LES APPELLE UN CVLTE VA1H , DES PRÉCEPTES ET DES
poctrines iiUMAiflES .(1). JésusrÇhrUt enjsnjte ajoute qu'elles ne servent qu'A éluder, et ajçjjjantir les préceptes no SElfiflEUa $). Or3 îj est bien constant que l'on doit proscrire et rejeter tout culte vain et sut perstitieux, tout ce qui tend à élude* # anéantir les préceptes du Seigneur.. Il faut done' , selon les oracles du prophète Isaïe et de JésÙSr-Christ, proscrire et ffrjeter les traditions.
Voilà sans doute .l'objection dans^oute sa force, Pour y répondre, je ne demande qu'un peu d'attention aux paroles du prophète et de JésusrChrist. Que reprpebe
(1) In vanum cotant me, docentw mandata et doctrina» liominuni. Mallh. 15.
(9) Irritant (eciitii mandatant Itei prcpler Iradilionem veitram.
Isaïe aux Juifs ? Que leur culte était vain et non conforme à la loi du Seigneur, que c'était un culte selon des maximes et des doctrines humaines. Or, Messieurs, je m'en rapporte à vous : par préceptes , par maximes et par doctrines humaines , peut-on entendre les traditions divines et apostoliques qui prennent leur source de Moïse et des prophètes, de Jésus-Christ et des Apôtres? je l'ai dit, et je le répète encore, nous ne reconnaissons pour auteurs de ces traditions , ni le pape , ni les pères , ni les conciles j mais uniquement Dieu, parlant dans l'ancienne loi par la bouche de Moïse et des prophètes , et dans la nouvelle par son Fils et par les apôtres. Or, personne de bon sens ne s'avisera de traiter de maxime et de doctrine purement humaine , des traditions et des enseignements dont Dieu est auteur, ou immédiatement en parlant par Jésus-Christ , ou médiatement en parlant par le ministère des prophètes et de ceux qui ont été envoyés de la part de Dieu pour enseigner les Juifs. Il est donc manifeste que dans le texte dlsaie il ne s'agit nullement des traditions divines et apostoliques.
Il n'est pas moins évident qu'il n'en est nullement question dans ce qu'ajoute Jésus-Christ. A qui ce divin Maître adresse-t-il la parole ? Aux Scribes et aux Pharisiens. Quel reproche leur fait-il ? De transgresser la loi de Dieu, a cause de leurs traditions (1). Remarquez, Messieurs, que dans ce chapitre, les Scribes et les Pharisiens , quelque intérêt qu'ils eussent
(1) Quare et vos trausgredimini mandalum Deî propter traditioncm veslram.
i ««créditer leurs traditions, notent cependant lesqiialiier de traditions-divines, ou même de traditions venues de Moïse ou des prophètes j ils se contentent de lea appeler traditions dfs anciens (1). Jésus-Christ de son ctoé ne les appelle pas non plus traditions de Moïse et def prophètes , mais traditions des scribes et des pharisiens (2), Allons plus loin : quelles étaient ces traditions? Le texte s^crtf noué f apprend : c'était de laver ses mains avant LE repas (3) ; c'était de détourner , sous prétexte de piété et de religion , ; les ettfants de secourir leur père et mère dans le besoin; obligation néanmoins fondée sur la loi naturelle , et sur te précepte divin d'honorer ses parents. Dieu, reprend Jésus-Christ, ordonne d'honorer ses pbre etmere; ,
ET DECLARE QUE CELUI QUI OUTRAGERA J)E PAROLE SON PBRE ET SA MÈRE SOIT PUNI DE MORT ; ET VOUS AUTRES
vous dites : Quiconque aura dit a son père et a sa mère : Tout don que j'offre a Dieu vous est utile, et il nv a que fairb d1 honorer son pere et sa mere : et ainsi vous avez rendu le commandement de Dieu inutile par vêtretradition (A). Voilà les traditions que Jésus-Christ condamne , et qui , comme remarque ce divin Sauveur , avaient été par avance pro*-
.,(1) Tradfttones seniorum.
. (9) Propter traditionem vestram.
(3) Qûare discipuli tuî traii6grediuiitar tradîtiones seniorum ? Non enim lavant manus suas , cùm panem manducant.
(4) Deus dixit; Honora patrem et matrem ; et qui maledixerit patri vel matri morte moriatur. Vos autem dicilis : Munus quodcumque est ex me, tibi proderit , et non honorificabit patrem suum et matrem suam ; et irr{tum fecistis mandatum Dei propter traditionem vestram. Mallh. 15.
26 jÉCE&TTÉ D'ADMETTRE
crites et condamnées pan la prophète Isaïe compte tra- DiTiovs vaines , contraires à là loi de Dm , et àktéts par esprit d'orgueil, d'avarice et dVxrocRisiE , cqmms
MAXIMES WD ©OCTRJNES HUMAINES (1). Que j^Ut-OD
donc eoncliure des textes du prophète Isaie et de Jésus» Christ ? Qu'il faut proscrire et oondamoer les traditions ?akiès,. fausses et contraires à la loi de Pieu, auxquelles étaient attachés les Juifs et les pharisiens, mais de là il ne s^ensuit nullement qu^oa doive proscrite et rejeter les traditions divines et apostoliques, qui, loin d'état des préceptes et des doctrines purement humaines et opjtosées à la loi de Dieu , sent au oontraice des vérités et des pratiques établie* de Biem dans l'antienne ; Joi , par la bouche de Meïse et des prophètes, et dans la nouvelle, par la bouche de son Fils «FésB&»Ch*ist ou des Apôtres , guidés et dirigés par le Saint-Esprit pour enseigner les nations.
