TROISIÈME PROPOSITION
IL n'y a que x'évêque qui PUISSE CONFÈRE* Ut
•BOUDOIR DE *X>ffS£GftEB «ff b' ABSOUDRE.
Poor avoir le pouvoir de consacrer et d'absoudre , il faut avoir été ordonné par un évéque : vr vos ministres n'ont 'été ordonnés par aucun evèqae; donc ils n'ont point le pouvoir de consacrer et d'absoudre ; ne refusez pas , Monsieur , d'examiner les deux propositions qui concluent sî directement 4 la nullité de votre ministère. Vous n'êtes pas fiait pour vous torner
é un demi-examen : puisque tous avez bien voulu entrer dans ia discussion de cette matière , procurez-vous la consolation de pouvoir vous assurer que vous fie vous êtes rien caché de tontes les objections proposées par vos adversaires contre les pouvoirs prétendus de vos ministres; vous êtes certainement assez intéressé à la solution de cette importante question pour aimer & en prendre une exacte connaissance.
Je dis donc premièrement que , pour être prêtre , et en faire validement les fonctions , il faut avoîf été ordonné par un évêque. C'est là mie vérité si généralement et si constamment reconnue dans l'Eglise , qu'un prêtre ambitieux , nommé Aérius , chagrin d'avoir manqué l'épiscopat , ayant osé enseigner , vers lé milieu du quatrième siècle , que le pouvoir de conférer l'ordre de prêtrise appartenait aux prêtres comme aux évêques , ce dogme nouveau parut tellement étrange au monde chrétien , que les Pères qui nous ont laissé un catalogue des hérésies , n'ont pas manqué de mettre cette erreur au nombre de celles qui , depuis le commencement du christianisme , avaient infecté l'Eglise.
Saint Epiphane , évêque de Salamine , en Chypre , auteur du quatrième siècle , a été également illustre , et par son érudition , et par sa sainteté , et par les miracles qu'il a faits pendant sa vie et après sa mort , ainsi qu'il est rapporté par Sozomène (1 ) et par Nicéphore (2) .
. (1) Sozom. Lib. 8. c. 26. Ed. Froben. p. 689. (2) Nkeph. Lib. 12. c. 46. Ed. Basil, ex otf. Joao. Oporini, p. 690.
Le second concile général de Nicée va même jusqu'à le qualifier d'homme divin pour Pexcellence de ses ouvrages (1). Or voici comme il s'exprime sur le sujet en question : ce Le ce dogme d'Àérius > dit-il , est un dogme dont ce la folie et la monstruosité surpasse l'intelli*ce gence de l'homme , surtout en ce qu'il préce tend que l'évéque n'a rien au-dessus des pré* « très , et qu'ils sont parfaitement égaux pour ce Tordre , l'honneur et là dignité (2). >*
C'est dans le livre où il a fait un recueil de quatre-vingts hérésies * qu'il tient ce langage ; livre que le même concile général de Nicée dit être ce en grande réputation dans tout l'unic< vers (3) ; >* que saint Augustin cite avec respect en traitant le même sujet (4), et que vos cenituriateurs nomment ce un ouvrage très noble ce et très exquis (5), » ce II n'y a pas d'hoïnme ce sensé , ajoute le même saint Epiphane à la ce page suivante , qui ne reconnaisse facilement ce dans la doctrine d'Aérius un tissu de folies et ce d'extravagances , comme quand il cherche à ce établir une égalité parfaite entre l'évéque et ce le prêtre. Comment pourrait-il en être ainsi?
(1) Divinus enim hic Pater Epiphanus 80. capilum librumedidit, etc. Act. 6. 2. Conc. Nie. T. 7. Conc. Labb. p. 849.
(S) Est autera illius dograa suprà hominis captum furiosum , immane. Iroprimis enim : Quânam, inquit , in re Presbytero Episcopus antecellit ? nullum , inquit , inter utrumque discrimen , est enim amborum unus ordo, par et idem honor etdignitas. Haeres. 76. Ed. Petav. Tom. 1. pag. 906.
(3) Libri ejos per universum terrarum orbem sunt famigerali. Act. 6. Conc. Labb. T. 7. p. 850.
(4) Tom. 6. Ed. Froben. p. 10.
(5) Eximium opus v nobilissimnm opus, Centur, 4. c. 10. Ed. Opo* Hni» p. 1104 et 1105.
SDR LE DÉFAUT OB FOUTOIB , ETC. 245
« l'ordre des évèqnes est destiné à fournir des « pères spirituels à l'Eglise, an lien que Tordre « des prêtres, destitué de ce pouvoir, peut bien ce donner des enfants à l'Eglise par le baptême ce de la régénération , mais ne saurait lui engen- « drer des pères et des maîtres. Car comment ce pourrait-il faire et établir des prêtres celai « qui pour en former n'a aucun droit d'un- « poser les mains (I)?»
