‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 27 sur 87 · HÉRÉSIES HBROUV. PAR LES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

HÉRÉSIES HBROUV. PAR LES PROTESTANTS

te plus vive par quelque passage de FEcricc tare (1 ) . Or , que feront les fidèles , demande c< cet auteur dans ses solides réflexions , cornet ment les hommes catholiques discernerontc< ils toujours sûrement le faux du vrai dans les ce écritures ? ils auront soin d'en interpréter les c< passages selon la tradition de l'Eglise unice verselle , et les règles du dogme catholique ; ce car il est nécessaire qu'en cette matière , ce comme dans tout le reste , ils suivent l'unice versalité , Pantiquité , et le consentement de «c l'Eglise catholique et apostolique (3). »

Vous voyez , Monsieur , que dès le cinquième siècle on avait sur la nature de l'hérésie les mêmes idées que nous en avons aujourd'hui. Que dis-je, Monsieur, dès le cinquième siècle? l'Auteur fait une haute profession au commencement de son ouvrage de ne rapporter que des maximes puisées dans l'antiquité. Oui, c'est de tout temps qu'on a regardé l'hérésie comme un écart de l'universalité , sans penser jamais à charger chaque fidèle en particulier de

(1) Shre apud suos sunt » sive alienos , rive privatim , sive publiée , sife in sermonibus , sive in libris, sive in conviviis, sive in plateis , nihil unquam penè de suo proférant , qnod non etiam Scripturab verbie adumbrare oonentor. Ibidem.

(î) Quid facient Catholici homiaes ? quomodô in Scripturis veritatem à fiaUitate discernent? hoc scilicet facere curabunt , ut divinum Canonem 8ecundum universalis Ecclesiae traditionem et juxta Catholici dogmatis régulas interpretentur ; in quo item Catholicae , Apostolkeque Eoclesiœ sequantur necesse est univeraftatem, antiquitatem , consensionem. T. 7. Bibl. p. «61. D.

(3) A Majoribus tradita apud nos deposita describam relatorîs fide pe~ tins , quam auctoris prassumptione. Tom. t. Bibliot. Palrujn apud Anissonioa, pat;. 15.

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la discussion des passages plus on moins clairs, persuadé qu'on était que la véritable et réelle clarté se trouvait toujours du côté de l'Eglise , et que dn côté de ceux qui se détachent du grand' corps des chrétiens , pour adhérer à leur opinion particulière il ne pouvait se trouver qu'une clarté fausse et apparente. La clarté plus ou moins grande dans le conflit des passages , si on la considère par rapport à l'impression qu'elle . fait sur les esprits , ne peut être auprès d'une infinité de gens qu'une marque fort équivoque ; car comme la supériorité de clarté est souvent relative aux différents génies et aux différentes dispositions, qu'elle se fait sentir aux uns , tandis qu'elle disparaît aux yeux des autres , il est évident que son impression dépend assez souveat du caprice , et que dès là même elle ne peut conduire assez sûrement le juge* ment de chaque chrétien , pour lui faire discerner l'hérésie d'une manière à ne pouvoir s'y méprendre. C'est le consentement général des chrétiens , ce sont les décisions de l'Eglise qui, seules peuvent être de bons et de sûrs garants de l'héréticité d'une doctrine , lorsqu'on la trouve opposée à l'une ou à l'autre de ces deux règles» Mais, je m'étends trop sans doute, Monsieur, sur la juste notion de l'hérésie ; j'ai tout lieu de craindre que vous n'en soyez fatigué ; il me reste néanmoins encore une remarque à faire qui ne mérite pas moins votre attention que toutes les réflexions précédentes. Si vous ne me la refusez pas , et qu'après avoir considéré la nature de l'hérésie vous en examiniez aussi les

HÉRÉSIES BBltOUV. PAR LES PBOTRSTAHTS. 341

propriétés t vous arriverez par une voie beaucoup pins abrégée à comprendre qu'il n'est rien de pins jnste ni de pins exact que la qualification donnée par nous à la doctrine de Luther.

Remarquez donc , s'il vous plaît , Monsieur , que de toutes les hérésies qui se sont jamais élevées dans le christianisme et ont fait quelque bruit dans l'Eglise , il n'en est aucune dont on ne puisse marquer un certain nombre de circonstances , qui , toutes réunies t forment un assemblage singulièrement propre à caractériser l'hérésie. On peut nommer Fauteur de l'hérésie , marquer Tannée qui Ta vue naître , indiquer le lieu qui lui a servi de berceau, dire le dogme nouveau qui a révolté les orthodoxes, faire connaître les adversaires qui ont été les premiers à le combattre , montrer enfin 4e concile qui Fa condamné, Par exemple , on sait que c'est Arius prêtre et curé , qui a été Fauteur de Fhérésie arienne ; que c'est en Fan 316 qu'il commença à prêcher sa doctrine impie; que c'est dans Alexandrie , ville d'Egypte , que cette doctrine fit les premiers progrès ; que le dogme d'Arias fut de nier la consubstantialité du Verbe ; que le patriarche Alexandre et saint Athanase signalèrent leur zèle et leur érudition à le combattre aussitôt ; et que ce dogme a été foudroyé par les anathèmes du concile de Nicée.

