‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 30 sur 87 · DE L'ESPRIT DE L'ÉTAT MONASTIQUE · texte numérisé non relu

DE L'ESPRIT DE L'ÉTAT MONASTIQUE

Pour juger sainement d'une institution , il ne suffit pas de calculer les services qu'elle a rendus ou le» inconvénients qu'elle a produits ; il faut surtout en étudier avec soin les principes fondamentaux. Un établissement] est nécessairement nuisible» quand sa constitution est vicieuse ; et le bien qu'elle aurait fait , [ne devant être attribué qu'à des causes étrangères, ne saurait légitimer son existence aux yeux d'un gouvernement éclairé. Au contraire, si on ne peut reprocher à un corps que d'avoir oublié quelquefois ses propres principes, avoués de la religion et de la politique , la prudence dit alors : Redressez , mais conservez un arbre utile.

Lorsque le relâchement commença à s'introduire parmi les chrétiens , plusieurs de ceux qui avaient conservé la ferveur des temps apostoliques, se retirèrent dans les déserts pour s'y vouer à l'observance des conseils de l'Evangile , qui mènent plus sûrement à la perfection. Tel est l'objet de l'état monastique , et telle est la vocation des religieux.

D'abord, chacun de ces pieux solitaires se livrait aux exercices de la pénitence, suivant son attrait particulier et l'impulsion de la grâce: par des voies différentes , ils arrivaient tous au même but. Bientôt se réunissant, ils se choisirent ,un chef qui les ramena à l'unité de prières et d'occupations , et dont la volonté leur servait de loi* Saint Augustin nous représente ces premiers cénobites , écoutant avec attention, exécutant avec docilité les instructions et les préceptes que les supérieurs leur donnaient de vive voix. Cette forme de gouvernement ne convenait

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qu'à des jours de ferveur et à une société naissante. L'état monastique ayant fait des progrès, on sentit la nécessité d'une législation ; et la prudence ne permettant plus que le sort des monastères dépendit entièrement de ceux qui les dirigeaient , les maximes , les conseils , les ordonnances des abbés et des plus saints solitaires furent recueillies, et l'on en forma des règles à l'usage des maisons religieuses.

C'est dans ces codes primitifs que nous allons chercher quel est l'esprit de l'état monastique» quels sont les enga~ ments des religieux et les raisons de leur manière de vivre, si différente de celle du reste des chrétiens. Nons consulterons spécialement la règle de saint Benoit : sa sagesse, les éloges qu'elle a reçus de l'Eglise pendant douze siècles* le grand nombre de ceux qui l'ont embrassée , placent son auteur a la tète des législateurs des cloîtres (1).

Une règle a nécessairement trois objets , la piété chrétienne , les vœux et les observances régulières. Avant de pratiquer les conseils de l'Evangile 9 il faut en avoir accompli les préceptes. Presque toutes ces règles ne sont que des abrégés de la morale évangélique. Lorsque Saint Basile ou saint Benoit disent c « Aimez Dieu , votre prochain l « priez sans cesse \ mortifiez vos sens ; soyez humbles : » ils prescrivent des vertus commandées à tous les disciples de Jésus-Christ. Outre ces engagements communs, le cénobite en a contracté de particuliers, qui distinguent et constituent son état*

« Un religieux est un chrétien engagé par un vœu solennel à pratiquer toute sa vie les conseils de l'Evangile , suivant une règle approuvée de l'Eglise (2). » Au commencement, la profession n'obligeait que dans le for intérieur, sans produire aucun effet public : ell e rendait bien le mariage illicite $ mais elle n'était pas encore un empêchement dirimant. En plusieurs endroits de sa règle, saint Benoit suppose qu'un religieux peut sortir du cloître : il passait alors sous l'autorité de l'evèque , comme les autres laïques*

(1) Regiilandtoetioiiepitecqiiiain. S. Greg. Ditlog. Lib. 2. Cap. 36. (*) fnsiitatioaau Droit Ecdés. Fleury , chap. «5.

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