‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 11 sur 87 · EX1GEBA1T DE VOUS QUELQUE CHOSE DE BIEN DÎFF · texte numérisé non relu

EX1GEBA1T DE VOUS QUELQUE CHOSE DE BIEN DÎFF

CiLE , TOUJOURS DEVMEZ-VOUS VOUS Y

puisqu'il s'agit de guérir de votre lèpre ? mais maintenant que le prophète ne vous demande antre chose , sinon que vous vous baigniez dans les eaux du joubdain (1 ) , comment pourriezvous vous refuser de pratiquer un remède si crise? Dieu, eût- il, Monsieur, attaché le pardon de vos péchés aux conditions les plus dures , y a-t-il rien au monde que vous ne dussiez êt^e prêt à faire pour l'obtenir? Maintenant U exige uniquement de vous , que vous déclariez avec un cœur contrit et huprilié vos misère? et vos faiblesses à celui qu'il a établi pou* son lieutenant ; pourquoi donc feriez-vou$ difficulté de vous servir du remède qu'il a ordonné pour la guérison de votre âme ? Et quV a-t+il dans la confession qui puisse tant vous effrayer ou vous rebuter ? craindriez-vous que le secret ne vous fait pas assez exactement gardé ? mais ignorez-vous, Monsieur, la sévérité de 0,03 lois,, ne savez-vous pas jusqu'où nous portons l'obligation du sceau ? peut-elle être et plus étroite, et plus universelle? figurez-vous tous les cas possibles ; jamais vous n'en imaginerez auçrjm ou i\ ppisse être permis de révéler ce que l'on connaît p^r la seule voie delà confession: fallûtril sacrifier mille vies et expirer dans les pfrfê, horribles tourments , tout confesseur doit y être déterminé plutôt que de porter jamais, par le pipindre mot, atteinte au secret de la confession $ *}ij$s) ne pensé - je pas , Monsieur , que

. (f) é.Reg. Cap. 5.15*

vous ayez jamais ouï parmi nous faire aucune plainte sur ce sujet ; vous pouvez* compter qu'il ne vous arrivera pas» d'avoir sujet d'en faire. Mais , me direz-vous , du moins est-il dur d'être obligé à faire des aveux secrets et bgmiliaqts , qui ne peuvent manquer de laisser de fâcheuses impressions dans l'esprit du confesseur. Qserai-je vous dire, Monsieur, ce qui en est , et m'en croireas-vous ? on ne frit janiafe tort à sa réputation dans l'esprit du çonfessenir* qçgnd on est résolu de se corriger j il est t>eaoooqp plus édifié des bonnes et saintes dispositions qu'il voit actuellement dans son pénitent , qu'il ne peut être frappé de tous ses déréglemente passés. Un aveu humble et sincère r accompagné d'un vif regret et d'une généreuse volonté pour l'avenir, charme le cœur de Dieu même, qui a été offensé ; comment pourrait-il déplaire à un homme qui ne se trouve en rien lésé par tous les excès auxquels en a pu s'abandonner, et qui sent en lui-même les mêmes principes de. misère et de faiblesse ? Croyez plutôt,. Monsieur, que le confesseur, plein d'amour pour Dieu et de charité pour k prochain, bénira mille fois le Seigneur de ce qu'il vent bien se servir de son ministère , pour rappeler à la vie le pécheur* qui allait périr.

Quand vous vous serez une fois déterminé à faire votre première confession ( car je m'attends toujours à vous en voir prendre la résor lotion ; et je ne cesserai d'espérer ce que je «e puis me lasser de demander à Dieu ); quand-» dis- je, vous serez prêt à faire votre première

confession , la plus difficile de tontes , comme la pins chargée i comme celle où Ton a le moins d'usage , il Tons sera libre de vous adresser à qni il vons plaira ; s'il vous est plus aisé de vons confesser à nn étranger qni ne vous connaisse pas , et avec qni vons ne deviez jamais avoir de rapports , vons en serez pleinement le maître ; et si vons aimez mieux vons adresser à nn prêtre de votre connaissance , j'ose vous assurer , Monsieur , qu'il se trouvera honoré de votre confiance , et que bien loin de rien perdre de son estime , vous verrez redoubler en elle tous les sentiments qui peu* vent vous attacher son cœur.