Voilà , Monsieur , ce qu'on sait également touchant les hérésies de Nestorius , d'Eutychès , de Pelage , et généralement de tous ceux qui ont jamais troublé la paix de l'Eglise. Or , à considérer les six articles que je viens de marquer,

puis-je dooter que -vous aV voyiez du premier coup d'oeil le rapport parfait du luthéranisme avec toutes les anciennes sectes reconnues de vous et de nous pour hérétiques ? car premièrement le nom seul de votre religion n'en fait-il pas assez connaître l'auteur ? y eùt-il jamais eu ni luthéranisme , ni luthériens dans le monde, si Luther n'y eût paru ? tout le corps de votre doctrine n'étant fondée que sur les explications qu'il a plu à Luther de donner de son chef à l'Ecriture , ne voyez-vous pas que, s'il y avait eu une tête de moins dans le monde , l'ancienne religion serait restée telle qu'elle était , et qu'il n'eût jamais été parlé des sujets de séparation élevés aujourd'hui entre nous. C'est ici où j'appliquerais volontiers à Luther les belles paroles dont se servit autrefois un saint et savant évêque de Barcelone contre les novatiens. ce D'où, « cet homme a-t-il reçu l'autorité qu'il s'est ce donnée de changer de religion, demande ce saint Pacien , qui vivait au quatrième siècle ? ce a-t-il eu le don des langues ? a-t-il été procc phète ? a-t-il ressuscité des morts ? car il ne ce fallait pas moins que des miracles de cette ce espèce, pour être en droit de prêcher un ce évangile nouveau. Ecoutez comme l'Apôtre ce réclame contre ce désordre : Quand même , ce dit-il, ou nous-même ou un ange descendu ce du ciel viendrait annoncer un évangile dif- « fèrent de celui que nous vous avons ancc nonçé , qiCil soit anathème. Mais Novace tien a compris ainsi : donc , Jésus-Christ a ç< ainsi enseigné ; donc, depuis Jésus- Christ jus-

HÊHÊSIB8 BRHODV. PAR LES P60TE8TABT*. 343 « qu'an temps de l'empereur Dèce , personne « n'a entendu l'Evangile (1). » Changez, Monsieur , les noms et les temps , et les paroles de saint Pacien auront fait le procès à Luther.

On sait en second lien la date de votre origine. Ce fat en l'an 1 517, le 13 octobre, que Luther afficha à la porte de l'Eglise des thèses qui contenaient déjà une partie de ses nouveautés, et donnèrent occasion à de grandes disputes. Pendant les années 1 8 et 19, Luther ne laissa pas de rester encore attaché au Saint- Siège ; car il écrivit deux lettres fort respectueuses au pape, Tune en l'an 1518, datée- du jour de la Trinité (2) , l'autre en 1519, avec la date du troisième mars (3) ; il y faisait de grandes protestations de soumission et d'obéissance ; il ajoutait néanmoins ne pouvoir se rétracter, il offrait seulement de garder un profond silence, pourvu qu'on le fit aussi garder à ses adversaires. Le pape, instruit des intrigues de Luther et de tous les mouvements qu'il continuait à se donner pour répandre et faire valoir sa nouvelle doctrine, après avoir tenté inutilement toutes les voies de la douceur pour le ramener, se porta enfin à condamner quarante et une de ses propositions, par une bulle publiée le 1 4 juin

O) A« ip»s Untnnaactoritatù accepitt lingnit locntot asi? Prophel*vit ? nudtare mortnos potuitï horum enint aliquid habere debuerat , ni ETangelium novi juria inducerct, Etri centra clamet ApMolua , >.

iCT iBGEUJS DE CWLO HMCIUXIT TOW» HdlUCjIMK QOOB i.VA! '""

TOBU , isiTREHA sit. NoTatianoa >ic inlelleiil : téd Ch|fctuï orgô à Cliristo ntque ad Dccii tempora nallna inlflligen>. Epist. ', Sympronîauum. T. 4. Bibl. Fat. apud Adjmoi). p. 304.

(S) Tom. I. Ed. leo. Garni, per Demi

(3) Tom. 1. ejuideai Ed. p. 143.

344 SIXIÈME LBTTBE.

Pan 1580. Ce ftit pour lors que Luther ne se posséda plus , et en vint aux dernières extrémités; car le lundi d'après la Saint-Nicolas de la même année , il brûla publiquement , et avec beaucoup d'appareil la bulle du pape , comme pour motiver par ce coup d'éclat à tout l'Univers sa rupture avec l'Eglise romaine. Depuis ce moment il ne pensa plus qu'à fortifier son parti 9 et à le rendre irréconciliable par les changements qu'il fit de jour en jour à la religion, soit pour la discipline, soit pour le dogme. Permettez-moi , Monsieur > de citer ici un petit mot d'un des plus anciens auteurs de l'Eglise. Rien de plus propre à vous faire connaître tout le crime de l'entreprise de Luther: ce Qui êtes* <c vous , disait Tertullien aux marcionites et aux ce valentiniens en la personne de l'Eglise ? quand .ce et d'où étes-vous venus ?*que faites-vous en ce moi , vous qui n'êtes plus à moi ? par quelle •ce autorité changez-vous mes limites, que se- « mez-vous ici selon votre caprice ? la posses- « sion est à moi ; je possède depuis longtemps, ce l'origine de ma propriété est inattaquable ; ce je la tiens des premiers auteurs à qui le bien « sacré a appartenu , je suis l'héritier des Apôc* très (1 ). » Tel était le langage qu'on adressait aux hérétiques du second siècle. Faitesnous , Monsieur , la justice de reconnaître que

