Ç. II
11$ secourent et protègent le$ malheureux*
Pendant que lès religieux augmentaient leurs revenus par leurs défrichements et par leur économie, l'humanité et la charité étaient les heurttax canaux qui la reversaient sur là société. Si, au rapport de saittt Augustin (2), les moines d'Egypte, vivant dans des solitudes affreuses, occupés a faire des corbeilles , ou à 'dès métiers aussi simples, chargeaient cependant des vaisseaux entiers de leurs aumônes;
(1) Disc. 3. N* il.
(S) 1. Retract, cap. 68.
combien ne durent pas être abondantes celles dés religieux d'Occident! Pour en donner une idée, il suffit de dire que Cluni a nourri quelquefois jusqu'à dix-sept mille pauvres en un seul jour(l). On conteste peu ce genre de bien; mais on prétend que Ces aumônes manuelles , toujours accordées à la fainéantise, entretiennent une pépinière d'hommes dangereux à l'Etat. Aux temps dont nous parlons, des guerres intestines ou étrangères ruinaient tout à coup une foule de citoyens; lorsque ces infortunés sans ressources allaient chercher leur subsistance à la porte d'un monastère, il faut convenir que les religieux , en satisfaisant promptement à des besoins pressants, se conduisaient en sages administrateurs des biens des pauvres et en fidèles ministres de la providence*
Outre ces secours les cloîtres procuraient encore aux malheureux un asyle contre l'injustice et l'oppression. Combien n'évitèrent les tourments , la mort même , qu'à la faveur du respect qu'on avait pour les monastères ! Dans un gouvernement où l'administration de la justice est telle que l'innocent est toujours en sûreté, le coupable toujours puni, celui qui échappe au glaive des lois les énerve , en donnant l'espérance de l'impunité. Mais quand on sait que des combats et des épreuves, cruellement absurdes , faisaient alors l'innocence ou le crime, on doit penser que le droit d'asyle était aussi cher à la justice qu'à l'humanité.
De simples religieux, à qui leur vertu avait attiré une considération particulière , devenaient les protecteurs du peuple auprès des grands , et plus d'une fois ils arrêtèrent les effets d'une vengeance souvent féroce; adoucissement heureux préparé à la faiblesse au milieu de ces^ mœurs barbares. Par cette conduite généreuse, ils imitaient l'exemple des moines d'Orient, dont les premiers pas vers les villes eurent pour objet de consoler Antioche, menacée de l'indignation de Théodose , justement irrité (2). La sainteté de leur vie, leur extérieur pénitent et mortifié» donnant de
(1) Uld. Lib. 3. Consuet. Cluniac. cap. 28.
(2) Hitt. Ecclés<LiY. 19. N°4.