‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 64 sur 87 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

l'hommage que nous leur rendons, nous ne faisons néanmoins aucun vœu pour que leurs maisons se multiplient et deviennent plus nombreuses , parce qu'un régime si sévère ne saurait convenir à une grande multitude d'hommes. C'est ce qu'avait bien senti le vénérable Guiguca(i), qui fui vingtsept ans prieur de la chartreuse de Grenoble. « Notre ordre, dit-il , ne se soutient que par le petit nombre de ceux qui l'embrassent. »

Nous citerons encore l'exemple des religieuses en général : celles surtout qui n'ont que peu de relations avec le monde , continuent de pratiquer courageusement les rigueurs de ta pénitence. Il est peut-être des corps où l'esprit du fondateur ne vivifie pas tons les membres : mais il faut bien avouer que , malgré le relâchement , l'Eglise y compte encore un grand nombre de saints , comme un grand nom* fere de savants,

Let religieux cultivent let teieneet eeoîètiaitiquet, .

Si les religieux sont obligés par état de s'appliquer aux sciences ecclésiastiques, nous ne craignons pas de dire que, depuis le commencement de ce siècle, ils ont. été fidèles à remplir ee devoir. Marchant sur les traces de leurs prédécesseurs, ils nous ont donné des ouvrages utiles ; et, pour de nouveaux besoins , la religion a trouvé en eux de nouveaux secours. Théologie, Histoire del'Eglise, Jurisprudence ecclésiastique ; voilà le champ immense dont il fallait continuer la culture. Dans quelques parties Us ont travaillé seuls et sans coopérateurs ; pour les autres, ils ont réuni leurs efforts aux cflbrs de tous ceux qu'animaient l'utilité et U gloire de l'Eglise.

Comme l'Ecriture sainte est le premier fondement de notre foi , les religieux se sont voués a cette étude avec un lêle digne dn sujet. En expliquer le texte, en développer les.

(1) I! mourut en 1136.

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sens, en concilier les contrariétés apparentes; tel est l'objet que se sont proposé, sur toute la Bible ou sur quelques-ans de ses livres, dom Calmet entre autres dans son Commentaire littéral; dom Poncet, dan ses Nouveau* Bclairoisse* mente sur le Pentateuque de» Samaritaine/ le P. Goudou, capucin, en exposant les Psaumes dans leur véritable sens; le P. Cplomnç, barnabite, dans son Dictionnaire et sa Notice de f Ecriture sainte; dom Girardet, dans son Leficon hebraicum etchaldœo'biblicum; et dom Sabathier, dans son Ancienne Version italique; Jacques Lattemant, et le P. Bert hier, jésuite, sur les psaumes ; Bernard de Péquigni, capucin , sur saint Paul.

S'enfoncer dans la nuit des temps écoulés, et interroger tous les monuments et tous les livres , soit pour recueillir ce qu'on peut savoir des usages anciens, soit pour former l'histoire des auteurs inspirés; approfondir la religion des différents peuples et assigner l'origine de leurs traditions ; débrouiller divers points de chronologie et de géographie , et par là éclaircir plusieurs endroits de l'Ecriture, qui, sans ces connaissances, auraient toujours été obscurs , c'est ce qu'ont exécuté dom Calmet» par son Histoire de f ancien Testament, et par ses savantes Dissertations; dom Cellier, par son Histoire générale des auteurs sacrés; dom Rousseau, par ses Lettres sur la Géographie de la Palestine; dont Martinai, par sa chronologie du Texte Hébreu; dom Martin, par son Explication de divers monuments qui ont rapporta la religion des peuples les plus anciens.

Démontrer l'authenticité et l'intégrité de ces livres, en prouver l'inspiration , et justifier la croyance qui leur est due, voilà la tâche qu'ont remplie le P. Barre, génovéfain , en publiant ses Vindiciœ Librorum deutero-canonico^ rum; plusieurs qui sont déjà cités, et tant d'autres que nous ne citons pas.

Fondre tous ces travaux en un seul travail ; donner à la traduction, faite sur les langues originales, la précision et la clarté propres à relever la justesse et la beauté décidées ; puiser des explications dans les Pères et dans les plus doctes interprètes ; et y joindre des notes critiques, histori-

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ques, géographiques et grammaticales, appuyées de l'autorité des plus habiles grammairiens et lexicographes hébreux ; distinguer les temps et les caractères des deux alliances; démêler la variété des sens ; rapprocher les différentes prophéties dont l'objet est le même, et faire Sentir partout l'accord et l'harmonie, n'est-ce pas là ce qui occupe la société hébraïque depuis 1744 jusqu'à ce jonr P Par sa libéralité envers ces savants capucins, le clergé de France vient de consacrer leur travail et les encourage à le poursuivre.

