‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 39 sur 87 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

ques fondent les premiers monastères. Eusèbe de Verceil forme une communauté de religieux , et allie les austérités de leur état avec les travaux du sacerdoce. Leur naissance chez nous est due au zèle de saint Martin , et Marmoutier en est encore un témoignage subsistant. Maxime, son disciple, les deux frères, Romain et [Lupicin, se retirèrent sur les montagnes du Dauphiné et du Lyonnais : la Provence devient l'émule de l'Egypte; et Lérins, l'école des savants et la pépinière des évéques. Par le concile de Saragosse , en 380 , nous apprenons qu;il y avait dès lors des religieuses en Espagne. Saint Ambroise entretenait la piété parmi celles de Milan.

En Afrique, saint Augustin, dans le cinquième siècle, avait engagé son clergé à mener la vie commune , et prouvait aux manichéens que la vertu des religieux était plus grande et plus vraie que celle des stoïciens. Saint Chrysostôme les vengeait, et des railleries des mauvais chrétiens, et de la fureur des hérétiques* Au sein de sa retraite . saint Jérôme suivrait aux travaux les plus utiles. En Syrie, sur les bords de l'Euphrate, saint Alexandre (avait [réuni des syriens et des grecs, des latins avec des égyptiens, qui, divisés par chœur , chantaient nuit et jour les louanges de Dieu. Saint Séverin , à qui toute la nature était soumise , ne quitta sa solitude que pour aller prêcher la foi dans la Norique (aujourd'hui l'Autriche). Quelques années après sa mort, Clovis fit asseoir la religion chrétienne sur le trône des Francs.

Il n'a fallu que l'espace de deux siècles pour que la pro fession monastique ait été répandue, 'même au-delà des bornes de l'empire. Sans le secours vivifiant des souverains, malgré la diversité des mœurs et du génie , des climats et des gouvernements , chez tous les peuples policés ou barbares , s'était introduite cette vie obscure, laborieuse et pénitente : tant la vertu a de pouvoir sur les hommes, gneque soit leur caractère ! Les rois et les empereurs, convertis au christianisme , devinrent les protecteurs de l'Eglise et fo t sa discipline. Cette qualité leur donnait le droit ou,ldpr, imposait l'obligation de veiller à ce qui se passait dans son.

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sein ; et leur autorisation formelle ou présumée, désormais nécessaire , devait consolider les nouveaux établissements* D'âpre* ces principes , dont on remarque l'exécution ainsi* tôt que la religion chrétienne fut la loi des princes , nous les voyons traiter favorablement les religieux , louer leur institut et leur piété, leur fonder des monastères, leur accorder des privilèges , les rapprocher des villes, et permet-' tre aux évéques de les y appeler. Constantin honore Antome et ses nombreux disciples. Théodose détrompé révoque l'ordonnance sévère qu'il avait rendue contre eux. Si la plupart des autres empereurs les persécutent , c'est qu'au lieu de veiller à la défense de l'empire f attaqué de toutes parts, ils ne s'occupent que de discussions dogmatiques , et semblent ne conserver quelque vigueur que pour propager, par des châtiments, les hérésies que l'imagination orientale multiplie sans fin. Ils sévissent surtout contre les moines , qu'ils ont vainement tenté de séduire, et dont ils ils n'ont pu faire servir la vertu à l'appui de leurs fausses opinions. Clovis exempte de toute contribution plusieurs monastères , pour ne pas diminuer le patrimoine qu'assurait aux pauvres le travail des religieux. Ses successeurs en dotent d'autres , où ce travail , regardé par les francs comme ignoble , était négligé; ou l'on consacrait tout son temps à la prière , à l'étude , et à copier des livres , et ce se formaient des missionnaires zélés. Les évéques avaient déjà renoncé à une partie de l'autorité qu'ils exerçaient sur eux, soit en leur laissant le choix de leur abbé , et à l'abbé Pentière administration des biens , soit en n'élevant les moines aux ordres sacrés que de son consentement , parce que l'or • dination les émancipait en quelque manière de son auto* rite» et les assujétissait à Pévéque. C'est ainsi , qu'en s'*~ grandissant dans l'Eglise , les corps monastiques acquéraient une existence dans l'Etat.