Je creis'vqtte toute personne qui raisonne doit être pleinement satisfaite de cette réponse. Votre ministre Dumoulin affecte néanmoins de n'en paraître pas content } mais les vains et ridicules efforts qtfl fait pour la combattre, montrent combien, malgré lui, il en sent la solidité. « Les traditions des pharisiens , dit-41 , étaient « des doctrines qui ne commandaient pas des choses « défendues expressément dans la loi de Dieu, mais « simples additions et dévotions volontaires, hprs la « parole de Dieu : comme nettoyer le dehors des pots ,
(1) Hypocrite f bené prophetavit de vobis ïsaïas , dicens : Populuâ labiis |qe honorât : cor autem eorum lengé est ft me. Sine causé totem ce- \vm\ me, docentes doctrinaset mandata twminum. lfilth. 45.
tf se laver les mains avant le repas avec une d^votig* « scrupuleuse, dlmer la mente et le cumin, fdoq- « ger leurs philactères, jeûner trois fois la seawinç, « faire de longues oraisons , faire conscience de guérir a un malade le jour du Sabbat (1 ), » & eussiegTrfoua cru t Messieurs /que dans votre prétendue réfenaeia eût osé contredire si ouvertement JésusrGfefftst , 4t «*«» euser ce que ce divin Sauveur reprend dtane t&anièca si expresse et si énergique dans les scribes elles pharisien?? Jésus-Christ les accuse de transgresser là toi du Seigneur, a cause de leur tramtmu* (2) } $t votre ministre dit, que c ces traditions ne commandaient point t des choses défendues expressément en la loi de Dieu. » Jésus-Christ dit, < qu'ils fendaient par. itopis traditions t le commandement de Dieu inutile (3;)^;* et «votre ministre avance que leurs traditions étaieni « de simples < additions » à la loi de Dieu : encore les décar&ît-ildu nom de c dévotion volontaire, .» £ésuwGh*i$t dit que c'était par orgueil et par hypocrisie qu'ils étaient ft(p tachés à leurs traditions (h) , et votre ministre dit que c'était par < dévotion volontaire/ • paib principe 4* conscience. Une de leurs traditions était + selon Dumoulin , < de faire conscience de guérir un malade. a» « jour du Sabbat :• » citait dont aussi par principe de Conscience qitfls en faisaient « crime à Jésus^Christ :
(4) B*nd, dé U foi, sec*. 11.
(5) Quare trtotgrediimni maodélum Domiqi , propter traditionem pettram,
(3) Irritant fecistis maoejatum Pei propter traditionem Tes tram.
(4) nypocritae,
pourquoi votre ministre n'ajoute-t-il pas ausssi que c'était par principe de conscience qu'ils attribuaient à Béelzébut, prince des démons, les miracles du Sauveur? l'un n'est guère plus révoltant que l'autre j et il en est une suite nécessaire. En vérité, Messieurs, n'est-il pas surprenant que Ton embrasse un parti où Pon avance de telles extravagances et de tels blasphèmes ?
Une troisième objection, fort commune parmi vous* est appuyée sur ces paroles de saint Paul aux Galates, chapitre premier : Quand bien même nous, otj un ange du
CIEL VOUS EVANGELISERAIT OUTRE CE QUE NOUS VOUS AVONS EVANGELIsâ, Qu'lL SOIT ANATHBME, Notez , dît
Dumoulin, en la douzième section de son Bouclier de la foi «que l'Apôtre dit outre, et non pas contre ce que t nous vous avons évangélisé. » II faut donc réprouver noq-seulement tout ce qui est contre , mais encore tout ce qui est outre renseignement des Apôtres ; or les traditions sont outre ce qu'ont évangélisé les Apôtres ; il faut donc les rejeter.
On vous vante ' cette objection cwnme insurmontable ; il n'en est cependant peut-être poiût de plus frivole.
Car en premier lieu , vous savez cet axiome universtellement reçu : Qui prouve trop, ne prouve rien : or tel est le raisonnement de Dumoulin et de vos ministres : il prouverait que Ton doit rejeter non-seulement les traditions, mais encore tous les livres du Nouveau- Testament, postérieurs à l'épltre de saint Paul aux Galates , comme l'Apocalypse , l'Evangile selon saint Jean, et même plusieurs des autres épltres de saint ^aul , écrites après celle-là , puisque tous ces ouvrages
sont outre ce qu'il avait évangé lise aux Galate$. L'absurdité de cette conséquence doit vous faire sentir que le sens donné par vos ministres aux paroles de saint Paul * est un sens tout-à-fait éloigné de l'esprit de cet Apôtre : c'est en effet la remarque de saint Augustin , dans son traité quatre-vingt-dix-huitième sur saint Jean; voici ses paroles : c Saint Paul ne dit pas plus que vous avez « entendu ; mais outre ce que vous avez entendu. S'il « eût dit plus , poursuit ce grand docteur , il se serait <( contredit et condamné lui-même , puisqu'il souhaitait « aller à Thessalonique pour suppléer à ce qui manquait « à la foi des fidèles de cette ville : celui qui supplée « ajoute ce qui était de moins , et n'ôte pas ce qui est; « mais celui qui transgresse la règle de la foi, ne marche « pas dans l&voie, il s'en écarte (4). »
Je réponds donc en second lieu, que quand l'Apôtre dit anathème à quiconque é*angélîse outre ce qu'il a évangélisé , il veut dire anathème à quiconque évangélise d'une manière contraire à ce qu'il a évangélise. Cette solution est appuyée sur l'autorité de saint Ambroise, de saint Chrysostôme , de saint Jérôme, d'QEcuménius , de Théophylacte et de beaucoup d'autres qui ont ainsi interprété le texte de l'Apôtre, Ajoutons que l'on peut très bien interpréter le terme l^tin prœler, qui se trouve dans la Vu 1 gâte , par celui de contre* yos bibles françaises en fournissent la preuve. Lisez le verset dix-sep-
(1) Non ait : Plus quam accepistis , sedPraeter quod accepistis. Nam si ilfad diceret, sibiîpaeprajudicaret qui cupifebaf Venire ad Thessaidàicenses, utsoppleret quîe-ilLorum fidei defaerunt : sed qui supplet quod minus erat addit , non quod ioerat toUit : qui autem praetergredjtur fidei regulam | non accedit in ?ià , «ed reotdit de via. S, Àug. tract. 981 in Joan.
30 nécessité d'admettre
ttéme du (teinter chapitre de saint Paul aux Romains , vous y verrez le terme prœter traduit en français parle terme de oowire; et certainement il n'y a pas pins de raison de le traduire de la sorte dans le verset de l'épltre *£x Rgéaaiaft que dâtfs cfclui de l'épltre aux Galates.
