CHAPITRE CINQUIÈME
aussi des mains des religieuses, que reçoivent la nourriture* : l'entretien et l'éducation , d'autres enfants que l'indigence chasse des foyers domestiques. On peut espérer qu'au sortir de ces maisons, les uns et les autres deviendront d'utiles • citoyens, et de bonnes mères de famille.
Dès l'origine de la profession religieuse, les moines desservirent lès hôpitaux. Saint Basile fit construire à Césarée un monastère et un vaste logement pour les pauvres, adossés l'un à l'autre , afin que le service fût plus facile. Parle testament de Vandemir, de l'année 691 , on apprend qu'à l'Hôtel-Dieu de Paris les malades étaient assistés par des religieuses , dont la supérieure avait le titre d'abbesse. Suivant le concile d'Aix-la-Chapelle, il y aura , en chaque monastère de chanoines et de chanoinesses , un hôpital pour tous les pauvres passants malades, et invalides : vinrent ensuite les ordres hospitaliers; en un mot, telle a été la praJ tique constante de l'Orient et de l'Occident : elle s'est maintenue jusqu'à nos jours , et actuellement même , presque tous les hospices de charité, anciens et nouveaux, sont commis à des corps monastiques. Ainsi, l'on voit traiter les différentes maladies qui travaillent l'humanité, chez les disciples de Jean-de-Dieu (1), et chez des religieuses de diverses observances. Plusieurs d'entre elles soignent ceux que la perte de la raison réduit à l'état le plus triste , et ceux qui attendent la mort comme un bienfait , puisque toute espérance de guérison leur est interdite : d'autres se dévouent à panser les plaies et les blessures des pauvres. Quel est l'homme qui , après avoir été témoin de l'ordre qui règne dans les maisons des frères de la charité , ne désire qu'ils puissent {se multiplier assez pour se charger du plus grand nombre de nos hôpitaux , même des hôpitaux militaires P Qu'on calcule tous ceux de ce royaume qu'administrent les moines et lès religieuses; comptons les malheureux qu'an-
(1) Il n'est pas rare de trouver parmi les religieux [de très habiles gens , soit par leurs connaissances en chirurgie et en médecine , soit par leur légèreté dans les opérations. Tels sont les PP. Calixte et Potentien, et le célèbre frère Corne.
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nnellement ils soulagent/ et bénissons à jamais et les pieu* fondateurs et leurs généreux agents.
D'autres religieux ont été établis pour une autre classe d'infortunés, pour ceux qui, s'exposant aux périls de la na* vigation , sont pris par les corsaires musulmans. « Cette congrégation héroïque, car ce nom , dit M. de Voltaire , convient aux Pères delà rédemption des captifs et de Notre* Dame de la Merci , se consacre , depuis six cents ans , à briser les chaînes des chrétiens chez les Maures. Ces religieux emploient à payer la rançon des esclaves, leurs revenus et les aumône» qu'ils recueillent, et qu'ils portent eux-mêmes en Afrique. » Le dernier rachat, fait en 1767, à Saffîe, dans le royaume de Maroc, leur a coûté un million : avec cette somme, à laquelle contribuèrent le roi et le clergé, ils rendirent environ deux cents citoyens à la France.
Une autre espèce d'esclavage qui dégrade la nature humaine, c'est celui où conduit l'incontinence : par elle ordinairement commence l'altération des mœurs publiques. Afin d'en prévenir et d'en arrêter les funestes effets, des hommes zélés et des femmes pieuses ont formé divers établissements parmi nous, te quinzième siècle vit naître l'ordre des filles pénitentes, ou magdelonettes, qui reconnaissent pour fondateur le Père Tisseran , cordelier, et pour bienfaiteur, Louis XII. Sous Louis XIV, M.111** de Pollalion,de Miramion, et Gombé préparèrent des asiles , soit aux jeunes personnes de leur sexe, dontla beauté et la misère exposent l'innocence, soit h celles qui» touchées de leurs désordres, veulent les expier. De là nous sont venues les maisons de l'ordre de la Providence, de Sainte-Pélagie, du Refuge, du Bon Pasteur, et autres semblables* Dans ces dernières , de solides instructions et à^s pénitences tempérées par la douceur, ramènent à la sagesse ; et il est rare que ce retour se démente. Au commencement, les filles publiques y étaient renfermées de force, et les suites justifièrent cette violence. C'est aux magistrats chargés de la police de nos villes, à chercher tous les moyens de les purger du libertinage» eux qui ne peuvent ignorer combien il produit de crimes.
Dès que les malheureuses victimes de la justice sont déte-
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nues dans les prisons, les sœurs de la charité leur administrent tous les secours temporels (1); et en province, les religieux s'efforcent, en les rappelant aux sentiments de la religion, de les soustraire à des supplices plus longs et plus terribles que ceux auxquels les condamneront les lois humaines. Les forçats avaient des droits sur le cœur compatissant de saint Vincent de Paul; il fut touché de l'état horrible ou ils étaient réduits : par ses soins , des scélérats dont la bouche n'exhalait que des imprécations, se familiarisèrent avec la vertu. Il parvint à leur faire bâtir un hôpital à Marseille ; et, en divers endroits, ses filles sont appliquées à les servir.