Saint Augustin n'a pas moins fait le procès à Aërïus pour avoir avancé une erreur si insoutenable. Voici ses paroles : « Aérius , tombé dans ce l'hérésie Arienne , y a, dit-on, ajouté quelques ce dogmes de sa façon; il a soutenu qu'il ne ce fallait ofirir ni prières ni sacrifice pour les ce morts, qu'il ne fallait pas non plus garder ce les jeûnes établis par l'Eglise, mais que cha- « cun devait jeûner selon le mouvement de sa et dévotion, afin de ne pas paraître être sous la « loi; il disait aussi, qu'il n'y a aucune dïfféof rence à faire entre l'évêque et le prêtre (2). »
Je m'abstiendrai de faire ici sur le texte de
(I) Eoim verù lolom illud «toliditatù este plciiissimum pruden* quisque fatilé perapicit : relut, cum Epiacopum ,ac Presbyterum adzquare txmatur. Hoc enim constare qui potest T li quidem Epiacoporum orsV> ad lpgnendo3 Paires pra.'cipuéperiinet.Bujiuetiim est Patres in Eccteaii pro-. pagare. Aller cum Patrea non posait , Glio* Ecctasiss régénéra tionis lotioue produril, non tanien Patres aut Magistral. Quloam ietà fleri potest , ut is Pnabjterum constituât , ad queiu creanduro manuuni impooendnrum. jut nullum habeat T Ed. Pet. p. 808.
(î) Id Arianorum b«resim lapsus fertur , propria quoque dogtaaU addidisse non nulfa , dicens : orare Tel oiïete pro mortois oblatioDi: ru •""• oportere , aec sututa solemuiter celabranda «sas jtjunia , sed casa queToluerit, jejunandum , ne videalur esse sub legs. Diccbat PretbjleriiiD ab Episcopo nullà duTcreulii deberc discerni . Ton. Froben. p. 35.
vm non ^
246 CINQUIÈME LETTBE. i
saint Augustin tontes les réflexions que je serai* en droit de faire , je me tëserve à les développer plus amplement dans ma sixième lettre , dont le sujet me rappelle» au même passage , pour en examiner toutes les parties avec plus d'exactitude. Je me contenterai pour le présent de vous prier , Monsieur , de donner votre attention aux dernières paroles d« texte cité, et de remarquer que saint Àugtistro s'accorde par-» faitement avec saint Epiphane, à mettre le dogme et l'égalité prétendue au nombre dm hérésies. Saint Jean Damascène (1) et saint Isidore, évèque de Séville, en ont fait autant, et ont également placé la doctrine d'Àérras sur le point en question dans le catalogue des hérésies, dont ils nous ont laissé le détail, à rimkatkm de saint Augustin et de saint Epiphane.
Quoi ! des docteurs si habiles et si bien instruits des matières de la foi et des sentiments de leurs temps, auront, dans l'entreprise qu'ils ont formée de laisser à la postérité une idée nette de toutes les mauvaises doctrines fatales à la paix de l'Eglise , noté le sentiment de ceux qui égalent le pouvoir du prêtre à celui de l'évoque, comme un sentiment hérétique, et l'on croira pouvoir, sans tomber dans la plus grande de toutes les témérités , et se rendre aussi coupable qu'Âérius , contredire tous ces grands et savants hommes , condamner l'Eglise de leur temps , dont ils ont parfaitement su et expliqué la doctrine, soutenir aussi avec une audace
(1) Edit. Basilcensis, p. 581.
SUa LE DÉFAUT DB POUVOIR, ETC. 247
inexplicable , <pfone ordination, faite par un pi^ n'est pas, moins valide, qoe celle qui est faite par tm évoque ?
Je n'ignore pas. r Monsieur, la réponse de vos théologiens, pour parer au autorités que je rôn& de citer :, Si le* Pères r disent-ils , ont blâmé Aériu&„ c'est uniquement sur une entreprise qui regardait le temps mèmG ou il vivait ; il prétendait que Tordre épiscopal et Tordre sacerdotal était parfaitement le même du temps des Apôtres; que l'Eglise., pour remédier aux désordres excités, entre les prêtres par la division et la cabale , avait jugé à propos d'établir des chefs pour gouverner le clergé ; et que ces chefs avaient seuls, conservé depuis le nom d'évêques , comme propre à les distinguer des prêtres soumis- à. leur conduite» Aérius avait trouvé cet arrangement tout établi de son. temps, et quelque convenable, qu'il fût aut bien de l'Eglise de le. conserver „ il entreprit néanmoins de le troubler , de le changer r et de remettre tout sur l'ancien, pied;, or> c'est uniquement pour avoir voulu abo]£r cette distinction établie par le droit ecclésiastique , et non par le droit divin, qu'il s'est attiré le h&me et les reproches de» Pères.
