II
Usage des bien» monastiques.
C'est beaucoup qu'on ne puisse reprocher aux religieux l'origine de leurs biens; et sans doute c'est un avantage qu'ils ont sur un grand nombre de leurs enn émis : voyons maintenant si leur usage est tel qu'il puisse être avoué par la religion et par la politique. Puisque les revenus publics ignt une portion de biens que chacun sacrifie pour avoir la sûreté de l'autre (1), le tribut, par sa nature et sa destination, est la première dette de tout proprié taire. Sans traiter ici de l'immunité des biens ecclésiastiques, question étrangère à notre objet, nous dirons que le clergé de France jouit d'nne prérogative très précieuse; la contribution, que les autres sujets payent au roi, il l'offre comme un hommage libre de son amour et de sa reconnaissance. l'Eglise gallicane s'est toujours montrée digne de ce beau privilège; dans tous les temps, on l'a vue proportionner ses secours aux besoins de l'Etat ; et outre les grands efforts qu'elle avait faits en 1780, et dont ses annales ne présentaient pas d'exemples (2), elle a donné en 1782, de nouvelles preuves de son patriotisme, pour aider aux frais de la guerre et pour réparer les maux qu'elle a causés : si le clergé est le premier corps du royaume par le rang .et les honneurs , û Test encore par son zèle et son dévouement : les religieux, comme on sait, contribuent au don gratuit, et supportent ainsi le poids des charges publiques (3).
de 200,000 liv. , qui, n'ayant point d'enfante, a laissé sa veuve usufruitière de ses biens, en instituant le couvent de Coronata son héritier universel. La veuve a suivi de près son mari au tombeau: et les religieux étaient en droit de réunir l'usufruit à la propriété; mais le supérieur» instruit que le défunt laissait des neveux indigents , nés d'une de ses soeurs , oui était pauvre, a cru devoir ne point accepter ce riche héritage; il en a fait la renonciation entre les mains d'un notaire public» et il a écrit à Rome pour obtenir l'approbation 'du Saint-Siège, sans Laquelle elle ne serait pa» valable. Cet acte de désintéressement et de délicatesse n'a besoin que d'être présenté, et porte avec lui son éloge. Qaielte de France , M* 16 , art. de Gènes , 18 janvier 1784.
(1) Espr. des Lois, liv. 13 , chap. 1.
(*) Voyex le procès-verbal de l'Assemblée de 1780;
(3) Nous aurions pu choisir dans les différentes époques de notre pis-
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Les bénéfices mêmes, auxquels sont attaches les biens monastiques, étant presque ions à la collation du roi, on peut les regarder comme autant de récompenses qui, sans rien coûter au peuple, doivent servir à exciter l'émulation des vertus et des talents. Pour ne parler que des avantagea qu'en retire la politique, quelle ressource pour la noblesse! Un bon gentilhomme se repose du soin de sa fortune sur la reconnaissance de sa patrie ; il ne veut s'enrichir qu'a force de gloire : mais cher une nation généreuse , il y a toujours plus de services rendus , que de grâces à donner. En bénéfice accordé au mérite du frère ou du fils d'un brave et pauvre militaire , est un bienfait pour toute sa famille, dont il devient le soutien. Combien n'a-t-on pas va d'anciennes maisons connues par notre histoire, et dont les rejetons, victimes de la misère, languissaient obscurément au fond d'une province, reprendre leur premier lustre, aidées du revenu d'une riche abbaye 1 Plus d'une branche de ce grand arbre qui croit dans le champ de l'Etat, pour la gloire et l'honneur, aurait péri desséchée , faute de sève et d'aliment, si l'Eglise, de ses sources fécondes, n'en avait souvent arrosé les racines.
Depuis l'introduction de la commende , le clergé séculier jouissant des deux tiers du patrimoine des religieux, on ne peut leur demander compte que de la portion qui forme la masse conventuelle. Selon toutes les règles monastiques , leurs besoins sont bornés à l'absolu nécessaire; elles ne leur permettent qu'une nourriture frugale et des vêtements grossiers. Des relations indispensables , les égards dûs aux personnes en place, obligent, 0 est vrai, tes chefs d'une
taire , une multitude de fait» qui attester] t le patriotisme de* Ordre» régulier». Par exemple : ■ Pendant lit troubles qui agitèrent le régne de Charles VII, les religieux de Saint-Denù donnèrent à leur légitime souverain une marque éclatante de zèle etde teudieue ; ils firent fondre jusqu'à la muselle de leur réfectoire , pour le paiement des tronpes. De pareilles ocrions doivent assurer aux religieui I '.. leurs compatriotes. » Hist. de France , ton. 15 et IE, Kaat tom, 8, 176», N*S6,
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communauté d'admettre quelquefois un luxe étranger sur leurs tables; mais entres au réfectoire , elle n'excitera n} votre envie , ni vos reproches*
Leurs maisons sont trop vastes; des solitaires habitent des palais...... Après avoir parcouru ces beaux édifices,
nous avons pénétré dans les cellules. Là, nous nous retrouvions au sein dé la simplicité ; une chambre étroite ne pré? sentait à rtbs yeux étonnés , que quelques meubles et des IrVres, seuls ornements de ces asyles consacrés à la retraite et à l'étude. Là souvent nous avons vu des bommes don* les ouvrages nous avaient instruits.
Les salles d'assemblées , ou destinées à recevoir les sécut liera, et surtout les églises! voilà les lieux qu'ils ont pri* soin d'embellir. Par ces dépenses, ils fournissent tua aliment aux beaux-arts, dont les progrès et les chefe»d'œuvre fixent le rang dés nations entre elles : l'architecture, la sculp; ture et la peinture , presque toujours aux gages d'un luxe indécent, et devenues les complices de la corruption des mœurs, rappelées dans ces monuments à la pureté de leur origine, nous offrent des beautés que l'innocence peut admirer. Au milieu de ces maisons fragiles dont nous sommes environnés, qui périront avec leurs auteurs égoïstes , on doit voir avec satisfaction s'élever des bâtiment* solides et durables qui , marqués pour ainsi dire du sceau de l'éternité, porteront aux siècles futurs un long souvenir de notre âge.
Quand les monastères situés dans les petites villes, ou des villages sans ressource, commencent leurs construo* lions, tout change de face; le commerce s'anime, les artisans sont occupés , le malheureux y trouve des moyens de subsistance ; et quatre-vingt ou cent mille francs employés à rebâtir une abbaye, ont répandu l'aisance par tous les en* virons. Puisque tels en sont les effets, nous ne saurions les condamner ; seulement nàjbs exhortons les religieux à se garantir du gôèt pour la bâtisse, qui depuis, quelque temps a gagné tous les ordres de la société : un supérieur est aisément séduit par le désir d'agrandir , ou de décorer sa maison; il croit en devenir le bienfaiteur, mais ce n'est souvent