(1) Merito ad illos dioendum est : Qui estis ? quando et undé venistis? quid in meo agitis non mei?... quâ potestate limites meos commovetisî... Quid hk ad vestram voluntatem seminatis ? mea est possessio , olim poesideo ; habeo origines firmas ab ipsis auctoribus , quorum fuit res , ego, sum havres Apocftolorum. L. de prascript. Ed. Froben. p. 100.

HÉBâUBS ABSOUT. PA& LB8 FWTESTAICn. 345

nous sommes parfaitement en droit d'en dire autant de Luther et de ses premiers associés.

Four ce qni est du lien où le luthéranisme a pris naissance , personne ne le peut ignorer; c'est dans les écoles de l'Université de Wittemberg , ville de Saxe , que les premières leçons du luthéranisme ont été débitées ; c'est par la protection de l'électeur Frédéric , que sa doctrine se répandit promptement dans tout l'Electoral, et de là se communiqua aux pays voisins, surtout àceuxduNord. Cependant elle ne passa jamais ni les Alpes, ni les Pyrénées, ni l'Océan , ni la Méditerranée ; ainsi resserrée dans des bornes si étroites , elle ne peut passer pour être la doctrine des Apôtres , qui doit être annoncée à tontes les parties dn monde. Car , comme saint Augustin l'a parfaitement bien remarqué , « les Apôtres , n'ont reçu le don des n langues à la descente du Saint-Esprit, que m pour prêcher l'Evangile à tous les peuples , « ainsi qu'il est prédit an dix-neuvième psaume : « Ilrtest pas déflation^ Quelque langage qu^etie « parle , qui n'entende leur voix (1). Et parce « que David, continue ce Père , prévoyait que ce l'Evangile de Jésus-Christ devait être prêché « chez toutes les nations , et dans tontes le « langues , et que les vérités de la relij m qui sont comme le corps dn Sanvenr , « tentiraient partout et dans tons les idiÔJ

(1jTo omnibui-iinguia luiunim Etiogeliun illud (une wnrkbat , qnod et in rulmo tiniu anle pnrfki itm «i ; neque termona, quorum nonuMliinlur toea wrum. V Mil c. 3» T. 7. F.dil. Proben. 103.

ce il continue et ajoute : Le bruit de leurs para- <c les s'est répandu par toute la terre , et leur ce langage s'est fait entendre jusqu'à Textré- « mité du monde (1 ). » C'est sur le même fondement que le même Père appuyait l'argument qu'il faisait aux donatistes , en leur disant : <c la <c véritable Eglise de Jésus-Christ est connue à ce toutes les nations , le parti de Donat est incc connu à plusieurs , ce n'est donc pas le parti ce de Donat qui est la véritable Eglise (2). » Il faut ici, Monsieur, de deux 'choses l'une, ou que vous regardiez le raisonnement de saint Augustin contre les donatistes comme faible et défectueux , ou que vous en tiriez également contre vous une funeste conclusion.

Nous pouvons en quatrième lieu marquer aussi les dogmes nouveaux dont on n'avait pas encore ouï parler avant Luther , et nous pouvons non pas seulement en indiquer un ou deux, comme à la naissance des autres hérésies, mais, passez-moi cette expression , les nommer à la douzaine ; car qui avant Luther s'était jamais avisé d'enseigner que la contrition et le bon propos ne sont pas des dispositions nécessaires à la justification; que les jeûnes et les macéra* tions du corps sont nuisibles , lorsque ces œuvres de pénitence se font dans la vue d'acquitter

(1) Seu quia in omnibus gentibus et linguis futurum Evangeltam ,et Corpus Christi per totum orbem terrarum linguis omnibus personaturum significabat , secutus ait : In omnem terram exivit sonus eoruro, et in fines orbis terra verba eorum. Ibidem.

(2) Ecclesiae nota est omnibus gentibus , pars autem Donati ignota est pluribus gentibus, non est ergo ipsa. Lib. 2. Contr. litt. Peliliani, c. 104. T. Ed. Froben. p. 160.