En vérité , Monsieur , quand je vois de semblables réponses, je ne sais quelle idée me former de ceux qui les font : ces gens-là, me demandé-je 4 moi-même;, ont-ils des yeux, ou n'en ont-ils pas? ontrils de la conception.,, ou en sont-ils entièrement privés,? voient-ils le ri» dicule , ou ne le voient-ils pas ? ont-ils de,
248 CINQUIÈME LETTRB.
bonne foi , on Font-ils absolument abjurée ? je me fais ces questions, et je ne sais que me répondre. Quoi ! Aéiins aura été mis an catalogue des hérésiarques , uniquement pour avoir enseigné une chose contraire à la disposition de l'Eglise ? depuis quand est-on hérétique chez vous pour avoir voulu changer une pratique ecclésiastique, qui n'est pas fondée dans l'Ecriture ? votre principe n'est-il pas , que l'hérésie n'est autre chose qu'un attachement opiniàfire à une doctrine clairement condamnée par la parole de Dieu ? il faut donc, ou que la doctrine enseignée par Aérius , comme son dogme particulier, soit une doctrine contraire à la parole de Dieu , ou si vous ne voulez pas la regarder comme telle ,' qt*e vous le rayiez du catalogue des hérésiarques , et que vous condamniez les Pères d'avoir commis une injustice insigne à son égard > en le flétrissant d'un nom si odieux pour un sujet qui ne le méritait pas.
Je demande en second lieu , pourquoi saint Epiphane traite le dogme d'Aérius de dogme monstrueux et de dogme insensé au-delà dé toute imagination ? Aérius soutenait que le; prêtre était égal à l'évêque en pouvoir et en dignité : vos théologiens prétendent que l'égalité était parfaite du temps dés Apôtres, mais qu'elle a cessé depuis par une sage et prudente économie de l'Eglise. Si Aérius n'a parlé que pour rétablir une égalité qui était du temps des Apôtres , comment sa doctrine a-t-elle pu passer pour être monstrueuse , insensée , pleine de folie et d'extravagance? si saint Epiphane a été
SDH LE DÉFAUT DK POUVOffi, ETC. 249
dans la pensée que vous loi prêtez , comment a-t-il pu être si outré dans ses qualifications? des expressions si fortes ne font «elles pas assez sentir, que le sujet des reproches de saint Epiphane était bien différent de celui qu'il tous a plu d'imaginer? selon vos théologiens il est vrai, dans un sens, de dire que le prêtre est égal à Pévêque, et faux dans un autre de le soutenir : ils sont égaux , à ne considérer que le droit divin ; et ils ne le sont pas , à considérer le droit ecclésiastique. Mais comment tous ces Pères , qui ont condamné comme une hérésie cette simple proposition d'Âérius : ce le prêtre ce est égal à l'évêque , » ne se sont-ils pas avisés de la distinguer comme vous, de l'éclaircir, et de nous faire voir en quel sens elle était mauvaise ? pour nous , nous prétendon» que la proposition est mauvaise absolument, et en tout sens; et c'est pour cela, disons-nous, que les Pères Pont condamnée simplement , et sans aucune modification.
Saint Epiphane demande comment il se peut faire qu'un simple prêtre , qui n'a aucun droit d'imposer les mains , puisse ordonner des prêtres (1)? Si le saint docteur a eu les mêmes idées que vqus sur la matière dont il s'agit , comment a-t-il pu faire cette question ? n'eùt-il pas vu qu'il était infiniment aisé de lui répondre : ce Ce qui vous parait impossible peut fort ce bien se faire , il suffit de quitter l'usage orcc dinaire de l'Eglise , et de se servir d'un pou-
(l) Kat Ttwç oToTf rc «fy tbv TcptoGùttpo'j xaftffTav, /t/rç t/oinx xiifoQtqiz'A ïQtfxttpQionv. Éd. Pet. T. 1 . p. 908!
250 CINQUIÈME LBTTHB.
<* voir que Jésus-Christ a donné ans prêtres « CMBune* ans évéques : un prêtre qui ordoor a nerait, ferait mal* pâme «jtftt agirait contre ce la défense de ÏEghae ; mais» au fond l'ardi» ce nation» faite par ua prêtre ne laisserait pas a d'être valida, parce qu'elle ne: passerait pas « les. pouvoirs» do prêtre. >* Telle eût. ètà ls répmsa naturelle que tout homme eût pu lui fine t supposes qn?oii eût été pour lors dans las sentinents où vous êtes aujoortfhni., Saint Epipbane était assez éclairé pour ne pas ignorai ce qsi'on pouvait dke à, sa tpiestion,, dan* un* cotpfcirariaon aejûbJablevMais>* non , le saint ju» geait kt chose absolument impossible:; c'est pourquoi il demande v « Comment se; petifci) ce faire î »
Quand je. n'aurais pas d'autres, remarques* è faire sar les testes des Feras, contre Aérins* il y en aurait déjà bien asses pour faire sent» i tout homme d'un sens droit et équitable** le faible et le ridicule de la misérable défaite exp» ployée ici par vos théologiens pour se tirer d?in* brigue ; mais jfc trouve encore de quoi vous faire observer l'énorme négligence de vos auteuas k s'ûtttenin* d» sentiments de» saints Pères , ou de leur peu de sincérité à les rapporter.
