HÉRÉSIES HEN0UV. PAR LES PROTESTANT
et de pratique ? n'ètes-vous pas les parfaits imitateurs de ces anciens hérétiques?
Peut-être me direz-vous, Monsieur, que vous ne manquez pas de bonnes raisons pour en user comme vous faites ? que saint Paul défend positivement à qui que ce soit de vous juger pour le boire ni pour le manger (t). Mais permettez-moi de vous dire que nous n'en sommes pas là présentement. Il ne s'agit pas de discuter la question qui regarde le droit, nous en sommes à examiner un simple fait ; le fait est, que vous pensez sur l'obligation du jeûne ce qu'en a pensé Aérius, et que ce qu'il en a pensé, a été traité d'hérésie par les plus savants Pères de l'Eglise, et regardé comme tel par tous les fidèles de leur temps. Convenez premièrement du fait , et quand vous aurez reconnu que vous êtes dans le cas pour lequel les Aériens ont été flétris , alors nous penserons à satisfaire à vos difficultés , et à toutes celles qu'ont pu avoir avant vous ces anciens hérétiques.
Quant au troisième dogme dlAérius , par lequel il confondait la Prêtrise avec l'épiscopat , en accordant aux prêtres les pouvoirs qui ne sont propres qu'à Tévèque , j'ai déjà eu l'honneur, Monsieur, de vous faire voir assez au long dans la lettre précédente, que le sentiment de vos théologiens sur ce sujet était parfaitement conforme à celui de cet ancien novateur* j'ajouterai, seulement ici, qu'il est marqué expressément dans vos articles de Smalcad , que
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chaque pasteur sans être évêque a le droit et le pouvoir de conférer les ordres dans son Eglise (1) : doctrine qui confond les pouvoirs du prêtre avec ceux de Févêque; doctrine qui a fait le sujet de Pétonnement de saint Epiphane, et que ce saint docteur a blâmée et réfutée dans Aérius. Avec quel mépris ne l'a-t-il pas traitée ? c'est à ses yeux un dogme monstrueux et insensé (2) ; il demande avec surprise « comment ce pourrait s'opérer un semblable prodige (3)? » il ajoute , comme un fait notoire et dont personne ne doutait , ce que Tordre des évêques c< est destiné à fournir des Pères spirituels à ce l'Eglise , mais que les prêtres destitués de ce « pouvoir, ne peuvent lui engendrer que des ce enfants spirituels par le baptême de la régécc nération (4) »♦
Il est donc clair comme le jour que vous avez adopté en tous points la doctrine particulièrement condamnée dans Aérius ; sur quoi il me vient dans l'esprit un doute qui ne me parait point aisé à résoudre ; souffrez, Monsieur, que je vous le propose ; il est, vous le croirez, beaucoup plus de votre intérêt que du mien d'y chercher une légitime solution : Ou votre Luther et ses premiers associés au dessein de ré-
(1) Cum jure divino non sint diversi gradus Episcopi et Pastoris, manifestum est ordinationem in sua Ecclesiâ factam jure divino ratam esse. De potestate et jurisd. Episcoporum. Ed. Grossit , p. 352.
(2) Est autero dogma illias supra hominis captum fnriosum et immane. T.l.Ed. Petav. p. 906.
(3) Hoc enim qui constare potest? p. 908.
(4) Si quidem Episcoporum ordo ad gignendos Patres pracipué pertinet : hujus enim est Patres in Ecclesiâ propagare ; alter cum Patres non posait, filios Ecclesiae regenerationis lotioue producit. T. 1. p. 908.
HÉRÉSIE* BKNOUV. PAB IBS FBOTESTAKTS. 293
former la religion, avaient la les catalogues des hérésies dressés par les saints Pères , on ils ne les avaient pas 1ns avant de commencer l'ouvrage de la prétendue réforme. S'ils ne las avaient pas vos , quelle négligence dans des réformateurs ! quel peu d'acquit ! quelle faible capacité dans des hommes qui se sont crus députés du ciel pour démêler les bonnes doctrines d'avec les mauvaises , et donner de savantes leçons à tout l'univers sur ce qu'il faut croire ou rejeter ! Le moindre de leurs soins devaitil être de s'instruire des sentiments de l'antiquité? décidés à entrer dans de nouvelles routes, ne devaient -ils pas prendre une connaissance exacte des écueils funestes aux anciens novateurs, pour éviter d'y donner à leur tour ? Aimezvous mieux supposer que les chefs de votre réforme avaient lu ces catalogues ? Comment ont* ils donc eu assez de hardiesse pour renouveler des erreurs qu'ils savaient avoir été proscrites et condamnées comme autant de détestables hérésies ? ont-ils osé préférer leur jugement au jugement de ces grands et savants docteurs de l'Eglise ? ont-ils raisonnablement pu se flatter de trouver plus de créance dans les esprits , que des autorités si respectables ? Que dis-je , Monsieur , s'agit-il ici du jugement des Pères î ne s'agit-il pas du jugement de toute l'ancienne Eglise ? qui pourra se figurer que ces quatre Pères aient tous également ignoré ce qui de leur temps passait pour être ou n'être pas une doctrine appartenante à la foi ? qui pourra les soupçonner ou d'infidélité ou d'inexactitude
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à rapporter les sentiments de l'Eglise de leur temps, eux qui n'avaient d'antre but en faisant leur recueil , que de donner à tous les chrétiens présents et à venir une instruction nette et précise , pour prémunir leur foi contre la séduction des hérétiques ?