En trettièftié Uear je vous demande a saintPaul n'a pas év&ngétteé de vive toi* alitant <p* par écrit, et si le plus gtànd mtàtbre des Apôtres , chargé d'enseigner les ttitfàmSi hWest pas cetfenté d'annonoer de vive voix ttftitéâ \m irrités de la religion , sans les enseigner par 1« Wte& l'Ecriture? Ces faits, <p» pourrait en diseontteiiii? ? Jb demande eacere *i les Apôtres qui n'ont eniéigitf qiWctotittf vùteetpar leurs prédications, n'étaient ^iô y W)ftftné eé^ix qui ont enseigné par écrit* en droit d'exiger une parfaite soumission à leurs enseignements, et iï ÈltàtàPM luHitîôme^ en œ qu'il a annoncé de Vive rôHf, tiè toéHfàlt phÊ égaïétaetfttfèfffc e^u et obéi, comme ëft cfc<ftfft a afcidé cfn présdrfê *ms Sed épttte$ ? En un W6t je demStide, s^e qu'ils OHt enseigné de Vive voix ft'ët*rt£&ète ï*tfôtedé fcteu, centime ce qu'ils ont engtfgrié datte leurs otm^geé. Conclure donc dés paroles fêtfik Pét&\ <$u'ftnfe font ni croire comme de foi, ni fëWrertf oniirie pràltf WÎfteri, que ce que les Apôtres tint flunfaéé* soit de vive toix, Sôit pat écrit, Heu de plus jifsté tyiè céfté'étàséqtfencé. Maris inférer de II , qiié Icfc traditions ditittés et apostdtiqbëfc , qui fcfotf alitent d'instructions données de vive voix par les Apôtres, n'ont pas d& 4t*t regardées dans la primitive Eglise f et dans la suite* tietane priroto de Dieu f inférer de là qu'on m toit (enîr et révérer comme pa^fè rfé Dieu r que Ce que
les écrivante sacrés nous ont laissé par éëftt ? et fléto <të qu'ils ont enseigné de vive voix ; tilsfefait là titiè étiàséquence fausse, absurde et mérité duvertéfflètft eûûtrtàfè à Pesprie de PApÔtre * qui dans la secondé épttoé &tf* Thessaloniens , chapitre second , rétttaftâ*&d0 de térifr aux traditions orales; avec la même fidélité qu'an* leçons et aux enseignements donnés par écrit; Aussi voyotifrnous que Mpétre rfà pas dit : Anathêmb A QUièoi^
<JUE EVÀNGÉLIS^ OUTRE CftQtJE NOUS AVONS» LAISSE FAH ÉCRIT ; mais, AnATHÈWB A> OBUSt QS* £vAftG#LlSftfflr
outre <& que nous avons ÉVANteÉLîéE i expression» qui ne convient pas moias aux instruction rédigées par écrit , qu'aux instructions données de vive Vorâ.
Il y a un autre texte ^ stfr loquet je ne m'arrêterait pas si je ne l'avais souvent entendit objecter par lé» partisans de votre réforme ç car , |e vous avoue que )e &4 rois pas quel avantage ils (en peuvent tirer : ce texte esé pris du dernier ckapîtrte de TApocalyp&e 5 Je protest» t dit saint Jean* ATwtis ostx qui entwsdobnt la> pho*
PffiSTIEDE Gfe LFVKBy QUE 8î ^UELQÙ'UTC Y AJOUTE ^Blrttf AJOUTERA SUR LU* £E$ PLAIE* $Ut T' SOITT BGRlTB8y ET $0B SI QUEL^u'im SB* RETRANCHA QUELQUES PAfM»LE9y DIEU £g RETRANCHERA fc«F LIVRE BB VtC ET »E L A d AIIT T» tJlfri*
Il est visible* par le* ternies rriêmes fart se sert saint Jean, qu'il patate dans ée te*ie de son Rtrerde l'Apocalypse, (Jui est en efifët te litre prophétique do Nouveau- Te&ëfcttetit * * S$ quelque* ajéute à la prophétie de eè « tttitef si tjbetya'uà ôte die» paroles de ce Hvtade pm- « phétiéy» ainsi parte' saint Jean. Or* eeld strpposë, que
résulte-t-il de ce texte ? Dire que saint Jean, par ce texte, entend que tout ce qui n'est pas contenu dans le livre de r Apocalypse doit être proscrit et rejeté, ce serait, j'en conviens , proscrire et rejeter toute tradition ; mais ce serait en même temps rejeter tous les autres livres de la bible , et ne reconnaître pour livre sacré que le seul livre de l'Apocalypse; prétention aussi impie qu'extravagante* que Ton ne peut prêter à l'écrivain sacré. Il faut donc que la vraie interprétation de ce texte soit que celui qui serait assez téméraire pour vouloir ajouter à ce livre, et donner comme partie de ce livre quelque texte nouveau , ou en retrancher quelqu'un de ceux qui en font partie , celuilà se rendrait coupable et digne des plaies qui sont écrites dans ce livre de prophétie. Voilà le sens naturel , et qui répond parfaitement aux paroles de l'Apôtre, sens d'ailleurs dont on aperçoit du premier coup-d'œil la vérité , personne n'ignorant que les livres saints sont un dépôt sacré auquel il n'est pas permis de toucher , mais sens qui ne saurait nous porter aucun préjudice; car quoique nous admettions les traditions divines et apostoliques , nous sommes néanmoins bien éloignés de prétendre qu'on doive. ou qu'on puisse ajouter , comme partie de l'Ecriture^ Sainte, aucun texte nouveau, ou en retrancher quelqu'un de ceux qui en font partie. Nous regarderions une telle entreprise comme une horrible prévarication, digne de toute la colère et des plus horribles châtiments du Ciel. Nous disons, il est vrai , que les traditions sont parole de Dieu ; mais, en même temps, nous convenons quelles sont parole de Dieu non contenue dans les livres saints, mais donnée de vive yoix par les Apôtres h leurs succès-^
LA TRiDITCOH. 33
seurs et aux premiers fidèles. Bèze, lui-même, a tellement senti la solidité de ces réflexions , que malgré son attention à faire valoir dans ses notes sur le Nouveau- Testament tous les textes qu'il s'imagine être propres a combattre les traditions , il ne s'est pas hasardé à citer celui-ci en sa faveur.
