‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 5 sur 87 · TRADITIONS QUE TOUS AVEZ APPRISES ET PAR NOS DIS · texte numérisé non relu

TRADITIONS QUE TOUS AVEZ APPRISES ET PAR NOS DIS

cours et par nos lettres (1) : en raisonnant de ta sorte, je suis persuadé que tous ne serez plus tenté de les traiter d'observances vaines et superstitieuses, et qu'au contraire tous reconnaîtrez la nécessité de les admettre. En cela nous adorons, suivant l'expression de Tertullien, la plénitude des saintes Ecritures, parce que nous recevons et embrassons, non-seulement tout ce qui est écrit, mais encore tout ce qui y est recommandé. Puissicz-vous, Messieurs, en foire autant et aussi sincèrement que nous !

On nous oppose encore deux textes. L'un tiré d'une épltre de Théophile , patriarche d'Alexandrie , qui dit « que c'est l'effet d'un esprit diabolique de donner pour « divin ce qui n'est point appuyé de l'autorité des « saintes Ecritures (2) } » **

L'autre , de saint Jérôme , qui dit * que quand une h proposition n'est point appuyée par l'autorité des « saintes Ecritures , on la méprise avec la même facî- « lité qu'où ose l'avancer (3). » De la vos ministres concluent que l'on ne. doit pas ajouter foi aux traditions.

didkbtb, itre per wi—j «he perEpS»

lium, et alïqnid eitrà Ep.ï.Paich.

(3) Qood de Seripurb ooa hiba auciorililMi , eldem lemoïlar, quS probatur. S-U". ui «pi 35.Miuk.

52 nécessité d'admettre

Pour peu que tous fassiez ettention à l'exhortation de saint Paul aux fidèles , pour se tenir contaminent attachés aux traditions qu'ils ont reçues de lui, soit de vive voix , soit par ses épitres , tous remarquerez que l'obligation de les admettre est appuyée sur l'autorité des saintes Ecritures , et conséquemment on ne peut appliquer les deux textes de Théophile et de saint Chrysostôme à ces traditions divines et apostoliques ; mais vous le sentirez encore bien davantage , en considérant le but qu'ils se proposent l'un et l'autre.

Théophile se propose de réfuter Or i gène > qui, s'ap* puyant sur différents auteurs apocryphes , voulait faire passer comme divins ses sentiments contraires à l'Ecriture. A cette occasion Théophile prononce, que vouloir donner pour divins ses sentiments particuliers, ou, pour me servir du terme de Théophile , ses sophismes , et avancer des principes non autorisés par les saintes Ecritures , c'est une inspiration du diable.

Saint Jérôme attaque l'opinion de certains particuliers , qui, pour prouver que Zacharie mis à mort entre le temple et l'autel , était le père de saint Jean-Baptiste, se servaient de livres apocryphes. A ce sujet il remarque que ces sortes de raisonnements , dépourvus de l'autorité des saintes Ecritures , sont méprisés avec la même facilité qu'on les propose. De bonne foi peut-on supposer que dans ces deux textes il soit question des traditions divines et apostoliques ?

Si ce n'est pas les attaquer directement , répliquerezvous, c'est du moins les attaquer indirectement , parce que les traditions n'étant pas contenues dans les saintes

LA TUDITION. 53

Ecritures, elles doivent être regardées du même œil que les livres apocrïphes , et on ne doit pas y ajouter plus de foi. En raisonnant de la sorte, tous tous tromperiez étrangement ; car il y a une différence essentielle entre les traditions et les livres apocryphes. Ceux-ci ont pour auteurs des gens sujets à se tromper , qui se conduisent par leurs propres lumières et par leurs imaginations singulières ; au lieu que les traditions nous ont été transmises par les Apôtres mêmes , instruits de la bouche de Jésus-Christ ou inspirés de l'Esprit— Saint.

On se prévaut encore parmi tous des passages de certains Pères, comme saint Irénée, saint Athanase, saint Augustin , etc. , qui assurent que dans l'Ecriture on trouve ce qui est nécessaire pour être sauvé , et qu'elle suffit pour connaître toute vérité.

