui plutôt gagneraient considérablement à voir chez elles rétablissement du célibat chrétien , l'unité dans le mariage et la destruction de la polygamie. Car il y en a où les habitants sont si multipliés, que plusieurs périssent dé misère et d.'indigence ; que par exemple à la Chine l'on ne s'y fait pas de peine d'exposer à la mort les enfants» lorsque le nombre en est trop grand.

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