Le crotriea-vous bien , Monsieur ? saint Epiphane prouve par l'Ecriture à Aérius , qjne le prêtre m'est pas égal 4 l'évêque t c'est-à-dire que âès le terapfr des Apôtres c'étaient deux ordres très distingués -Voici ses preuves que vous trouverez à la 910° page du premier tome de l'édition du Père Petau : PApôtre écrivant à Timo-
SUa LE DÉFAUT DE POUVOIR, ETC. 251
thée , parle ainsi t Ne reprenez pas sévèrement un prêtre , mate plutôt exhortez-le comme votre père (t). Or, ajoute le Saint r pourquoi défendre à un évèque de- reprendre avec aigreur m» prêtre , si Févêque n'a pas plus de pouvoir dk d'autorité que loi ? Je sais, Monsieur, que par le mot grec *p*«*cp«ç employé dans la texte + phxr sieurs entendent un vieillard ; la vutgate même favorise ce sens; mais je ne parle ici que dn dessein de saint Epiphane , il a voulu proure? par ee texte que le prêtre était déjày du tempe des Apôtres, d*on ordre inférieur à celai de Févêque. Il cite un second texte du même chatpitre au verset 1 9 : Ne recevez point d accusation contre un prêtre, si ce n'est sur la déposition de deux ou trois témoins* Star quoi il fiait cette réflexion r Où trouverez^vous qu'il ait été défendu par F Apôtre & m» prêtre de recevoir aucune accusation contre Févêque ?*puis< il conclut.; « Vous voyez donc comment Aérius, séduit paar ce le démon , a fait une déplorable chute- » Non content d'apporter de» preuves tirées de FEcriture pour prouver, que du temps des Apôtres les évéqoes et les prêtres étaient très distingués, pour le rang et pour le pouvoir , il répond encore aux objections par lesquelles Aérios avait entrepris de prouver k contraire. Ces objections sont tirées du chapitre quatrième de la première & Timethéey et du chapitre premier de TEpltre aux Philippiens , et entièrement les mêmes que celles que vous avez coutume de
(4)i.Tim. 5. i.
252 CINQUIÈME LETTBB.
proposer contre nous. U serait trop long de les rapporter ici ; il me suffira de remarquer , que vos auteurs nous mettent dans une pécessité fâcheuse à leur égard. Nous ne pouvons nous dispenser de porter contre eus un de ces deux jugements, ou qu'ils se copient les uns les autres , sans prendre la peine d'examiner les sources, ou que, s'ils les examinent, ils ont. entrepris, de dessein formé, d'eii imposer à leurs, lecteurs. Car enfin, si Kemnitios , Dreyerug e% Meyer , trois auteurs allemands , ont vu dans, saint Epiphane , d'un côté les raisonnements de ce Père , qui tendent à prouver une différence primitive entre Tévéque et le prêtre , même dès le temps des Apôtres, et de l'autre les objections d'Àérius , qui vont à combattre la même différence primitive , comment pourront41$ encore soutenir qu'Aérius a feulement été blâmé pour avoir voulu introduire de sou temps une égalité qui n'était plus de saison , et ne pas reconnaître dans leur sentiment une parfaite conformité avec celui qui a été mis dans le catalogue des hérésies ? Je demande ici , où est la bonne foi germanique ? sied-il à des hommes qui veulent passer pour habiles , de citer des auteurs qu'ils n'ont jamais lus? ou leur sied-il de prêter à ces auteurs des sentiments et des vues qu'ils, n'ont jamais eus , et dont on découvre manifes^ tement le contraire, pour peu qu'on apporte d'attention à les lire?