A cela je réponds en distinguant deux sortes de vérités que Ton est obligé de croire , sous peine de damnation : il en est qu'il faut croire d'une foi explicite , c'est-à-dire en détail et particulièrement : tels sont les mystères de la Sainte-Trinité , de l'Incarnation et autres contenus dans le symbole des Apôtres ; tels sont encore les préceptes du décalogue. Il en est d'autres qu'on n'est pas obligé de croire d'une foi explicite, mais qu'il suffit de croire d'une foi implicite , en tant que Ton croit en général tout ce que l'Eglise propose de croire : tels sont entre autres certains articles qui concernent l'administration des sacrements et le gouvernement de l'Eglise. Nous convenons que les vérités que l'on est obligé i croire d'une foi explicite pour être sauvé, sont contenu* dans les saintes Ecritures , et c'est ce que les s

Pères, et en particulier saint Irénée, saint Athanase et saint Augustin entendent , lorsqu'ils disent que l'on trouve dans les saintes Ecritures tout ce qui concerne le salut , et qu'elles suffisent pour que Ton soit instruit de toutes les vérités essentielles.

A l'égard des autres articles qu'il suffit de croire d'une foi implicite et générale , en tant qu'on est disposé à les croire si l'on sayait qu'ils intéressent la religion , et qu'on veut en effet croire tout ce qui concerne la foi et les mœurs ; nous disons qu'il en est plusieurs qui ne se lisent point dans l'Ecriture , et qui n'ont été enseignés que de vive voix par les Apôtres , et nous le disons , appuyés sur l'autorité même de saint Paul qui , comme nous le voyons dans sa première épltre aux Corinthiens, n'a pas jugé à propos de donner par écrit , mais seule* ment de vive voix , une partie des règlements qui concernent l'administration de la sainte Eucharistie : non? le disons sur l'autorité des mêmes Pères qu'on nous objecte et qui enseignent eux-mêmes la nécessité d'ad • mettre les traditions , ainsi que je l'ai montré ci-devant. Nous ajoutons avec ces mêmes Pères, que ces traditions, quoique non contenues dans les saintes Ecritures, y sont néanmoins autorisées , en ce que les livres sacrés nous recommandent en termes formels les traditions ou enseignements donnés de vive voix, comme les enseignements laissés par écrit»

Enfin ce qui doit pleinemeut vous convaincre du concert unanime des Pères sur ce sujet, c'est que dans tous les temps ils se sont servis de la tradition pour combattre les hérésies naissantes , et pour défendre la foi , comme

LA THADIT10H. S 5

il est encore aisé de le démontrer par la pratique «matante de l'Eglise dès les premiers siècles»

En effet 9 sur quel fondemflrt «st appuyée la décision du pape Victor et des évoques, «o&tre les Quarto-Décimants? Eusèbe nous rapprend tftfns le livre cinquième de son histoire ecclésiastique, chapitre vingt-deuxième % ce fut sur la iradftion apostolique^ sur ce fondement 1* pape Victor et tes évèques assemblés en divers conciles* réglèrent qu'on célébrerait la tttç dis Pâques le saint jour du dimanche , après te quatorzième jour de te lune de Mars.

Sur quel fondement est encore appuyée la «Ucisioft du pape Etonne contre l'erreur des rebaptisants? Sur la tradition* <Jue Ton n'itfftove.rtaft, que l'on s Wn tienne à la tradition (4).Sa«t Augu&inse sert pareillement de la tradition*, .pour prouver qtfe» fie doit $a$ réitérer le baptême conféré par le* hérétiques , ainsi que le prétenclient les Donatistes (2). Je «pourrais encore voua eiter plusieurs exemples pareils; mais je passe tout d'un coup au conciles œcuméniques des premiers siècles.

Ce nVst pas seulement par PEcriture^Sakite , mais encore par la tradition , que les Pères du concile de Nicée oftt confondu les Ariens , et déclaré le Fils de Dieu coasubstantiel k son Père. Théodoret Pateuretians

(1) NihUinnovetur» nisi quod tradkum est,

(2) Quara consuetudinem credo ex Àpostolicâ tradition* ,'wnieatenu sicut multa quae non inveniuntur in liiterîs eorura , neque in conciliis posteriorura » et tamen quia per universam cuslodiuntur Ecclesiam , non nisi ab ipsis tradita et comroendata creduntur. S. Aug. lib. 9. de Baptismo contra Donatistas, cap. 7.

le premier livre de son histoire ecclésiastique , chapitre huitième : le concile de Nicée ayant prononcé « que la

