CHAPITRE QUATRIÈME
On y apprenait la rhétorique, la dialectique, l'astronomie, la grammaire et la musique. Au temps de Pierre-le- Vénérable , un écrivain ayant reproché aux clunistes de s'appliquer aux lettres profanes, et d'enseigner les auteurs du paganisme , ils s'en justifièrent par l'exemple des monastères les plus fameux. Obéissant à on capitulaire de Char** lemagne , qui leur ordonne d'étudier la médecine » les religieux la cultivent avec succès. Par leurs soins, les ouvrages des Arabes, nos premiers maîtres, commencèrent à se répandre en Europe. Pendant plusieurs siècles, on ne connut point d'autres médecins que les clercs et les réguliers; eux seuls exerçaient aussi la profession d'avocat. Quoique l'ignorance des laïques les autorisât en quelque manière» la plupart des conciles leur interdirent ces fonctions, comme contraires à la retraite et à la discipline régulière ; exclus du barreau , ils pouvaient encore s'adonner à l'étude des lois ; et c'est à un religieux que l'Angleterre doit la connaissance du droit romain. Thibaud , abbé du Bec, devenu archevêque de Cantorbési , en 1138, y porta le code de Justinien» découvert depuis peu en Italie.
Il» répandent parmi noue le ga&t de$ arts.
Lès religieux contribuèrent aussi à répandre parmi nous le goût des arts , et les cloîtres furent souvent des ateliers. Au douzième siècle, les prémontrés de l'abbaye de Vigogne firent une châsse qui excita l'admiration de tous leurs contemporains ; les ouvriers les plus renommés en tout genre étaient appelés de toute part, pour la construction des églises. Les plus belles du monde, en général, et de Paris en particulier, sont leur ouvrage. Quoi de plus beau que le sanctuaire du mont Cassin , la Chartreuse de Naples , les monuments élevés et décorés par les Jésuites , l'abbaye des Bénédictins de la rue Saint-Martin à Paris, l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, etc?... La plupart des grands éta-
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biissements du gouvernement actuel ne sont-ils pas formés dans les vastes et magnifiques bâtiments élevés .par la pa-r tienee des religieux P Plusieurs d'entre .eux nous ont laissé des preuves qui attestent encore aujourd'hui leurs connaissance* en architecture, Cluni a été bâti par le moine; Hézelon ; et Prémontré , par Hugues , compagnon de saint Norbert*
Nous leur devons en outre des monuments d'utilité publique. Le Petit-Pont et celui de Notre-Dame, sont Pou-? vrage d'un cordelier, nommé Jean Joconde. De nos jourç même , le frère Romain , dominicain , architecte et ingénieur du roi , a dirigé le Pont-Royal , si estimé dps genç de Part.
i. VI.
IU nom ont conservé le* monuments de tlBùtoire.
Mais c'est surtout par les services rendus à l'histoire , qu'ils ont bien mérité de la société. Lorsque le peuple ne savait pas même lire , ils recueillaient les événements dont ils étaient témoins. Il était d'usage , en plusieurs monastères » de choisir un écrivain exact et habile qui rassemblait les actions du souverain, et tout ce qui arrivait de plus mémorable sous son règne. A sa mort chacun rapportait au chapitre général le plus prochain ce qu'il avait observé. Après un mûr examen, on le rédigeait en forme de chronique | qu'on conservait pour l'instruction de la postérité. Ces chroniques nous ont fourni la plupart des matériaux de l'Histoire sacrée et profane, générale et parr ticulière. Aussi le chevalier Marsham ne craint pas de dire que, sans les nioines, les Anglais ne seraient que des «enfants dans celle de leur pays (I).
En effet, coinbien ne doit-elle pas à Bède, a Ingulf» Jt Turgot , à Çuillaume Malmesburi , aux deux Matthieu , Matthieu de Westminster et Matthieu Paris ? celle de France,
(1) Praf, «d Mai\h. Paris, et monast. anglic. tom. 1. j>, 54 et 55,
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à l'archevêque de Vienne Adom, à Guillaume de Saint-Germer » à Odric de Saint-Evroul , à l'un et l'autre Aimoin , à Hugues, abbé de Flavigny; celle d'Italie,à Crkempert, à Léon de Marsiac, au diacre Pierre; celle d'Allemagne, à Réginon, abbé dé Prom, à Wittekind et Lambert de Schasnabourg, h DithmaretHerman-le-Raccourci P
En sauvant de l'oubli les monuments des siècles passés , les religieux acquéraient des drïfits à la reconnaissance de la noblesse, dont ils assuraient l'état. Sans leurs archives , combien de descendants de ces grands hommes que l'Histoire offre à notre admiration , languiraient dans la classe des hommes obscurs ! par le soin qu'ils ont pris de conserver les preuves de leur origine, ils les ont placés au rang qui leur appartient, lés ont environnés de dignité , et ont attaché à leur nom le respect que la nation aime à rendre au sang de ses chefs et de ses défenseurs* «