La seconde base de notre foi, c'est la tradition perpétuelle et universellement attestée des points 'approfondis. Transmise d'abord dans des instructions de vive voix , elle a été soigneusement recueillie par saint Polycarpe , disciple de saint Jean l'évangéliste ; par saint Irénée, saint Clément alexandrin,' contemporains de ceux qui avaient entendu les Apôtres/ et ainsi d'âge en âge par les autres Pères. «Leurs ouvrages qui sont Tenus jusqu'à nous, dit M. Fleury , au travers de treize à quatorze siècles , après tant d'inondations de peuples barbares, tant de pillages et d'incendies ♦ malgré la fureur des infidèles, la malice des hérétiques, l'ignorance des temps moyens; » leurs ouvrages contiennent , outre le fond de la doctrine , la manière de l'enseigner, les règles et les exemples de la discipline et des mœurs. Leur étude, nécessaire à la Religion, est donc d'un devoir indispensable à ceux qui sont obligés de la servir.

Vers la fin du siècle dernier ? la revue et la correction de tous leurs écrits fut entreprise par plusieurs' savants , et surtout par les bénédictins de la congrégation deSaint-Maur, De nos jours, elle a été continuée exclusivement par eux et par quelques autres religieux. Cest eh 1700, que sortit de Saint"Germain«des-prés le dernier volume de l'édition de saint Augustin , la plus correcte et la plus complète de toutes , et si estimée par le choix et l'arrangement des matières qui régnent dans la table , chef-d'œuvre en ce genre. En 1704, dom de Sainte»Marthe donna l'édition de saint Gré* goire; dom Massuet, celle de saint Irénée, en 1705; dom

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Martinai , celle de saint Jérôme , eu 1706; dom le Nourri, celle de saint Àmbroise, en 1707 ; dom Touttée, celle dq saint Cyrille de Jérusalem , en la même année*, et en 1715 a le dernier volume de son grand ouvrage de l'Apparat à la bibliothèque des Pères, où tout ce qui regarde ceux des quatre premiers siècles est éclairci avec la plus saine et la plus judicieuse critique; dom Coustau, celle de saint Hilaire, en 1711 ; dom Garnier, en 1713, celle de sajnt Basile qu'a retravaillée dom Maran , à qui nous devons les œuvres de saint Cyprien et de saint Justin : en 1762 , dom Maran , coopérateur de tant d'autres éditions , a redonné ce dernier Père. Le Quien, dominicain , a publié l'édition de saint Jean Damascène , en 1723 ; dom de la Rue, les œuvres d'Origène, en 1799; dom de Montfaucon , les Hexaples du même auteur, et les ouvrages de saint Athanase et de saint. Chrysqstôme, etc. D'autres religieux travaillèrent dans le même genre, ou à l'édition de saint Epiphane, par le Père Pétau , jésuite; celle de saint Nil , par le père Suarez, et les lettres du même par le Père Poussines, delà même société; saint Sidoine Apollinaire , par le Père Sirmond; Théodoret, par le même , etc.

Pour juger tout ce que ce travail a coûté de peine , qu'on se rappelle la confusion où étaient tous ces monuments de l'antiquité. Les bibliothèques publiques n'offraient que peu de ressource : les communautés religieuses s'étant relâchées pendant les quatorzième et quinzième siècles, le zèle de les transcrire ne les animait plus, et elles en avaient laissé dissiper les anciennes copies. Il a donc fallu réunir ces précieux débris épars en différents monastères, les débrouiller, les comparer, leur rendre leur intégrité originale , et en rejeter tout ce que des mains ignorantes y avaient ajouté d'étranger. L'intelligence de ces monuments a été facilitée par des notes et des dissertations savantes, où l'on apprend, non-seulement ce qui concerne personnellement ces saints dépositaires de la doctrine, mais aussi quelles sont les hérésies de leur temps, les raisons qu'ils emploient pour les combattre , quels conciles les ont condamnées, et tout ce qui, durant leur vie, est arrivé de plus considérable à l'Eglise.