« Fils de Dieu est consubstantiel au Père , les Ariens

« se récrièrent contre cette décision, sous prétexte que

« le terme de consubstantiel ne se trouve point dans

« l'Ecriture : on leur répondit qu'ils n'étaient pas re-

« cevables à faire ce reproche, puisqu'eux-mèmes, pour

<( soutenir leur hérésie , se servaient de termes qui ne

« s'y trouvent point, disant que le Fils de Dieu avait été

« créé, et qu'il avait été un temps auquel il n'était point :

« expression qu'on ne lit point dans les Livres saints ; que

« les termes dont on s'était servi pour les condamner

« n'étaient point dans l'Ecriture , mais qu'ils étaient

« suggérés par la piété.... Que les évèques ne les

« avaient point inventés d'eux-mêmes , mais qu'ils les

a avaient reçus des Pères ; que plus de cent trente ans

« auparavant , des évèques anciens , tant à Rome que

« dans la ville d'Alexandrie , faisaient un crime à qui-

« conque disait que le fils de Dieu avait été créé et

« qu'il n'était pas consubstantiel au Père, et qu'Eusèbe

<( de Césarée , qui d'abord avait favorisé l'Arianisme ,

« et qui avait ensuite souscrit à la décision du concile

« de Nicée, était lui-même convenu dans une lettre

« adressée à ses concitoyens , que des évèques et des

« écrivains anciens , habiles et illustres, s'étaient servis

« du terme de consubstantiel , en expliquant la divinité

« du Père et du Fils (1 ). »

(1) Qaod autem obstrepunt bas voces in scripluris non reperiri, frustra sanè ac tcmerè obstrepunt. Nam illi ipsi ex vocibus non scriplis in impie» tatem delapsi, voces qaoque non scriptas, nimirùm Filium ex nihilo créa-

Nous voyons pareillementquedansleconcile d'Ephèse, troisième œcuménique, après avoir produit les textes de l'Ecriture pour combattre f hérésie de Ne s tonus, Flavien, évêque de Philippie, demanda que Ton eût à lire et à examiner ce que pensaient les saints Pères sur la question dont il s'agissait : on produisit les témoignages des Pères, on les opposa aux blasphèmes de Nestorius , et ensuite tous les suffrages se réunirent à déclarer qu'il fallait s'en tenir à l'ancienne tradition , et proscrire ce qui était inventé de nouveau, ainsi que l'atteste Vincent de Lérins(1),

Il est encore aisé de remarquer ce même attachement pour la tradition dans les Pères du cinquième concile général. « Nous professons , disent-ils , la foi donnée « par notre grand Dieu et par Notre-Seigneur Jésus- « Christ aux saints Apôtres , et par les saints Apôtres

tum9 et tempos fuisse quançlo non erat, ad suum errorem confirmandum offerunt. Quapropter ex non scriptis vocibus y piè tamen excogitatis condemnati sunt. Ipsi enim voces soi erroris ex stercore eruentes, uti verè terrenos decebat, locuti sunt. Episoopi autem non suoptè ingenio verba excogîtantes, sed à Patribus testimoniapetentes sic scripserunt. Nam erant Episcopi veteres ante annos feré centum et triginta tùm Romae, tùm in nostra ciyitate, qui criminabantur eos à quibus Filius foetus dicebatur et non con. snbstantialis Patri. Quod quidem intellexerat Eusebius Episcopùs Gaesariensis, qui quanquàm anté deflexerat ad Haerestm Arianam, posteà tamen concilio Micaeno subscripsit, atque adeô su» Ecclesiae per li Itéras confirmavit, se animadvertisse hoc verbum consubstantiale , à veteribus Episcopia et Scriptoribus, iisque disertis et illustribus , in divinitate Patris et Filii explicandâ usurpatum esse. Theod. Lib. 1. hist. Eccl. cap. 8.

(1) Omnes Episcopi acclamavernnt , Hae omnium voces sunt ; Jiaec omnes dicimus ; hoc omnium votum est. Qua? tandem omnium voces y atque omnium vota, nisi ut quod erat antiquitùs tradilur teneretur , quod in-* ventum nuper exploderetur. Vincentius Lirinensis in commonitorio.