Le sixième siècle vit paraître parmi eux deux grands lé* gislateurs, saint Benoit et saint Colomban. Jusqu'ici les religieux avaient suivi l'Evangile, les canons, et les écrits des Pères : ta discipline claustrale n'était pas uniforme ; ils s'attachaient indistinctcmnt aux règles de saint Pacôme,

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de saint Basile , de saint Macaire , de saint Augustin , et de Cassien. Les maisons religieuses ne conservaient aucune dépendance les unes des autres , a un petit nombre près , que conduisait un seul abbé qui tes avait fondées. Les nouvelles règles, en fixant les devoirs des supérieurs et des in* teneurs, en déterminant l'emploi de chaque moment, et pourvoyant* tout ce qui constitue un gouvernement sage» maintinrent le» corps religieux au milieu des invasions > des troubles , des cruautés , et de fc barbarie' Les cloîtres devinrent alors presque l'unique asyle des vertus et des lumières i aussi les plus saints évéques qui illustraient l'Eglise en étaient-ils sortis; et tous ceux qui dans l'Etat aimaient les mœurs ou avaient quelque habileté, les favorisaient. La fondation des monastères était regardée comme une des expiations des grands crimes qui étaient fréquents, c'est la double cause de cette multitude de monastères érigés sous les descendants de Glovis jusqu'à Charletnagne.

Dans ces nouvelles maisons on introduisait la règle de saint Benoit; les anciennes l'adoptaient volontairement; et insensiblement elle fut la seule qu'observaient les moi* nés. Au septième siècle, saint Augustin , disciple de saint Grégoire, l'apporta dé Home en Angleterre. Les princes qui gouvernaient alors les sept provinces dent elle était composée , convertis successivement par les religieux missionaires apostoliques , bâtirent et enrichirent beaucoup de monastères; saint Wilfrid, et Benot! Biscop en furent les principaux ornements. En France ils se multipliaient par les soins de saint Eloi , de saint Ouën , de la reine Bathilde. On leur accordait de grands biens; déjà ils avaient des serfs, et depuis longtemps les désordres du clergé avaient fait passer leurs privilèges en droit commun , comme l'attestent les formules de Harculphe- Saint Isidore et saint Fructueux , en Espagne, les affermissaient, en leur donnant des règlements pleins de sagesse. Les Lombards las ravageaient en Italie; les Musulmans tes attaquaient p tout et les détruisaient en Afrique ; en différentes p, de l'Orient la première ferveur se soutenait n

iquaient parrentes parties | ,t malgré les

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guerres des Perses et la fureur des hérétiques. La Vie reli* gieuse fut encore établie chez les Frisons , par les moines anglais, qui vinrent leur annoncer rEvangileP nous la voyons ensuite tomber au siècle suivant dans la langueur et le dépérissement.

La plus stupide et la plus profonde ignorance , qui entraînait après soi la barbarie des mœurs et des lois et les su-»perstitions les plus grossières; les irruptions des Lombards et des Sarrasins ; la faiblesse des empereurs et celle de nos rois ; la violence des seigneurs laïques, qui usurpaient les biens des monastères et s'en rendaient abbés ; la trop grande part que les ecclésiastiques et les moines même les plus vertueux prenaient aux affaires séculières , voilà les principales sources de l'affaiblissement de la discipline monastique.

Deux souverains, qui regrettaient les pertes de l'état religieux , s'occupèrent de sa régénération , Alfrède et Charlemagne. Alfrède, à qui l'Histoire, comme le dit M. de Voltaire, ne reproche ni défaut ni faiblesse , et qu'elle met au premier rang des héros utiles au genre humain, rechercha de tous côtés ceux des religieux qui séjdistinguaient encore par leur science et par leur vertu. U retint les uns auprès de sa personne pour s'instruire avec eux ; il en plaça d'autres dans les nouveaux monastères qu'il fondait,? et dans les anciens où l'on savait à peine lire les constitutions écrites en latin. À la persuasion d'un religieux , nommé Néot , son-parent , il établit l'Université d'Oxfort. C'est avec le secours de ces vertueux et savants hommes , qu'il releva les études , et renouvela la piété par tout son royaume (1).

Au sein des erreurs et des préjugés , Charlemagne , tout à la fois conquérant et législateur , traça ce beau plan de réforme générale , dont la plupart des dispositions seront utiles aux temps les plus éclairés : mais son siècle était trop au dessous de son génie , et sa postérité dégénéra trop promptement» pour que sa législation produisit des

(1) Voyez Guill. de Malmesbury , de Gesti* reg. Angl. Lib. 2 ; Polid. Virg. Angl. hiat. Lib. 4, et Ingulf. hist.

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