‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 70 sur 87 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

chisent, Us confessent dans les paroisses, procurent à tous leurs habitants les moyens d'assister aux saints mystères , et remplacent les pasteurs en leur absence, quelquefois indispensable 9 et pendant leur maladie. Enfin, du sein des cloîtres sont tirés les aumôniers des vaisseaux et des régiments; et si quelques-uns abusent d'une liberté à laquelle ils n'étaient pas accoutumés , il est aisé de remédier à ce scandale , en faisant ce choix avec plus de soin , et en n'envoyant que ceux dont la vertu, longtemps exercée, peut se conserver hors de la retraite.

Voilà ]ies titres d'après lesquels nous croyons que les Ordres monastiques peuvent, même aujourd'hui, prétendre à la reconnaissance et à la protection de l'Eglise. H nous eût été facile de les multiplier et de les étendre ; mais, quoique exposés succinctement, nous les offrons à tous ceux qui tiennent à la Religion, ecclésiastiques ou séculiers, avec l'entière confiance qu'ils les trouveront assez puissants pour ne pas nous accuser d'une indulgence molle ou aveugle, et pour s'intéresser sincèrement à la conservation de l'état religieux. Ceux qui lui sont défavorables, parce qu'ils regardent les réguliers comme inutiles à l'Etat, seront détrompés, nous l'espérons, par la seconde partie de ce chapitre.

On ignore trop communément parmi nous , la part qu'ont les corps religieux à la culture des sciences humaines : ils forment la classe la plus nombreuse de la république des lettres ; ils s'appliquent à y défricher de$ terrains qui, sans eux, resteraient toujours incultes; et dans tous leurs travaux , ils se proposent un but d'utilité plus ou moins marqué. C'est après le développement de ce fait littéraire , qu'on jugera le premier genre de services qu'ils rendent à la société.

458 PB L'ÉTAT fUELlGlBUX,

ft. Y.

|*t religieux travaillant aux différente? parti** de

noire histoire*

Une des connaissances les plus importantes h un peuple, c'est sans contredit celle de sa propre histoire. L'histoire de notre nation , qui ne laisse rien a désirer , est encore à Étire ; et il parait que les religieux ont conçu le projet de nous la donner. Pour y parvenir, ils en rapprochent et en éclairassent toutes les parties. Dom Martin et dom Brezil* lac semblent en avoir préparé l'introduction » en traitant V histoire des Gaules et des conquêtes des Gaulois, dé* puis leur origine jusqu'à la formation de la monarchie française* D'abord ils attaquent les préjugés répandus contre la nation gauloise par les historiens grecs et latins , et adoptés par les modernes ; ils expliquent en-* suite tout ce qu'on peut savoir touchant son gouvernement, ses lois, ses moeurs , ses coutumes, sa langue, les eara©-* tëres dont elle se servait et sa manière de combattre. Ils ont recueilli un grand nombre de ses monuments que le temps a respectés 9 temples, cirques , amphithéâtre») ponts, sépulcres, médailles, etc.; ils se plaignent du silence qu'elle gardait sur tous ses exploits. Enfin , suivant se? colonies dans l'Italie, la Grècç , l'Asie, l'ÏHyrie, jusqae dans la Judée , l'Egypte et la Parthie , ils représentent nos ancêtres comme vainqueurs de l'Europe et de PAsie, comme dispensateurs des couronnes , et Fappui des royau» mes et des républiques; et lors même qu'ils sont vaincus, ils paraissent avec un éclat dont nous ne sommes pas accoutumés de les voir environnés. Si, séduits par leur sujet, ces auteurs imaginent quelquefois, au lieu d'être cons* tamment fidèles à observer et à raconter, personne au moins jusqu'à eux, n'avait si bien éclaire! les antiquités gauloises. Le second volume est précédé d'un dictionnaire géographique et topographique , qui présente les établissements des gaulois dans nos Gaules, et dans les différentes

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partie? de l'Europe et de l'Asie. D'un simple coup d'oil , on voit combien notre histoire peut s'eorjcbir de pes savantes recherches , et combien «lies scwtf prppres i non* faire connaître ce que nous tenons de nos pères , et l#s divers avantages que nous on} procuras Je cpurs des $tèçlçs et le changement d'opinions.

