‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 56 sur 87 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

trouvait de grand et de beau, en quelque genre qne ce fût, son génie semblait être échappé du siècle d'Auguste. Au second voyage qu'il fit à Rome, il connut Alcuin, sa van moine anglais, et sentit son mérite: Il importait à sa gloire et à ses projets de s'attacher un tel homme; il l'attira et le fixa en France, par ses bienfaits et par son amitié. Honoré de la confiance de son nouveau maître , Alcuin ne s'en servit que pour foire fleurir les sciences et les lettres. Afin de les rendre d'abord respectables à un peuple ignorant et grossier , il plaça leur sanctuaire dans le palais des rois ; & Aix-la-Chapelle se forma une académie, où l'on s'occupait de toutes les sciences; l'empereur tenait k honneur d'être de cette- société aussi utile qu'agréable; il assistait assidûment à toutes les conférences, et donnait son avis sur toutes les matières. Il aimait à se regarder comme le disciple d' Alcuin , et en lui écrivant il l'appelait toujours son maître ; c'était l'Aristote de ce nouvel Alexandre. Charlemagne apprit de lui la rhétorique, la dialectique, et surtout l'astronomie, pour laquelle il avait un goût particulier , comme on le voit par ses annales 9 qui renferment des observations astronomiques fort curieuses.

Qu'on juge de l'effet que dut produire cet établissement sur l'esprit des Français, cette nation qui prit toujours les mœurs de ses souverains avec encore plus de docilité qu'elle ne reçut leurs lois. Les grands voulurent être de l'académie de l'empereur ; et les autres tâchèrent , par leurs travaux et par leurs efforts, de s'en rendre dignes. Bientôt les provinces demandèrent des écoles sur le modèle de l'académie impériale. En Occident, tous les esprits se portèrent vers les sciences avec une émulation si vive . qu'elle mérita à Charlemagne le titre de Restaurateur des lettres ( 1 ). Pour en maintenir le goût parmi ses sujets , il crut surtout nécessaire de le ranimer dans les cloîtres et dans les églises, comme dans leur véritable foyer. Tel est l'objet d'une lettre circulaire qu'il écrivit aux évéques et aux abbés , adressée

(1) Hist. de France, tom. 1. pag. 410 ; Fleury. Hist. Eccl. lom. 9, N?M7. 54; tom. 10. N°18.

426 DE l'état religieux.

A celui de Fulde : « Ayant résolu , dit ce prince, de remettre le bon ordre dans les églises cathédrales et dans les monastères , nous avons pensé , qu'outre la pratique exacte de la discipline régulière, et de tout ce qui peut faire refleurir la religion et les mœurs» il était à propos d'y renouveler l'étude des lettres , afin que chacun s'y applique [suivant sa capacité; parce qu'il est bienséant que ceux qui mènent une vie conforme aux bonnes mœurs que la religion prescrit, soient aussi capables de parler d'une manière sage et réglée , et que ceux qui s'efforcent de plaire à Dieu par une conduite irréprochable, puissent aussi, édifier les autres par leurs discours (1), » v

Dès cette époque , les religieux se livrèrent à l'étude avec une ardeur nouvelle; ils rétablirent partout leurs écoles, où venaient s'instruire le peuple et le clergé. En France, les plus distinguées étaient celle de Fontenelle , célèbre sous saint Vandrille et saint Ansbert ; celle de Fleuri , connue par les Aimoin, les Mommol et les Abbon, qui la présidaient. Userait facile d'en citer un grand nombre d'autres , qui soutinrent l'amour des lettres et l'honneur de l'ordre monastique. On y donnait à la jeunesse la meilleure éducation qu'elle pût recevoir alors. Quand nous lisons les coutumes de Cluni, nous sommes forcés de convenir avec Clric , que le moindre des jeunes gens y était élevé ayec autant de soin que les enfants des rois au sein de leurs palais (2j, Aussi, plusieurs monastères ont eu la gloire de former des héritiers de la couronne, Lothaire , fils de Charles4e-Chauve, fut confié dès son enfance à l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre; Robert II, ainsi que Louis-le-Gros et beaucoup. d'autres, le furent à Saint-Denis, Les études suivaient le cours et le sort de la discipline régu, lière ; leur rétablissement fut toujours le premier pas vers la réforme , ou le premier règlement des ordres nouveaux; et si le flambeau des sciences s'éteignait dans un monastère , on le voyait se rallumer dans un autre.

(1) Carol. Epis t. ad Baagulf. abbat. pro institut, Schol, tom, 2% pag. 878.

(2) Cousuet. Cluiuac. Lib. 5. cap. 8,

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