58 nécessité d'admettre

« prèchée au monde entier, cette foi que les saints (( Pères, et surtout ceux qui ont été assemblés dans les « quatre conciles , ont confessée , expliquée et donnée a aux saintes Eglises ; nous les suivons et recevons en <( tout. Mous suivons les saints Pères et docteurs Atha- « nase , Htlaire, Basile, Grégoire le théologien , Gréce goire de Nysse , Ambroise , Augustin , Théophile , « Jean de Constantinople , Cyrille, Léon, Procle; « nous recevons toutes les expositions qu'ils nous ont « données de la vraie foi , et pour la condamnation des a hérétiques. Nous embrassons pareillement la doctrine « des autres saints Pères orthodoxes qui ont prêché, « jusqu'au dernier soupir de leur vie , la vraie foi dans « l'Eglise de Dieu (1). »

A quelle fin ces conciles œcuméniques ont-ils cité avec tant d'éloge le témoignage et la doctrine des anciens docteurs qui les avaient précédés , sinon pour constater queHe était la tradition de l'Eglise dès la naissance du christianisme? et pourquoi faisaient-ils tant

(1) Confîtemur fidem tenere et praedicare ab iuilio donatam à magoo DeoetSaWatore aosti* Jesu Christo sanctis Apostotis etab Mis in universo mando prsedkatam , quam et Saacti Patres confessi aunt et explanaverunt et sanctis* Ecclesiis tradiderant , et maxime qui in quatuor synodis convenenuit, quos per omoia et in omnibus aequimur, et suscipimus cum aliis aanctis Patribus... semper hos sequimur per omnia et sanctos Patres et Doctores Ecclesise Athanasium » Hilarium , Basiliam , Gregorium theologitm , et toegorium tyyssenum, Ambrosium, Augustinum, Tbeophilum, Joannem Constamioopolkaaum, Cyrillum , Leonem et Proclum, Suscipimus omnia que de recta fide et oandemnatione haerelicorum exposuerunt. Susapimus et alios Sanctos etOrtbodoxos Patres, qui in sanctâ Dei EcclesiA rectam fidem irreprehensibiliter usquô ad finem vita? sus pradicaverunt. Conc. Gooat. 2. Collât. 3.

valoir la tradition de l'Eglise, sinon parce qu'ils étaient convaincra qu'on doit la recevoir et l'embrasser , obligation solidement établie dans les epllres de saint Faut et par le témoignage des Pères et des conciles de la primitive Eglise ? Reste à prouver cette même vérité par de solides raisons théologiques, et par les aveux de vos ministres , et c'est à quoi nom allons satisfaire dans les deux articles suivants.

La nécessité d'admettre la tradition prouvé? par de solides raisons théologiques.

Je me borne à quatre on cinq qui me paraissent et qui sont «n effet- décisives.

I. Depuis Adam jusqu'à Moïse , e'est4-avre , pendant Tespace de deux mille ans, tous ue dontez pas qu'il n'y ait eu plusieurs saints et plusieurs prédestines sur la terre : tels ont été les Hénocb , les Noé , les Abraham , les Jacob , etc. D'un autre coté , on ne peut supposer que ces Saints aient été sauvés sans la foi , puisque sans elle, suivant l'oracle de saint Paul, il est impossible déplaire au Seigneur (i). Il faut donc nécessairement convenir que pendant tout: ce long espace de terap#l • foi s'est perpétuée dans le monde , et a passé de! aux enfants ; mais comment s'est-elle ainsi pern> siècle en siècle ? Ce n'était pas par le moyen Al

(1 ) Sine fi Jo ImpouitnlB Ht pb

Ecritures; car on ne saurait en disconvenir, Moïse, postérieur de deux mille ans à la création du monde , est le plus ancien de tous les écrivains sacrés ; c'était donc par le canal de la tradition : il est donc constant que la foi des vérités essentielles au salut peut se conserver et s'est en effet conservée , pendant près de deux mille ans, sans

Ecriture-Sainte , et par la seule et unique voie de la tra* dit ion.

IL Je pourrais vous dire que parmi les Juifs la foi se conservait autant , et peut-être même plus par la tradition que par les Ecritures saintes , puisque par le quatrième livre des Rois , chapitre vingt-deuxième , il parait que les Livres saints étaient si rares, qu'on regarda comme uneehose extraordinaire d'en avoir trouvé un exemplaire dans le temple , du temps de Josias. Mais je passe è quelque chose de plus sensible et de plus frappant.

Dans la loi de Moïse il y avait certainement un remède contre le péché originel pour les femmes et pour les enfants mâles qui mouraient avant le huitième jour , terme avant lequel il n'était pas permis de les circoncire. Comment a été donnée aux Juifs, et comment s'est con. servée et perpétuée parmi ce peuple la connaissance de ce remède ? on ne peut pas dire que ce soit par l'Ecriture-Sainte, qui garde un profond silence sur cet article ; c'est donc par la tradition.