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Enfin» après avoir posé les règles suivant lesquelles on fiait étudier les Pères ; après avoir distingué judicieuse^nient en eux les docteurs particuliers, les témoins de la croyance catholique , et les divers degrés de confiance qu'ils méritent sous ce double rapport ; après avoir assigné le triple caractère des articles de foi, conservés par la tradition (1), dom Mareschai montre leur constante uniformité sur tous les points qui tiennent essentiellement au dogme, à la morale et à la discipline,

Noël Alexandre, dominicain, a développé» avec beaucoup de clarté, les importantes vérités de la morale, par son Apologie de celle des Pères. Dom Cellier montre qu'ils ne sont que les fidèles interprètes de l'Evangile, où ils ont puisé les règles des mœurs qu'ils établissent si solidement.

La controverse a eu» de nos jours, une carrière malheureusement trop vaste à parcourir. Depuis que Constantin a fait monter la Religion sur le trône des Césars, les attaques qu'elle a soutenues n'avaient été successivement dirigées que contre quelques-uns de ses dogmes. Les hérétiques reconnaissant la divinité des Ecritures et Pinfailr libilité de l'Eglise, il suffisait, pour les réduire au silence, de justifier l'explication littérale des textes dont ils abusaient; ou bien la décision des conciles ramenait ceux qui s'égaraient de bonne foi. De toute part l'indignation s'était élevée contre les monstrueux systèmes de Vanini , de Spinosa et de quelques autres. Leurs idées, diversement fondues en une multitude d'ouvrages plus licencieux encore , et que les grâces de l'exécution rendent plus séduisants , ont été accueillies par notre siècle. Il a fallu renouveler les combats que les Pères avaient autrefois livrés aux païens; et nous voyons plusieurs religieux entrer dans

(I) C'est la fameuse régie donnée par Vincent de Lérins , qui cite ftam Mareschai : lorsqu'il s'élève quelque contestation touchant la Foi , . il faut s'en tenir à ce que tous ont toujours cru dans tous les lieux de la chrétieuté : * quod ubique, quod seraper, quod ab omnibus tracll* tum est, » a dit ce savant moine.

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cette lice honorable. Pour repousser les coups de l'in-r crédulité , les uns exposent simplement les titre* primé» tifs de la révélation; les autres prouvent que la raison est d'accord avec la foi.

Dom Laray établit, d'une manière victorieuse , la vérité de ta religion chrétienne ; dom Maran, la divinité de J. C; dom Toussaint, V autorité des miracle*/ le père Hayer , récollet, la spiritualité et Vimmortalitë de l'âme (1). Il fallait encore réfuter les erreurs de toute sorte, si audacieusement avancées par nos écrivains modernes, et leur opposer leur propre témoignage en faveur de la religion : employer ainsi à sa défense les armes destinée* contre elle, et donner aux hommes une importante leçon , en leur offrant le tableau des contradictions où sont tombés les plus grands génies • c'est ce qu'ont fait différents religieux. Nous nous contenterons de citer les pelviennes de Barruel , jésuite , le Traité de la religion de Mauduit , oratorien, insuffisance de la religion naturelle, par Griffet, les Pensées théologiques de dom Jamin, le Catéchisme philosophique de Feller, les ouvrages de Nonotte, de Grasset, de Lamarre, de Lefebvre et de plusieurs autres dont le détail nous conduirait trop loin. Si ces ouvrages ne sont pas tous également embellis par les ornements du style dont se parent leurs adversaires , on ne peut nier qu'ils ne brillent par la clarté des preuves, et qu'il n'y domine une force de raisonnement capable d'éclairer et d'entraîner tous les esprits qui ne cherchent que la vérité. Comme ils ont attaqué les incrédules, ils ont aussi défendu la foi contre les hérétiques. Les pères Lessius, d'Orléans,

(1) « Jusqu'ici , a dit M. Fréron en rendant compte de cet Ouvrage , lorsqu'on demandait quel était le meilleur livre sur l'immortalité de l'âme, on indiquait celui du docteur Sberlok , traduit de l'anglais en notre langue. Aujourd'hui , si vous vouliez lire l'ouvrage le plus philosophique^ le plus profond , le mieux détaillé, le plus complet, et le mieux écrit que nous ayons sur cette matière, je vous proposerais trois volumes in-1 9 % intitulés : la Spiritualité et l'Immortalité de l'Ame , par le P. Hayer, récollct. »