Vos ministres se prévalent encore de quelques autres textes de l'Ecriture ; mais ils sont si peu favorables à leur cause , que vouloir y répondre ce serait perdre le temps. Si cependant il y en a quelqu'un qui vous fasse impression , ayez la bonté de me le communiquer , et aussitôt Je me ferai un plaisir de l'examiner avec vous. En attendant , je passe au témoignage que rend en fayeur des traditions la plus respectable antiquité.
La nécessité de reconnaître et d'admettre les tradi* lions divines et apostoliques , établie par tes plus précieux monuments de l'antiquité.
J'appelle précieux monuments de l'antiquité' les ouvrages des Pères et les actes des conciles. Quoi qu'eu pensent et qu'en disent les auteurs de votre prétendue réforme , je ne crains pas d'ayancer qu'un des plus sûrs moyens de s'assurer des sentiments de la primitive Eglise, et même des Apôtres, c'est de consulter c sources respectables. Comme ce sont les Apôtres, leurs successeurs qui ont instruit Ses premiers e préposés a l'établissement et au gouvernement i anciennes Eglises, on ne peut raisonnablement d tom. it. . -H 3
que leur doctrine ne soit celle qu'ils avaient reçue des Apôtres. (
Comment, en effet, se persuader que dans ces premiers temps , où la ferveur était si grande , et où Ton était si curieux de conserver le précieux dépôt de la foi , ceux qui ont été mis à la tète des Cdèles et chargés du ministère de la parole; ceux qui ont soutenu les intérêts de la religion aux dépens de leur repos , de leur fortune, et assez souvent de leur vie , aient conspiré à renverser la religion , en abandonnant la doctrine des Apôtres et en introduisant dans l'Eglise des nouveautés profanes ? Comment s'imaginer que dans les anciens conciles, c'est-à-dire dans ces saintes assemblées composées des plus grandes lumières et des plus saints évêques du monde chrétien, où Ton ne saurait douter que l'Esprit saint n'ait présidé, pour peu qu'on fasse attention aux glorieuses victoires remportées par elles sur l'erreur; comment s'imaginer, dis-je , que dans ces saintes assemblées on ait ignoré , déguisé , ou dissimulé ce qu'on devait croire et penser en matière de religion ? Cette supposition paraîtra toujours incroyable à quiconque pense sainement et sans préjugés. C'est donc avec raison et avec confiance , que dans la question présente , ainsi que dans les autres, j'en appelle à ces précieux monuments de l'antiquité la plus respectable , et que j'ose vous dire, comme autrefois Moïse au peuple d'Israël : « Souvenez-vous des siècles an-
« CIENS, CONSIDÉREZ CHACUNE DES GENERATIONS « PASSÉES I INTERROGEZ VOS PERES ET VOS AlEUX , ET
« ils vous instruiront (1). » Mettons à la tète de ces
(l) Mémento dierum nntiquorum , cogita generationes singulas ; interroga patrem fuum , et auauntîabit tibi ; majores luos , et dicent tibi.
illustres témoins de la foi et des sentiments des Apôtres, ceux qui ont vécu de leur temps , et qui ont été imbus immédiatement de leur doctrine.
Lisez , Messieurs , le chapitre dix-neuvième du cinquième livre de l'Histoire ecclésiastique dTSusèbe , et vous y entendrez saint Irénée attester que saint Polycarpe rapportait souvent ses étroites liaisons avec saint Jean et les autres disciples qui avaient vu le Seigneur ; que ce même Polycarpe racontait dans les assemblées publiques plusieurs discours conformes aux Saintes- Ecritures , que ceux qui avaient vu le Seigneur, avaient entendus de la bouche de ce divin Sauveur, touchant ses miracles , sa doctrine et ses vertus. Saint Irénée ajoute, qu'ayant recueilli ces discours de la bouche de saint Polycarpe, auquel il était fort attaché, « il avait grand « soin de les graver, non sur le papier, mais dans son « cœur (1). » Il est évident que par ces vérités reçues de la bouche de Jésus-Christ , par ceux qui avaient vu le Seigneur , on ne doit pas entendre seulement les instructions contenues dans les Saintes-Ecritures } car ce ne serait pas un trait particulier à saint Polycarpe et i saint Irénée d'avoir rapporté les leçons renfermées dans lc$ divines Ecritures ; tout chrétien en pouvait foire autant^ il faut donc reconnaître ici les enseignements donnés dp vive voix et appelés traditions. « Ces enseignements^^! « Kemnitius, étaient, selon le passage de saint Itéofebi <( conformes à l'Ecriture. » Oui , sans doute, ils y étaient
(1) Hase eo tempore quo Dei misericordiam qoam ergà me ottendêbtt * studiose et Attenté audîebam , atque non charte et liuerlft , #ed ïotetWf mentis cogitatiooi niaodabam.
conformes; et les traditions que nous admettons y sont aussi parfaitement conformes : mais être conforme à l'Ecriture ou y être contenu , ce sont deux 'choses bien différentes. Il est dit , dans le texte de saint Irénée 9 que ces discours étaient conformes à l'Ecriture (4) : mais le texte ne dit pas qu'ils fussent contenus dans l'Ecriture , et la raison que je viens de vous exposer montre clairement que l'on ne doit pas l'entendre de la sorte.
Que nous dit Eusêbe de saint Ignace , é?êque d'Antioche après Evodius , qui avait occupé ce siège immédiatement après saint Pierre ? Il nous rapporte que ce saint évèque « exhortait tous les fidèles à s'attacher « fermement aux traditions des Apôtres, et que pour « les réserver avec plus de sûreté à la postérité , il avait < cru devoir les rédiger par écrit (2) . » 11 est constant que dans ce texte il s'agit des traditions données de vive voix : pourquoi en effet les rédiger par écrit , si elles l'eussent été auparavant dans les livres sacrés ?
Trouve-t-on , me direz-vous , ces traditions que saint Ignace doit avoir laissées par écrit ? Oui , Messieurs : Usserius , protestant , et un de vos plus savants auteurs en Irlande et en Angleterre , nous a donné en grec et en latin les lettres de ce grand évèque, adressées aux Ephésiens, aux Magnésiens, aux Tralliens, aux Romains , aux Philadelphiens , aux Smyrniens ; et dans ces
(1) Scripturis verè consentientia narraret.
