‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 42 sur 87 · CHAPITRE DEDX1ÉMB · texte numérisé non relu

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de la nation allemande , et qui prirent ensuite les armes pour la défense de la Palestine; et ceux de saint taure , confirmés par une bulle de 1S55 : tels en Espagne ceux de Calatrava , de Saint-Jacques d'Alcantara , et plusieurs autres semblables , qtoi , établis postérieurement , subsistent encore dans divers royaumes de l'Europe.

Jean de Matha . et Pierre de Nolasque connurent mieux l'esprit de l'Eglise , en fondant au treizième siècle , l'on l'ordre des Trinitaires , et l'autre l'ordre de la Merci , tons deux consacrés à échanger ou à racheter des mains des infidèles les chrétiens captifs, dont le nombre s'était beaucoup multiplié, surtout depuis les croisades. Saint Louis ramena de ses voyages d'outre-mer des hermites qui menaient sur le mont Carmel une vie très pénitente, confor mément à la règle que leur avait donnée Albert , patriarche de Jérusalem , environ l'an 1190, et qui fut confirmée par le pape Honorius , en 1336. Sous le règne de ce prince, parurent à Paris les hermites de Saint-Augustin, en 1S59* Trois ans auparavant, Alexandre IV avait rassemblé , en une seule observance , différentes congrégations indépendantes , qui prétendaient suivre ta règle de l'évéque d'Hippone ; elles embrassèrent la pauvreté absolue et s'appliquèrent aux études : telle est l'origine des Augustins, religieux mendiants.

L'esprit humain avait fait quelques efforts pour briser le joug de l'ignorance sous lequel il était asservi depuis tant de siècles ; mais nos pères se livrèrent d'abord en entier aux vaines subtilités d'une fausse dialectique ; et la mania de sophistiquer , appliquée surtout aux mystères de la reli-. gion, enfanta une foule d'hérésies. Celle des Albigeois, la plus étendue , donna naissance 1 deux ordre* religieux, dévoués a combattre les erreurs et les vices qu'on impi aux novateurs : et parce que les richesses étaient la cause du relâchement et du discrédit des anciens religieux , i François et saint Dominique , renchérissant sur la règle de saint Benoit , défendirent à leurs disciples tonte espèce de propriété , même en commun ; ils devaient vivre d'aumônes, quand leur travail ne fournirait pas * leur subsistance, a Ces premiers religieux , dit % l'abbé Hlllot , hum-

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Mes , patients, sélés, infatigables, charmèrent les peuples, autant par la singularité d'une perfection inconnue * que par leurs travaux apostoliques.» Cette mendicité, qu'ils choisirent comme humiliante ef les ravalant au dessous des derniers rangs de la société, parut en quelque sorte dk vine ; saint François renonça d'ailleurs & toute espèoe de privilèges , et défendit de donner h sa règle aucune inteiv prétation. C'est le dernier article de son testament*

Mais l'esprit de chicane et la corruption des mœurs qui régnaient au treizième siècle, ne laissèrent pas subsiav ter longtemps une si grande simplicité; néanmoins, sur* passant leurs contemporains dans les études , et forçant leur estime par leurs vertus et leur sèle pour la propage* tion de la foi, les frères mineurs et les frères prêcheurs se rendirent également chers à l'Eglise et à l'Etat. Ils oh* tiennent des chaires dans les Universités naissantes de Paris et de Boulogne ; la charge de maître du sacré palais est créée pour les dominicains; ils président les uns et les autres au tribunal de l'inquisition ; on les soustrait à la Juridiction des évéques ; les papes les emploient à des négociations importantes. On en voit plusieurs des deux or? drès élevés aux premières dignités de l'Eglise , même à la papauté; saint Louis aurait voulu pouvoir se donner & eux par égale moitié , et la charité des fidèles leur fournit des ressources certaines et abondantes»

Tant de faveurs et tant de prérogatives , récompense de leurs vertus et de leurs travaux, produisirent des effets divers. Les anciens moines, réveillés de leur assoupisse*» ment, reprirent les études, qui autrefois leur avaient mé? rite la considération publique. La fondation du collège des Bernardins à Paris, le premier de l'Université, remonte à cette époque. Les nouveaux ordres se répandirent partout et firent beaucoup de bien ; mais la raison n'était pas assez formée pour peser et pour prévoir les inconvénients inséparables des exemptions de toute espèce qu'on leur accordait.

