‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 22 sur 87 · S- VIL · texte numérisé non relu

S- VIL

Luther parle comme Pétilien de ha Chaire db

saint Pierre.

Avec quelle indignité vos auteurs ne traitent* ils pas le siège de Rome ! ne l'appellent-ils pas d'ordinaire la chaire empestée, le siège de l'Antéchrist, le trône de la tyrannie papale* le centre des superstitions et de l'idolâtrie ? Sont-ils les premiers â outrager ainsi le Saint-Siège ? où plutôt ne sont-ce pas là des termes empruntés à je ne sai%combien d'hérétiques qui ont rompu avec Rome avant vou&9 et nommément des donatistes , à qui saint Augustin reproche de s'être répandus en injures et en invectives contre le Siège apostolique ? c< Que vous a fait la chaire ce de 'saint pierre , demande-t-il à un de leurs ce principaux chefs , pour l'appeler Une chaire ce de pestilence (1)?» Avouez, Monsieur, qu'on est en droit de vous faire la même demande , ou plutôt le même reproche , puisque votre déchaînement contre le Saint-Siège surpasse évidemment tous les excès des donatistes.

(4) Cathedra tibi quid fécit Ecclesiae Romanae , in qua sedit Petrus ? quare appellas Cathedram pestileitiae Cathedram Apostolicam ? Lib. 2. contra litteras Petiliani , Cap. 51. T. 7. Ed. Froben. p. 122.

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§. vm.

Luther enseigne sur ? Eucharistie la même erreur quù enseignaient certains esprits égarés du temps de saint Cyrille.

Votre doctrine sur l'Eucharistie a en quelques partisans dès le temps de saint Cyrille d'Alexandrie , mais des partisans que ce Père traite d'extta vivants et d'intenses. D'après vos enseignemente Jé$n*-€hrist n'est présent que dans l'a* sage » c'est-à-dire an moment de laxnanducatioû, on tout an pins pendant la dorée de la Cène y d'où il s'ensuit clairement qu'une hostie €onsa* crée, gardée josqu'au lendemain, ne contiendrait plus le corps de Jésas-Càrist , et ne serait plus que du pain sans aucune vertu et sans nulle efficacité pour la sanctification des âmes. Qt, c'est là justement ce qu'enseignaient certains esprits égarés du temps de saint Cyrille ; ce Père les traite comme des insensés, voici ses paroles i <* Il en est > à ce que j'apprends t ce qui prétendent que la bénédiction mystique ce ne sert de rien pour la sanctification s'il en c< reste quelque parcelle pour le lendemain . Ces t ce avoir perdu l'esprit que d'avancer une pac< reiUe assertion (1). »

(1) Audio esse alios, quidicunt mysticam benedictionem nihil javare ad sanctHicationem , si quid ex eâ fiât reliqui in alium diem ; insaniunt verô qui hase asseruut. T. 6. p. 563»

HÉRÉSIES RKBTOtJV. PAB LES PROTESTANTS. 307

S- ix.

Luther contredit tes décisions des conciles

généraux.

En est-ce assez , Monsieur, pour yods foire voir par le témoignage des Pères, que <sar tin grand nombre d'articles tous avez épousé le sentiment, et emprunté le langage des anciens hérétiques ? Tenons aux décisions âçs conciles généraux 9 nous en trouverons plusieurs que vous n'avez pas craint de contredire et en les contredisant, ne vous éfces-roas pas encore chargés par cet endroit de tout ce <gue l'hérésie a de funeste et d'odieux? <ar enfin,, Monsieur, qu'est-ce que la décision «d'an concile général , si ce n'est une déclaration «authentique du sentiment de PEglise ? quand &st~ce que rEgiâse 6era censée parler , si ce n'est lorsqu'elle s'explique par la bouche de tous ses chefs assemblée , je veux dire par la bouche de tous les évoques du inonde chrétien ? Peut-on résister aux décisions émanées d'un tel tribunal , sans encourir l'anathème prononcé par Jésus-Christ même ? Peut-on , sans se maftre an rang des païens et des pnblkams , pousser l'indocilité jusqu'à oser combattre les oracles rendus par la voix la plus éclatante que l'Eglise puisse employer pour se faire entendre ? quel caractère plus visible de l'opiniâtreté coupable qui fait l'hérétique , que d'oser préférer son sentiment par-