Je sais bien , Monsieur , que malgré tous ces motifs d'encouragement, je ne dissiperai pas entièrement la difficulté que vous pouvez éprouver à vous confesser ; Dieu a voulu que la confession fût accompagnée de quelque peine , tant pour se venger de la légèreté avec laquelle on Ta offensé , que pour apporter par cette répugnance salutaire une espèce de frein aux passions ; mais , Monsieur , dès que Dieu vous déclare sa volonté , y a-t-il à balancer pour vous î s'il ne veut vous rendre son amitié qu'à ce prix, croirez-vous l'acheter trop cher? je vous crois trop d'empire sur vous-même , pour cédera une difficulté si légère , lorsqu'il s'agit de contenter Dieu, et de vous mettre à l'abri de ses redoutables jugements. Mais , s'il vous en coûte, vous ne tarderez pas à être dédommagé de ce faible sacrifice; la paix et la joie intérieure que vous goûterez , vous feront sentir que vous avez

conclusion. 177

trouvé grâce devant le Seigneur; les fruits du Saint-Esprit, qni habitera dans votre cœur, mettront votre Ame dans une situation tonte nouvelle , et vous feront trouver un contentement re vous n'aurez pas encore éprouvé. Je ne vous i rien, Monsieur, dont je n'aie va mille fois l'expérience dans les nouveaux convertis , après leur première' confession. Dieu ne vous traitera pas moins favorablement que les autres : j'en connais plusieurs qui, en se faisant catholiques, ont eu spécialement en vue de calmer les remords de leur conscience par on aven salutaire , et qui ont parfaitement réussi a. trouver par cet acte d'humilité le repos qu'ils avaient cherché vainement ailleurs. Je sais une dame de qualité, qui ne passait jamais par ht cathédrale , lorsqu'elle était encore des vôtres ,-' sans envier à ceux 'qu'elle voyait dans nos confessionnaux , l'avantage qu'ils avaient de ' déclarer leurs faiblesses. Dieu lui a fait depuis la grâce de les imiter, et*elle s'acquitte aujourd'hui de ce devoir avec autant de contentement que d'édification.

Puisse le ciel, Monsieur, vous faire participer au même avantage , et vous inspirer une volonté efficace de prévenir le -plus grand 'de tous les malheurs , le' malheur de mourir dans le péché! on y meurt, quand on néglige d'e obtenir le pardon ; et on n'en obtient le pardo que par une bonne confession, lorsqu'on est e état de pouvoir se confesser.

Vous me direz peut-être que sans être obli à changer de religion , vous pouvez avoir t

TOJH, H. 12

179 conclusion.

k» avantages de la confession en vous confessant à on de vos ministres. Mais 1° il serait difficile de comprendre comment mous pourries être persuadé de la nécessité de la confession # et estimer encore w religion qui ne la regarde pas comme nécessaire ; STjenevous crois pas assea persuadé de la fidélité de vos ministres sur le secret , pour oser leur faire qm confession aussi sincère qu'elle le doit être ; leurs marâaies sur l'obligation du secret , et ta conduite qu'ils ont tenue plus d'une fois sur ce sujet 9 ne sont pas du moins fort propres à vous inspirer beaucoup de confiance ; 3° quand vous vous sentiriez pour quelqu'un d^entre eux toute la confiance requise en pareil cas , la confession que vous lui feriez serait fort inutile, puisque vos ministres n'ont aucun caraetfre pour donner des absolutions valables devant Dieu,

Ces* ce que j'espère vous démontrer dans la lettre suivante. Je Jfinis pour le présent , et c'est en vous demandant pardon de mes Ion* goçurs i je n'ai pas le talent de m'expliquer en peu de mots sur des obligations aussi importantes qui» celles dont j'ai eu l'honneur de vous entretenir « JLe zèle infini que je me sens pour votue salut, me suggère toujours de nouvelles pensées > et ne me laisse pas la liberté de les opprimer ; j^ joins & ce zèle un vif désir de voua persuader de l'attachement sincère et respeertueus avec lequel j'ai l'honneur d'être , etc.

