‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 79 sur 87 · L* Origine des biem des religieux · texte numérisé non relu

L* Origine des biem des religieux

Par la sainteté de leur vie et par leur zèle contre les ennemis de la foi, les premiers moines ayant excité l'admiration de l'Orient , l'état religieux s'étendit bientôt par toute la chrétienté* Les évéques fixèrent auprès d'eux ce* nouveaux athlètes de la religion* et se firent de leurs vertus et de leurs lumières un double rempart contre Fhérésie et la corruption des mœurs. Comme ils vivaient dans la retraite et loin des affaires séculières, il fallut pourvoir à leur subsistance.

Les monastères reconnaissent trois sortes de fondateurs , Tes évéques , les rois , et les grands»

Puisque les canons (1} défendent d'en bâtir aucun sans le consentement des évéques , et qu'ils les constituent juges de Futilité de ces établissements, on peut dire: en général qu'ils ont eu part à la fondation de tous les monastères. Un grand nombre y concourut d'une manière plus directe, en les dotant des biens de fenr^Eglise. Lçs conciles le feùr pe* mettaient en termes exprès , et presque toutes les anciennes abbayes sont de fondation épiscopale. Il nous suffira d'attester ici celles du célèbre patriarche d'Alexandrie, de Martin de Bragaes, de saint Eloi et de ses successeurs ; celles enfin de saint Ouën , pèrt de ceWameuses abbayes qtte l'on rencontre dans le diocèse de Rouen, « Ces évéques* pensaient, dit le P. Thomassin (*), après Ives de Chartres, que les biens des pauvres ne pouvaient être trop libéralement distribués à ceux qui s'étaient dévoués à la pauvreté évangéTiqtie. » Nous ajouterons qu'associés de bonne heure aux

d> PUcrfl «lion qvidtm usqaam aedificare aut cosstruere mooasterimai val Oraterô damum» fneter couaneotiam civitatff eptaopf. Cbnc. CfasJc. M*

(î) Aactaine et J^uffeUeDiicip* , part. 1. Liv. 1. ch« 16.

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travaux du ministère, ils avaient un droit légitime au patrimoine du clergé. Cette libéralité envers les religieux alla même si loin, que le neuvième concile de Tolède fut obligé d'y mettre un frein, en défendant aux Evéques de donner aux monastères plus de la cinquantième partie des biens de leurévéché.

Instruits par les évoques des avantages que l'Ëglise pouvait retirer de ces pieuses colonies ; pensant d'ailleurs que c*était travailler au bonheur de leurs sujets que d'étendre une classe d'hommes consacrés à la pratique de toutes les vertus , les souverains en favorisèrent à Venvi l'établissement dans les différentes parties de leurs Etats. Dès le temps de Charlemagne, on distinguait déjà les abbayes royales des abbayes épiscopales. Qui ne sait combien ce grand homme s'occupa des monastères ? dix-sept furent construits ou rétablis par Louis le Débonnaire ; et depuis Clovis , il n'est pas un de nos rois qui n'ait été le fondateur, ou le bienfait teur de quelques maisons religieuses.

• De toute part les grands se firent un honneur d'imiter leurs chefs et de les égale/ en magnificence. Pour apprécier leurs bienfaits, il faut se transporter au temps qui les vit naître : Panarchie féodale versait albrs sur l'Europe tous les maux qu'elle entente ; c'était un état de guerre habituel , où tout devenait la proie de la force et de la violence : le respect pour la religion ne pouvait même défendre les biens de ses ministres; on usurpait les dîmes, et jusques aux sanctuaires des églises. Or, il arrivait quelquefois que les ravisseurs, pressés par le cri de leur conscience, ou intimidés sm; la fin de leur carrière.par la crainte de l'avenir, cherchaient à réparer et leurs propres excès et ceux de leurs père* ,

Sans doute il eût été plus simple et plus juste de rendre les biens usurpés à leurs véritables propriétaires; mais souvent ils étaient inconnus. D'un autre côté, les ecclésiastiques, en négligeant leurs deyoirs, avaient perdu la confiance des peuples : les religieux, au contraire, tes édifiant et s'occupant avec zèle des fonctions du ministère, semblaient s'offrir naturellement A leur reconnaissance. Voilà pourquoi tant' de

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monastères ont été dotés de ces amples restitutions : peutêtre aussi, les ducs et les comtes, étaient-ils poussés par la gloire d'être fondateurs*

S'ils leur donnaient de leur propre patrimoine, leur libéralité ne diminuait presque pas leurs revenus : ces bienfaiteurs possédaient des terres immenses , souvent même des provinces entières, dont une grande partie, stérile et desserte, n'étaient pour eux d'aucune utHité réelle, a Les-Français, dit un de nos historiens, fondèrent les grandes abbayes sans qu'il leur en coûtât beaucoup. On cédait à des moines autant de terres incultes qu'ils pouvaient en mettre en valeur; ces troupes pénitentes, nes'étant pas données à Dieu pour mener une vie oisive, travaillaient de toutes leurs forces à dessécher, & défricher, à bâtir, a planter (1). » «.Onleur donnait volontiers, ajoute Fra-Paolo Sarpi, malgré sa malignité, parce que, ces biens étaient employés à nourrir et faire instruire des enfants, et à des œuvres de miseV jiçorde et de pénitence (*). »

La fondation des monastères, nous le savons, est regardée comme le luxe de ces temps. Que. ce luxe. différait de celui qui règne aujourdhui ! il consistait à doter la vertu. -

Depuis huit ou neuf siècles, le nom de chaque fondateur retentit dans le temple qu'il a élevé;- et tous les jours df pieux cénobite? s'efforcent par des vœux ardents d'attirer sur sa postérité les bénédictions célestes. Ce tribut de prières n'est pas le seul prix de ses bienfaits : si sa famille tombe dans l'indigence, le monastère lui doit des secours proportionnés à ce qu'il* en a reçu et à la qualité du patron (3). Ordinairement la collation du bénéfice lui appartient, et ce droit lui rend souvent beaucoup plus qu'il ne lui en a coûté pour l'acquérir, en sorte que les donateurs semblent n'avoir fait que des échanges utiles avec les relir gieux.