Les religieux et les religieuses rendent a la jeunesse des services non moins pénibles , mais plus consolants. Nous l'avons déjà dit, presque tous les monastères autrefois étaient des écoles nationales. A un petit nombre près, ceux qu'habitent les filles sont ouverts aux personnes de leur sexe; pauvre ou riche, noble ou roturière, la moitié de notre jeunesse est élevée par des ursulines, des visitandînes, des augustines, des dominicaines, etc. En France, elle n'a point d'autres institutrices; et quand on remonte â l'origine de la plupart de leurs maisons, on découvre que la nécessité de pourvoir au défaut total d'instruction » on de remédier à la licence des maîtres à qui elle était confiée, leur a donné naissance. Si cette éducation n'est pas, ches les religieuses» aussi complette qu'on le désire, comment en seraient-elles responsables? nous n'avons pas encore, sur cet important objet, un plan universellement approuvé, et qu'il soit possible de mettre en exécution. Appliquons ces observations aux religieux.
Ils sont chargés du plus grand nombre de nos collèges. Les bénédictins de la congrégation de Saint-Maur président à la plupart des écoles royales militaires nouvellement fon-
(1) A Paris y ce sont des docteurs de Sorbonne qui accompagnent les criminel» à L'échaiaud. Les religieux» surtout les récollets et les capucins, y confessent les prisonniers dont la détention est longue. On sait assez combien les capucins se rendent utiles lors des incendi s ; trop souvent ils sont victimes de leur zèle héroïque.
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dées. Ceux de Cluny et de Saint-Vannes, les cordeliers, les barnabites remplissent les mêmes fonctions en différentes villes du royaume. Les dominicains, dans leur seule province de Toulouse , occupent trente-deux chaires ou maisons d'éducation ; à Paris et ailleurs, les jésuites avant leur destruction luttaient avec avantage contre les plus brillantes universités : ainsi » d'un bout de la France à l'autre , l'on voit les religieux et les religieuses utilement employés auprès de la jeunesse. Qui pourrait dire le bien opéré dans les classes populaires par ces frères des écoles chrétiennes, qui impriment dans les cœurs de l'enfance des sentiments de foi que les passions peuvent bien affaiblir, mais presque jamais éteindre ? Si la religion est la base de toute bonne éducation , et si les connaissances qu'il faut donner aux entants, quoique plus approfondies et mieux déterminées qu'autrefois , exigent néanmoins qu'on s'y livre entièrement, quels hommes peuvent être plus propres à remplir cet emploi , que ceux qui, par état, sont dévoués à la vertu et à l'étude P Pourquoi ne pas étendre ce genre d'avantages que procurent les corps monastiques ?
Comme l'enfance, la vieillesse expose à de grands besoins, et soumet aux entraves de la dépendance : triste même pour les classes riches, elle est affreuse pour les indigents. En vain la religion et l'humanité sollicitent en leur faveur ; les asiles qu'on a ouverts aux vieillards pauvres , ne sauraient les contenir. Puissent des âmes vertueuses et sensibles être touchées de leur misère , et tellement pourvoir à leur sort, qu'après avoir travaillé toute leur vie, et donné peut-être une multitude d'enfants à leur pays, ils n'aient plus qu'à mourir paisiblement , sans regretter d'avoir trop vécu 1 Le petit nombre de maisons qui leur servent de retraite, sont administrées par des religieux ou des religieuses, surtout par des sœurs grises. Aux Invalides on en compte quarante; il y en a vingt aux Incurables, et plus de quatrevingts dans les principales paroisses de Paris. Nos provinces doivent s'applaudir de leur avoir procuré des établissements et confié leurs hôpitaux. Cette congrégation , et les autres instituts consacrés au soulagement des pauvres, mé«
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ritent l'hommage que leur a rendu M. de Voltaire (1). a Peut? être, dit cet auteur* n'est-il rien de plus grand sur la terre, que le sacrifice que fait un sexe délicat de la beauté et de la jeunesse* souvent de la haute naissance, pour soulager dans les hôpitaux ce ramas de toutes les misères humaines, dont la vue est à humiliante pour l'orgueil humain, et si révoltante pour notre délicatesse* Les peuples séparés de la communion romaine n'ont imité qu'imparfaitement une charité si généreuse. »
Tout ce qu'on Tient de lire n'est que le commentaire , justifié par des faits, du témoignage consigné dans l'édit de 1768. « Nous avons la satisfaction , y est-il dit, de voir un nombre considérable de religieux offrir le spectacle édifiant d'une vie régulière et laborieuse.*... Ils ne cessent de rendre à la société les services les plus importants, par l'exemple de leurs vertus, par la ferveur de leurs prières, par les travaux du ministère, auxquels l'Eglise le* a associés; » ajoutons • par la culture des science* et par tous les secours qu'ils donnent à l'humanité.
. (t) £ini sur ki M<Min et rc^prit danatiom, tom,8.