TOM
pénitence qu'ils devraient foire , s'ils étaient en santé, sans néanmoins en exiger d'accomplissement durant la maladie (1). Un concile d'Angleterre., tenu dans le royaume de Kent en l'an 787 , alla jusque défendre de prier pour cens qui par leur foute seraient morts, sans confession (2).. .-.
Voilà , Monsieur f des pièoes sur lesquelles je vous prie de juger «si Kemnitkis a eu raison d'avancer , qu'avant le concile de Latran on ignorait l'obligation de confesser ses péchés au prêtre : rfestnfce pas plutôt un dessein formé de décrier la pratique de la confession en la foi* sant paàser pour une nouveauté, et l'envie de se donner l'air d'un fort habile homme, en déterminant avec précision le temps et le lieu de soft origine -, qui ont poqrté cet «nteur à avoir recours A la fictio»?
Mais , Monsieur , vous en jugerez -encore mieux par le soin que les fidèles ont toujours eu de purifier leur conscience par la confession avant «gue d'approcher de la Sainte Table. Se peut-il rie» de plus pressant sur ce sujet, que les exhortations d'un saint religieux du sixième siècle? * Si vous aviez les mains sales, dit Juns» ce tase HJte Sina* vous Poseriez toucher les vê- «i ttnpents, d'un roi -, et comment oserez - vtms «c woevoir te*oi des rois dfcrts «m cœur souitié ce par le pédbé P Gonfefcaez donc vos péchés i « Jésus-Christ par les prêtres , ajoute-t-il , concc damnez vos actions., et ne rougissez pas d'ê-
(1) Can. 26. T. 8. Labh. p. 49.
(») Concil. Calchutense. T. fl.Talib. ï>'. 1*72.
SUR LA CONFKSSIOW SACEAKBIÏTELLF . 113
« tre humilié ; car il est une confusion qui ce cause le péché , et une confusion qui donne « la gloire et la grâce (1). »
Ce qui se trouve sur le même sujet dans les Documents salutaires de saint Paulin, patriarche d'AquUée, docteur du huitième siècle, n'est pas moins précis ni moins énergique, pour nous faire comprendre l'obligation de se confesser avant la communion. «Que chacun s'éprouve « soi-même, dit «e célèbre auteur avec l'Apc- « tre , avant de recevoir le corps et le sang de « noire Seigneur Jésus-Christ. Avant d'en apte proçher ayons recours , comme nous le der vons , à la confession et à la pénitence ; exauce minons avec soin toutes nos œnvres; et si nous « remarquons e» naos des péchés capables de ce nions «a éloigner, hâtons-nous de les effacer « par la confession et par. une véritable péni- « tence , de peur que tenant le démon caché « an- dedans de nous-mêmes , à l'exemple « du traître Judas , nous ne périssions avec « lui (2). »
Aussi dans Las anciennes formules de confiessionsemhlablesapeuprès ànos Examens modernes , trpuve-t-on parmi les grands péchés dont
(1) Coofitere Chriito per SaeerdoM peccata tna , condemns actioues tau , et ne erubwai , eti enim cnnfusLo adducem peccalum , -* — • '■■"■fasio ïdducena glorinm et gratis m. Bom. de sjnaii m A a. T. 1. Ed. fctf». «pud AnI. fcertier, p. 890.
(3) Aniea ad çOtfytdwttD et paoiteotiam recnmfa deben ai , „ „.,.■ nés ictui Dostros curiosiua discalere, et peccata obnûlia ; si in oab'a comperimos, rili feitinemoi per confessionem et *eram paniiontiam ablaere , ne cum Juda prodilore diabolum inm 009 celante] pereamu* T. 6. Aogast. Ed. note ParisiH* in appeadico, p. 199,
on doit s'accuser, le crime d'une communion reçue avec une conscience souillée, que n'a point auparavant purifié une bonne et sincère confession. C'est ce que nous voyons expressément marqué dans la formule de saint Fulgence (1), mort au commencement du sixième siècle , et dans celle d'Egbert , archevêque d'York (2) , qui mourut au huitième. L'un et l'autre exprime ce péché avec les mêmes ter* mes: ce Je m'accuse , disent-ils, d'avoir reçu ince dignement le corps et le sang du Seigneur ce avec un corps souillé, sans confession et xc sans pénitence (3).» D'où il est aisé de voir que tout ^fidèle qui se sentait la conscience chargée de quelque péché grief , regardait comme un devoir indispensable de se confesser avant de participer aux saints mystères. Dieu même fît souvent connaître d'une manière sensible et miraculeuse à ceux qui avaient manqué de prendre cette précaution , combien ils étaient indignes d'en approcher.
Fortunat, évêque de Poitiers, auteur du sixième siècle , raconte de saint Marcel , évêque de Paris , dont il a écrit la vie , un trait que nous trouvons également rapporté dans le bréviaire de ce diocèse : Un homme, au moment de s'approcher de la communion , resta tout à coup immobile sans pouvoir s'avancer vers l'autel , U demeurait comme lié par une chaîne invisible,
(1) In Sacrament. S. Gregor. Ed. Menard Parîsiis ; p. $26. (S) Apud Morin de adminjstr. posait» in appendice , p. 15. (5) Ego Corpus et Sanguinem Domini polluto corpore sine confessions et pœnilenlia radigàus àccepi.
