CHAPITRE DEUXIÈME
blissements son ancien lustre , les corps monastiques recevaient une nouvelle vie. En Espagne, en Italie , en France, parurent de grandes réformes de l'ordre des frères mineurs, celle des capucins , des récollets , et des pénitents du tiersordre de Saint-François , vulgairement appelés picpus. Les papes les approuvèrent, comme ressuscitant l'esprit de saint François et son amour pour la pauvreté. Favorisés par les souverains, ils se sont répandus dans toute la chrétienté , et de tous les ordres religieux , c'est celui des capucins qui est le plus multiplié. Ils refusèrent la permission de posséder des immeubles, donnée aux mendiants par le concile de Trente. Aux mitigations que les carmes avaient obtenues, sainte Thérèse fit succéder la première austérité de la règle ; et en soumettant un sexe délicat à la vie la plus dure et la plus mortifiante pour la vanité , elle l'a conduit au bonheur. Nous avons vu une fille de roi sacrifier à ce régime tous les agréments d'une cour brillante , donner un grand exemple à un siècle qui méprise les moines comme le rebut de la société , et acquérir en échange cette paix de l'âme si précieuse aux yeux du vrai philosophe et si rare hors du cloître. Par les conseils de la courageuse réformatrice des carmélites, Jean de la Croix fît la même révolution parmi les carmes. Saint Bernard parut être rendu au monde en la personne de Jean delà Barrière, qui rappela les feuillants à l'observance sévère de Clairvaux , si bien accueillie au onzième siècle , et tant traversée par ses contemporains. Jean Michaëlis, dominicain, surmonta également tous les obstacles que le relâchement opposait à son zèle. Enfin , à l'honneur de la religion et pour le bien de l'humanité, Jean de Dieu établit ce corps dont les membres s'obligent , par un quatrième vœu, au service des indigents malades , et qui vient de prendre un nouvel accroissement aux portes de cette capitale. Pourquoi cet ordre si utile est-il le moins étendu ? En l'introduisant dans leurs Etats, les souverains pourvoiront d'une manière aussi sûre que religieuse à la conservation de leurs sujets.
Pendant que la vie cléricale et monastique se renouvelait par toute l'Europe , Henri VIII, roi d'Angleterre, prince
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bizarre , cruel et despote , persécutait les religieux , dé* fraisait leurs maisons, et sacrifiait à ses penchants la religion de ses pères. Par les dispositions du concile de Trente, la discipline claustrale venait d'être raffermie, et restreignant les exemptions, il avait prévenu le renouvellement des anciens abus et des anciennes plaintes.
Dans l'histoire des ordres religieux, Vincent de Paul remplit presque seul celle du dix-septième siècle, soit par ses propres établissements , soit par la part qu'il eut à tons osux qu'on forma de son temps. Il fut également l'homme de la religion , de l'humanité et de la patrie. Conduire ses semblables à Dieu par la voie des bienfaits, tels ont toujours été et ses moyens et son but*
Tout, au milieu de ce siècle» prit un caractère de grandeur» qui assure sa supériorité sur les siècles précédents et Sa célébrité jusque dans la postérité la plus reculée, par les modèles, qu'il fournit en tout genre. Les bénédictins, qui embrassèrent les réformes naissantes de Saint-Vannes et de Saint-Maur , ne crurent pas s'éloigner de l'esprit de leur fondateur, en alliant à la piété la culture des lettres. Ces congrégations ont produit des hommes aussi religieux que savants , dont les ouvrages ne sont pas un des moindres ornements du règne de Louis XIV. Le cardinal dé la Rochefoucauld , évéque de Senlis » et abbé de Sainte-Geneviève, en réunit tous les chanoines en une seule congrégation que la régularité a multipliée parmi nous; et le célèbre abbé de Rancé , qui , par la beauté de son esprit et par son caractère doux et insinuant, avait charmé le inonde , Pétonna par sa retraite à la Tçappe , où il observa à la lefr tre la règle primitive de Citeaux. Cette abbaye , celle de SeptrFonts, et quelques autres, sont encore aujourd'hui des asyles où s'ensevelissent des âmes admirables qui, ne sou* pirant qu'après les biens de l'éternité , font tant d'honneur à la nature humaine. «
Telle est l'histoire abrégée des principaux ordres reli* gieux et «tes différentes révolutions qu'ils ont (éprouvées. Nous les avons vus naître d'abord obscurément dans PEgypte, se répandre promptement dans le reste du monde,