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ticulier an sentiment général de tous les premiers pasteurs établis de Dieu pour gouverner l'Eglise, et pour veiller à la conservation do dépôt de la foi ? Vincent de Lérins, auteur du cinquième siècle , qui nous a laissé un recueil admirable des plus belles pensées et des plus solides réflexions des saints Pères sur la religion, ne nous recommande-t-a pas avant tout de nous tenir invariablement attachés aux décisions des conciles généraux, si nous voulons nous garantir sûrement des pièges de l'hérésie (1 ) ? Or, Monsieur, combien ne vous ètes-vous pas écarté de cette règle ? et sur combien de chefs ne soutenez-vous pas une doctrine absolument contraire à celle des conciles généraux ?

Vous rejetez avec mépris le dogme de la transsubstantiation , qui a été décidé il y a plus de cinq cents ans par le quatrième concile de Latran tenu sous Innocent III. Les paroles de ce concile ne peuvent être plus claires ni plus formelles ; car il y est dit : ce Nous croyons que ce le corps et le sang de Jésus-Christ sont véricc tablement présents sous les espèces du pain ce et du vin; la substance du pain et du vin ce est , par la puissance divine , changée en la ce substance du corps et du sang de Jésusce Christ (2) » Ce concile n'a fait que décla-

(1} Duobus inhaerere debent quicunque haeretici esse notant , primum si quid antiquitds ab omnibus Ecclesiae Catholicis Sacerdotibus Universalis concilii aactoritate decretum. Tom. 7. Bibl. Patr. apud Anissonios, pag. 262.

(î) Cujds Corpus et Sanguis in Sacramento altaris sub speciebus panis et vini veraciter continentur t transsubstantiatis pane et Tino in corpus et insanguinem potestate divioâ. Cap, firmiter. T. H. Conc. Labb. parle prima, pag. 143.

BÉflÉWES RENOUV. PAB ISS WIOTESTAKTS . 309 rer le sens le pins naturel des paroles de l'institution; car enfin, si le corps de Jésus-Christ , connue le texte sacré le marque si expressément , ce n'est donc plus do pain , puisque le même objet ne saurait être pain et chair en même temps. Mais nonobstant une conséquence si naturelle, si légitime et si sensible, tous aimez mieux soutenir votre impsnation , en donnant aux paroles du Sauveur un sens extraordinaire entièrement éloigné de l'usage établi , que de déférer à l'autorité légitime d'un concile universel , reconnu de tout temps pour juge infaillible des sens de l'Ecriture t et muni des promesses les plus formelles du Sauveur pour rassurer la soumission des fidèles.

Que ne dites-vous pas contre l'usage d'une seule espèce ? Y a-t-il artisan chez vous , quelque ignorant qu'il soit , qui ne se croie plus éclairé que tous les Pères du concile général de Constance , pour juger comme il faut de la nécessité du calice. Ce concile, tenu plus de cent ans avant que Luther se soit avisé de trouver à redire à notre manière de communier , déclare « que la coutume de donner la seule « espèce du pain aux laïques , introduite par « l'Eglise et les saints Pères pour d'importantes « raisons et observées pendant de longues an- « nées, doit être regardée comme une loi; qu'il « n'est pas permis à un particulier de la con- « damner ou de la changer selon son caprice , « sans l'autorité de l'Eglise elle-même (1).

ce qu'il faut croire fermement et s an s aucun doute ce qv& le corps et le sang de Jésus-Christ sont ce véritablement renfermés sous une seule espèce c< comme sous les deux (t) ; qu'il faut traiter ce comme hérétiques ceux qui osent blâmer cet. ce usage général de l'Eglise tomme sacrilège ce ou illicite (2). » Mais cette auguste assemblée a beau readre ainsi raison d'un règlement où elle ne fait que confirmer une ancienne pratique, quelque sensée que soit en elle-même cette déclaration, quelque conforme qu'elle paraisse â la conduite de Jésus-Christ, qui s'est contenté de donner une seule espèce à deux de ses disciples , lorsque à table avec eux dans le bourg d^Emmaûs, il leur présenta le pain sacré qu'il avait béni , et dont la vertu leur dessilla les yeux (3) ; quoique le Sauveur répète jusqu'à quatre fois dans un même chapitre , que c'est assez de manger de ce pain pour vivre éternellement (4) ;, quoique d'ailleurs nous puissions justifier par cent exemples de

qoatn non Iket repTébare* aui aine Ecctesiai auctoritete pro libito mutare T. 12. Conc. Labb. pag. 100.

