‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 38 sur 87 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

qui senïblent se passer du reste des hommes , ne peuvent se passer de les aimer (i). » Malgré son zèle pour la retraite , saint Benoit ouvre ses monastères aux voyageurs et aux malheureux» Il avait tellement à cœur l'hospitalité, qu'il trace jusqu'aux moindres détails la manière de l'exercer. « Qu'on reçoive les étrangers comme si c'était Jésus- Christ lui-même ; que le prieur ou les frères aillent au devant d'eux y et les servent avec les égards et les soins de la charité, là plus officieuse; que le jeune et le silence soient rompus , quand l'hospitalité l'exige (9).»

Telles sont les principales observances régulières» qu'on ne méprise que parce qu'on en ignore la nature et l'objet. Reconnaissons enfin, avec M. Fleury , que «les saints légiste lateurs ne cherchaient point[à introduire desjnouveautés, « ni à se faire admirer par une vie singulière et extraor- « dinaire ; mais seulement à vivre en véritables chré- « tiens (3). » Moyens sages de faciliter aux moines l'accomplissement de leurs vœux', ces institutions sont encore vénérables comme vestiges et monuments des usages et des mœurs des premiers fidèles , dont l'Eglise propose sans cesse l'exemple à ses enfants.

Ce que nous venons de dire des principes et des obligations de la vie monastique , nous l'avons puisé, comme on l'a vu y dans les règles des fondateurs , ou dans ;des sources aussi respectables. Maintenant quelle idée doit-on avoir d'un religieux véritablement animé de l'esprit de son état ? C'est un chrétien appelé à la pratique des conseils évangéliques; effrayé des dangers dont il aurait été environné au milieu du monde , il vit au sein de la retraite. La règle qu'il a choisie , est comme le creuset où il épure toutes ses affections ; il combat la cupidité et l'égoîsme par la pauvreté et la fidélité à ne rien posséder en propre , l'impureté et l'intempérance par la prière et par le jeûne , la paresse par le'travail , la vanité et l'orgueil par la simpli-

(1) 1. Retract, cap, 31.

(2) Ut ergo nuntialus fuerit hospes , ei occurratur à Priore vel à Fratribus, cum omni ofGcio caritatis. Reg. -cap* 53.

l3) Mœurs des Chrétiens, arl. 54.

38$ DB l'état religieux .

cité et FobéissaNce ; sou coôtfT détient ainsi le sanctuaire des mœurs et de la religion*. Aimant les1 hommes , parce cfirHt sfane vraiment Die*, il s'efforce de se rendre utile 1 l'Eglise et à l'Etat , Suivant la destination particulière du corps dont if est membre.

Te* a toujours été au* ytmu de l'Eglise le bon religieux ; et telle est la perfection ft laquelle ,- dan» tous ï<* temps , ils doivent tout aspirer* Ne soyon*ddnc pfas étonnés, que les Jérôme , les Basile , le» Augustin, le* Chrysostôme , les Gré goire, etc., ces hommes aussi grands par leurs lumières que parleur sainteté, aient loué, vengé» et embrassé ta vie monastique. Entre les grands, les princes et les roi*, plusieurs se sont revêtus dePhabît religieux , et tous l'ont honoré; enfin, au rapport de l'histoire , la profession reli* gieusé mérite cet éloge , qu'elle n'a jamais compté ses tu*

«tettKs que parmi les libertins et les hérétiques (i).

(fj troisième Discours de Ftetiry , N° ÎS.

CttÀPÏTRË OÊimÈME.

DB L'otUGHIR *W BB l'eTABLISSRJIIÏKT BE9 OHDBES REUGtKOX.

Pendant les deux premiers siècle* de l'Eglise , la foi fut vive et U sainteté commune. Le sang des martyr», qui coulait en abondance, devenait le germe de sa fécondité : mais les enfants ne se montrèrent pas toujours dignes de leurs pères ; et vers le milieu du 111* siècle, plusieurs étaient déchus de la première ferveur. C'est à ce relâchement que , selon saint Cyprien , doit être attribuée la persécution de Dèce , plus longue et plus cruelle que le» précédentes. La terreur qu'elle inspirait, porta un grand nombre de chrétiens & assurer leur salut par la fuite. 'Paul , déféré aux juges , aima mieux abandonner ses biens que de s'exposer à perdre son âme. Il choisit la solitude comme un tombeau, où il s'ensevelit tout vivant: il est le premier auteur connu delà vie érémitique. A la vue du scandale naissant, Antoine se sen. tit embrasé, du désir de pratiquer la perfection évaagélique dans toute son étendue : après avoir distribué sou patrimoine aux pauvres, il se sépara du commerce des hommes. La juste défiance de la faiblesse humaine au milieu des tourments qu'il fallait endurer pour conserver sa foi, etlc zèfe pour la réforme des mœurs , voilà les deux motifs qui ont peuplé les déserts et produit au monde tant de sublimes vertus.

La sainteté d'Antoine, ses instructions» ses mirai lu.i attirèrent des disciples ; 'en peu de temps il se trouvj chef d'une famille immense : sa sœur ouvrit un asyle faiblesse du sexe, et conduisait une communauté de Dans la retraite vivaient en même temps Aniinon et tome , qui le premier traça une règle aux cénobites et

réunit en congrégation. Les deux Macaire s'aniniaient.à la pratique des plus grandes austérités, et donnaient tous leurs soins à la conduite des frères. HUarion transporta .la vie monastique en Palestine , en Syrie , d'où elle se répandit en Mésopotamie. Saint Basile , qui n'avait trouvé la vraie philosophie que chez ces solitaires , en devint le disciple et le protecteur , et tira de leurs actions des fmaximes qui serrent encore de loi aux monastères d'Orient. Tous ceux qui s'élevaient, par leur piété ou par leurs lumières, au dessus du commun des fidèles, étaient moines ou honoraient les moines. De ce nombre sont saint Grégoire de Nazianze, saint Ephrem , saint Arnoë , et saint Moïse, qui les établit dans la Perse dont il est l'apôtre , à?où ils passèrent aux Indes.

L'Egypte et les pays voisins virent ce nouveau genre de vie se former et s'étendre si rapidement ; qu'avant la fin ( IV" siècle, on y comptait soixante-seize mille moinesV vingt mille religieuses. Pour leur établissement, ils n'a» vaient besoin d'aucun secours humain: ils se retiraient dans des déserts qu'on croyait inhabitables, plaines immenses de sables arides , coupés par des montagnes et des rochers regardés comme inaccessibles. Un ruisseau, quelques arbres , étaient toutes leurs richesses et suffisaient à leur nourriture. Loin de chercher les hommes; ils les fuyaient, et de toutes parts on venait à eux. Bientôt les lieux affreux où ils avaient fixé leur séjour , furent changés en des champs fertiles et en de vastes ateliers;

Sans nous arrêter au développement des causes morales et physiques qui ont contribué à la propagation de la vie religieuse, nous observerons en passant, qu'elle n'est pas moins digne de faire partie de l'histoire de l'esprit humain que de l'histoire ecclésiastique.

Comme née en Orient et comme nouvelle, cette profes^sion ne fut qu'un objet de mépris pour les occidentaux , jusqu'à ce que saint Athanase, qui, pendant son exil au désert , en avait étudié l'esprit et le régime , l'eut fait connaître à Rome. Dans tout l'Occident , c'est sous les auspices1 de la puissance ecclésiastique qu'elle se propage : les évô-

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