BËBBUES RBItOUT. PAS LBS PBOTB6TABTS. 34?

les peines temporelles dont on est redevable & la justice de Dieu ; que les bonnes œuvres ne sont pas nécessaires an saint, comme vos livres symboliques Tenseigaent si expressément (1 ); que l'humanité de Jésus-Christ est partout; qne c'est à la communauté , et non à l'évèque à conférer les pouvoirs de consacrer et d'absoudre; que le sacrifice de la messe est une abomination ? etc. Je ne chercherai point ici a étendre le détail des innovations de Luther ; j'en ai déjà dit bien assez sur ce sujet dans tout le cours de cet écrit. Souffre» seulement , Monsieur , si vous avez peine à convenir de la nouveauté des articles dont je viens de vous parler, qne j'ose vous demander si vous connaissez dans le monde chrétien une seule Université , qui avant le seizième siècle ait enseigné aucun de ces dogmes. Pourriez-vous nous faire voir un seul livre , soit imprimé , soit manuscrit de quelque théogïen antérieur à Luther ou cette doctrine soit contenue ? Pourriez-vous indiquer une seule province, une seule ville, un seul bourg , où Ton ait fait profession de cette croyance ? Qu'appellera-t-on dogmes nouveaux , si ceux dont on ne peut trouver aucun vestige , et dont on ne peut nommer aucun sectateur , ne sont pas regardés comme tels?

Enfin si pour achever le parallèle i luthéranisme et les anciennes hérésies, aussi nommer les adversaires qui se r.

aussitôt contre les mouvements de I

(I) InEpii. articulorum. Edi

citer le concile qui ne tarda pas à condamner sa* doctrine , ne savons-nous pas que le célèbre Jean Eckias , le savant Jérôme Emser , l'infatigable Jean !Cochlée , le vigilant et courageux archidiacre de Cologne, Jean Gropper , et plusieurs autres habiles gens s'empressèrent de défendre l'ancienne religion contre les nouvelles entreprises que les Universités de Paris, de Louvain , de Cologne , de Leipsick, d'Ingolstat, signalèrent aussitôt leur zèle par la censure d'un grand nombre de propositions extraites de ses livres, qui avaient mis tous les esprits en rumeur ?

Mais ce qu'il y a do plus décisif sur ce sujet, et qui met le parti de Luther dans son tort autant qu'aucun parti convaincu d'hérésie y ait jamais été , c'est que sa doctrine a été condamnée comme hérétique par un concile général , tribunal suprême et indéclinable de l'Eglise. Je n'ignore pas , Monsieur , tous les prétextes aux* quels on a recours chez vous , pour se dispenser de reconnaître l'autorité du concile de Trente; mais est-ce par là que vous prétendrez vous distinguer des hérétiques ? ou plutôt n'est-ce pas y\k justement le trait le plus essentiel de ressemblance que vous puissiez avoir avec eux ? Car y en eut-il jamais qui aient manqué de raisons et de prétextes , pour chercher à éluder l'autorité des conciles qui les avaient condamnés ? S'ils s'y étaient soumis , dès lors ils eussent cessé d'être hérétiques ; c'est leur obstination à ne pas vouloir écouter les chefs de l'Eglise assemblés , qui a mis le dernier sceau à la qualité d'hérétiques

HÉBÉSiES BBNODT. PAB LBS P&ÛTBftTAOTS. 349

qui leur est restée. Ainsi , Monsieur , cherches tant fqu'il vous plaira à faire valoir vos prétextes contre le concile de Trente , il sera ton* jours vrai de dire que les sentiments de Luther ont été condamnés par cens que Dieu a établis pour juges de la doctrine ; par ceux qui ont toujours fait les fonctions de juges , toutes les fois qu'U est survenu quelque différend considérable dans l'Eglise (1) ; par ceux qui , avant les contestations > étaient certainement les supérieurs légitimes du corps dans lequel les contestations se sont élevées , et qui par conséquent en devaient être naturellement les arbitres ; par ceux que Luther et ses adhérents ont reconnus eux-mêmes pour juges , en interjetant appel au premier futur conçue général , concile qui. devait sans doute être composé comme tous ceux qui avaient été tenus jusque-là ; je veux dire , composé de tous les premiers pasteurs des Eglises particulières et présidée par le pape ou ses légats , ainsi que je l'ai prouvé amplement dans ma troisième lettre. Or c'est contre les décisions d'une assemblée si auguste , si autorisée à parler au nom de l'Eglise et à instruire tous les fidèles , si respectable par les promesses de Jésus-Christ, si accréditée par la déférence que les chrétiens ont eue de tout temps pour ces imposantes réunions, si digne d'être écoutée préférablement à toute autorité humaine quelle qu'elle soit ; c'est contre les décisions d'un tel corps , dont la voix passa toujours pour être la

(1) Act. 20. 27. 1. Timoth. 6. 20.

voix de l'Eglise et l'organe du Saint-Esprit que vous vous êtes roidis , et que vous vous raidissez encore. Nommeriez-vous bien , Monsieur , aucun parti , qui ait jamais porté la résistance jusque-là, sans rester flétri dans l'esprit de la postérité comme digne des anathèmes de l'Eglise et de la malédiction du Fils de Dieu ? à quel titre vous croiriez- vous privilégié? Il est donc vrai que les six caractères distinctifs de l'hérésie concourent ici parfaitement à faire voir tous les rapports du luthéranisme avec les hérésies des temps passés.