Ces inconvénients se manifestèrent bientôt d'une manière déplorable. A la faveur de leurs privilèges, ils s'env

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paraient aisément de la confiance du peuples ,M de là les richesses dans les deux ordres et les plaintes dn clergé centre eux. Trop occupés d'ailleurs d'affaires temporelles , pouvaient-ils conserver l'amour du recueillement et de la prière , et cette tranquillité d'esprit si nécessaire h la faiblesse humaine , pour se maintenir dans la ferveur de la vie religieuse P Les dominicains troublèrent l'Université de Paris, et & force de bulles et d'excommunications, ils triomphèrent de ses docteurs. Par leurs longues et chimériques disputes sur la propriété des choses , les franciscains scandalisèrent la chrétienté, l'agitèrent ensuite par leur désobéissance aux décisions de Jean XXII ; et soutenu par Louis de Bavière, l'un d'entre eux osa rendre à ce pontife anathème pour anathème , prononça sa déposition, et fut antipape.

Les grands mouvements qui bouleversèrent l'Europe, et les maux de toute espèce qui désolèrent l'Eglise pendant le quatorzième siècle , ne contribuèrent certainement pas à épurer les mesura générales. Au milieu des troubles et de la dépravation, comment les corps religieux auraient-ils conservé la pureté de leur institut P Quelques vertus et quelques talents qu'offrent alors les cloîtres , il faut avouer qu'on v voit aussi de grands désordres. Les disciples de saint Benoit, tant de l'ancienne observance , que de celles de Clunv et de Citeaux , jouissaient mollement de leurs richesses, négligeant entièrement le travail des mains, s'appliquent peu à la prière, et méprisant les mendiants. Parmi ceux-ci, la rivalité avait dégénéré en jalousie, et la diversité de leurs opinions scholastiques devenait pour eux un sujet éternel de querelles. Le concile de Vienne , d'après les remontrances du célèbre Durandi , évéque de Mande , connut le mal sans y remédier : les papes , qui résidèrent à Avignon, eteeux qui, pendant le schisme, se disputèrent la tiare , étaient peu propres à renouveler l'esprit primitif. La réforme de Benoit XII, ne produisit pas des cOcU durables. La peste , qui fit de si terribles ravages eu Europe, fut encore une occasion de relâchement che* les religieux, surtout chex les mendiants; dévoués au service •les malades, ils ne pouvaient observer leur règle i

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toute fa rigueur ; les plus fervents, victimes de leur têle , furent enlevés parce fléau; et après que la maladie eut cessé , on ne pensa point & réparer la dicipline affaiblie. Tel a été l'état des ordres monastiques jusqu'aux réformes, qui au seizième siècle les ont relevés de la décadence où ils étaient tombés. Il y eut néanmoins , durant cet intervalle , différentes congrégations qui embrassèrent la pratique de la pénitence et de l'humilité ; celle du mont Olivet, des Jésuates , des minimes, des filles pénitentes , et autres.

Tandis que Luther et Calvin, sous prétexte de réformer l'Eglise , attaquaient ses dogmes, ses rits9 sa hiérarchie , et qu'ils alléguaient la conduite scandaleuse des prêtres et des religieux , comme une preuve convaincante de l'absurdité de notre croyance et de la profession monastique , des hommes remplis de zèle, afin de couper le mal par la rar cine , épuraient les mœurs des chrétiens , et rétablissaient la régularité dans le clergé et dans les monastères.

Cajétan et ses compagnons, instituteurs des Théatins, firent revivre l'esprit des apôtres , en se consacrant au ministère avec la même ferveur et le même désintéressement: non-seulement ils renoncèrent à toute espèce de propriété, mais, pour être un exemple toujours subsistant de la providence , ils se privèrent de la dernière ressource des indigents, la mendicité. A ces obligations, les clercs réguliers de Saint-Paul , connus sous le nom de Barnabites, ajoutèrent celle d'occuper des collèges et des séminaires, où ils élèveraient la jeunesse et la rendraient propre aux missions. Cette congrégation , née à Milan , s'est étendue en Allemagne, en Bohême, en France, en Italie ; et dès son origine, la république des lettres compta plusieurs de ses membres parmi ses citoyens. Vers le même temps , Ignace de Loyola formait la société dont nous avons vu la destruc* tion : on connaît les grands hommes qui l'ont illustrée, dont la mémoire ne périra jamais ; et tout le monde sait le bien et le mal qu'on en a dit. L'instruction du peuple est le but que se proposa Philippe de Néri, en instituant l'Oratoire de Rome.

Peudant que le clergé recouvrait ainsi et par d'autres ét^-

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