Pour le corps de l'histoire 9 ses différente? parties seront formées par le travail des autres bénédictins, occupés au recueil des historiens de France, à son histoire littéraire , et à l'histoire de ses provinces.

C'est à la persuasion du grand d'Aguesseau , que dom Çouquet entreprit de rassembler tout ce qu'ont éprit sur notre nation , les enjeur* grec* , latin* , gaulois , francs, etc. Pepuis l'origine des Celtes et des Gaulois, jusque bien avant dans les temps postérieurs^ lui et ses successeurs offrent tout ce qui est iip portant, sous chaque règne, louchant le drp^t public, féodal et ecclésiastique du royaume, et touchant les coutumes, Les mœurs, les préjugés, les arts et Je$ sciences. Testaments des rois» des reines , des grands, apanage des prjnces , traités de paix et de guerre, loi salique et autres, monuments anciens, actes divers"; en un mot, tout ce qui peut servir à une histoire générale * a été aussi soigneusement que judicieusement recueilli. Chaque volume est accompagné d'une préface , d'une table et de notes critiques pour débrouiller et juger tous les textes; et des cartes géographiques représentent l'étendue, des Plat* possédés par chaque race. Malgré les fautes qui s'y sont glissées , il faut avouer , avec M* Fréret, « que cet ouvrage a été conduit par de très habiles gens. »

Puisque l'histoire ne doit pas se. borner au simple récit des combats, défaut trop ordinaire de nos historiens de France, n'est-ce pas travailler utilement pour elle, que de constater l'état des sciences dans les différents 4ges de notre monarchie P Tel a été l'objet de l'histoire littéraire de la France. Au commencement de chaque siècle , sont placés des discours qui assignent leur période de splendeur et le terme de leur décadence. On y trouve réunis jusqu'au

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douzième , tous les auteurs français; des analyses et des jugements de leurs œuvres, et, pour ne rien omettre, des notices des éditions qui en ont été faites. On y donne en outre la vie de ceux qui méritent d'être connus, avec la liste des livres qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous. Cet ouvrage d'une profonde érudition, au jugement des auteurs de l'Encyclopédie, est mis à côté des mémoires du. savant Tillemont, pour l'exactitude des citations. Quoique le style en soit traînant et incorrect, il n'en offre pas moins le vaste et fidèle tableau des connaissances de nos pères, et fournit par conséquent à notre histoire une de ses parties les plus nécessaires et les plus intéressantes.

On les possédera toutes rassemblées, et l'historien de la nation pourra les employer, quand les histoires particulières des provinces seront finies. Depuis plusieurs années, les bénédictins, pour l'exécution de. cette entreprise, se transportent sur les lieux, fouillent tous les dépôts, interrogent tous les monuments : d'après ce qu'ils ont publié, nous savons ce que nous devons attendre. Ainsi dom Taillandier a mis la dernière main à l'histoire de Bretagne; et c'est surtout aux auteurs de celle-ci qu'il faut appliquer les éloges donnés, dans les mémoires de Trévoux, à celle de dom Lobineau, puisqu'ils ont augmenté et perfectionné son travail. « On ne saurait leur refuser la gloire que méritent des critiques justes et délicats , qui , fidèles à n'aller pas plus loin que leurs preuves, n'imposent jamais au lecteur par un air de confiance; qui préfèrent une sage incertitude à des conjectures hardies ; qui proposent avec netteté les raisons de se déterminer, mais qui ne cachent pas les raisons de douter. On ne leur refusera pas non plus la gloire d'avoir le style net, ferme et coulant, sans affectation et sans rudesse.» Pour compléter l'histoire de cette province, dom Pelletier a fait un dictionnaire de la langue bretonne, où il montre son affinité avec les langues anciennes ; dom Taillandier , qui en est éditeur , traite, dans une préface savante, de l'origine et de la décadence de la langue celtique.

C'est dom Plancher qui , le premier , entreprit celle dç

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