‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 31 sur 87 · CHAPITRE PftKMIBa. 36 ï · texte numérisé non relu

CHAPITRE PftKMIBa. 36 ï

« On regardait toujours comme un grand péché! dit M. Fleory , si on moine , par légèreté on autrement , quittait sa sainte profession pour retourner dans le siècle , on le mettait en pénitence ; mais pour le temporel , il n'était puni que par la honte du changement (l). » Frappées des inconvénients qui naissaient de la liberté laissée aui religieux, la puissance religieuse et la civile se réunirent pour fixer leur inconstance et assurer le repos des familles, et établirent l'irrévocabilité des vœux. On doit regarder la pror fession monastique comme un contrat synallagmatique, par lequel le religieux renonce à tous droits, à toute propriété, sous la condition que l'Etat le fera jouir de toute exemption et des privilèges réguliers. Les vœux sont donc des liens tissus par la religion et parla politique.

Les anciens moines ne promettaient antre chose que de tendre à la perfection en se conformant aux usagçs du monastère où ils entraient. Saint Benoit , qui le premier voulut que le religieux signât ses engagements , à la promesse de conversion de mœurs «t âVAëissainee, ajouta le vœu de stabilité. Saint François afia plus loin , et fit promettre à ses disciples l'obéissance , la pauvreté et la chasteté , par trois vœux distincts. Mais dans tous les temps , quelle qu'ait été la formule de profession , ces trois vœux ont constitué l'essence de la vie monastique (2).

Quelle est leur étendue P Quelle ^st lent utilité ? Sont-ils proportionnés au but que se propose le religieux 9 C'est ce qu'il fout examiner.

Vœu ^obéissance*

Avant toute institution humaine, l'homme était déjà soumis à des lois : son cœur fut son premier code. En réunissant les .hommes, la civilisation établit de nouveaux tdp-

(1) Mœurs des Chrétiens. Pleury , pag. 355.

(2) S. Thom. S. 3. Quaest. 1Ô6. art. 9 , au unum.

368 DE L'ÉTAT rbligieu*.

ports et multiplia nos devoirs. Les lois nous suivent par* tout; partout elles nous montrent l'ordre pour lequel nous sommes nés. Comme sociétés particulières, les ordres religieux ont des règles qui leur sont propres ei qui dérivent de leur nature : mais c'est à l'obéissance que les lois les plus sages doivent leur force et leur effet ; souvent un état se maintient florissant , moins parce que ceux qui gouvernent commandent bien, que parce que les sujets obéissent avec docilité. D'ailleurs, si l'orgueil est un vice qu'il fout combattre , l'humilité une vertu recommandée par l'auteur de notre religion , l'obéissance doit être le premier pas d'un religieux vers la perfection.

Celui qui fait trop légèrement le sacrificedesaliberté,s'exposeà un malheur terrible et irréparable. Si le regret naît dans !son cœur, il le déchirera. Pour prévenir les funestes effets d'un engagement imprudent, saint Benoit veut qu'on éprouve la vocation du novice par les traitements les plus durs , qu'on ne lui parle d'abord que de ce que la règle a de pénible, a Quand quelqu'un se présente , qu'on l'entre» tienne des rigueurs et des austérités qui l'attendent. S'il persiste , on lui expliquera la règle ; on lui dira : Voilà la loi sous laquelle nous vivons : Si vous vous croyez capable de l'observer , entrez; sinon, vous êtes libre encore, retirez-vous (1). » C'est ainsi qu'avant de s'engager irrévocablement, le novice est forcé de modérer sa ferveur et son zèle, d'étudier et de remplir les obligations de son nouvel état : pendant ce temps d'épreuve, il soulève, il essaie le joug qu'il va s'imposer. Si dans la suite ses désirs l'emportent au delà du cercle de ses devoirs , la règle devient un point d'appui qui le soutient ; et sa vertu est le prix de son obéissance.

(1) Noviter quia veniens ad religionem , non ei facile tribuatur ingressus j sed * rient ait Apostolus , probate spiritum , si ex Deo est. Praedicentur ei omnia aspera et dura per quae itur ad Deum. Si promiserit de stabilitatis suae perseveraotiâ , post duorum mensium circulum , legatur ei haec régula per ordioem , et dicatur ei : Ecce lex sub quâ railitare vis : si potes obserare, îngredere ; si verô non potes, liber discedé. Si adhuc stcterit,

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