Cessez ddnc de regarder la doctrine de Lu* ther dû même œil dont vous l'avez regardée jusqu'à présent. A force d'entendre les vains éloges de vos ministres , qui ne cessent de l'appeler la doctrine pure et saine de l'Evangile , vous vous en êtes formé une idée qui ne vous a pas permis jusqu'ici d'y apercevoir le poison fatal de l'hérésie. Mais je crois avoir prouvé solidement dans cet écrit deux vérités : la première , que Luther , en composant son nouveau système de religion , avait adopté et fait revivre plusieurs anciennes hérésies ; la seconde , qu'il en a ajouté quantité de nouvelles de sa façon; en sorte que le corps de doctrine , par lequel il a cherché à se distinguer de nous , n'est à proprement parler qu'un mélange d'hérésies anciennes et nouvelles. Si Luther diffère sous quelque rapport des hérésiarques passés , c'est en deux points qui ne le rendent que plus coupable : premièrement, les autres hérésiarques n'ont été pour l'ordinaire chefs d'hérésie que

CONCLUSION. 3t>1

pour an ou deux articles ; Luther s'est fait le père et le restaurateur de plus de trente erreurs condamnées. En second lieu les hérésiarques qui ont précédé Luther n'ont pas touché à l'ordination, mais ce sont contenté d'innover sur quelque point de doctrine, sans frustrer les peuples du sacerdoce ni des sacrements ; Luther, en substituant à l'ancienne ordination une ordination nouvelle qui n'est d'aucune valeur , a enlevé à son parti et les prêtres , et les moyens les plus nécessaires au salut. D'où il s'ensuit qu'il ne s'est jamais fait dans la religion chrétienne un bouleversement ni plus général, ni plus funeste que celui qui s^y est fait par l'entreprise de Luther.

Voilà , Monsieur, le sujet que j'avais entrepris de traiter assez bien développé , je crois , pour mériter de votre part de sérieuses réflexions. J'ai pris la liberté de vous dire que vous adhériez à un corps de doctrine mêlé de plusieurs hérésies anciennes et nouvelles. Mais me suis-je contenté de le dire ? l'ai-je dit sans le prouver ? est-ce un zèle amer qui m'a suggéré les termes d'une proposition qui vous a paru dure ? est-ce Hnconsidération qui me l'a fait avancer légèrement , et sans avoir de quoi la justifier? Réfléchissez, s'il vous plaît. Monsieur, sur la nature de mes preuves : en est-il de pins convaincantes? J'ai fait voir, par nue

simple exposition de faits 9 que plusieurs de voë sentiments étaient entièrement les mêmes que ceux qui ont été condamnés dans les anciens hérétiques. J'ai de pins examiné la nature et les propriétés de l'hérésie* et 'démontré que l'idée la plus juste qu'on puisse s'en former , convenait parfaitement à la doctrine de Luther sur on grand nombre de chefs , et que tous les indices les plus propres à désigner l'hérésie se trouvaient ici rassembles pour rendre témoignage contre le luthéranisme.

A quoi tiendra-t-il donc, Monsieur , que vous ne vous hâtiez de quitter tme religion si féconde en erreurs pernicieuses et damnables ? peut-il y avoir un plus grand obstacle au salut que l'hérésie? Une seule ne suffirait-elle pas pour vous perdre ? que sera-ce donc de cet amas d'erreurs foudroyées par les anathèmes de l'Eglise, si vous continuez à y rester attaché d'esprit et de cœur, et à en faire profession publique ? Vous persuaderez-vous qu'il n'y a que les vices grossiers , je veux dire ceux qui mettent le dérèglement dans les sens , ou qui trou* blent le commerce de la vie civile , tels que l'ivrognerie, l'impudicité , les fourberies, les rapines qui puissent fermer l'entrée du ciel ? compterez-vous pour rien celui qui les renferme tous , et qui de plus les surpasse tous par la malignité de son espèce ? Si vous faites Fana* lyse de l'hérésie , qu'y trouverez-vous , si ce n'est orgueil , présomption , entêtement, amour de l'indépendance , révolte contre l'autorité légitime, mépris de tout ordre , et de toute sub-

conclusion. 353

ordination , et cela en fait de religion , et (pour se soustraire à la soumission que l'on doit a la révélation divine notifiée dans les règles les pins justes et les plus sûres? n'est-ce rien de dire en soi-même , on d'adhérer à ceux qui le disent, on qui l'ont dit : « Je suis beaucoup plus « éclairé que tout le corps des pasteurs, l'Eglise « peut se tromper en expliquant l'Ecriture', n et s'est trompée en effet ; mais moi je ne puis « me tromper en l'expliquant : je suis sûr que « je nemetrompe pas.» Tel est le langage intérieur de tous les hérétiques. Or, je le demande, Monsieur , une pensée si extravagante ne ferat-elle pas le juste sujet de leur condamnation ï entreprendront-ils de la justifier au jugement de Dieu ? quand le charme qui leur fascinait les yeux cessera , et qu'un Vif rayon de l'éternité leur donnera une juste idée des choses , ne verront-ils pas alors parfaitement tout le ridicule et tout le dérèglement d'un sentiment si peu raisonnable , et si outré en fait d'orgueil, de présomption et de témérité? C'est sans doute ce que saint Paul a voulu leur faire entendre , lorsqu'il a dit que l'hérétique était un homme

ABSOLUMENT DÉRANGÉ DANS 8B8 PENSÉES, QUI PAS SA MALHEUREUSE PBBSEVBHANCE DANS LBRREUB NE CESSAIT DB PÉCHER , SANS POUVOIB ÉVITER D'ETRE CONDAMNÉ PAB LE JUGEMENT DB SA PBOPBE CONSCIENCE (1).