Supposons pour un moment que ces Pères se soient trompés , et aient donné pour hérétique une doctrine bonne et innocente en ellemême , ne se sera-t-il trouvé personne ni dans leur temps, ni dans les temps postérieurs , qui ait eu assez de lumière et de zèle pour relever une si lourde méprise ? Quoi ! Saint Epiphane nous déclare au quatrième siècle , que les trois dogmes d'Aérius sont trois dogmes hérétiques ; saint Augustin au cinquième confirme le même témoignage ; saint Isidore au sixième renouvelle la même déposition ; saint Jean de Damas la renouvelle encore au septième , et personne ne les contredit, tout le monde applaudit à leur ouvrage, chacun lit leurs catalogues comme l'instruction la plus exacte , comme un excellent préservatif contre toutes sortes d'erreurs : pourra-t-on soupçonner ces Pères de ne nous avoir dit que leur sentiment particulier , et de s'être écartés du sentiment général de l'Eglise, en traitant d'hérésie ce qui ne méritait pas cette dénomination ? Ce ne sera pas vous, Monsieur, qui vous laisserez aller à des pensées si peu raisonnables , j'en réponds : vous avez trop de justesse dans l'esprit pour écouter jamais de pareils soupçons.
Mais si c'est toute l'Eglise qui depuis tant de.
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siècles a abhorré la doctrine d'Aérius, comment a-t-il pu venir en pensée à Luther de chercher à la rétablir ? 'comment ses partisans ne se sont-ils pas révoltés à la seule proposition qui leur en a été faite ? qu'en pensez-vous, Monsieur, est-ce Luther qui a raison? est-ce l'Eglise des siècles de saint Epiphane et de saint Augustin qui a tort ? interrogez , s'il vous plaît , sur cela le plus habile de vos ministres , et observez-le au moment qu'il vous répondra. Qu'il réponde sans rougir , je l'en défie ; il ne saurait, sans qu'il lui en coûte , taxer toute l'ancienne Eglise d'injustice, pour sauver l'honneur de Luther. Il faut cependant nécessairement en venir là, ou reconnaître que les trois dogmes qui vous sont communs avec Aérius se trouvent justement insérés dans le catalogue des hérésies.
Quand nous n'aurions, Monsieur, d'autres reproches à faire à vos partisans, que d'être sectateurs d'Aérius sur les trois articles dont il a été parlé , n'en serait-ce pas assez , n'en serait-ce pas trop pour vous faire comprendre clairement l'obstacle que vous mettez à votre salut, en vous rendant les défenseurs d'une doctrine si authentiquement réprouvée? car vous savez , Monsieur , qu'il suffit d'un seul sentiment hérétique pour perdre et ruiner entièrement la foi dans une âme chrétienne , puisque la foi divine est de sa nature absolument incompatible avec l'hérésie. C'est donc particulièrement en cette matière , plus qu'en toute autre , que se vérifie la parole de saint Jacques :
298 SOXÈMB LETTRE.
CELUI QUi PÈCHE BN UB SEUL POINT DEVIENT COU-. PABLB ©ETANT LA LOI (1 )•
Mais y Monsieur , ce ne sont pas là les seuls articles qui vous font participer à la condamnation des anciens hérétiques ; il en est bien d'autres , qui vous associent à leur triste sort. Souffrez que je vous en indiqua encore quelques-uns ; nous en trouverons , et dans les mêmes catalogues , et dans d'autres écrits des saints Pères , et dans les décisions des conciles généraux ; soyez persuadé , Monsieur , de ma répugnance à vous rien dire qui puisse vous faire la ipoindre peine : si je vous annonce des vérités peu agréables , c'est que le désir de vous remettre sous les yeux des connaissances si nécessaires, remporte chez moi sur toute au^ tre considération. J'aurais tort d'user ici de ménagements qui me feraient trahir vos plus soli* des intérêts,
Luther a renouvelé Ihérésie d Eunomius .
Reprenons , s'il vous plaît , le catalogue des hérésies , et vous y trouverez que la cinquantequatrième a été celle d'Eunomius , qui prétendait a qu'on pouvait , sans préjudice du salut , ce commettre les plus grands péchés , et y perce sévérer, pourvu que Ton eût une foi con-
(1) Qui peccat in uno, factus Oit omnium reus. Jac. 2. 10.