(9) Hortatus est (Ecclesias) ut apostolorum traditioni mordicus adha> rescerent , quam quidem asseveranter testificatus , quô tutiùs posteritati reservaretur , neccssariô scriptis mandandam existimavit. Euseb. hist. Eccl. Hh. 5,, cap. 19.
lettres il est (ait mention du jeûne du carême, des ordres moindres , de la sanctification du dimanche , et antres points dont il n'est point parlé dans l'Ecriture, et qui conséquemment sont véritablement des traditions apostoliques : car soupçonner ce grand saint, si attaché à la religion , d'avoir voulu de lui-même et de sa propre autorité débiter une doctrine nouvelle , ou faire des règlements et établir des usages contre l'intention des Apôtres, ce serait une imagination aussi injurieuse à la mémoire de ce généreux martyr , que contraire au bon sens.
Saint Justin , ce grand philosophe encore plus recommandable par son zèle pour la religion que par la beauté de son génie , fait mention , dans sa seconde Apologie , de plusieurs pratiques religieusement observées parmi les premiers chrétiens : il y parle entre autres de la sanctification du dimanche , article dont il n'est point parlé dans les Saintes-Ecritures (1). Remarquez que par le jour du soleil , dies solis , il entend le jour du dimanche , ainsi qu'il s'en explique lui-même , disant que le jour du soleil est celui auquel Dieu a créé le monde , et auquel Jésus-Christ est ressuscité (2). Et ne regardez pas ces pratiques et ces préceptes comme une tradition purement humaine, ou même ecclésiastique ; ce grand saint assure en termes formels, que c'est de
(1) Die autem solis omnes publiée convenimus, quod is primus est dies in quoDeus tenebras et materiam cùm mutasset, mundum eflecit, et quôd eodem die Jésus Christus cooservator noster à mortuis excitatus est. S. Just. Apol. 2.
(2) Est dies fa quo Deus...... mundum effecit, et quod eodem die
Christus conservator noster à mortuis excitatus est.
Jésus-Christ même que les Apôtres et les Disciples les avaient reçus (1).
Saint Irénée, qui avait connu particulièrement saint Poly carpe, et qui avait été lui-même disciple de saint Jean , était si persuadé de Futilité et de l'autorité des traditions , qu'il renvoie aux églises , où il y avait une succession non interrompue d'évêques depuis les Apôtres, pour savoir quelles étaient les traditions apostoliques et le vrai sens des Ecritures : voici ce qu'il ajoute pour prouver sa proposition ; « Quoi donc ? si les Apôtres <c n'avaient point laissé les Saintes-Ecritures , n'aurait- « il pas fallu suivre Tordre de la tradition que les Apô- « très avaient confié à ceux qu'ils avaient préposés au « gouvernement des églises ? Combien de nations barce bares 9 qui avec le secours de la tradition croient en « Jésus-Christ , conservant écrit , non sur le papier 9 ce mais dans leurs cœurs, ce qui regarde le salut , et « gardant soigneusement l'ancienne tradition (2) ! »
Saint Clément d'Alexandrie atteste , dans son livre sur la pàque , ainsi que nous le rapporte Eusèbe dans le livre sixième de son histoire ecclésiastique, chapitre onze; qu'il avait été engagé, par les sollicitations de ses
(1) Pridiè enim Saturni eum (Christum) in Grucem sustuleront , et postridiè Saturni qui solis dies est, cum apostolis discipulisque apparuisset, haec illis tradidit , quae vobis quoque consideranda permittimus.
(S) Quid autemfti neque Apostoli scripturas quidem reliquisaent nobis, nonne oportebat sequi ordinem traditionis , quem tradiderunt iis quibu* commitebant Ecclesias , cui ordinationi assentiunt multae gentes barbaroram eorum, qui io Christum credunt, sine caractère et attramento «criptam habentes per Spiritum in cordibus suis salutem et ▼eterem traditîonem diligeater custodientee. S. Ircn. Libro tertio , capile quarto.
aâris , à transmettre par écrit à la postérité , les traditions dont il avait recueilli le dépôt de la bouche des anciens prêtres (1).
Origène ., sur le chapitre sixième de répitre aux Ro-r mains , déclare que « l'Eglise avait reçu des Apôtres la « tradition qu'il fallait donner le baptême, même aux « enfants (2). »
Saint Cyrille de Jérusalem, dans ses Catéchèses mystagogiques , fait mention de plusieurs pratiques enseignées dans l'Eglise , dont il n'est point parlé dans l'Ecriture. Dans les trois premières, il rapporte qu'en recevant le baptême , on renonce à Satan , à ses pompes et à ses oeuvres , par paroles expresses , et que Fonction est pareillement en usage dans la réception de ce sacrement, et il conclut en ces termes dans la seconde ; « Vous avez suffisamment appris ceci , et je vous prie « de le retenir, afin que , tout indigne que je suis , je « puisse dire de vous : Je vous aime de ce que vous vous « souvenez en tout de moi, et de ce que vous retenez les « traditions que je vous ai données (3), » Dans la cinquième il décrit la forme de la liturgie , et il rapporte que dans la célébration de l'Eucharistie, on faisait mémoire des saints, et on priait pour les défunts, puis il
(1) In libro illius quem de Paschate composuit , fatetur se à familiaribus suis compulsum y ut traditiones , quas à veteribus presbyteris accepîsset, litteris proderet ad posteritatem. Éuseb. 1* 5. hist. eccl. cil.
(2) Ecclesia ab Àposlolis traditionem accepit , etiam par vu lia baplitrmum dare.
(3) Haec sufficienter didiclstis , et quaeso in memoria liabetote , ut et ego iûdignus de vobis dicam : Diligo vos, quia semper me) memoret e*\\s, et traditiooes quas tradidi vobis retinetb.