m;i vtr mj imni in lui1, 11,1 1 j ■ r1 y iiiiwiuisaaacagB

«» {JS BÉFACT DE POIJYO» PAM U& WaiiTRBS

MfMCMwm

Pwft j'avance âam le 4te**iii dont wua ave» m le plan dans ma première lettre* plus je sens redoubler en moi le *èfo qui m'intéresse à votre salqt* Voua ave* un caractère ai loyal, Bien a mis en voua deg dispositions si heu» reusa*, et qui , à la religion près, paraissent si propres à faire de vous un prédestiné; pour* rais-je vous voir engagé dans cette multitude d'attachés qui vous éloignent de la route àr\ Ciel , sans avoir le cœur pénétré de douleur, et sans me croire obligé de chercher toutes, les voies possibles pour voua les faire connaître , et vous engager à en sortir. Les obstacles que j'ai eu l'honneur de vous exposer jusqu'ici , sont aussi réels que funestes dans leurs effets ; il est difficile que vous n'en soyez pas convaincu, pour peu que vous ayez voulu donner votre attention â les examiner : mais celui dont fai à vous entretenir aujourd'hui , semble avoir

encore quelque chose de plus sensible et de plus effrayant, soit que Ton considère la vérité du reproche que nous vous faisons, soit que Ton regarde les terribles suites du défaut important que nous vous reprochons dans la plus exacte vérité.

Nous prétendons , Monsieur, que vous n'avez pas de prêtres chez vous; je veux dire , que vous n'avez pas d'hommes qui aient le pouvoir de vous administrer le sacrement d'Eucharistie , ni de vous absoudre de vos péchés ; car des ministres , qui aient le pouvoir d'offrir en sacrifice le corps et le sang de Jésus-Christ, vous n'en avez pas, vous en convenez aisément vous-même , et vous êtes bien éloigné de vous en mettre en pçine, puisqu'ils sont à vos yeux non-seulement mutiles , mais profanateurs. Je prends donc ici le mot de prêtre dans le sens que j'ai marqué;, je le restreins au seul ministère de la consécration et de la récopciliation , et je soutiens que vous n'avez chez vous personne qui puisse vous 'donner le corps et le sang de Jésus-Christ; personne de qui vous puissiez recevoir une absolution valable devant Dieu.

Vous te sentez bien, Monsieur, ce n'est pas de mon chef que je hasarde de vous adresser ici ce reproche. Ce reproche est celui de tous les catholiques de la terre , et la persuasion où ils sont tous sur le défaut de pouvoir dans vos ministres , n'est point un sentiment sur lequel ils n'appuient que faiblement, comme ils feraient sur une opinion qui leur laisserait la liberté de penser le contraire ; c'est chez nous

StlH LA DÉÏAUT DR P0UT01B, ETC. 181

un article de foi de croire vos ministres destitués de ce pouvoir , car le concile de Trente a décidé en termes exprès an canon 7* de la vingt-troisième session , qu'il n'y a que l'évoque qui puisse valablement ordonner des prêtres , et que le pouvoir d'administrer les sacrements , conféré par tonte autre voie, doit être réputé pour nul (1).

Si ce sentiment n'était passé chez. nous en dogme que depuis la décision du concile de Trente, je comprends comment, suivant vos préjugés, vous pourriez croire ne devoir pas beaucoup vous en inquiéter ; mais, Monsieur, remontez jusqu'aux premiers siècles de l'Eglise, et roua verrez cette doctrine. constamment sontenue dans tons les- temps. La protestation même de Luther sur ce sujet contre l'antiquité et contre l'usage des siècles passés (2) , protestation qui se trouve à' la tète d'une lettre qu'il écrivit aux magistrats et au peuple de Prague pour' les détourner d'envoyer prendre les ordres chez les évoques catholiques, cette protestation , dis-je , fait assez sentir qu'il n'a pas cru l'antiquité favorable à sa nouvelle manière d'ordonner, et cette seule réflexion suffirait

(I) Siqaiidherit.BphcopM.nonesepmbyti lnbera potettatem conGraundi et arduandi , vel ■ eue cum Preibjleria commonem , wl nrdiiies a1 pâli «et pnteaUln ncalaria coruenia lut vocal! qui nec uii Eccleaiuik* et Canonkl poiestaie mu sunl, sed alimidfi ïeniuut, Icgitimoa eue Verbl et DÙtrw ( ansiliema ait.

