CHAPITRE TROISIÈME
nourrissait en son Min une pépinière de grands hommes, Par leurs doctes ouvrages , ces auteurs ont fixé le véritable sens des saintes Ecritures ; conservé le dépôt de la tradition ; réfuté les hérésies anciennes , qui avaient encore des partisans, et les nouvelles, qui cherchaient des sectateurs. Ils nous ont laissé des abrégés de la Morale chrétienne, des vies des saints, des fermons, une foule de lettres sur des objets dogmatiques et moraux , des histoires de différent es Eglises, des recueils de canons propres à constater la discipline primitive et à donner une jurisprudence aux siècles futurs ; en nn mot , ils ont mesuré toute l'étendue de la science ecclésiastique.
Les conquête* des peuples du Nord furent également funestes à l'Eglise et à l'empire. Sous un gouvernement purement militaire , qui méprisait toute culture de l'esprit, comme ne pouvant qu'énerver les courages , l'ignorance fit de rapides progrès. La religion chrétienne était, à la vérité , la religion dominante des Etats ; mais les mœurs triomphèrent de sa douceur, a Dans ces temps misérables, les monastères , dit le profond Fleuiy, sont un des principaux moyens dont la providence se sert pour conserver la religion. » C'est à leurs écoles et à celles des Eglises cathédrales , desservies presque toutes par les réguliers , que ■ans exclure les sciences humaines , on enseigne principalement et on étudie la théologie , le droit et l'histoire ecclésiastique.
Les théologiens de ce moyen Age puisaient toutes leurs connaissances dans l'Ecriture et dans les Pères des six premiers siècles; Us se bornaient p les copier, à les compiler , à les abréger , et c'est toujours leur autorité qu'ils opposent aux hérétiques. Ainsi, saint Jean Damascène a vengé le culte des Images et exposé la fol orthodoxe , d'après la tradition et le témoignage des Pères, dont il augmente le nombre, Bède appuie des principes de saint Augustin tous les commentaires des différents livres des sa intes Ecritures. Aleuin , dont les ouvrages suffisent pour faire juger de l'état de toutes les sciences, au neuvième siècle, s'est spécialement appliqué a l'élude des Pères, et nous a laissé
des explications de l'Ecriture et des traités de théologie* Ratram , de Corbie, établit, contre les grecs, la procession du Saint-Esprit , par des preuves tirées de saint Grégoire de Nazianze , et surtout des latins. Loup, de Ferrières , dé" fendit la doctrine de l'Eglise touchant la grâce et la prédestination , en rappelant celle de l'évêque d'Hippone ; et Lanfranc, moine du Bec, a fait connaître ce que (pensaient du mystère de l'Eucharistie les anciens docteurs , dont Bérenger altérait les sentiments. Ces savants, et tant d'autres que nous ne citerons pas, se ressentent du temps où ils ont vécu , et il est aisé de trouver des défauts à leurs ouvrages, mais ils ont rendu un service essentiel à l'Eglise, en perpétuant l'étude de l'Ecriture et des Pères, et en arrêtant tonte innovation sur la croyance. '
Elle était constatée dans les monastères, par un moyen plus sensible encore. On y observait , avec plus de pompe et de fidélité que partout ailleurs, les cérémonies qu'emploie l'Eglise pour ses offices. Ce témoignage leur est rendu par Fleury, ce savant connaisseur de l'antiquité ecclésiastique. Ces différentes cérémonies forment un symbole tacite , qui déclare quel est l'état de la foi. En les pratiquant telles qu'ils les avaient reçues de leurs pères , et les transmettant soigneusement à leurs successeurs , les religieux attestaient qu'ils croyaient ce qu'avaient cru les premiers , et léguaient aux seconds des preuves toujours faciles contre les changements en cette matière. Ce sont ces faits précieux qu'il faut extraire de leurs traités de liturgie et des offices divins , sans s'arrêter aux significations mystiques que recherchait avidement une piété peu éclairée. < '•
Pendant ce laps de temps, où l'ignorance; universelle parmi les laïques , était trop commune dans le clergé , les moines ont non-seulement étudié, enseigné, et vengé la foi catholique, ils se sont encore appliqués à cette science qui règle sa discipline. Chez une société naissante , dont chaque membre était fortement animé de l'amour de la vertu , la police exigeait peu de lois. La législation ecclésiastique n'est devenue difficile et obscure , que par les funestes atteintes qu'elle a reçues de la férocité des mœurs ,