J'aurais tort , Monsieur, de faire de plus grands efforts pour vous représenter vivement toute *

noirceur de l'hérésie. Vous en savez sur cet article plus que je ne pais vous en dire i et vous serez le premier à convenir que si les disciples de Luther sont effectivement engagés dans l'hérésie , ils ne pourront éviter de se damner en mourant dans leur religion ; il ne s'agit ici que de la vérité du reproche» Mais ce reproche, d'après les raisonnements que je vous ai proposés ne doit-il pas cesser de vous paraître injurieux? pouvez-vous vous empêcher d'en reconnaître k Justice , et de convenir qu'il ne vous est adressé que dans les règles les plus exactes de la charité ? Si j'ai osé vous le faire , je n'ai eu en vue que de vous sauver les funestes suites de l'hérésie. Il a fallu , il est vrai , vous parler franchement et ne vous rien déguiser. Mais je me suis étudié à ne point séparer le respect que je vous dois du zèle qui m'anime ; et si je n'avais pas réussi à vous persuader » j'aurais du moins à me consoler d'avoir fait tous Tues efforts pour éviter de vous aigrir.

Me voici enfin , Monsieur, par la grâce de Dieu, arrivé au terme de ma correspondance .Vous vous souviendrez sans doute de la proposition que j'ai pris la liberté d'avancer dès l'entrée de ma première Lettre ; je vous ai dit qu'en continuant à professer le luthéranisme vous ne pouviez espérer vous y sauver : je m'engageai pour lors à vous prouver cette proposition par six dii&nentes raisons. Je viens de vous exposer la sixième , après avoir donné aux cinq autres toute l'étendue qu'elles m'ont paru mériter. Ainsi je crois avoir satisfait pleinement à ma parole.

coji CLUsion . 355

Serait-il possible, Monsieur, qtiè vous eussiez lu , médité , approfondi tout ce que j'ai eu Fhonneur de vous dire sur un sujet si intéressant , et que vous n'en eussiez pas été frappé ? Tant d'obstacles au salut , si réels et si propres à se faire sentir , n'aurâieUt-ils ftrit naître dans le fond de votre âme aucune inquiétude sur l'atenir? Conserverea-voils toujours un secret penchant pour le toléra titisme ? penchant que je regarde comme le plus dangereux adversaire qu'on ait à1 combattre pour vous gagner à l'Eglise de Jésus-Christ? Oui, Monsieur, sondez votre cœur, et voyeft si l'étonnante sécurité dans laquelle vous fcvea vécu jusqu'à présent n'a pas pour source une idée de religion qui les trouve toutes bonnes. Cette idée n'est que trop commune parmi les gens d'esprit de votre communion. Ne seriefc-vous pas* de oe nombre ? ne penseriez-vous pas comme eux , qu'il suffit de vivre en homme de bien dans quelque société chrétienne que Ce soit pour arriver infailliblement au salut ? N'ifiefc-vous pas même jusqu'à regarder tout changement de religion comme une faiblesse , ou comme une légèreté d'esprit ; jusqu'à dire en vous-même qu'un homme d'honneur doit vhtte et mourir dans la religion dans laquelle Dieu l'a fait naître? Quoi! Monsieur, il ne saurait y avoir de mauvaise religion? toutes conduiraient également au ciel ? nulle secte damnable ne saurait sortir du cerveau échauffé de l'homme ? il serait permis de suivre les caprices de chaque nova» teur ? un siècle ou deux en coulant sur les er-

reurs les auraient autorisées, purifiées, légitimées ? on aurait franchi toutes les barrières > méprisé toutes les lois, renversé tout Tordre établi par Jésus-Christ, aboli les usages les plus saints et les plus anciens du christianisme , donné cours aux égarements les plus pernicieux, et il n'y aurait aucun mal à applaudir à tous les écrits , à les ratifier, à y adhérer par état ? pourvu qu'on n'en soit pas l'auteur , et qu'on trouve le désordre établi , on ne serait plus responsable de rien? Et de quel usage sera donc l'esprit que Dieu a donné à l'homme , si ce n'est pour être employé à discerner le bien et le mal ? dans quelle vue Dieu nous a-t-il fait naître libres , si ce n'est pour nous faire une obligation de nous attacher au bien , et de nous détacher du mal? Or n'est-ce pas un mal qu'une mauvaise religion ? en est-il un plus grand ? en est-il qui ait de plus terribles suites ? Suffira-t-il d'y être né pour y rester en toute sûreté de conscience ? depuis quand la naissance fut-elle un titre légitime pour persévérer dans le mal , et dans un mal du premier ordre ? Vous voulez sans doute, Monsieur, que ceux qui sont nés avec de mauvais penchants , travaillent sérieusement à les réformer, et à prendre de meilleures inclinations : par quelle raison voudriez-vous que ceux qui sont nés dans une mauvaise religion ne pensassent pas également à corriger le malheur de leur naissance , et à se mettre dans les bonnes voies dont ils se trouvent malheureusement écartés.

