‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 63 sur 87 · chapitre cinquième · texte numérisé non relu

chapitre cinquième

aurions dissimuler que les mœurs ont reçu de funestes atteintes. Cette altération, il faut l'imputer à l'effervescence irréligieuse qui s'est emparée de toutes les têtes, à l'amour trop dominant pour les sociétés, et à celui des jouissances qu'a tant multipliées le luxe. Pour nous garantir de l'excessive crédulité de nos aieux, leurs censeurs ont voulu lui substituer un pyrrhonisme plus dangereux : les vertus for* mées par la religion ont perdu leur force et leurs motifs; et l'égoïsme, fruit des nouvelles maximes, a remplacé l'abnégation dé soi-même et tous les généreux sacrifices qu'ordonne ou conseille l'évangile* A la faveur de la grande communication: établie entre les différentes classes des citoyens et de la licence qui y règne, cas mépris s'est aisément communiqué* Le commerce de la vie parmi les hommes et surtout parmi les chrétiens , devrait-il être autre chose qu'un mutuel échange de bons offices P Ne sont-ils pas obligés dé s'exhorter par leurs exemples et par leurs discours a s'acquitter envers Dieu et envers la patrie P et lé bgipin qu'ils ont de plaisirs ne peut-il pas être satisfait par &4 jouissances d'autant plus douces, qùé là source en est plus pure ? En observant l'état actuel de la société , on est prôihptëment averti que nous nous ne réglons pas Sur ces principe^ : les * âmes s^nerverit , les vertus domestiques détiennent rares, les devoirs Civils et religieux ûe sont plus respectés. Le luxe ajoute encore à ces misères : t enftMné en de justes bornes, il exercerait suffisamment l'industrie, alimenterait le commerce autant qu'il est nécessaire, et, sàns'fauire à l'agriculture ni à la simplicité des mœurs, il procurerait de l'aisance aux nations. Quand il domine tous les ordres d'un empiré, c'est de la bouffissure qu'il leur donné, et non de l'embonpoint; excitant dans tous les cœurs l'avidité pour l'or, il étouffe la pitié, et laisse le malheureux sans ressource : on ne ressent que trop partout combien il est fécond en désordres et en crimes. Ainsi, la religion, qui commande les bonnes mœurs , qui sanctifie toutes les obligations et tous

trop difficile de se procurer des renseignements certains sur le bien que faisaient alors ceux qui habitaient les autre a Empires catholiques. »

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les sentiments humains, est également affligée et pour se* propres pertes et pour les pertes de l'Etat.

Parmi tant de sujets de larmes, elle trouve dans la piété des religieux une de ses plus douces consolations. En portant ses regards vers les cloîtres, elle en découyre encore dont la fidélité à leur profession est entière ; par la pratique des conseils évangeliques , s'élevant au plus haut degré de la perfection chrétienne, ils convainquent d'imposture tous ses calomniateurs ; loin de rédouter la solitude, ils la chérissent comme la sauvegarde de leur ferveur ; observateurs exacts de la pauvreté qu'ils ont vouée, ils méprisent les biens et les commodités de la vie , ajoutent même des privations volontaires aux privations que la règle prescrit. Quel spectable aux yeux de la religion, que celui qu'offrent des hommes sans cesse occupés à chanter les louanges de Dieu avec le respect dû à sa majesté suprême, qui, pendant quarante et soixante ans, vivent ignorés et portent un joug austère sans se lasser de leur sacrifice, qui ne sont avides que des délices de la vertul Qu'au sortir d'un cercle, où l'on croit avoir joui de tous, les plaisirs réunis , on se transporte dans un monastère pour y voir un de ces pieux anachorètes, on sera frappé du contraste que fqrment avec la frivolité , sa simplicité , sa modestie » sa candeur, son aménité , son air serein, qui décèle un âtae tranquille et vraiment heureuse, et ce je ne sais quoi de pénitent et de saint, qui , répandu sur toute sa personne, pénètre d'un sentiment religieux dont il est impossible de se défendre.

Voilà ce que nous avons vu plus d'une fois. Ceux de nos lecteurs qui fréquentent les cloîtres attesteront que npus n'exagérons rien, et nous ne demandons aux autres que de suspendre leur censure, jusqu'à ce qu'instruits par euxmêmes ils puissent juger avec équité. On regrette comme inutile, mais on ne conteste pas la vertu des enfants de saint Bruno. Notre mollesse effrayée taxe d'extravagance > mais reconnaît la rigidité de la Trappe, d'Orval, de Sept- Fonts. Ces religieux ne paraissent-ils pas avoir appartenu aux plus beaux siècles de l'Eglise? Quelque admiration que nous inspire leur persévérance, et quelque sincère que soit

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