CHAPITRE PREMIER
notre vie , dont ils «ont Faliment et le soutien. Ce principe a été la première base de toute société. De la certitude de posséder naquit le désir d'augmenter ses possessions , qui bientôt, peu délicat sur les moyens > enfanta les rixes , les dissensions , les procès, et tous les maux que la cupidité verse sans cesse sur les humains. Le monde fut souillé des vices de l'opulence et des crimes de la misère. Fatigué de ce spectacle, l'homme en accusa la propriété ; on crut qu'il y avait un temps où les peuples, usant des biens de la terre comme des enfants qui s'asseyent à la table de leur père» coulaient des jours heureux dans une entière égalité. Cette communauté de biens est encore un des traits les plus séduisants dont On nous peint l'âge d'or, cette chimère de tous les âges. Des législateurs en firent une loi : Minos l'établit en Crète , Lyeurgue à Lacédémone ; et il faut avouer que les beaux jours de ees deux peuples sont marqués par la durée de cette institution.
Dieu , descendu parmi les hommes , leur prêcha le mépris des richesses, et se montra pauvre à l'univers étonné. Si to Veux être parfait, dit-il an jeune homme de l'Evangile , VENns tout et suis*im (1). Les premiers chrétiens , fidèles imitateurs de leur Maître , se dépouillaient de leurs biens pour en former le patrimoine de l'Eglise. Leur nombre croissant tous les jours , rendit impraticable la désappropriation et la vie commune , qui se réfugièrent dans les cloîtres. C'est là qu'on voit, dit saint Augustin, des hommes qui n'ont qu'une âme et -qu'un coeur : leur habit et leur nourriture sont simples et semblables à ceux des pauvres. « Mais , selon M. Fleury , la pratique de la pauvreté ne consiste pas tant pour les religieux à manquer des commodités de la vie, qu'à n'avoir rien en propre dont ils puissent disposer (*). » De toutes les choses* à leur usage , il n'en est aucune dont il leur soit permis de dire : Ceci est à moi. En un mot , le dépouillement des premiers fidèles ayant été introduit par les fondateurs dans les monastères, ils doi-
(1) Si vis perfecius esse, vade , vende quœ habes et da pauperibus ; et veni , sequere me. Matth. 19 , 91.
(2) FlcuTy , Institut, au Droit Eccl. , chap. 23.
372 DE l'état religieux.
Tcnt offrir, comme l'offrit autrefois l'Eglise de Jérusalem, « l'exemple sensible et réel de eette égalité de biens, que [es législateurs et les philosophes de l'antiquité avaient regardée comme le moyen le plus propre de rendre les hommes heureux , sans pouvoir y atteindre : ils voyaient bien que , pour faire une société parfaite, il fallait ôter le tien et le mien » et tous les intérêts particuliers (1). »
Vœu de chasteté;
Les détracteurs de l'état monastique en attaquent surtout avec complaisance le dernier vœu. La reproduction, disentils , est une loi imposée à chaque individu ; et , en promettant là continence , on s'engage à violer la nature. Si la reproduction n'était que l'effet d'un appétit sensuel , dont l'engagement n'eût de durée et de suites que celles du dé* sir, peut-être on pourrait croire que nous sommes tous soumis à cette loi. Mais si la continence publique est naturellement jointe à la propagation de l'espèce (2); si tous les chrétiens sont rigoureusement obligés à la chasteté ; si le mariage est un nœud sacré , formé par la religion et la poli tique; si ce contrat impose des obligations immenses; si enfin une union mal assortie fait le supplice des époux, trouble les familles , et cause dans la société un scandale funeste , il faut convenir que tous les hommes ne sont pas indistinctement appelés à cet état respectable. Aussi M. Morin a-t-il prouvé que le célibat est de tous les lieux, comme de tous les temps (3); et, parmi ceux qui s'élèvent contre le vœu 4© continence, combien ne pourrions-nous pas compter de célibataires ! Ajoutons que le nombre de mariages est nécessairement subordonné aux moyens de subsistance.
(1) Mœurs des Chrétiens, pag. 7.
(2) Esprit des Lois. Liv. 23. ch. 8.
(3) Voy. les Mémoires de l'Académie des Inscriptions. T. 4. p. 308* tli»l« Critiq. du Célibat.