‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 65 sur 87 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

nation chrétienne, en qui la soif de l'or étouffe le cri de l'humanité et de la Religion. Si les conquérants du nouveau monde n'avaient pas été presque tous des monstres, il leur était facile de l'unir à l'ancien par des alliances libres et avantageuses : entre deux hémisphères , se serait établie une correspondance plus solide et moins4 injuste. Sans égorger les américains ', on pouvait policer ceux qui n'étaient pas encore policés, et les éclairer tous J l'Europe n'y eût rien perdu, et ces peuples auraient reçu , avec soumission et reconnaissance la religion de leurs bienfaiteurs. C'est ce qu'il est impossible de ne pas croire, d'après l'heureuse révolution qu'opéra le zèle de quelques missionnaires aux Antilles, au Mexique, au Pérou, au Chili et au nouveau royaume de Grenade, malgré les attentats de toute espèce qu'y commettaient les Espagnols. Quoique révoltés de leurs mœurs atroces, les habitants de ces divers pays donnaient une confiance «ans réserve à ces hommes apostoliques qu'ils regardaient comme leurs pères ; et dans les fastes de l'Amérique, sont. écrits,, avec les caractères de l'amour, les noms de Las*Casas, de Julien Garces, d^An^ toine Yaldivieso , de» Jean Ramirez, de François de Saint* Michel > d'Alphonse de la Cerda , et de tant d'autres pieux religieux qui ont constamment protégé les Indiens. Jamais l'établissement du christianisme n'a conté moins de sang à l'Eglise; et jamais ses progrès n'ont été si rapides que chec ces hommes véritablement nés pour une religion fraternelle. Aussi vit-on se multiplier promptément parmi eux les monastères, les évéchés , : les chapitres , lés séminaires, les hôpitaux. On établit des écoles , où les naturels du. pays furent instruits des sciences ecclésiastiques (1) ; on tint des synodes etttes cotfciles ; et cette Eglise

(I) De ces écoles sortirent plusieurs Savants indiens. Les premiers dignes d'être nommés sont : dom François d'Avila , natif de Gusco , auteur d'un Traité de Morale sur tous les Evangiles de l'année, très utile pour l'instruction des nouveaux chrétiens ; dom Jean de Salazar , religieux de St-Jacques, premier professeur de Droit Canon dans l'université de Lima, qui a fait imprimer les Primicias del nuevo mundo ; dom Gultiôre Vêlas.

446 Dfi L'ÉTAT RBLlGlimt.

naissante invoqua bientôt des saints qu'elle aTait formés* Tel est l'objet de Y Amérique chrétienne. Si cet ouvrage $ fruit de la vieillesse de l'auteur, était écrit d'une manière {dus serrée , on sentirait mieux le prix des faits soigneusement recueillis, scrupuleusement vérifiés et disposés avec méthode et clarté* «

Le Gallia chrùtiana, modèle de Y Orient christianue* contient tout ce qu'offre de plus remarquable l'histoire ecclésiastique de France, suivant les anciennes limites des Gaules» situées entre la Méditerrannée , l'Océan , le Rhfn# les Pyrénées et les Alpes. La formation des archevêchés * évéehés,. abbayes et des autres Eglises considérables! est suivie du catalogue des prélats qui les ont gouvernées* Le temps où ils vivaient est assigné ; leur genre de vie , et les événements notables arrivés pendant leur prélature, sont rapportés. Ainsi , le lecteur se trouve environné d'une multitude d'évéques célèbres , ou par le martyre qu'ils ont souffert, ou par leurs miracles et par l'austérité de leur g£nitence, ou par leur doctrine et par leurs tra* vaux pour la défense de la foi , ou par la pourpre romaine dont ils ont été décorée, ou par lçs emplois qu'ils ont remplis, ou par leur descendance des maisons régnantes , puisque parmi eux on compte des fils et des frères de nos rois; tous enfin illustres, soit par la noblesse de leur sang, ou par celle de leur vertu* Ce grand nombre de pontifies forme comme un concile général et de tous les siècles de l'Eglise gallicane.

Cet ouvrage * conçu, par Claude Robert, chanoine de Langres, qui, en 1696, donna un volume in- folio , &uç* mente par Messieurs de Sainte-Marthe, qui en publièrent quatre en 1656, n'est devenu ce qu'il doit être que de nos

quez » qui a compoié deux volumes sur la Puissance des vice-rois, et sur !a Manière de poiicer les Indiens j dom François Ugarte dllermosa , qui a traité des Principes du gouvernement spirituel et politique , et donné les moyens de mettre ces principes en pratique dans les Indes» Les lecteurs <to l'Amérique chrétienne remarqueront sans doute Jean de Castille, Jean de Loreuzana , et plusieurs autre» qu'il serait trop long de citer.

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