Votre naissance dans le luthéranisme ne peut

vous autoriser à y vivre , bien moins encore A y mourir. Vous êtes séparé de la véritable Eglise de Jésus-Christ ; hors de l'Eglise point de saint.

Vous n'avez qu'une foi humaine , fondée sur des interprétations incertaines et arbitraires de l'Ecriture. De pures opinions ne peuvent faire un fidèle. Sans la foi divine , quç vous n'avez pas , il n'est pas possible de plaire à Dieu.

Vous persévérez dans la révolte contre les pasteurs légitimes établis d'en haut. Tout soulèvement contre l'autorité légitime est un soulèvement contre Dieu même , et un titre de condamnation inévitable.

En vain vous flatterez- vous du pardon de vos péchés , si vous ne satisfaites à la condition que Dieu exige de vous. Il veut que vous déclariez vos péchés à un prêtre : c'est ce que vous ne faites pas; et en continuant à rejeter l'unique moyen de réconciliation que Dieu vous offre , vous n'éviterez pas de mourir dans vos péchés.

Le céleste aliment que le Sauveur vous a préparé est absolument nécessaire au soutien de la vie de l'âme : Jésus-Christ vous ordonne de le recevoir sous peine de damnation éternelle. C'est bien volontairement que vous en restez privé , puisque , pour le recevoir , vous vous adressez à des gens qui n'ont aucun caractère pour pouvoir vous le donner : de vaines ressemblances ne suppléèrent jamais à la réalité.

Enfin , s'il est permis de le dire , et pourquoi ne le dirais-je pas après l'avoir si bien prouvé ? vous vous trouvez engagé dans un grand nombre d'hérésies anciennes et nouvelles.

Qu'en pensea-vous , Monsieur ? Sont-oe là dea articles de nulle conséquence? N'y a-t-il rien dans tout cela qui doive vous intéresser ? Ces reproches vous paraissent-ils frivoles? sont-ils faits sans preuve > ou ne regardent-ils que des minuties ? Faites réflexion , s'il vous plaît , à la nature des reproches que nous faisons à votre religion. Sont-elles de nature à pouvoir devenir innocentes pour vous , eu égard à l'éducation que vous ave» reçue ? Votre naissance fera-telle votre apologie ? Comptez-vous d'être bien reçu dans vos justifications lorsque , présenté au souverain Juge qui doit vous examiner , et à qui vous ne rendrez pas moins compte de votre foi que de votre vie , vous n'alléguerea pour vous disculper d'autres raisons que celle de rengagement dans lequel la Providence vous a fait naître ? Il est vrai que ce premier engagement ne vous a pas été libre: aussi ne serez-vous pas blâmé pour être né luthérien. Mais il vous, est libre aujourd'hui de quitter cet engagement; et si vous ne le faites pas , vous serez condamné justement pour n'avoir pas fait de votre raison et de votre liberté l'usage que vous en deviez faire. Il ne peut plus vous être permis de rester dans une religion dans laquelle vous trouvez des obstacles essentiels au salut, obstacles que vous ne pourrez plus désormais vous dissimuler, après avoir lu tout ce que j'ai eu l'honneur de vous dire pour vous les faire remarquer.

Ah ! Monsieur , ne fermez pas les yeux à de si vives lumières , rendez-vous à la grâce qui Vous presse de retourner à la religion de vos

pères. Pouvez-votw douter qpe bien des Âmes ne se soient sauvées dans la religion catholique , avant qu'il ait jamais été question de la vôtre ? N' est-il pas également certain que vous y trouverez encore aujourd'hui les mêmes secours pour le salut qu'y ont trouvés tant de grands saints , dont Dieu a manifesté les vertus et la gloire par une infinité de miracles ? Que tardezvous ? qu'est-ce qui peut encore vous arrêter ? n'y a-t-il pas déjà bien assez de vos années écoulées dans le schisme, dans l'hérésie, dans la privation de sacrements , et dans Pélolgnement des voies du ciel ? Aimerez-vous toujours à multiplier vos pertes , et à courir de nouveaux risques ? Songez qu'il ne s'agit ici de rien moins que de votre éternité. Si vous venez à la rendre malheureuse , qu'est-ce qui pourra vous dédommager ? Les jugements des hommes , l*é~ tonnement d'un ami , le murmure du parti pendant quelques jours , sont-ce là des suites de conversion plus à craindre que toutes les suites chine malheureuse éternité ? Je proteste tei dans les mêmes termes dont se servit autrefois saint Paul en parlant aux chefs de l'Eglise d*Ephèse , lorsqu'il fut sur le point de les quitter : je protesté et je vous prends à témoin que si vous venez à vous perdre , je suis pur devotrç sang (1 ) et n'ai aucune part à la perte de votre âme ; car j'ai fait tout ce qui a dépendu de moi pour la prévenir. Je riai omis de vous annoncer au-