(8) Parinn sollicili , quid moi1, qni:l l'uli ■<"■ in fcecrini. Tarn. 3. £dit. lea. ChrUiUn.. filioiiii de p»g. 576.

déjà pont* troubler la sécurité dans laquelle vètts vivez touchant le pouvoir de vos ministres. Peut-être ne vons ésfe-il jamais venu en pensée de révoquer en doute leur autorité ; mais , flfonsfefar* pont avoir le droit de continuer â rester dans dette tfranqmllké i il faut nécessairéâaent «apposer comme un fait incontestable > que tonte l'antiquité s'est trompée , qu'aucun des saints Pères nfa vil clair dans ce qui regarde l'ordination , que tons les peuples chvé» tiend de la tetfre n'ont eu que des idées lames et extravagantes 'du ministère , que l'Eglise s'est écartée constamment pendant plus de quinze siècles de la pratique et de la doctrine des Apôtres ; à moin* de suppose* toutes ces assertions comme autant de vérités certaines et incontestable*, vous ne pourrez nullement rester tranquille sur le chapitre dont il s'agit > comme vous le verres iasséfc par la suite des raisonnements que 96 dois avoir l?hanbeur de vous développer. Or, vous m'avouerez >, Monsieur* que cette supposition est un peu forte , et que vos docteur* ne sotet pas tout à fait en droit d'exiger qu'on la leur passe comme un prélimi* taairev Vous trouverez sans doute bien plus raisonnable d'examiner qui des deux s'est trompé , de Luther ou de toute l'antiquité ; le sujet en vaut certainement bien la peine , il s'agit ici du tout : si vous restez dans un parti où â n'y ait pas de pouvoir de consacrer ni d'absoudre, vous voilà hors d'état de satisfaire au précepte de Jésus - Christ , qui vous ordonne sous peine de damnation éternelle de recevoir son corps

SDR LE DÉFAUT DE POUVOIB, ETC. 183

et son sang (1 ) ; vous Tollà de plus retenu pour toujours dan» lu liens de vos péchés , sans pouvoir profiter dd bénéfice des clés pour vous faire délier. Comment pourrez-voos donc espérer de vous sauver dans un parti ou se se trouvent pas les ressources les plus nécessaires an saint ? comment même pourra.-4-on appeler Votre société une Eglise i s'il est vrai qu'elle manque de minisuies et de sacrements ? or, n'estce pas en manquer, que d'avoir des ministres sans pouvoir, et des saorements sans vertu ?

Aussi votre Kemnitius a*t-il si bien compris l'importance de cet article, qu'il n'a pas craint de dire «c que par cette prétention oomtze le « pouvoir des nouveaux «niuistres , nous ae « cherchions pas tant à critiquer et a blâmer « vos £ghsesn qu'a ks suffoq>aerT a les égor- « ger, à les détruira, «t a. les renverser de fond « «n comble (2) ; ■» co sont ges propres terme* , dont l'exagération même et la singularité rendent plus énergique l'expeepsion de la pensée*

Non, Monsieur, notre dessein n^est si d^louflèr , ni d'égorger 3 suOs Tfcdona «Huleraènt , s'U est possible, empocher des awriffi tachetées du précieux Jane; de Jésus-Christ t de péfir éternellement, ïauteide ht nounrinare nécessaire à la conservation de ieuf aie, ou.des remèdes dont elles 'Ont «bsoluiaettt besoin pour guérir les blessures mortelles da péché. Ce sont là,

1 84 CINQUIÈME LETTOB.

comme vous voyez , Monsieur , de vues de cha* rite que vous ne sauriez désapprouver; vous conviendrez même aisément , que supposé notre persuasion , nous ne devons, pas nous dis* penser de vous avertir de votre indigence. . .

