CHAPITRE DEUXIÈME
le silence perpétuel, les fréquentes visites des supérieurs* tels sont les moyens qui rendent parmi eux la sainteté héréditaire.
Le dernier des instituts que Tit naître le onzième siècle, est celui de Citeaux* En 1098, Eudes 1" en jeta les fonde» ments , par la donation de cette abbaye, chef de la nouvelle congrégation; et son premier abbé > Robert 'de Moleame , y fit suivre la règle de saint Benoit, avec quelques modifications. Au gouvernement monarchique il substitua le gouvernement aristocratique , en ordonnant l'assemblée annuelle des chapitres généraux , et renonçant d'ailleurs à toute espèce d'exemptions, pour ne pas donner |lieu aux plaintes des évéques et des curés. Saint Bernard fut l'ornement de cet ordre, comme celui de l'Eglise. La vertu de ces religieux était si grande , la protection des évéques et des seigneurs si active, qu'en moins de cent ans il y eut environ deux mille monastères de cisterciens répandus par toute la chrétienté. Calixte II confirma la charte de charité dressée en M49, qui consolida leur union; et, pou* arrêter les exactions simoniaques qu'exerçaient sur eux la plupart des évêque*, Innocent IV les déclara exempts de leur visite et de leur correction ; ce remède au mal présent produisit les abus les plus funestes.
Guillaume-le-Conquérant augmentait le nombre des maisons religieuses , soit en Angleterre , soit en Normandie ; sur son lit de mort , son âme se consolait par le souvenir des bienfaits qu'il leur avait accordés, et par l'espérance qu'elles continueraient le bien qu'elles faisaient.
Robert d'Arbrisselles dévoua ses disciples à l'obéissance des religieuses qu'il fondait, et au service des pauvres, des estropiés et des lépreux. La maison seule de Fontevrautt réunit jusqu'à trois mille personnes, que le désir de se sanctifier y avait amenés : par un ancien privilège* son abbesse est encore chef de l'ordre, et jouit d'une jurisdiction quasMpiscopale. Deux amis de cet homme apostolique imitèrent son exemple, Bernard deTiron et Vital de Savîgnt , pères de deux congrégations nombreuses, dont la première s'étendit en Ecosse et en Angleterre, et l'autre
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se confondit avec celle de Citeaux. La piété pratiquée parles moines de Tiron leur mérita tant de considération et de respect , que Louis-le-Gros voulut que deux abbés, successeurs de Bernard , tinssent sur les fonts baptismaux ses deux fils aînés , Philippe et Louis.
Dçpuis longtemps les mœurs altérées du clergé avaient besoin d'une entière régénération.. La règle de saint Chro» degand, et les ordonnances du concile d'Aix-la-Chapelle, en 816, étaient ouvertement violées; l'incontinence et la sir monie couvraient les ecclésiastiques de mépris , et ne servaient pas peu à relever les vertus des religieux et leur application à l'étude : malgré la sévérité des canons, ces vices, subsistèrent jusqu'à ce que les congrégations des chanoines réguliers» celle de saint Ruf entre autres formée par quatre prêtres de l'Eglise d'Avignon , et celle des Pré^ montrés , par saint Norbert, archevêque de Magdebourg, vinrent produire un changement heureux. Ces nouveaux chanoines embrassèrent la règle de saint Augustin , qui ordonne la vie commune , et furent destinés à unir les rir gueurs des monastères aux fonctions de la cléricature. Du temps même de saint Norbert, il y eut à |Cappenberg , ea Westphalie, une maison de son ordre, où les religieux n'étaient admis qu'en faisant preuve de cipq quartiers de noblesse , tant paternels que maternels.
On vit alors une autre alliance inconnue à toute l'anti* qui té, et qui devait paraître incompatible, celle de l'état religieux avec la profession des armes. Valeureux et pieux, suivant le génie du temps, nos pères crurent sanctifier leur bravoure , en la dirigeant contre les ennemis de la religion , et pouyoir observer les trois vœux monastiques au milieu des exercices militaires. 11 faut bien présumer qu'ils marquèrent leurs commencements par quelque ferveur, puisque les papes et les rois contribuèrent de |concert à l'agrandissement de ces ordres. Tels furent à Jérusalem les chevaliers de Saint-Jean, fixés à Malte depuis 1530; les Templiers , dont les crimes peu vraisemblables , quoique constatés par des procédures juridiques ,, augmentent le nombre des problèmes de l'histoire , ceux de l'ordre TeuT tonique, employés d'abord au service des pauvres malades