(1) Le Gendre, Histoire de France, pag. 4.

(2) Traité des Bénéfices , art. 8.

Ç5) Habite respecta ad, facilitâtes Ecclesias , et qualitatem person», YanrEsnen , Jns tjflhr.

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Le, peupla même a contribué aux richesses et à Fagran*? dissement de l'ordre monastique : pour le prouver, il nous suffirait de dire que plus d'une fois des familles entières $e sont données aux monastères; et, ce qui doit surprendre, c'est que cette conduite , qui ne parait d'abord qu'un dévouement aveugle , leur était cependant dictée par la prudence et par leur propre intérêt.

Le peuple était alors réduit à' un véritable état de servitude , ou traité comme s'il eût été réellement esclave. Le roi, dépouillé de presque toutes ses prérogatives» sans autorité pour former ou faire exécuter des lois salutaires , ne pouvait ni protéger l'innocent , ni punir le coupable. Ceux qui étaient encore appelés libres, sans cesse opprimés par les grands y étaient forcés de leur vendre leur liberté , afin que, devenant leur propriété, ils fussent au moins intéressés à leur conservation. Les formes de cette soumission, connue sous le nom d'Obnoxiation, nous ont été conservées par Marçulphe (1). On ne doit donc pas s'étonner que plusieurs se soient donnés aux monastères.

Cette condition n'était-elle pas plus avantageuse P ils y trouvaient des maîtres dont les mœurs étaient adoucies par les vertus de leur état et par la culture des lettres , et qui n'étaient souvent que les compagnons de leurs peines. Parmi ceux que la misère n'avait pas dégradés & ce point , pour conserver à la fois leur liberté et leurs possessions , plusieurs imploraient la protection des monastères; et couverts , pour ainsi dire, du respect qu'on portait aux religieux, ils jouissaient de la paix et de la sûreté, tandis qu'autour d'eux régnait un désordre universel. Heureux et reconnaissants , ces*colon$ leur payaient une redevance, ou leur rendaient quelques services. C'est ainsi que tous les ordres de la société ont concouru à former un patrimoine aux religieux : entre leurs mains laborieuses et économes, ces biens se sont accrus ; leur piété et leurs travaux , voilà les sources pures des richesses que la cupidité leur envie.

Nous connaissons trop les hommes, et nous sommes trop

(I) ftsberte. Inlroduct. à l'Bist. de Charles V, Not, 9* #

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justes pour prétendre que, dans un si long espace de temps, les religieux ne se soient jamais laissé séduire par le désir de leur agrandissement, ou même par le bon usage qu'ils faisaient de leurs acquisitions. Si quelque portion de leurs biens a été le fruit de ce sèle indiscret ou trop avide , ceux qui sont sortis de leurs mains ds tant de manières différentes n'établissent -ils pas une compensation assez forte P Combien de fois d'ailleurs n'onUils pas arrêté eux-mêmes les effets de la libéralité des princes et des particuliers ! d'une foule de traits, nous n'en citerons qu'un, dont la preuve est encore sous nos yeux. Le premier asile que les dominicains aient en à Paris, celui qui leur a donné te nom sous lequel ils y sont connus, le couvent de la rue Saint- Jacques est pauvre, ses murs l'attestent} cependant il a été fondé par saint Lonis, et ils donné dix^huit confesseurs â nos rois. On riche particulier qui s'était retiré dans cette maison, témoin de Sa pauvreté , et reconnaissant des soins charitables des religieux, voulait leur léguer une fortune considérable qu'il avait faite aux lies, Il consulta celui qui dirigsit sa conscience : » Laisse*, lui diUil,* votre famille un héritage qui lui appartient. — Ce que je possède , je l'ai acquis par mon industrie, je ne me connais point de parents, et je veux en disposer en faveur de l'Eglise. — En ce oas , répond le vertueux dominicain , il est un genre de bien digne de vous intéresser, J'ai vu souvent des curés malheureux, à qui l'âge et les infirmités rendaient le repos nécessaire , et qui ne pouvaient quitter des fonctions trop

Cinibles, parce que la modicité de leur bénéfice et le sougement des pauvres ne leur avaient pas permis de se mfc nager une ressource pour leur vieillesse : prépam-leur une retraites pose» la première pierre d'nn monument des^ tiné à leur procurer des Secours à la fin d'une carrière utile et honorable. » Son vœu fut rempli ; cette succession est le premier fonds dont a été dotée la maison de Saint- François de Sales ; et cet établissement » qui manquait a l'Eglise, que sollicitait l'humanité, nous le devons au désintéressement et au zèle éclairé d'un religieux (1).

(1) Il al mort derniêremwu , t Sampturmlureiu , M f*rtk»fi

ief rulin

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