Il ne vous reste donc qu'un parti à prendre ; c'est de dire que saint Epiphane, saint Augustin, saint Jean Damascène et saint Isidore se sopt
trompés avec tonte l'Eglise de leur temps , dont ils nous ont rapporté le sentiment; qu'à la vérité ils ont condamné votre doctrine en condamnant celle d'Aérius , mais qu'ils ont en tort, et que vous en appelez de leur jugement. Voilà comme il faut parler, quand on vent parler avec franchise. C'est à la vérité être un peu hardi y pour ne pas dire téméraire à l'excès , que de mépriser l'autorité de ces grands hommes si parfaitement instruits de la doctrine de leur temps et de toute l'antiquité , mais au moins ce n'est pas être fourbe et imposteur; ce n'est pas être déterminé à vouloir s'aveugler sur un fait qui ne peut se cacher ; ce n'est pas entreprendre de fasciner les yeux de ceux qui savent lire , ni compter pour rien de révolter contre soi tous les gens d'honneur, qui voudront prendre la peine d'examiner la question par eux-mêmes. Qde le sieur Dreyer se plaigne donc amèrement ce du peu de modération que font paraître les ce catholiques, en confondant votre doctrine « avec celle d'Àérius.(1) : » si par ces plaintes il vient à bout d'exciter la pitié des personnes éclairées , ce ne sera sûrement pas sur l'injustice qu'on lui fait, mais bien sur l'aveuglement où il est de ne pas voir qu'on lui rend , à lui et à son parti , la justice la plus exacte. Je suis fort tenté de croire que ce professeur de Konigsberg n'a jamais lu saint Epiphane que par les yeux de Kemnitius; car s'il eût vu de ses
(1) Àdtersarii vero nullam moderalionem admittentes convicîari audacter et Àëriaois nos annumerare non duhitarunt. Controv. SI. cura Pont. Ed. Regiomont, p. 611.
254 CIHQUIÊMR LETTRE.
propres yeux ce que je Tiens d'en rapporter i il me parait qu'il «eût été assez honnête homme pour ne pas crier sans sujet à la calomnie; son parti eût été de garder un modeste silence , et il se fiûtt bien gardé de relever une accusation trop véritable , et dont la preuve est si aisée.
Que tous en semble , Monsieur? ce que je viens d'avoir l'honneur de tous dire sur le «en- ; timent des Pères ^ tous parait-il indifférent ma sujet que ^e traîne? n'est-ce rien de vous «voir prouvéinrinciblement par leur témoignage , que dès le quatrième siècle on regardait comme hérétique la doctrine qui accorde aux prêtres le pouvoir d'ordonner? Mais ce n'est pas tout, j'ai de «quoi foire voir que l'Eglise a toujours agi conséquemrnent A cette persuasion , n'ayant jamais approuvé aucune ordination faite par de simples prêtres , et ayant constamment rejeté comme nulleB celles npâ n'ont pas été raies par des éréques.
Il n'est pas, Monsieur, que tous n'ayea obS parler d'un certain Ischyras , qui du temps de saint Atfeanase s%rçgérait i faire les fonctions de prêtre , quoiqu'il n'eût été ordonné que par Cotitfthe , qui «ans être érêque s'était émancipé A donner les ordres. Voici comme s'expriment sur son sujet les Pères du concile d'Alexandrie dans lever lettre Synodiqne , adressée au pape Iules , et A tous les évêques catholiques du monde : ce D'où Ischyras aurait-il la prêtrise ? ce par qui a-t-il été ordonné? est-ce par Colce luthe ? or tout le monde sait que Colluthe ce est mort simple prêtre, que toutes les im-
c< positions des mains faites par lui ont été c< déclarées nulles , et que tous ceux quîi «vait ce ordonnés dans son schisme , ont été réduits «c à Tordre des laïques , et se rangent aujoor- « d'hui parmi les iaCques dans ¥Eglise* Cest «n <c fait notoire ,»et dont personne ne doute (1).» Il est dit dans la même Epttre , que lespréVtres ordonnés parMélèce , quoique Mélècefùtschisma-tique, 'et<méme auteurd'un schisme très fâcheux, n'avaient pas laissé d'être reconnus pour prêtres légitimes. Mais pourquoi les ordinations faites par Mélèce étaient-elles censées tonnes , tandis que celles -de Golluthe passaient pour *ètre «uHes , quoique l'un et l'autre lussent également engagés «dams le schisme 7'C-est *gue Bfétèce était un véritable évoque , «i lieu que Collufche ^ comme s'expliqua le dergé de la Maréote , danas sa relation au gouverneur d'Egypte, n'était qu'un évèque imaginaire , c'estrà-dire s'était arrogé la qualité d'évëque , quoique ne fût que «impie prêtre. <x CVst pour oe motif , ajoute le même « clergé, /que le concile de BKcée a défendu «* à Colluthe de faire d^autres fouettons «que te celles de simple prêtre. €'est encore en con- « séquence du même motif que tous les inditt tâdus ordonnés de sa main t se trouvent ré- « duits par Tordre du concile au rang des
IX) Unde i^iturPresbjter est Ischyras? aut'à quonam ordinatus ? utrùm àtCoUolho ? atqui Colluthom ia Preabytoratu jnortnnm esse , et -omnem •b iHofactem m&traufe impwitHHiem iiritamy omnesque , qaoeia sebismate ordinaverat ille, ad Laicorum graduai reductos , et inter Laïcos in Eocleaia-congregari notum est, nec ulli omnino duhium, 1d £. Apol. )iï, T. t. £4. Pariêw* no*», p. 134.
