L'ÉGLISE
En faisant connaître la sainteté de la destination des ordres religieux (1) et la sagesse de leurs règles, nous avons assigné la première cause de leur établissement et de leurs progrès. Nous allons en développer une seconde ; ce sont les services qu'ils ont rendus ; nous commençons par ceux qu'en a reçus l'Eglise.
$. I.OT Les religieux ont été utiles à F Eglise par leurs vertus.
La paix donnée à l'Eglise fit fleurir l'état monastique. Ce nouveau peuple, qui, pour principes de gouvernement, avait pris, non-seulement les préceptes,, mais aussi tes conseils évangéfiqaes , était fidèle à ses engagements. Des milliers d'hommes» renonçaient à leurs proches ,. à leurs biens, à leur patrie ; étouffaient tout désir d'ambition au fiiilieu des révolutions qui bouleversaient l'empire ; et se privaient volontairement des douceurs et des avantages <jjue procurent le travail» la naissance, ou le génie. C'est le premier pas qui les conduisait h la profession religieuse. Préférer à toute espèce de curiosité l'étude de la morale et le soin de son âme ; pratiquer les plus grandes austérités,
(1) Aucun d'eus , dit M. de Voltaire v n'a été fondé dans det vues cri" minelles 9 ni même (olil1c|uw,
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pour conserver son innocence ou pour la réparer; vouer une éternelle chasteté et un silence perpétuel ; à la prière et à la lecture unir et faire succéder le travail des mains ; se regarder tous comme membres d'une même famille; immoler jusqu'à sa propre volonté , et renouveler chaque jour ce sacrifice de soi-même; se séquestrer du commerce des hommes , afin de se dérober à leur admiration ; tels étaient les devoirs imposés à ces premiers moines , et ils les remplissaient avec autant de sagesse que de persévérance. Selon le judicieux Fleury, a leur dévotion était de même goût, si on ose le dire, que les pyramides et les autres ouvrages des anciens égyptiens, c'est-à-dire grande , simple et solide. Vivant dans une chair étrangère , dit saint Basile , ils montraient par les effets ce que c'est que d'être voyageurs ici-bas , et citoyens du ciel. » Leur vertu croissait avec leurs années ; et l'extrême vieillesse, à laquelle ils arrivaient communément, ne la rendait que plus vénérable*
Ce fut un grand triomphe pour la religion , d'avoir formé ces sociétés d'hommes, que le dépouillement de toutes choses élevait à une si haute perfection. Quelle idée de la morale évangélique ne devaient pas donner ces pieux solitaires, aux nations qui ne la suivaient point encore I et quels exemples n'offraient-ils pas aux chrétiens, dont le nombre ne s'était;accru qu'au détriment de la ferveur ! Aux yeux des Uns et des autres , ils justifiaient la sainteté de la doctrine qu'ils professaient , et prouvaient que ses préceptes les plus pénibles ne sont pas impossibles à observer. Aussi les Pères opposaient -ils leur pénitence aux macérations hypocrites des hérétiques, et leurs vertus aux vertus fausses ou incomplètes des païens. En naturalisant la profession religieuse parmi les occidentaux, avec les modifications qu'exigeait la différence des mœurs , saint Benoit rappela la piété des temps apostoliques ; et ceux qui , dans le cours des siècles , réformèrent son ordre , et ceux qui en fondèrent de nouveaux , conservèrent la vertu au sein de la férocité des temps barbares et parmi les désordres des temps de fausse science.
Sans doute, toutes ces institutions renfermaient en elles-
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in Anes des germes d'affaiblissement. Elles sont nées en des siècles de ténèbres; et l'homme, quelque éclairé qu'il puisse être , n'imprîme-t-il pas à tous ses ouvrages le sceau de son imperfection P à moins de contredire tous les monuments historiques, il faut l'avouer , la réforme de Cluny rétablit une régularité édifiante; celle de Cltesux, la plus rigide austérité; à Fontevrault , a Tïron,à Savigny , etc. , se formèrent de nombreuses colonies de saints pénitents-, les chartreux donnèrent l'idée de cette piété éminente, qu'une profonde retraite met à couvert de toute vicissitude. L'esprit ecclésiastique fut renouvelé par les chanoines réguliers ; les religieux mendiants firent connaître au monde une simplicité touchante et le désintéressement de toutes choses ; et la ferveur primitive a été rajeunie en chacun de ces ordres, par les changements heureux qu'ils ont adoptés dans les derniers siècles.
Constamment vertueux, jes religieux ont été aussi constamment qu'universellement protégés. La sainteté de leur institut paraissait une raison suffisante, non - seulement pour le tolérer , mais pour en favoriser la propagation. A différentes époques , il fallut le consentement des souverains , afin de pouvoir être admis dans le clergé ; l'entrée des cloîtres était moins gênée , parce qu'ils n'offraient ni richesses ni délices; Justlnien la permit même aux esclaves, que leur maître n'aurait pas. réclamés pendant les trois années de noviciat, et qui devaient retomber en servitude, si par légèreté ils abandonnaient leur monastère. Quand Maurice l'eut défendue aux soldats, saint Grégoire s'opposa avec autant de courage que de respect & l'exécution de cette lot , comme contraire aux intérêts de la religion et de la justice, quia pleriqùe , dit-il , nui omnia reliquerint, taleari apud Dewm nullatenùi pouunt. On continua de les recevoir, pourvu qu'ils ne fussent pas comptables des deniers publics ; et l'empereur ne désapprouva pat la résistance du pontife : Qnà de re , etiam êrrenitêimvi et ehrUtianùtimu* imperator omnimodo plaçât*, , et '>• benter eorum eonvertionem tuteipit , «te.
La mode de l'irréligion ne régnait pas encore. On regar- TOH. II. . 26
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dait, comme des citoyens très utile*, ces solitaires» que leur vie évangélique rendait si vénérables. On ne pensait: pas s'écarter des principe* d'une saine politique, en multipliant ce* pieu* Intercesseurs auprès de l'arbitre des destinées «t du souverain Modérateur des choses. An contraire , noe pères, contahieus* de la nécessité des prières ferventes, mi* reht à Ce pHi presque toutes leurs donations; une vertu aussi fate leur paraissait inaltérable et à l'abri des atteintes de Péfculencè. QiWnd la ferveur .t'affaiblit dans un ordre, on là toit renaître en d'autres lieux \ et de sages réformes, mûries par lé tëtnps , lui rendent la vigueur que le relâche* ment des anciennes congrégations lui fiait perdra. C'est ainsi que, d'âge en âge, la profession religieuse a transmis la pratiqué dé la tte pénitente , de la fuite du monde , du renOttëèmeftt à soi-même; et que, depuis Antoine jusqu'à Ignace et Vincent-de-Paul , les cloittes Ont été le sanctuahir dé lé pitté j et celui des science*