CHAPITRE QUATRIÈME
de Gassiodore ; il recommande de rassembler avec soin , non-seulement les ouvrages des saints Pères et des historiens 9 mais encore les écrivains qui traitent de la cosmographie, de la géographie , les rhétoriciens , et jusqu'à ceux qui ont écrit sur l'orthographe. Enfin, comme s'il craignait de ne pas embrasser toutes les sciences, il veut qu'on recherche les principaux auteurs de la médecine, afin, dit-il, que ceux qui sont chargés de l'infirmerie , y puissent trouver les moyens de |soulager les malades. On sait que l'abbaye de Gorbie nous a conservé les cinq premiers livres de Tacite ; c'est ainsi que , sans cesse occupés à copier et à transcrire , les moines empêchèrent les effets de la barbarie et du génie destructeur des Omar d'Occident, et l'on est forcé de convenir que nous leur devons tout ce qui nous reste de l'antiquité , tant sacrée que .profane. « Les Alexandre, les Gésar, les Homère et les Virgile nous seraient inconnus sans de pauvres solitaires, qui n'ont pas même attaché leuf nom à ceux qu'ils ont sauvés de l'oubli. » Par leurs recherches et leurs travaux soutenus, ils formèrent ces précieuses collections de livres, les premières connues en Europe. Suivant la règle de Tarnate et celle de saint Benoit , chaque monastère était obligé d'avoir une bibliothèque, et on regardait celui qui en manquait, comme un camp dépourvu des choses les plus nécessaires à sa défense : Clauêtrum sine armario, quasi castrum sine artnamentario (1). On n'en confiait le soin qu'à un religieux élevé dans la maison dès sa plus tendre enfance. Rien dans la suite des temps ne devint plus célèbre que les bibliothèques des monastères ; on y conservait les livres de plusieurs siècles , dont on avait soin de renouveler les exemplaires ; et sans ces bibliothèques, il ne nous resterait guère d'ouvrages des anciens; c'est de là, en effet, que sont sortis .presque tous ces manuscrits , d'après lesquels on a donné au public, depuis l'invention de l'imprimerie , tant d'excellents ouvrages en tout genre de littérature.
(1) Thomass. Ane. et nout. Discipl. Part. 1. Lib. S. Cli. 106.
424 DK l'état religieux,
$. iv.
Beolet de$ mona$tère$.
En même temps que les religieux travaillaient avec tant d'ardeur et de constance , à sauver de la barbarie de nos pères les chefs-d'œuvre de l'antiquité , ils s'efforçaient de leur en montrer les beautés et de leur en faire sentir le prix. Ils avaient deux sortes d'écoles : les unes intérieures , destinées aux moines ; les autres extérieures , où se rendaient les séculiers. On peut rapporter l'origine de cette double école à saint Pacôme (i), qui recevaient des enfants outre les catéchumènes , qu'on disposait au baptême. Pour ne parler que de celle d'Occident , au mont Cassin furent élevés, par saint Benoît, saint Maur et saint Placide, ainsi que la plupart des enfants des premières familles de Rome. Les moines , qu'envoya saint Grégoire aux lies Britanniques , y bâtirent des monastères , qui furent des écoles de vertu et de science. Au siècle suivant, le vénérable Bède les enseignait avec succès à ses frères dans le clottre , et au public dans l'église dTorck ; saint Anselme et plusieurs autres suivirent cet exemple : Glatemburi , Malmesburi , Croyland, etc. % étaient des écoles fameuses; c'est de là que saint Boniface les transporta à Fulde et à Fritzlar. Vers le même tenips fleurirent celles de Saint-Gai , de Richenau et de Prom,
Au commencement du règne de Charlemagne , les écoles monastiques étaient faibles et languissantes ; la discipline régulière se ressentait des troubles précédents. Une foule d'abbayes avaient été ruinées par les Sarrasins, et d'autres accordées à des ducs ou comtes , en récompense de leurs services militaires* Ces événements, funestes au bon ordre des maisons régulières , en bannirent les bonnes études.
Quoique Charlemagne n'eût d'autres connaissances que celles de son temps, saisissant avec avidité tout ce qu'il
(!) Regul. Sanct. Pac. Cap* 139.