r< simples laïques, tels qu'ils étaient àuparace vant (1). »
Le premier concile de Constantinoplç , qui a suivi d'assez près le concile de Nicée , rendit un jugement tout semblable au sujet de ceux qui avaient été ordonnés par Maxime Cynique ; car ayant reconnu que ce Maxime n'avait jamais été évêque , il prononça , que tous ceux qu'il avait prétendu faire prêtres, ne Tétaient en au* cune façon (2).
Le pape Damase, mort en Tan 385, parlant des Corévêques , qui n'étaient que de simples prêtres , établis pour gouverner la paroisse de quelque petite ville ou de quelque gros bourg , déclare pareillement tout net dans sa cinquième lettre, que ceux d'entre eux qui ont entrepris sur les fonctions épiscopales , en s'ingérant de vouloir ordonner comme les évêques, y ont perdu leur peine , et qu'il faut regarder comme nuls et non avenus tous leurs actes en ce genre. Grégoire III, mort en 741 , écrivant à saint Boniface , apôtre d'Allemagne , l'avertit ce de faire ce ordonner de nouveau ceux qui exerçaient les ce fonctions de la prêtrise, s'il était douteux que ce ceux dont ils tenaient l'ordination fussent de « véritables évéques (3).» En un mot, Mon-
(1) Colluthus sibi imaginarium vindicarat Episcopatum , et postes in generah synodo justus erat pro Presbytero se habere , qualis antea fuerat, et ex consequenti , omnes , qui à Collulho ordinati erant , ad eumdem locam redacti sunt , in quo antea censebantur, quemadmodam et hchyras inter Laicos redactua est. In relatione ad Curiosum et Pbilagrium. T. 1. Athan. Ed. novae Parisinae, p. 193.
(2) Tom. 2. Labb. pag. 948.
(3) Si dubium est eos Episcopos fuisse , qui eos ordinaverunt , ab Episcopo suo benedielionem Presbyteralûs accipianf, et consecrentur. T. 6. ConcLabb. p. 1475.
SUR LE DÉFAUT DE POtJVOffl , ETC. 257
sieur , on' ne trouvera pas une seule ordination faîte par un simple prêtre , qui ait jamais passé pour bonne et valable, an tien qne nôtis produisons un gtaûd nombre de faits d'où 3 résulte évidemment quVm à toujours regardé ces sortes d'ordinations comme des entreprises vairites et ssûbés effet: ■''. ' : »
"Sur quoi je vous prie, Monsieur f de faire detix réflâdofis qui se présentent assez naturel* teniént à Tesprit : la première est que, si le pouvoir d'ordonner est commun au simple prêtre et à l'évéque, en vertu de la première institution de Jésus-Christ, comme on le prétend chez vous , il faudra dire nécessairement qu'il n'a » pas été' au pouvoir de l'Eglise î de déclare!? milles les ordinations faites par de simples prétrès. Car enfin , qudquë défense que l'Eglise ait pu; faliré d'exercer un pouvoir 'accordé par Jésus-Christ y pour en réserver l'exercice aux seuls ëvëqtiès , cette défense à bien pu rendre Pordinâtion faite par des prêtres , illicite , mais non; pas invalide. Il est défençW aux laïques? de baptiser ? hors du cas de nécessité; Qu'un laïque s'avise de èonférer le baptême à un enfant contré cette défense , son action sera blâmable et contre l'ordre , mais le baptême ne laissera pas d'être très validé , et l'Eglise n'ordonnera Jamais de rebaptiser cet enfant. Puis donc que l'Eglise a déclaré nulles les ordinations faites par de simples prêtres , et que dans plusieurs occasions elle a fait ordonner de nouveau par des évêqttes ceux qui avaient reçu les ordres de la main d'un minisire du second ordre , il est