40 NÉCESSITÉ d'admettre
conclut par ces paroles , « retenez ces traditions (1). » Saint Basile , dans son livre sur le Saint-Esprit, nonseulement reconnaît, mais encore prouve la nécessité d'admettre la tradition , et il s'en sert pour établir contre les Eunoméens la divinité du Saint-Esprit et le culte qui lui est dû. « De tous les dogmes que Ton tient dans « l'Eglise , dit-il , il y en a que nous avons dans les « Saintes-Ecritures , et d'autres que nous avons reçus « de la tradition des Apôtres, et qui nous ont été donnés « en mystères (2). » Il ajoute*, « que les uns ont autant « d'autorité que les autres , et que personne n'y con- « tredit , pour peu de teinture qu'il ait des lois ecclé- « siastiques (3). » Répondant ensuite à l'objection que faisaient les Eunoméens , qu'on ne trouve point dans l'Ecriture l'obligation de glorifier le Saint-Esprit avec le Père et le Fils , il réplique : « Si Ton ne reçoit pas « d'autres vérités non écrites, ne recevez pas non plus « celle-ci : pour moi je crois apostolique celui qui de- « meure attaché aux traditions non écrites : » et il prouve sa proposition par les deux textes de saint Paul,, que je vous ai rapportés ci-devant ; et par une raison . naturelle et sensible , prise de ce que dans les tribunaux séculiers on admet également les preuves par écrit et
(i) Retinete has traditiones.
(2) Dogmata qoa? in Ecclesiâ seranfar ac praedicantur J partlm ex-oooscripta doctrinâ habemus , partim ex Apostolorum traditione in myiterio ad nos delà ta recipimus. S. Basil, de Spir. S.
(3) Qusb utraque eamdem ad pietatem vim habent , et nemo his contradicit qui tel mediocrem saltem Ecclesiasticorum jurium experientiaro habet.
les preuves par témoin : ce qui répond aux deux genres de preuves , dont on se sert pour établir les vérités qui intéressent la foi et les mœurs, savoir : PEcriture-Sainte et la tradition.
Saint Chrysostôme et saint Epiphane ne sont pas moins décidés sur la présente question ; je vous en ai ci-devant donné la preuve , en vous rapportaut la conclusion qu'ils ont eux-mêmes tirée des textes où saint Paul recommande en termes exprès d'admettre les traditions. Il serait inutile de répéter deux fois les mêmes passages.
Jusqu'ici je ne vous ai cité que les Pères grecs : consultons maintenant les latins , afin de constater en ce point l'uniformité de sentiments entre les uns et les autres.
Tertulhen , qui florissait au commencement du troisième siècle, dans son livre de la couronne du soldat, fait l'énumération de plusieurs articles crus et observés dans l'Eglise ; il y fait mention entre autres des cérémonies du baptême , du signe de la croix , de l'usage d'offrir le saint sacrifice pour les défunts, et ensuite il ajoute : « Si vous voulez autoriser ces usages et ces cé- « rémonies par l'Ecriture-Sainte , vous ne le pouvez ; « elle n'en parle pas , c'est par la tradition que nous les « avons reçus , l'usage les a confirmés , la foi les ob- « serve (1 ). » Saint Cyprien était pareillement si persuadé de cette vérité, qu'elle est le fondement sur lequel
(1) Harum et aliarum hujus modi disciplinarum si legem expostules scripturarum , nullara invenies. Traditio tibi praeienditur auclrix, coosiietudo oonfirmutrix , fides observa trix. Tertnl. lib. de coroni railitit.
42 NÉCESSITÉ d'admettre
il établit l'usage de mêler Peau avec le vin dans l'offrande du calice. « Sachez, dit-il, que nous avons été avertis de ce garder les traditions divines, et de ne faire autre « chose que ce que le Seigneur a fait le premier, savoir : ce de mêler l'eau avec le vin dans le calice qui est offert « en mémoire de lui (1).-»
Le grand archevêque de Milan , saint Ambroise , dans ses sermons 25 , 34 , 36 et 38 , ainsi quç dans son épltre 81 , nous enseigne que le carême a été commandé et ordonné par Jésus-Christ. Ce n'est pas dans l'Ecriture que nous trouvons ce précepte, c'est donc par la tradition que nous en avons connaissance.
Saint Jérôme, réfutant les erreurs de Montan , assure que le jeûne du carême est de tradition apostolique (2),
Saint Augustin se sert principalement et souvent de la tradition , pour prouver contre les Donatistes qu'on ne doit pas réitérer le baptême conféré par les hérétiques. « Les Apôtres , dit-il , ne nous ont pas laissé par écrit « de préceptes à ce sujet; mais on doit regarder cette « coutume , quoique opposée au sentiment de saint Cy- « prien (de ne point rebaptiser ceux qui avaient été « baptisés par les hérétiques) , comme une tradition « prenant sa source des Apôtres : Il est en effet pinte sieurs choses que l'Eglise universelle tient, et
(1) Admonitos nos scias» ut in calice offerendo dominica traditio servetar : neque aliud fiât à nobis , quàm quod pro nobis Dominus prior fecit , ut calix , qui in commemorationem ejus offertur, mixtus vino offeratur. S. Cypr. Ep. ad Cœcilium.
(*2) Nos unam Quadragesimam ex apostolicà traditione , tempore nobis congruo jejunamus. S. Hier. Ep. ad Marceilam.
LA TRADmOTÇ. 43
ce qui pour cette raison sont avec justice regardées <c comme établies et commandées par les apôtres , ce quoiqu'elles ne se trouvent point écrites (1 ). » Ce grand docteur répète la même chose dans plusieurs autres endroits de ses ouvrages , comme il serait -aisé de le montrer , si Ton en doutait.
À ce concert admirable des Pères de la primitive Eglise, que répondrez-vous, Messieurs? Qu'ils ne sont pas infaillibles , et qu'aucun n'a été exempt d'erreur , au moins en certains points. C'est la réponse de vos ministres; mais pitoyable défaite, dont ils devraient avoir honte : car ce n'est pas seulement un ou deux Pères qui se seraient trompés. Je viens de vous le prou? ver ; les Pères grecs et latins ont reconnu et recommandé les traditions ; croyez-vous que les Pères , lors même qu'ils sont tous d'accord sur un point qui intéresse la religion, puissent se tromper , et se soient en effet trompés ? Je ne crains pas d'en trop dire , cette proposition est non-seulement des plus injurieuses à la mémoire de ces grands hommes , mais encore destituée de toute vraisemblance.
