‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 54 sur 87 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

l'autorité à leurs vives remontrances, ils obtinrent des jugea le pardon des coupables.

Au bien que les établissements monastiques ont fait aux hommes , en ces temps reculés , pourquoi n'ajouterions-* nous pas le bonheur même des religieux? Ils étaient heu-* reux, puisqu'ils jouissaient» au sein de la solitude , de la paix et de la tranquillité» tandis que l'Europe, livrée à une foule de petits tyrans, ne connaissait qu'un gouvernement monstrueux , qui réunissait a la fois et les malheurs de l'anarchie, et ceux du despotisme. Sans doute, l'humanité applaudit alors à une institution qui venait arracher plusieurs milliers d'hommes à la misère universelle* « Ce fut longtemps une consolation pour le genre humain, dit M. de Voltaire, qu'il y eut de ces asyles ouverts à tous ceux qui voulaient fuir les- oppressions du gouvernement Goth et Vandale. Presque tout ce qui n'était pas seigneur de char teau , était esclave. On échappait, dans la douceur des cloî-* très , à la tyrannie et à la guerre (1). »

ç. III.

Ih cultivent le$ science**

Après avoir défriché des provinces entières , après avoir mis l'agriculture en honneur, les moines ne pouvaient rien faire de plus Utile aux progrès de la civilisation, de plus important au bonheur de la société, que de cultiver les sciences et d'en inspirer le goût. Si l'homme est le roi de la nature , s'il est au-dessus des animaux , c'est par l'âme in-r tetligente qu'il a reçue de son auteur; mais quand elle est négligée , sa raison est un guide moins sûr que leur insn tinct ; l'étude et les recherches peuvent seules l'étendre et |a perfectionner. La culture de l'esprit est donc un besoin comme un devoir pour l'homme, et les arts et les sciences çn sont les heureux fruits.

Loin de cette ignorance première, que rachètent en quel*

(<) Essai sar l'Esprit et les Mœurs des Nations , tom. 3. j>. 158*

422' DB LÉTAT RBU61KU*.

que sorte la simplicité et l'innocence, nos aïeux étaient 11* vrés à l'erreur et à la superstition » violents dans leurs pas-, sionset féroces dans leurs mœurs : la société n'avait encore fait que les corrompre , et toute idée nouvelle devait: être un bienfait pour eux. Au sein de cetteibarbarie, les cloîtres servirent d'asyle aux lettres. Les religieux Rappliquèrent d'abord à un travail aussi pénible qtf intéressant; les biblio-. thëques avaient été ruinées, on ne connaissait presque plus, l'art d'écrire » et nous allions perdue pour toujours les modèles, en tout genre, que les Grecs et les Homains nous ont laissés 5 quand de toute part, etaveo nnoèle égal, les moines, se vouèrent à recueillir les exemplaires des meilleurs, ouvrages de l'antiquité. Ceux du monastère de Tours préféraient cette occupation à toute autre : An tin* excepti* icriptoribuê , nulla habebatwr (*). Au temps de saint Benoit, les moines d'Italie y consacraient leurs loisirs : (i J'avoue, dit aussi Cassiodore, écrivant à ses religieux du monastère de Viviers, que, de tous les travaux du. corps, celui de copier des livres a toujours été le plus de mon goût : Antiquariorum étudia mihi non immérité forettan plus placer e : d'autant plus que pendant cet exercice l'esprit s'instruit par la lecture, et que d'ailleurs c'est une espèce de prédication pour ceux à qui ces livres se communiquent (*). » Pierre-le-Vénérable , et Guigues, ce célèbre général des Chartreux , en parlent à peu près de même. La réforme de Citeaux rétablit ce genre dç travail ; saint Nicolas, de Clairvaux» secrétaire de saint .Bernard, appelle sa cellule Scriptoriolum (3). « Il nous reste encore de précieux monuments de cette sage et utile occupation dans les abbayes de Citeaux et Clairvaux, et dans la plus grande partie des abbayes de Tordre de saint Benoit. »

Si l'on pensait que les religieux ne transcrivaient que les livres de l'Ecriture sainte , ou ceux qui ont quelque rapport aux sciences ecclésiastiques, qu'on lise les Institutions

(1) Sulp. in Vit* «ancti Martini.

(2) Cassiod. Institut. 2. cap. 3.

(3) Diciionn, Eneyclop. , au mot BiblioihttjM.

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