258 CINQUIÈME LETTEB.
évident qu'elle a toujours jugé que le pouvoir d'ordonner ^'appartenait pas aux prêtres en vertu de l'iasUtutïon divine *
Là secondé réflexion que je vous prie 4e faire » Monsieur * c'est que l'Eglise ne peut pas changer la nature et l'essence des sacrements; or , l'Eglise en ôtant aux prêtres le pouvoir d'or* donher* pouvoir accordé dans la première Jpstitatitm., comme vous Je suppose*, eût changé l'essence d'un sacrement. Car* quoi qu'wi ** puisse dite chea vous* on a toujours regardé l'ordination dans l'Eglise comme un sacrement * Je vous cite pour témoin dé la doctrine coostante de l'Eglise sur ce sujet, laint ÀugusUft * qui dit en termes formels, « que l'ordination ci est Un sacrement comme le baptême* et qp# a personne n'en doute (1)j » Il n'est pas 4* mon feujet d'entrer plus avant dans la preuve de cette œérité * il me .serait aisé de la prouver efficacement par l'Ecriture, puisqu'il est dit dans te* deux épi très à Timothée j que l'imposition de** mains confère la grâce (2) ; or , lfc grâce ne peut être conférée par une cérémonie d'institution bxfr main^il faut donc qu'alla ait Jésus-Christ même potir auteur i Mais sil'ordination est ttn rite extérieur et sensible* iiistitue par Jéstis-Christ pour conférer ia grâce dé la prêtrise , que peut-il lui manquer polir être un véritable sacrement? votre Apologie) même ne fait pas difficulté de la
Vu Si enta «Iraraqtie ( ttftfipe Bbptismos et Ordinatio ) Sacramentum est, quod nemo dubilat. Libu 2« contra Ep. Parmen. c. 13. T. 7. Ed. Frôben. p. 42.
(t) I. Th*6ih.4,l4.«4tîawU#. t. 6.
SUR LE bÈTAUt Dfi KtàVOlft, ETC. $59
^connaître pour telle (1). Mais, Monsieur, je m'en tiens à la parole de saint Augustin , elle me suffit pour tous faire connaître que de son temps , et avant lui ,- l'ordination était mise an nombre des sacrements. Gomment donc l'Eglise a-t-elle osé entreprendre d'en changer V essence, en retranchant ans prêtées une partie si considérable da pouvoir qu'ils avaient reçu de Jéans-Christ? Quoi! vous prétendez* Monsieur, que la première ordination établie da temps des Âpôtrei communiquait aux jgrè&e* tftissi bien qu'aux évéqaes le pouvoir d'ordonàe?; mais daignes ijosà nous dire, è-il vous plait^par quelle autorité l'Eglise a changé cette ordination , et Goçiment elle sfy est prise pour en restreindre la vertu, jusqu'à ne dopférer phis aua prêtres que le pouvoir de cepsacrfer et dTàhMoâre. Si FEglise avait fait véritablement ce qafe vms lui prêtez y n'eèfcelle pas donné atteinte à lltisttttition de Jésus-Gbrist? n'eût-elle pas changé la nature et Pëssealee du sâctftaitttt ? reconnaisse* vous daiis l'Eglise un pouvoir qui aille jusquelà ? voué en êtes certainement bièfe éloigné. Convenez* donc y s'il vous plaît, Monsieur y que rien n'est pks chimérique, que éë pouvoir d'ordonnée prétendu commun ««prêtres comme auxévèquep ml vertu de là prenwère institution. Je demanderais encore kï volontiers ,^quand s'est faite la séparation de ces pouvoirs unis dans le v origine ? en quelle année , en quel
(i) Art. 7. de numéro Sacrament. in lib. Concord. Edii. Grossii. |»g. 201.
%6Q C15QUIÈMB LETTRE,
lieq les prêtres ont-ils été dépouillés pour la première fois des droits et des pouvoirs réservés ans seuls évéques ? quel concile , quel synode les a réduits à un ordre inférieur? par l'autorité de qui ont-ils cessé d'être ce qu'ils étaient auparavant ? comment ont-ils souffert si tranquille* méat qu'on les dégradât, sans crier à l'injustice , et sans chercher à se relever ? ne trouvons^» nous pas dès le temps même des Apôtres ,k-des èvêques établis dans plusieurs villes capitales ? saint Jacques n'était-il pas évêque de Jérusalem ; saint Marc, évoque d'Alexandrie; saint Evoder évèque d'^ntioche; saint Polycarpe, évêque de Smyrne , tous établis de la main des Apôtres mêmes , comme je puis vous le faire voir par saint Irénée, Tertullien , Eusèbe , saint Jérôme ? ces évoques n'avaient-ils pas sous eux des prê* très qui travaillaient de concert avec eux à éteadre la foi. à instruire et à fortifier les fidèles ? ne trouvons-nous pas chez Clément d'Aî^xandrie , si voisin du temps des Apôtres , les trois ordres d'évêques , de prêtres et de diacres parfaitement bien distingués (1 ) ? n'a-t>on pas conservé soigneusement le catalogue des évéques de toutes Jes villes que je viens de nom* mer ? nous savons exactement les noms de ceux qui ont succédé aux premiers évéques établis par les Apôtres : d'où, vient qu'on n'a pas conservé également la liste des prêtres qui ont eu part avec eu* è la sollicitude pastorale , si ce
(1) Nam hic quoque in Ecclesia promotiones et ordines sunt, Episcoporom , Presbyterorum , et Diaconoram ? Clem. 6. Strom. p. 667. Edii, Colon, per Jcremiam Schrey.