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Scheflinacher, Bougeant, Séédorff, Hardouin, Ribadaneira, et d'autres jésuites; De Ceillier, dans son Apologie de la morale des Pères; Le Quien, de l'ordre de Saint-Dominique, etc.*. ont établi solidement plusieurs des vérités contestées par les protestants ; les Pères Golonia , Bonnaud, Daubanton, Deschamps, Garnier, Lallemant, Barruel, ainsi qne dom Qervais , dom Lamy , dom Maran , bénédictins , Motkembourg , récollet, et Honoré de Sainte-Marie, capucin, ont écrit ayec succès contre les nouvelles erreurs ; leurs ouvrages sont assez connus pour qu'il ne soit pas nécessaire d'en tracer ici le catalogue.

J Nous ajouterons ici que quelques religieux ont beaucoup contribué à introduire, dans nos écoles, la dignité avec laquelle y est traitée maintenant la science de Dieu (1) : que loin d'avoir à craindre qu'elles s'en écartent, nous devons espérer que, l'antiquité étant pleinement approfondie, elles adopteront, autant que le permettront les circonstances, la méthode même qu'on suivait pour l'enseignement pendant les premiers siècles de l'Eglise. Quoi qu'il en soit, chaque Ordre a plusieurs, maisons d'études où se forment les jeunes profès. D'autres , choisis par leurs supérieurs , viennent , conformément à leurs règles, terminer leur cours en Sorbonne; et la plupart des universités dn royaume les voient ensuite occuper avec distinction les chaires qui leur sont affectées.

Par tous ces écrits, les réguliers ont vengé la Religion et affermi la foi , par d'autres , ils entretiennent la piété. Quelque dédain qu'ait conçu pour le genre ascétique une délicatesse excessive, on ne peut nier qu'il ne soit très utile au commun des fidèles. Instruits par l'expérience , les religieux ont traité divers sujets de dévotion et de morale , ont tracé la manière de passer chrétiennement différents temps de l'année, ont donné des conférences pour servira l'instruction du peuple. La plupart de ces ouvrages offrent

(1) Cest Melchior Garnis, dominicain , mort en 1560» qui a corn* mencé cet heureux changement. Son traité de Lorîs Theologicis est très estimé , soit pour l'importance des choses , soit pour l'élégance du style.

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à leurs lecteurs des réflexions sages , des maximes solides , des principes lumineux et des sentiments pleins d'onction ; et quelques-uns sont écrits avec netteté, élégance et pré* cision. On connaît les ouvrages des Baudran, des Berthier, des Crasset, des Croise t, des Galiffet, des Eudes , des Guil-» lori, des SaintrJure, des Marin , des Nepveu , des Nouet, des Surin, desTouron, desVaubert, des Avrillon, des Gonnelieur des Judde, etc.., qui, dans des communautés différentes , ont enseigné la même pratique et la mémo sainteté. C'est au même but que tendent une foule de ser* mons , de panégyriques , d'oraisons funèbres, composés par des religieux célèbres.

Outre ces savants auteurs et ces auteurs pieux, encore aujourd'hui les monastères fournissent à l'Eglise des anr teurs qui, par leurs recherches sur l'histoire, ont décote vert des monuments inconnus» et l'ont enrichie d'un travail nouveau, \20rien* chrittianu* , V Amérique chrétienne* et le Gallia chrUtiapa, sppt des mines abondantes pour l'histoire ecclésiastique,

Dans le premier, le Père Le Quien, dominicain, nous instruit de tout ce qui concerne les quatre patriarchats de Constantinople , d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, Remontant à l'origine de ces Eglises mères, suivant leur agrandissement, arrivant enfin à leur décadence , il fait connaître les divers états de la foi et des mœurs , la suite des patriarches, la manière de les élire et de les sacrer, les lois canoniques et impériales d'après lesquelles ils gou«« vernaient, les troubles qui agitant l'Eglise et l'Empire, ont causé des interrègnes, les privilèges accordés à ces grands sièges, leur autorité sur les vastes provinces de leur dépendance, et, autant que le permettent la perte et la confusion des monuments $ le nom de chacun des évéques de ces diocèses, et les actions qui ont illustré leur pontificat.

En lisant l'histoire du Père Touron , disciple aussi de saint Dominique, on voit, d'un côté, des peuples nombreux, humains, simples, pacifiques et dociles auxins- . truçtipps des ministres de l'Evangile ; de l'autre , une

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