Tout particulier est sujet à se tromper; l'Ecriture le dit, il est vrai (2); mais la même Ecriture nous atteste que Jésus-Christ est et sera tous les jours avec le corps
(1) Apostoli quidem nihil ex indè praeceperant , sed consuetudo illa quae opponebatur Cypriano , ab eorum traditione exordium sumpsisse credenda est , sicut multa , quae universa tenet Ecclesia , et ob hoc ab Apostolis praecepta benè creduntur , quamquàm scripta non reperiantur. S. Aug. libro 5. contra Donatistas » cap. 23.
(2) Omnis homo raendax.
des pasteurs qui , successeurs des Apôtres , sont charges du ministère de la parole pour enseigner tous les peuples : « Allez, enseignez les nations.... Voilà que je « suis tous les jours avec vous jusqu'à la consommation « des siècles (1). »
Vous pouvez donc bien supposer que les particuliers ont pu se tromper , et si vous voulez même , qu'ils se sont trompés en certains points; mais comment supposer que ce corps entier, établi par Jésus-Christ pour enseigner les nations , et pour conserver le sacré dépôt de la foi , ait donné dans Terreur ? Comment se persuader que tant de grands hommes qui ont été instruits par les Apôtres , ou leurs successeurs , et par eux ou leurs successeurs préposés au gouyernement de l'Eglise, se soient tous , malgré leur zèle pour la religion , laissés séduire ; que la saine doctrine ne se soit pas conservée parmi eux?
Quand donc nous les voyons réunis sur les points qui intéressent la foi et les mœurs , nous ne pouvons douter de la vérité , de la catholicité et de Papostolicité de leur doctrine : les écouter, c'est écouter Jésus-Christ ; les mépriser, c'est le mépriser hii-mème (2).
Vos ministres vous tiennent un langage bien différent; mais sont-ils eux-mêmes infaillibles, pour que vous donniez à l'aveugle dans leurs faux préjugés ? Peuvent-ils entrer en parallèle avec ces grands hommes qui de tous temps , révérés comme les appuis de la reli-
(4) Eûmes docete omncs gentes.
(2) Qui vos audit , me audit ; qui vos spernit , me spernit.
gion, ont fait, et par leurs doctes écrits, et par leurs travaux apostoliques , tant et de si belles conquêtes à Jésus-Christ? Pensez-vous, Messieurs, que Calvin y Bèze, Dumoulin, Daillé, et tant d'autres venus au inonde quinze ou seize cents ans après les Apôtres , aient mieux su ce que les Apôtres ont enseigné que ces saints évëques, dont les uns ont été leurs contemporains et leurs disciples , dont les autres ont vécu dans les premiers siècles de l'Eglise , et qui tous ont donné des preuves si éclatantes de leur zèle pour la conservation du sacré dépôt de la foi ? Le bon sens ne suggère-t-il pas quand on veut s'assurer de ce que l'on a pensé et dit en certain temps, d'avoir recours aux auteurs contemporains , et qui ne sont point soupçonnés de partialité ?
Tous les Pères se sont trompés : dites plutôt que s'écarter de leur sentiment en matière de religion , c'est vouloir se tromper et s'égarer soi-même : c'est à eux que les Apôtres et leurs successeurs ont confié le sacré dépôt de la foi ; ce sont eux qui nous ont délivré des ténèbres de l'idolâtrie, et engendrés à Jésus-Christ ; ils ont été témoins auriculaires et non snspects de ce que l'on a pensé et pratiqué dans la primitive Eglise ; nous ne pouvons choisir de plus sûrs garants de nos sentiments et de notre foi.
Au reste , vos ministres eux-mêmes ont bien prévu que le mépris qu'on faisait paraître pour les F l'Eglise dans leur prétendue réforme, n'était pro] qu'à indisposer et a révolter des esprits droits et accoutumés à révérer une autorité en effet ;i respectable.
De là les efforts qu'ils font, quoique inutilement, |
s'étayer de leurs suffrages, lorsqu'ils trouvent dans leurs ouvrages quelques textes , ou plutôt quelques lambeaux de texte qu'ils s'imaginent être favorables à leurs systèmes. Nous en avons la preuve dans la présente question : ils nous objectent saint Basile, saint Chrysostôme, saint Epiphane.
Saint Basile donne comme « une preuve certaine a d'infidélité et d'orgueil , de vouloir rejeter ce qui est « contenu dans l'Ecriture , ou introduire des choses qui « né sont pas écrites (1). »
Saint Chrysostôme prononce que , « si l'on avancé « quelque proposition sans la prouver par l'Ecriture- « Sainte , celui qui l'entend est incertain , tantôt l'ad- « mettant, tantôt balançant à l'admettre; mais dès que « le témoignage de la voix divine se manifeste par « l'Ecriture, le discours de celui qui parle et l'esprit ce de celui qui écoute se trouvent également con- « firmes (2). »
Saint Epiphane ajoute : « Pour nous , les questions « que nous proposons ne sont pas de notre invention , a ni fondées sur nos raisonnements particuliers ; elles « sont appuyées sur des conséquences tirées de l'Ecri- « ture (3). »
(1) Infîdelitatis argumentum et superbiae signum certissimum f si quis eorum quae scripta sunt, aliquid velit rejicere, aut eorum quae non script a introdmeere. S. Basil. Sema, de fidei Confes.
(2) Si qoid dicatur abaque scripturâ , auditorum cogitatio claudicat, nunc annuens, nunc haesitans. Verùm ubi ex scripturâ divins vocis prodiit testimonium , et loquentis sermonem et audientis animum confirmât. S.Ghrjs,Hom. itfpsal. 95.
(3) Nos uoius cujusque qosestionis inventionem , non ex propriii
la THASinon, 47
De ces passages , vos ministres concluent qu'il faut rejeter, ou du moins qu'on n'est pas obligé* de croire ce qui n'est pas conteuu dans l'Ecriture-Sainte, mais se trouve seulement fondé «or la tradition. Voyons ce que l'on doit penser de ce raisonnement.