III. Dites-moi, je vous prie, Messieurs, par quel canal êtes- vous certains que le baptême conféré par les hérétiques est valide et ne doit point être réitéré ? Saint Augustin, tout versé qu'il est dans les saintes Ecritures , convient, ainsi que je vous l'ai fait remarquer plus haut,

Là tradition 61

que c*est par la tradition ; lorsqu'il cité en sa faveur quelques textes de l'Ecriture , il sent bien qu'ils ne sont pas absolument décisifs , et voilà pourquoi sur cet article il en revient toujours à la tradition , comme avait fait saint Etienne en supposant à Terreur des rebaptisants. Par quel canal savez-vous encore que ce n'est plus le jour du sabbat , mais le dimanche qu'il faut garder et sanctifier ? par quelle voie tenez-vous la perpétuelle virginité de Marie ? Ces deux derniers articles ont fort embarrassé votre ministre Dumoulin.

A l'égard du premier , c'est-à-dire de la sanctification du dimanche, il cite d'abord, ou plutôt il indique (1) trois textes de l'Ecriture, savoir le chapitre xx des actes , verset ? ; la première épitre aux Corinthiens, chapitre xvi, verset 2, et l'Apocalypse, chapitre i, verset 10; j'ai dit qu'il se contente de les indiquer , il n'en rapporte point les paroles , eé il a ses raisons ; c'est que les paroles annoncent bien certains faits arrivés le dimanche , mais il n'y est nullement fait mention de l'obligation de garder et de sanctifier spécialement ce four, au lieu du samedi. Aussi a-t-il recours à une autre solution , que peut-être vous ne croiriez pas être de lui , si je ne vous copiais mot à mot ses paroles : <c L'observation des jours , dit - il , n'est pas un point « qui de sa nature soit une doctrine ou un point néces- « saire au salut. » Ainsi donc , selon Dumoulin , le précepte de garder et de sanctifier le saint jour du dimanche est rejeté comme une pratique vaine et inutile.

(1) Bouclier de la foi , sect. 14e.

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A Tégard de la perpétuelle virginité de Marie , il ajoute pareillement, que ce n'est point < une doctrine « et uu point nécessaire au salut, et que parmi eux on a la croit plus par bienséance que par nécessité. » Je vous laisse à juger ce que V on doit penser d'un système qui oblige de recourir à de pareils paradoxes.

IV. Quel moyen avez- vous pour constater le ncsnbre des Livres sacrés, et pour discerner ceux qui le sont en effet de ceux qui ne le sont point ? Comment savez- vous, par exemple, que l'épltre de saint Jacques et l'Apocalypse sont des livres canoniques ou apocryphes ? comment prou?e*"VQus que l'Evangile selon saint Marc et selon saint Luc, sont des écrits inspirés, et que l'Evanr* yangUe selon saint Thomas et selon saint Barthélemi , n'ont pas le même caractère ? A ne consulter que les lumières de la raison , ne semblerait-il pas plus naturel d'ajouter foi aux livre» qui portent le nom des Apôtres* qu'à ceux qui portent seulement le nom de quelques-uns dçs soixante-dix diseiples ? Qui vous autorise à admettre eomme canonique l'épltre aux Romains , et à rejeter comme apocryphe l'épltre aux Laodieiens ? L'épltre aux ttomains est intitulée comme l'épltre de saint Paul : celle qui est adressée aux Laodieiens porte le même titre , et de plus, pour accréditer celle-ci, on peut produire le témoignage de saint Paul qui , dans son épltre aux ColossieiftSi? chapitre quatrième , semble insinuer qu'il avait écrit aux Laodieiens : il est oependant certain que cette lettre doit être rejetée parmi les livres apocryphes. En un mot, Messieurs , comment donner à toutes ces questions une réponse juste et satisfaisante ? Ce ne peut être qu'en ayant recours à la tradition.