Sans doute , si je voyais un aventurier ven* dre de l'eau commune dans de petites fioles, comme des essences exquises , comme des spécifiques d'une admirable, vertu , comme des re, mèdes souverains à toutes sortes de maux , je me croirais obligé à détromper des gens trop crédules que je verrais dans la pensée de vouloir en acheter, de .peur qu'une vaine confiance dans un remède que je saurais ne devoir leur servir de rien , ne leur fit négliger les remèdes véritables et propres à leur conférer le bienfait de là guérison. Gomment donc pourrions-nous nous taire, lorsque nous vous voyons prendre des ressemblances et des fantômes de sacrements pour des réalités, persuadés que nous sommes de l'incompétence de vos ministres et de là non-valeur de vos sacrements ?

Je comprends que Messieurs vos ministres n'aiment pas qu'on vienne à toucher à cet article; la seule proposition que nous faisons avec cet air de vérité que lui concilie d'abord l'usage de tous les temps , semble déjà par avance les dégrader et les avilir dans l'opinion des peuples , ce qui ne peut manquer de leur être sensible. Mais , faut-il par complaisance et par ménagement pour eux trahir les intérêts de Jésus- Christ ? Serait-il juste de sacrifier le salut de tant d'âmes à la crainte qu'on pourrait avoir de

leur déplaire ? je proteste ici que je ne cherche pas à leur faire la moindre peine. Mon caractère vous est assez connu , Monsieur ; vous me ferez , j'espère , la justice de croire que je n'aime point à chagriner, personne; si néanmoins, je ne pois, dire ici la vérité sans provoquer la mauvaise humeur de vos ministres, à qui vous . montrerez sans doute cet écrit pour leur demander leur sentiment, comme vous avez coutume de le faire , il faudra bien se rér soudre à supporter leur colère, plutôt que de consentir à vous voir tranquillement rester dans une erreur si préjudiciable à votre salut. Mais ce n'est, là déjà que trop de préambules ; je dois me . hâter, d'entrer en matière: si je ne puis assez mériter votre attention par; l'élégance du style, accordez-la, s'il vous plaît,, à l'importeçce du sujet , elle semble vous, la demander tout entière.

Vous n'ignorez pas, Monsieur, qu'avant la naissance de Luther tous les chrétiens de l'univers étaient si: fort persuadés de la nécessité de se faire ordonner par un évèque pour pouvoir faire les fonctions de prêtre , que les Hussites même de Bohême , tout séparés qu'ils étaient de l'Eglise catholique , ne laissaient pas d'envoyer ceux qu'ils destinaient au ministère , vers des évêques catholiques , pour recevoir de leurs mains les ordres sacrés : pour y parvenir il fallait employer la surprise et dissimuler sa religion ; et néanmoins on les vit pendant plus d'un siècle , à commencer depuis leur séparation jusque plusieurs années après celle de

i$6 ûiSQvtmn LCTtw.

Luther, pratiquer ce tuisérahl? artifice , dans, la persuasion où ils étaient qw ni doits leroyanme de Bohème ai aài&eurs , M n'y avait aucun évé* que de lew faction ciqœkàe d'ordonner des pré* très Hiissiies * et qcf ainsi tf était là i'rapqae «oie qoi leur restât pour ne donner des faateuns revêtu* d"*tti pouvoir légitime.

Or, Luther, *près a*oir imaginé sinnomvèap mode d'ottKnatioû j «erat devoir leur faire part de & découverte f et ce fat pour les faire cha»* ger de sentiment et les ffmeaer à sa méthode ^ qu'il écrivit a&t magistrats de Prague la lettre dont fdi «u rhoanewr de tous parler; cVat flans cet éetlt que «e trotrre soigneusement développer le «eeret de la nouvelle ordination arec Cous les titres que Luther a pjgés les plus pnth près A rawtiéditer. Il y soutient premièrement que tout chrétien est prêtre à raison de son baptême , expression qu'on lui passerait aisément ^ s'il ne prétendait l'eiuptoyer que comme tme tournure figurée et métaphorique , <et exprimer seulement par là que chaque chrétien est en état d'offrir des Sacrifices à Dieu, ne fût-ce que celai dun cœur contrit <et homiïié (I ) . Mais œ n'est pas là le «eus qtfïl a eu en vue: il prétend que chaque chrétien est "véritable prétoe, «t a «n pouvoir aussi réel de consacrer et d'absoudre , <joe celui dont auras reconaa&sions le prêtre catholique revêtu par la force de son ordination {%)+ Il dit GU seceafed lien, que quoique chaque chrétien ait tous les pouvoirs attachés à la

(1) Dfe instituftodis Mîuistris , cdit. Jenensis Ulinec. T. 2. p. 530.