(1) Firmissimé credendum est » et nuHatenus dubitandum , integram Chtisti côt pu* et nantguiBenr , tout stfb specie panis » quam sub specie vini feracker cortiaeri. ibidem*

(9) Diçer* f quàd banc coatoetudinem aut legem obserare sit sacrilegom, aut illkîtum, censeri débet erfoneum, et pertinaciter id asserentes tavqtttm. haretkl arten<fi et graviter puoiendl saut* Ibidem -

(S) Lac, 21 .30 et 31.

(4) Hic est panis de Cœlo descéndens , ut si quis ex ipso manducavertt, tien moriator. Josm. 6. 50.

Si cfnis manducâverit et hoc pane , vivet in sternum. 6. 52. Qui manducat me , et ipse vivet propter me. 6. 58. Non sicut manducaverunt Patres vestri manna, et mortui sont : qui mandacat hune panem vivet in sternum. 6. 59.

HÉRÉSIES BBH0UT. PÀH CBS PB01B&TANTS. 311

Fantiquité , que les premiers chrétiens n'ont jamais regardé l'usage du calice comme nécessaire; vos petits bourgeois néanmoins, gens sans aucune connaissance de l'antiquité et sans aucune teinture des lettres , prononcent hardiment que le concile de Constance s'est trompé ; et lorsqu'ils condamnent ainsi le conçue d'être tombé dans une erreur grossière, n'allez pas croire , Monsieur , qu'ils se fondent sur l'autorité de Luther , ou sur celle de leur» ministres, pour porter ce jugement: ils déclarent hautement qu'ils ne se laissent pas gouverner par ces autorités qui ne pourraient assez affermir leur foi , mais que c'est par leurs propres lumières qu'ils en jugent ainsi , après s'être convaincus par eux-mêmes de l'égarement du concile ; de sorte que vos fileuses de laine et vos rouleurs de tabao ont assez bonne opinion d'eux-mêmes , pour se persuader qu'ils voient clairement dans l'Ecriture la nécessité du calice , tandis que les hommes les plus habiles de l'Univers , assemblés en concile , n'ont jamais pu l'y apercevoir; et quand nous leur disons que si l'usage de la coupe était nécessaire au salut , comme ils le soutiennent avec tant de chaleur , il s'ensuivrait que les chrétiens eussent été privés pendant plusieurs siècles d'un secours nécessaire au salut, et qu'ainsi une erreur très-préjudiciable eût prévalu contre l'Eglise malgré la promesse du Sauveur , qui Ta rassurée contre les efforts de l'enfer , même les plus redoutables; et quand nous ajoutons que , dans le cas de l'injustice criante commise

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par tons les évêques du monde, en enlevant an peuple une partie essentielle dn sacrement contre Tordre et l'institution de Jésns-Ghrist , il s'ensuivrait encore manifestement que Jésus - Christ aurait abandonné tous les pasteurs de l'Eglise pendant un temps considérable , contre sa parole expresse de demeurer avec eux tous les jours jusqu'à la consommation des siècles , alors nous voyons ces bonnes gens ouvrir de grands yeux , rester sans réplique , et témoigner par leur contenance la disposition d'admettre plutôt toutes ces horribles conséquences, que de convenir de leur ignorance sur le sens des paroles où ils croient lire un précepte. Peut-il y avoir une témérité plus imprudente que d'oser combattre les jugements d'une autorité infaillible , quand on a d'ailleurs des lumières si courtes , qu'on n'est pas en état de pouvoir prendre même une connaissance médiocre du point décidé ? or , Monsieur , n'estce pas là la situation du plus grand nombre de vos partisans.

Mais ce ne sont pas là les seules décisions de l'Eglise contre lesquelles Luther et ses adhérents n'ont pas craint de s'élever : il en est bien d'autres qu'ils n'ont pas respectées davantage; je puis vous en faire remarquer jusqu'à trois dans le seul concile de Florence. Vous n'ignorez pas, Monsieur, que ce concile s'est tenu environ quatre-vingts ans avant la naissance des disputes de Luther , que les plus grands personnages de l'Eglise grecque s'y sont trouvés , que le pape Eugène IV y a présidé en personne ,

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