Je ne crois pas, Messieurs, qu'une personne dépouillée de prévention et de préjugé , veuille mettre en contradiction avec eux-mêmes ces grandes lumières de l'Eglise grecque. Donnez-vous la peine de relire les testes de ces trots Pères que je vous ai cités plus haut, et vous les verrez enseigner de la manière la plus nette et la plus précise , que les Apôtres n'ont pas laissé par écrit toutes les vérités dont ta connaissance intéresse la religion , qu'ils ont donné de vive voix plusieurs enseignements dont l'autorité est la même que celle des préceptes et des décisions dont ils ont laissé le développement par écrit. Vous les verrez assurer qu'il n'est personne, pour peu qu'il ait quelque teinture des lois ecclésiastiques, qui contredise ces principes, vous les verrez prouver la nécessité de recevoir les traditions par les livres saints, spécialement par la première épltre de saint Paul aux Corinthiens, chapitre xi; il n'est donc pas possible de leur imputer d'avoir voulu , dans les textes cités en objection , rejeter et condamner ce qu'ils ont établi dans leurs ouvrages d'une manière si claire et si positive; il faut donc nécessairement convenir que dans ces textes qu'on nous objecte , il ne s'agit nulle-' ment des traditions divines et apostoliques.
ratiotinaiionibus dicere postons as , sed et scripluiariuii S. Epiph. Bières. 61.
48 nécessité d'admettre
De quoi y est-il donc question ? D'opinions que vôu-* laient introduire des esprits superbes et sans religion * qui rejetaient les Saintes-Ecritures , comme le dit saint Basile. Remarquez ces paroles, « introduire des choses « qui ne sont pas écrites , » c'est-à-dire des opinions inventées; par qui? Par des esprits sans religion, et enflés d'orgueil, qui rejetaient ce qui était contenu dans les Saintes-Ecritures. Oseriez-vous bien avancer que telles sont les traditions que nous vous proposons de recevoir et d'admettre ? Non 9 Messieurs , je vous l'ai déclaré dès le commencement de la présente question; ce que nous entendons , et ce que l'on doit entendre par traditions divines et apostoliques, ce sont des enseignements non contenus dans les livres saints , il est vrai i mais nullement contraires à l'Ecriture , et donnés par les Apôtres instruits eux-mêmes par Jésus-Christ i ou éclairés et dirigés par l'Esprit saint.
Saint Chrysostôme parle des propositions avancées sans preuves et fondées uniquement sur l'imagination des particuliers auxquels, dit-il avec raison, on est incertain si l'on doit , ou l'on ne doit pas acquiescer. Ce sens est manifeste d'après les paroles qui précèdent immédiatement celles que l'on nous objecte : « Il ne faut, dit-il, rien avancer sans témoins , et d'après la seule pensée de son Esprit (1). Est-ce là parler des traditions venues par le canal des Apôtres et attestées par tous les Pères de la primitive Eglise , et par saint Chrysostôme luimême?
(1) Neque enim oportet quidquam dicere sine testibua » solAqne ammi
cogitatiooe.
LA TBÀDITIOH. 4g
Saint Epiphane pareillement proscrit les sentiments des particuliers fondés uniquement sur des raisonnements purement humains (1).
Dites donc que ces grands docteurs ont proscrit les opinions contraires à l'Ecriture-Sainte , ou qui n'ont d'autre fondement que l'imagination des particuliers. Nous en conviendrons volontiers avec tous ; mais vous , de votre coté, avouez de bonne foi que dans les textes objectés, il n'est nullement question des traditions reçues par le canal des Apôtres.
Autre difficulté tirée de Tertullien : «J'adore, dit ce « Père, la plénitude des saintes Ecritures. Qu'Her- « mogène prouve sa doctrine par l'Ecriture , sinon qu'il ■ craigne la malédiction prononcée contre ceux qui osent a ajouter, ou retrancher quelques paroles des saintes < Ecritures (2). > Tels sont , disent vos ministres , nos sentiments et notre langage : nous adorons la plénitude des saintes Ecritures; mais nous prétendons que les traditions étant des additions à PEcriture-Saïnte , quiconque les admet , attire sur soi la malédiction prononcée contra ceux qui ajoutent à l'Ecriture-Saïnte : voila l'objection dans toute sa force.
Si vos ministres vous avaient hit remarquer à quelle occasion Tertullien parie de la sorte , et quels sont les principes de ce Père, vous auriez honte pour eux de cette
dnalioniba»diuBropoiinmiif, tedi
(S) Adoro Scriptnra plenitaJim t MrfpMm mm doont Hemogenfa ofBcina; li non estscriptnm , tin«Mm Utod «4JkientDjni ici deirahentlbtu dattùMum. Ten. lib, «mm Hennogene». TOK. ir.
50 nécessité d'admettre
objection. TertuHien réfute l'hérétique Homogène qui soutenait que le monde n'avait pas été eréé de rien, mais formé de la matière qui existait avant la création de Pu— ni vers ; il combat cet hérétique par l'Eoriture-Satnte, et c'est arec raison qu'il hi demande de prouyer sa doctrine par cette même Ecriture, s'il veut éviter la malédiction portée contre eeux qui osent y ajouter ou les diminuer; parce quVn effet sa doctrine était une opinion nouvelle , introduite de sa propre autorité , contraire au témoignage des écrivains sacrés , qui loin de dire que Dieu a créé le monde delà matière auparavant existante, disent en termes formel* qu'if Fa eréée par sa parole. Aujourd'hui tout catholique en dirait autant à quiconque s'aviserait de renouveler l'hérésie d'Hermogène J. seraiton pour cela en droit de l'accuser de rejeter les traditions? Vous répliquerez , sans doute, que le raisonnement de Ttertullién suppose que la malédiction est prononcée contre ceux qui ajoutent à l'Eerîture- Sainte : j'en demeure d'aceord 5 mais de quelles additions veut-il parler? D'additions fortes par de simples particuliers postérieurement au temps de* Apôtres , d'additions contraires à l*Ecriture-Sainte, telles qu'étaient celtes de Fhérétkpi* Hermogène; maïs à regard des tradition» divines et apostoliques , il est si éloigné de tes improuver , que c'est lui-même qui dans ses ouvrages, et en particulier dans son livre de la Couronne du soldat, en fait rémunération , en ajoutant que « c'est la foi qui les « observe. » Entrez donc , Messieurs , dans Tesprît de ce Père : dites, si vous» voulez ,. que les traditions sqbX des additions à FEcriture-âainte $ mais ajoutez que les
Là TH4DITI0H. 51
Apôtres inspirés de Dieu en sont les auteurs, et que ce sont eux, et en particulier samt Paul, qui recommandent d'y être constamment attaché : Cokse&vbz les