LA thàditiou. 63

C'est là en effet Punique moyen que nom ayons , et dont l'Eglise s'est servie pour discerner les livres caroniques , et en déterminer le nombre. Eusèbe rapporte que Sérapion , huitième évèque d'Antioche , auteur célèbre, qui virait sur la fin du second siècle et au commencement du troisième , réfutait certains écrits faussement attribués à saint Pierre , parce que la tradition lui apprenait que saint Pierre n'en était pas Fauteur. Votèt ses paroles qu'Eusèbe nous a transmises : « Nous recelé vons la doctrine de saint Pierre et des autres Apôtres, « comme ta doctrine de Jésus-Christ j mais nous reje- « tons certains livres qui portent faussement leur nom , « parce qu'étant parfaitement au fait de la supposition , « nous savons avee certitude que nous ne les avons pas « reçus d'eux (4). »

Au rapport du même auteur, Origèae, dans le premier livre de ses commentaires sur saint Matthieu, atteste qu'il- n'y a que quatre Evangiles , et qui! en est assuré par tel tradition (2).

Saint Basile , dans son litre sur le Saint-Esprit , affirme quo si l'on négligeait les traditions non écrites ,

(1) Ifos tt:P«trîet ttKoruip ApoUolorum doatriaam reoipfaus, skmt et Ctutifti \ #e4 libw qno^4am. e^rupt qûJ&MÛbus felso inswftoa ^ utptfé ejus rei §atis expert* , omninô repudiainus : idque pro.cetfo coçnoscentes nos ejusmodi non aliquandô ab illis accepîsse. Euseb. lib. 6° Hist. Eccl. capite 10,

(2) In primo librum Commentariorum quos scripsit in Eva^gelium aecondùra Matthaeum , Canonem Ecclesiasticum observa n s , quatuor, sojùm Evangelia esse testatur. Et quod per traditionem de quatuor Evangeliis qus sola sunt in univérsâ Eccîesiâ Dei quae sub cœli complexu continetur, rata , stabilia , et quibus à nemitie contradidtur , certior foetus sic. Ibid. capite 19.

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l'Evangile même en souffrirait un grand dommage : sans doute , parce que ce serait là ôter la preuve de sa canonicité (1). Saint Augustin ne fait pas difficulté de confesser que sans l'autorité de l'Eglise il ne croirait pas à l'Evangile (2). Voulez-vous encore l'autorité d'un ancien concile ? c'est le troisième de Carthage. Il fixe le nombre des livres canoniques et divins , et c'est la tradition qui sert de fondement à cette décision. « Pour confirmer ce <c canon , dit le concile 9 que notre frère et notre col- « lègue Boniface , et les autres Evèques de ces cantons (( sachent que ce sont nos pères qui nous ont donné ces livres à lire dans l'Eglise (3). »

V. Il est encore aisé de montrer de quel secours est la tradition , pour fixer nos doutes et terminer nos différends sur le sens des textes de l'Ecriture. Car il n'est pas douteux que les Apôtres en confiant le sacré dépôt des Livres saints aux églises qu'ils ont fondées, et aux pasteurs qu'ils ont préposés pour les gouverner , leur en ont en même temps donné l'intelligence et expliqué le vrai sens. En vain leur auraient-ils mis en main ce riche trésor , s'il ne leur en eussent donné la clé , pQur s'en servir utilement dans l'occasion.

D'ailleurs, il est évident que ces pasteurs établis par les Apôtres, jaloux de conserver la foi dans toute sa pureté, se seraient fait un crime d'innover et de s'écarter en

(1) S. Basil.

(2) Lib. contra epist. fundamenti , cap. 5.

(3) Hoc eliam fralri et consacerdoti nostro Bonifacio, et aliis earum partinm Episcopis, pro conGrmando islo canone innotescat, quia à Patribu» ista accepimus in Ecclesiâ legenda. Conc. Cartliag. 5.

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rien de la doctrine et des enseignements qu'ils avaient reçus des Apôtres. Il s'ensuit donc que la doctrine des pasteurs de ces églises primitives , est la doctrine des Apôtres, et que le sens dans lequel ils ont interprété les divines Ecritures , est le sens dans lequel les Apôtres leur ont enseigné qu'elles doivent être entendues. C'est encore par ce même moyen de la tradition^ que l'Eglise de nos jours, assistée de l'Esprit saint, découvre et montre clairement la doctrine de la primitive Eglise, le sens dans lequel elle a interprété les textes de l'Ecriture, et par conséquent le sens dans lequel les Apôtres ont enseigné qu'on doit les entendre:

Ces raisonnements sont si solides, et portent avec eux une telle évidence, qu'ils ont forcé les ministres de votre réforme a faire certains aveux décisifs en faveur des traditions , ainsi que vous allez le voir.

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