‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 40 sur 87 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

effets durables ; cependant la révolution qu'il avait préparée pour les monastères fut consommée sous son successeur , par les soins de Benoit d'Aniane.

Ce saint moine , du neuvième siècle , pénétré de l'esprit de son état , et revêtu de l'autorité que lui avaient donnée Louis-le-Débonnaire et le fameux concile d'Aix-la-Cha-r pelle en 817, remit en vigueur la règle de saint Benoit. Quelque grand que fût son zèle , et quelque étendue que fût son inspection, le renouvellement ne put être universel ; on était trop peu instruit; il resta beaucoup de relâchement. On vit bientôt les anciens abus renaître : soit goût , soit nécessité , les abbés , à la tète de leurs serfs et de leurs vassaux , se mêlaient de toutes les guerres civiles. Les Normands, qui ne trouvaient que peu ou point de résistance» causaient partout les plus tristes ravages; le gouvernement féodal commençait à se former; la puissance des évéques et du pape ne connaissait plus de ^bornes : tout dans l'Etat et dans l'Eglise se ressentait de la décadence de la maison régnante, a Au milieu de tant de désordres, dit M. l'abbé Mi Ilot , la réforme de Cluny présenta un spectacle; édifiant; elle rétablit la discipline monastique ^ aussi méprisée que les canoas (1). »

Guillaume, comte de Toulouse et duc d'Aquitaine, avait fondé ce monastère en 910, et l'avait soumis au pape , à l'exclusion de toute autre puissance , afin d'empêcher les usurpations tant des évéques que des laïques. Ses premiers abbés, aussi distingués par leur vertu que par leur sejence , y firent fleurir l'exacte observance de la règle de saint Benoit, l'étude de la religion , et la charité envers les pauvres. Les souverains, les évéques, les seigneurs se disputèrent , comme à l'envi^ Pavantage de combler de biens ces religieux , de leur bâtir de nouvelles maisons , et de les, préposer aux anciennes pour y renouveler l'esprit primitif. Dans plusieurs Eglises on les substitua aux chanoines, séculiers, dont la plupart étaient scandaleux et ignorants : ainsi, Cluny devint une congrégation .qui s'étendit pajv

(1) Eléments de PHisto\re de Francc1

toute la France» en Italie, en Espagne, en Allemagne, Saint Dnnétan opérait en même temps la même révolu* tion en Angleterre; saint Romuald et saint Nil de CaUfcre retraçaient, par leurs austérités et par un désintéressement universel, la vie des premiers moines d'Egypte. Ces deioç hommes vénérables sont ceux qui, au X* siècle, ont le mieux compris quel estl'esprit de l'état religieux; cet esprit avait été étouffé en Orient par les persécutions des empereurs protecteurs des hérésies , par la pente au schisme que fomentaient toujours les patriarches de Constantinopie, par l'amour des fables et des superstitions* et par les progrès de l'ignorance , mère de tous ces désordres» On pe voit alors de religieux fervents, parmi les Grecs, que saint Nicon , surnommé le Métanoïte , saint Paul de Làtre , et saint Luc le jeune; encore étaient-ils plus occupés de la conversion des pécheurs, que du renouvellement de la île cénobitique.

En Occident, la réforme de Cluny la soutenait avec splendeur. Malgré des possessions immenses et des privilèges trop étendus, elle conserva, par une espèce de prodige , l'intégrité de sa discipline pendant deux cents ans. Ulric, qui à la fin du onzième siècle réunit les coutumes de Cluny, en est garant. Dans cet intervalle parurent plusieurs ordres pour le bien de l'humanité et pour la restauration des mœurs. Jean Gualbert forma la congrégation de Va*lombreuse; Etienne de Muret, fut fondateur de Gram~ mont ; saint Bruno institua les Chartreux. L'épidémie , appelé feu sacré ou feu de saint Antoine, donna naissance aux Antonins. A Valombreuse , il y eut entre les moines une distinction inconnue jusqu'alors, et qu'adoptèrent ensuite tous les fondateurs ; saint Gualbert admit , au nombre de ses disciples , des laïques ou frères convers, qui, chargés des travaux du dehors, ne devaient jamais être promus aux ordres sacrés, Les enfants de Bruno présentent un exemple unique dans l'histoire des peuples , celui d'une association d'hommes , perpétuant , depuis six cents ans , l'esprit de leur père , et observant avec une fidélité entière le genre de vie qu'il leur a tracé : la solitude , l'occupatipn ,

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