n'est parce qu'ont : toujours regardé les évêques comme d'un rang supérieur , et bien différent de celui des prêtres? mais cette distinction de rang ne s'est-elle pas toujours fait çentir spécialement par le droit et le pouvoir d'ordonner? Consultez lés deux premiers canons apostoliques, qui , pour n'être pas des Apôtres, comme on le reconnaît assez unanimement aujourd'hui, ne laissent pas d'être fort anciens , et bien antérieurs au concile de Nicée , au jugement même des critiques les plus difficiles ; n'y estil pas dit qu'un évêque doit être ordonné par trois évêques, et le prêtre par un évêque (1)? ne lisons-nous pas dans les constitutions qui , quoique faussement attribuées au pape saint Clément ; ne laissent point d'avoir chez les Pères de l'Eglise tout le prix de l'antiquité , que lé prêthe doit recevoir l'ordination de l'évèque suivant l'usage constant dé l'Eglise , et qu'il n'est pas au pouvoir d'un prêtre d'ordonner d'autres prêtres (2) ? combien de canons' dans les conciles, qui défendent aux évêques coordonner d'autres sujets que ceux de leur diocèse ! cette défense ne se trouvé-telle pas au seizième canon du concile de Nicée (3), au treizième du concile d'Antioche (4) , au dix-neuvième du concile de Sardique (5) , au cinquième du premier concile de Carthage (6)j au quarante-.
(i) fom. 1. Gooc. Lalgb. p. 26.* '
(2) Lib. 3. Const. c. H. et Lib. 8. c. 28. Tom. Conc. Labb. Tom. t. pag. 317* P- 493.
(3) tom. 2.Çooc. Labb. p. 57. — (4) Tom. 2. p, 567, -- (5) T. 2. p. 657. — (6) T. 3. p. 715.
26a cniQUEfïm lettre.
quatrième do troisième concile tenu dans fo même tille (1), au huitième du concile (J'Orange (2) ? toutes ces autorités , Monsieur i né font-elles pas Voir évidemment que les évêqu^s seuls otit ordonné dani tous les temps , et qu'il n'a jamais été question des prêtres, quand il s'est agi du droit oq du pouvoir de l'wd*? nation?
Mais > Monsieur * n'eft voilà que trop pour justifier la tradition Constante de l'Eglise $af la nécessité de l'ordination épisc opale, Voulez vous, de plus, consulter l'Ecriture, comme vous êtes toujours très disposé à le faire ? voua y trouverai également que tout e?t infiniment favorable au dogme catholique. Car enfin pre* né* la peine d'examiner tous le$ endroits ait il est parlé d'ordinations , et voyez si elles tt'om* pas été toutes faites par des pasteurs du pre* mier ordre, qui avaient le caractère d'évéquç; ne aont-cé pas les Apôtres qui ordonnèrent les sept diacres (3) ? n'est-ce pas saint Paul qui ira* posa les mains à Timothée (4) ? ne regardezvous pas le même Timothée comme évéque ? et l'Apôtre ne lui dit-il pas de n'imposer les mains à personne arec précipitation (5) ? Tite ne passe-t-Q pas pareillement chez vous pofer avoir été ^revêtu de la même dignité ? et l'Apôtre ne lui dit-il pas 9 qu'il l'a laissé à Crète pour ordonner des prêtres dans chaque ville (6) ? Paul et Barnabe n'ordonnèrent-ils pas des prêtres à
(1) T. 2. p. 1175. — (S) JT. 3. Cane, Labb. p. 1449. — (3) Ad. M- — 0W*.Tim.i; 6. — (5)1. Tira. 5.*2.— (6)TÏt.l.5.
sur is défaot m votrroa, ktc« 263
Lystre , & Icône , A Antiocke, et dans plusieurs autres Eglises (1) ? et peut-on douter que le» Apôtre» n'aient en du mpin* le caractère épis» eopfcl ? saint Augusti* «t tant d'entrés Pères Renseignent-Us pas positivement * que les évoques ont succédé eux Apôtres (2) ? et cette asser* tie» peut-elle être vraie , si les Apôtre» tfont renfermé en eu* le qualité d'évéque ? Faitesnous voir , de votre part i dons toute l'Ecriture , si voua le pouven , un seul exemple d'une ordination faite par un simple prêtre , et nous cesserons d'insister sur la nécessité <fe F ordination épiscopale.
Je crois , Monsieur , avoir prouvé aussi solidement que vous pouves le désirer, la première de* deu* propositions que je m'étale changé de démontrer dans la dernière partie de cet écrit, savoir que l'ordination épiscopale est absolument nécessaire pour conférer les pouvoirs de le prètriae , tels une sont les pouvoirs de consacrer et d^beoudre,