‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 75 sur 87 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

Les religieux littérateurs.

Séquestrés par état du monde, dont le commerce est nécessaire jusqu'à un certain point pour former l'esprit et le goût, et voués à la gravité et à l'austérité des mœurs, les ré* guliers n'ont pas dû s'adonner à cette littérature légère dont nous sommes si avides aujourd'hui. Mais, en écrivant sur les belles-lettres et les beaux-arts , ils ont préféré Tins* truction et l'utilité des lecteurs à leur amusement. C'est dans cette vue que plusieurs d'entre eux ont publié des livres classiques, et ont traité de l'éducation; qu'ils ont donné des traductions élégantes et fidèles de bons ouvrages latins et italiens, et qu'ils en ont composé d'autres sur la peinture , la sculpture et la gravure. Tout le monde consulte les mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres dans la république des lettres, du P. Niceron , barnabite : malgré tous ses défauts, cet ouvrage suppose des recherches et des connaissances étendues en bibliographie et en littérature ; et tout le monde doit se procurer le nouveau Dictionnaire historique de dom Chaudon, comme le meilleur en ce genre, et qui, par la suite des temps, peut devenir encore plus exact et plus utile (1). On sait que le P. Mercier, ancien bi* bliothécaire de Sainte-Geneviève, mérite d'être compté parmi nos plus habiles bibliographes.

Cette classe de savants, nombreuse dans le corps monas? tique, rappelle un autre genre de service qu'ils rendent à la république des lettres; c'est la conservation des plus vastes

(1) On a fait depuis plusieurs éditions de cet ouvrage, qui n'est pas sans mérite , mais quia'été défiguré par des additions trop empreintes de l'esprit philosophique. Les dernières éditions , surtout , ne méritent aucune confiance.

A 7 4 m l'état belkhbux.

dépôt* de livre». Il n'est presque pas de maisons religieuse;» qui n'ait une bibliothèque plus ou moins considérable, et composée des meilleurs ouvrages de chaque science et de saine littérature. Quand de riches amateurs forment des collections précieuses, rarement ce goût qui les honore tourne-t-il au profit du public; plus rarement encore, se communique-t-il à leurs descendants : inaliénables, et partageant, pour ainsi dire, l'éternité de leurs propriétaires , les richesses littéraires acquises par les religieux, ne peu-* vent que recevoir de nouveaux accroissements; et pour en jouir, il ne faut que le vouloir» Les petites villes de province ifont presque que cette ressource; dans les grandes, dans cette capitale même, les gens de lettres savent que c'est un des avantages le plus propre à faciliter leurs travaux (1).

Tour donner une juste idée du nombre des écrivains relit gîeux et de leurs ouvrages, nous aurions pu extraire les bj* hliothêques et les annales des divers ordres monastiques ; cette analyse, quelque concise qu'elle fût, aurait outrepassé les bornes que nous nous sommes prescrites. Nous nous contentons d'y renvoyer ; et, nous osons dire que le monde savant y trouvera toujours une multitude d'hommes qui l'ont éclaire. Nous ne pouvons du moins passer sous sHence les noms des Jouvency, des Porée, des Rapin, des Tanière, des Ducérceau, des Lejay, et de tant d'autres savants distingués par leurs talents dans l'éloquence et dans la poésie.

"Enfin, les palmes de nos différentes académies ont été souvent décernées à des religieux de différents ordres, le T. Mongès, gënovéfain , a reçu la dernière qu'a distribuée Tacadémîe des Belles-Lettres de Paris. Nous ne citerons que cet exemple, parce qu'il en faudrait trop citer; et nous terminerons ce simple exposé, par une observation dont on ne

l(l) On ne citerait peutétre Jpas une seule de ces superbes bibliothèques, transmise à la troisième génération de son auteur ; elles sont presque aussitôt détruites que formées, et les monuments les plus rares passent souvent chez l'étranger. J/aiîIeurs , les réguliers , tels que les génchr véfains , ouvrent au public leur bibliothèque sans y être obligés \ H rentrée des autre» est érralement aisée.

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saurait contester la vérité. En France, il n'«st aucune de ces soeiétés littéraires qui, pendant l'espace de temps que noua venons de parcourir, n'ait admis , ou ne compta actuelle*, ment parmi ses membres quelques] religieux. Nul d'entre eux n'y a été reçu sans titres; et la plupart de ces titres 9 nous ne les avons pas même désignés.

Qu'on prononce maintenant : les cloîtres ne sont-ils que l'asile de l'ignorance et de l'oisiveté ? Ne doit-on pas plutôt les regarder comme des pépinières d'hommes instruits 9 dont il est possible d'accroître le nombre, et dont on peut aisément diriger les travaux vers des objets de la .plus grande utilité? S'il est beau d'éclairer les hommes , il est encore plus beau d'adoucir et de soulager leurs peines. Les religieux remplissent cet honorable emploi ; et , après les avoir réprésentés dans le silence et le recueillement du cabinet, nous allons les montrer dans Faction, et occupés & rendre les services les plus touchants à l'humanité.

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