‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 73 sur 87 · VI · texte numérisé non relu

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Monuments de notre Droit public.

La connaissance des titres de l'histoire conduisait à la connaissance des titres de la législation. Quoique distinctes, ces deux sciences sont inséparablement liées; et sonvent ce n'est que par les faits historiques qu'on parvient à expliquer le droit public d'une nation. Quelque essentielle qu'en soit l'étude , depuis la renaissance des lettres elle avait été peu cultivée. Les bénédictins s'y consacrèrent : dom Mabillon la tira de l'obscurité, et fraya le premier des routes sûres pour prévenir les écarts (1). Dom Tassin est

(1) La Diplomatique de dom Mabillon est le premier ouvrage lumineux sur cette matière. Il fut complet par le Supplément qu'il y ajouta en 1704, en réponse à toutes les objections qui lui avaient été Élites. La meilleure édition est celle qu'en donna, en 1709, deux ans après la mort de l'auteur, dom Ruinart, qni l'augmenta de nouveaux titres.

tom. n. 30

466 DB l'état religieux.

retenti sur le même Sujet : dans son nouveau traité de Dtpfôttfatfrfiie, il enseigne Tait de juger sainement des anciens* diplôme* » en fait Connaître la nature, l'usage et le prit ; les* fondements de Part examinés , les règles pour disôernef le vrai du faux établies, l'auteur expose historiquement lés caractères des bulles et des diplômes publiés en chaque siècle, avec des éclaircissements sur un nombre considérable de points d'histoire , de chronologie , de littérature , de critique et de discipline ; il réfute diverses accusations intentées contre beaucoup d'archives fameuses, et surtout contre celles des anciennes Eglises y il facilite la lecture, et montre la vérité de toutes les écritures dont od s'est Servi dans les manuscrits et les diplômes depuis le quatrième siècle jusqu'au seizième , et elles sont représentée* dans trente-huit planches. Ce traité de paléo- ' graphie comme de diplomatique, est suivi d'un autre sur les sceaux et les contre~scels, qui est complet, et manquait à notre littérature : le styl< , l'orthographe , les formules des diplômes et autres actes , le temps où ils ont parlé la langue vulgaire, y sont éclaircis avec netteté et précision* Lors de sa publication , cet ouvrage fut jugé favorablement parles savants français, italiens et de Leipsick. En simplifiant les principes, expliquant chaque mot, indiquant les sources, et donnant à tous les articles importants un juste degré de développement » également éloigné de l'extrême concision et de l'extrême prolixité , dom de Vienne a rendu cette science accessible à tout le monde : son Dictionnaire raisonné est un livre classique pour les commençants, et économise le temps des hommes instruits. Les règles que les uns ont posées, les autres les ont suivies. Notre histoire*est informe, nous le répétons ; et noire ancienne législation , peu connue. On pouvait néanmoins en trouver les monuments dans les archives de nos rois et dans les dépôts de nos monastères; mais il fallait les y chercher, les juger, les choisir, les employer. Les bénédictins (i)

(1) Dama Luc d'Acheri , Mabilton , Marténe , elc. ; Ducange et Baluze. Le Glossaire dogné par Dacnogc, en 3 totunes in-folio, a été augmenté

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et quelques antres savants isolés avaient commencé k àè+ brouiller le chaos immense et ténébreux de notre antiquité. Le Gallia Christiana, l'histoire de plusieurs de nos provinces, les plus doctes traités de diplomatique , el d'autres précieuses collections, fruits de leurs travaux, nous ont fait jouir de richesses que nous possédions sans le savoir. Extraire de ces ouvrages ce qui appartient à notre histoire et à notre droit public; prendre des doubles exacts d'une prodigieuse quantité! de monuments que d'autres avaient dans leur porte-feuille ; diriger vers ces deux objets les) veilles des nombreux littérateurs qui sont parmi eux ; leur associer une foule de collègues de tous les états, animés du zèle du bien public ; leur indiquer à tous une marche commune ; leur fournir les instruments dont ils ont besoin ; donner à cette multitude d'ouvriers un eentre d'activité , des encouragements d'honneur , des motifs d'émulation ; établir un magasin où ils puissent tous déposer le produit de leurs recherches, les y trouver, et s'en faire même rendre compte, voilà peut-être l'unique méthode que l'on doive suivre aujourd'hui, pour profiter des découvertes déjà faites, pour en faciliter de nouvelles, et pour assurera la France l'inestimable avantage de pouvoir rassembler tons les matériaux de son histoire, et de connaître enfin les principes de son ancienne législation. Ce plan, agréé et protégé par le gouvernement , est précisément celui dont l'exécution a été confiée à des hommes capables d'en assurer le succès. Déjà trente mille copies de pièces inconnues pour la plupart à nos historiographes , et environ sept mille notices d'autres qu'on n'a pas trouvées encore, attestent la fë» condité des mines , quoiqu'on n'en ait exploité qu'un petit nombre. Quand toutes ççs archives seront reconnues, quand tous les trésors qu'elles recèlent en seront retirés, la France aussi aura son Rymer, mais plus correct et plus parfait que le Rymer dont se glorifie l'Angleterre : elle le devra

jusqu'à 10 volâmes , par différents bénédictins , en y comprenant le Supplément de dom Carpentier , à qui nous devons aussi FAÎphabetum Tironianum.

principalement aux soins des bénédictins» puisqu'entre les vingt-trois membres de la société qui s'en occupe , soit à Paris, soit dans les provinces, on compte dix-sept de ces religieux qui actuellement y travaillent, et six qui pendant leur vie l'ont enrichi : puisqu'ils ont été envoyés en grand nombre en différents districts , pour en découvrir tous les chartriers et pour les dépouiller; puisque c'est à eux surtout que l'on distribue les Chartres , afin de les examiner sous toutes leurs faces et d'en faire leur rapport à l'assemblée , qui se tient régulièrement tous les quinze jours en présence du ministre des lois; puisqu'enfin leur travail supplée à la modicité des fonds destinés à cette immense entreprise (1). Outre ceux qui se sont consacrés à l'étude de notre antiquité nationale, plusieurs autres ont embrassé l'antiquité en général. De ce nombre est dom de Montfaucon, l'un des hommes les plus érudits , et peut-être l'écrivain le plus abondant de notre siècle. Dans sa Dissertation sur la vérité de V histoire de Judith* première production qui l'annonça d'une manière si avantageuse au monde savant, il répandit de doctes éclaircissements sur l'empire des Mèdes et des Assyriens, et discuta, d'après les règles de la critique, l'histoire de ce dernier qu'on attribuait à Hérodote. Par ses Ânalectes grecques f son Recueil d'anciens écrivains grecs , sa Paléographie grecque , où , donnant des exemples des différentes écritures employées en divers temps, il exécute pour le grec ce que Mabillon a fait pour le latin

(i) Ils ne montent qu'à dix mille livres* « Je ne puis me dispenser d'ajouter que ce qui , en employant des savants isolés on répandus dans le monde, nous eût coûté mille écus par an , ne nous coûtait pas cinq cents

livres avec la congrégation de Saint-Maur Elle assigne une somme sur

ses propres revenus pour les frais et les encouragements des travaux littéraires, dont elle est sans cesse occupée , et ne demande au roi que les déboursés que coûtent les copies. » Tout ce que nous venons de dire de cet établissement national , et de la manière dont y concourent nos bénédictins , est tiré du Plan des travaux littéraires ordonnés par Sa Majesté , pour la recherche, la collection et l'emploi des monuments de l'Histoire et du Droit public de ta Monarchie française.

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