(2) Tuin. 2. pag. 583.

sua le dSîàut db pouvoib, etc. 187

prêtrise, il ne doit pas néanmoins en faire les fonction , sattô être appelé ato ministère r par fa multitude des suffrages, «et il prétend que tfesstfc chûbc dé la communauté , qui lait entrer légitimement le sujet choisi , dam Teifercioe du pouvoir sacerdotal primitivement conféré par le baptême ; de là ce mot favori, «qu'on est prêtre par naissance et ministre par élection (1 ); » d'oii & fconclnt qne Fordre de prébise reçu par Km* positiondes mains de révêqufe, «est parfateemeot inutile.

Voilà , Monsieur «, en peu de mots tonte la doctrine de Luther sur ce stojet , doctrine qui He se trouve pas seulement renfermée dans la lettre que )è viens de citer, mais qne Luther répète et inculque dans pltudeuits antres «wwges , comme dans la défense des articles condamnés (2) i dans son livre de la captivité de ïtorbylone (3) , dans le livre oontre & messe privée £4) -, dans la réfutation prétendue -du litre de Jétdme Emsékr (S) ; or dans tons ces en- 'droits Ltfther ne traite pas cette matière superficiellement , mais il y parle en hoinme qui ftdt tons ses efforts ponr expliquer avec tonte la netteté possiMe ce qu'il a pensé ^«r Cet article.

Je sais , Moasteur , que pkcietirs de ses disciples ont notablement changé celte doctrine ; iriafis quelque changement qulls y aient ap-

(ï)*$ade*dbfera fias*!* ftftnkftfom £e*L De tottaendfehtitf&tris Ecdettiae , T. S# Edït lat. Jenengfe , p. 380.

(t) T. 1 • Ed. Jen. Germ. p. 416. — (3) t. S. Ed. Jeu. lat. p. 296. b. -H4) T. $. Ed. Jeu. lat. p.'467. b. — (5) t. *. Ed. Jcn. Germ. p. 569.

porté , le tour qtrëls donnent à leur système r est pour le fond si lié avec le sentiment de Luther , qu'on ne peut réfuter l'un sans réfuter l'autre. Je les suivrai exactement dans leurs va-; nations ; je combattrai les uns et les autres , je veux dire, et les disciples fidèles de Luther, qui s'en tiennent à la doctrine originaire de leur maître , et les esprits plus hardis qui ont voulu le surpasser en sagesse , et cherché à modifier ses principes , et afin de les confondre tous éga? lement , j'avance trois propositions : première^ ment , il n'est pas vrai que chaque chrétien soit véritable prêtre et ait pouvoir de consacrer et d'absoudre ; secondement , il est égale*ment insoutenable de reconnaître dans umé communauté de laïques l'autorité de commt*niquer ce pouvoir ou le droit de l'exercer ; troisièmement , l'ordination de l'évêque est absolument nécessaire pour conférer -le. pouvoir d'administrer la cène et la pénitence , et tout acte de ce genre fait par un homme que l'évêque n'a pas ordonné, est indubitablement de nul effet et de nulle valeur.

Voilà, Monsieur , trois propositions aussi certaines qu'elles . sont fatales à votre ministère , de quelque manière qu'on s'y prenne poqr lé défendre. Vous ne m'en croirez pas sur ma parole , mais aussi ne refuserez-vous pas d'en examiner les preuves , et vous les trouverez telles, je l'espère , que vous n'aurez pas à me reprocher de m'être trop avancé. Je vous prie seulement de remarquer ici qu'il me suffira de justifier une de ces trois propositions , pour con-

vaincre votre ministère de nullité, du moins dans le plan de Luther. Mais si je viens à les justifier toutes trois , il vous sera encore bien moins possible de ne pas reconnaître dans votre religion ce défaut essentiel, qui entraine après soi de si terribles suites.

PREMIÈRE PROPOSITION

il n'est pas vrai que chaque chrétien soit vé-

Page 1