(t) CoBtetfor vos hodkroà die, quia mundus stun sanguine omnium. Act. 20. 26.

curie des vérités qui vous étaient utiles (1). Je ri ai point évité de vous déclarer tout le con-K seil de Dieu (2). Je vous ai dit nettement ce qui vous rend le saint absolument impossible dans l'état où vous êtes , et ce que Dieu exige indispensablement de vous , pour vous faire part de ses miséricordes.

Si mon étude et mon application à recueillir et à mettre en ordre ce qui m'a paru le plus propre à faire impression çur vous , devait rester sans effet , je me consolerais aisément de voir mes peines perdues et mes travaux inutiles. Mais si les six lettres que j'ai eu l'honneur de voqs écrire pour vous porter à entrer dans les véritables voies du salut , devaient jamais servir à votre condamnation; si ce qui a été destiné à vous marquer l'ardeur de mon zèle et la sincérité de mon attachement à votre personne , n'aboutissait qu'à devenir la preuve de votre attachement inexcusable à l'erreur ; si Dieu , vous jugeant après la mort, produisait contre vous ces lettres comme autant de témoignages de la volonté sincère qu'il a eue de vous sauver, en vous faisant voir que le dessein en est venu de lui , que lui seul m'a animé à les continuer et à les finir à travers mille sujets de distractions , et que ces moyens surabondants de conviction vous ont été ménagés par des vues d'une miséricorde toute spéciale à votre égard ; s'il

(1) Quomodo nifail substraxerim utilium, quominus annuntiarem vobis. Act. 90. 20.

(2) Non subterfugi, quominus annuntiarem omne consilium Dei. 20. 27.

devait tous reprocher votre négligence ; vous représentant de pins qu'il n'avait tenu qu'à vons de consulter les plus habiles docteurs de votre religion sur le contenu de ces lettres ; que' vous n'avez pas daigné le faire , ou que si vous leur avez proposé quelqu'une des difficultés où vous avez trouvé le plus à penser , vous n'avez jamais tiré d'eux aucune réponse capable de satisfaire un homme d'un sens droit et d'un esprit raisonnable ; et par conséquent que si vous êtes mort dans la mauvaise religion où vous vous êtes trouvé engagé par votre naissance et par votre éducation , vous ne pouvez vous en prendre qu'à une indocilité volontaire , et une résistance coupable aux lumières du Saint-Esprit ; hélas ! si mes lettres devaient jamais vous attirer de pareils malheurs , et avoir un effet si différent de celui que je me suis proposé ; et qu'à ce moment je pusse en avoir connaissance , ou craindre du moins de votre part la funeste détermination à rester dans Terreur, je vous l'avoue , Monsieur , ce serait pour moi la plus accablante de toutes les afflictions d'avoir fourni , contre mon intention , les plus fâcheuses pièces du procès que vous aurez à soutenir devant le tribunal qui décidera de votre éternité.

Mais non, Monsieur, l'espérance l'emporte beaucoup dans mon âme sur la crainte. Je connais la bonté de votre esprit , la droiture de votre cœur, le désir sincère que vous avez de vous sauver , et votre courage à suivre tout ce que vous croyez être de votre devoir ; je sens en même temps combien les six obstacles au salut, dont

j'ai en l'honneur de vous entretenir, ont de réalité , et , quelque imparfaite que soit l'exposition que j'en ai faite , je connais assez votre goût et votre discernement quand il s'agit de la vérité , pour ne pas douter que vous n'en restiez vivement frappé. Je serai , si vous le voulez;, celui qui aura planté ; les prières des bons amis que vous avez parmi nous , vous obtiendront les grâces qui arroseront ; mais au fond Dieu seul donnera l'accroissement. Votre conversion ne peut être que *o* ouvrage : elle ne pourra jamais être le mien. J'attends beaucoup des ré* flexions que vous ferez sur cette lecture , beaucoup de cette régularité de vie qui vous dispose à profiter des lumières du ciel , beaucoup de prières que vous ferez vous-même pour connaître bien sûrement les voies de la vérité et du salut. JVIak ce qui fait le plus grand fondement de mon espérance , ce sont les marques d'une bonté spéciale de Pieu à votre égard , marques que je ne puis m'empècber d'apercevoir; l'empressement que Dieu m'a donné pour travailler à vous réunir à la véritable Eglise de Jésus** Christ , est si vif > que je ne mourrai jamais content si je ne vous vois des nôtres , que j'ol* tienne la consolation de vous voir catholique* et il me semblera dès lors que j'aurai moins d'attachement i la vie , après avoir obtenu ce qui fait le plus ardent de mes souhaits* C'est avec cette vivacité de zèle , joint à un très profond respect, que j'ai l'honneur d'être, etc.

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