SUa LA CONFESSION SACRAMENTELLE. 117
tandis que les autres passaient suivant leur rang pour aller à la Sainte Table. Saint Marcel , surpris d'un événement si extraordinaire , lui en demande la cause : il lui avoue qu'il avait eu la témérité de se présenter sans avoir fait l'aveu d'un péché considérable ; il répare sa faute par une bonne confession, et se trouve bientôt en état de pouvoir communier avec les autres (1),
Pierre-le- Vénérable raconte un événement presque semblable : Un jeune homme , engagé dans un mauvais commerce avec une femme mariée , tomba dangereusement malade. On fit venir un prêtre , dit cet auteur , c< selon la ce coutume de l'Eglise , » pour recevoir sa confession et lui donner le Saint- Viatique ; ce jeune homme ne confessa par son crime, il fit plus , interrogé par le prêtre, il osa le nier. Après quoi , voulant recevoir la sainte Hostie , il ne put jamais l'avaler, quoique en état de prendre toute autre nourriture : effrayé de ce pro^ dige , il rentra en lui-même et fit une confession sincère de tous ses péchés. L'auteur qui rapporte ce fait , nomme les personnes présentes au miracle , et dit l'avoir appris de leur bouche (2).
Peutron voir des traces mieux marquées de l'usage constant de la confession , et de l'idée
(i) Le 5 novembre, dans les leçons de saint Marcel, ApudSeb. Cramoisy an. 1650.
(3; Invitatus est ad eum more Ecclcsiastico presbyter , nt ejus confessionem susriperet. Lib. 1. miracul. Cap. 3. T. $2. Bibliotli. Pat. Edif. Colon, pag. 1089,
invariable des fidèles sut sa nécessité? Qtfen pensez-vous , Monsieur? ai -je eu tort de prétendre que la multitude et la variété des pièces que j'avais à produire formeraient une démonstration accablante contre Kemnitius ? Que dire à de tels arguments ? Vous le voyez , ce ne sont; pas là des preuves Jirées do raisonnement , et faciles à éluder; ce sont autant de faits et de sentiments rapportés par des auteurs non suspects , et bien antérieurs au concile de Latran : je cite le livre , la page ; je marque l'édition ; il ne tiendra qtfà vous de les consulter; je m'offre à vérifier toutes mes citations , du moins celles dont il pourrait vous prendre envie de douter. Ce n'est pas là néanmoins tout ce que j*ai à dire sur ce sujet , il me reste encore d'autres témoins à produire ; leur témoignage est plus fort que tout ce que vous venez d'entendre. Ils nous apprennent qn'on a toujours regardé comme hérétiques 9 ceux qui ont osé impugner la nécessité de ht confession.
Oui , Monsieur > nous trouvons que dès le troisième siècle y on regardait l'usage des clés pour absoudre le pénitent , après s'être humblement confessé , comme une marque distinctive delà véritable Eglise, ce 11 faut savoir, ^ dit Lac-> tance, l'homme le plus éloquent de son temps , et encore plus recommandable par son zèle pour la religion que par son éloquence , c< il faut savoir que l'Eglise véritable est celle ce dans laquelle est la confession et la péniç< tence , qui guérit efficacement les plaies
suit la conrasaon sacramentelle. 119 « auxquelles la faiblesse humaine non» rend « sujets (f). »
Alcuin, le maître de tons les gens de lettres qui fleurirent de son temps , et si consommé dans toute sorte de littérature qu'on l'appelait communément l'homme universel , et le secrétaire des arts libéraux ; nous apprend qu'il s'était élevé de son temps, c'est-à-dire sur la fui du huitième siècle , des hérétiques qut refusaient de se confesser. C'est contre eux qu'il a écrit son épttre 7", selon l'édition de M. du Chêne , et la 26°, selon celle de Canisius. Il y exhorte les auteurs et les sectateurs de cette erreur à suivre les traces des saints Pères, et à ne pas introduire de nouvelles sectes contre la religion et contre la foi catholique. « jPrenea « bien garde , dit-il , au levain, empoisonné « qu'on a apporté depuis peu , et manges les « pains très purs de la foi sacrée dans la sincé- « rite et dans la vérité (3!). »
Geofroy , abbé de Vendôme , mort en 1 1 30, instruit qu'un nommé Guillaume , autrefois son régent, penchait vers on sentiment préjudiciable a l'intégrité de la confession , et que pour le favoriser ii abusait d'un passage de Bède , lui écrivit une lettre très forte et très pressante , pour le faire revenir de w^grreui' ; il loi dit
(I) ScipnJuiiicslillamesac veram pœniieuin. T. ô. Bih, Pat. Ed. Col. i (!) Sequimidi Twijgia SS. Patruni, .
(«rmerilum, seil in sîuccritale et
pE. 117.'
que la foi ne pouvait subsister, ni se conseil ver entière , qu'en donnant aux paroles de Bède on antre sens qoe celui qu'il lui donnait (1) : il finit sa lettre en assurant que l'obligation de confesser tous les péchés mortels, de quelque nature qu'ils puissent être , est tellement cer* taine , que rien ne saurait être plus certain (2). Après tant de preuves qui démontrent l'erreur insoutenable de Kemnitius sur l'origine du précepte de la confession v souffrez , Monsieur, que j'ose vous demander ce que vous pensez à présent de. cet auteur ? croyez-vous qu'il ait eu connaissance de tout ce que je viens de rapporter, ou pensez-vous qu'il Tait ignoré ? s'il en a en connaissance , avec quel front a-t-il osé fixer au concile de Latran , la date de cette obligation prétendue nouvelle? et s'il Ta ignoré en tout ou en partie , ne mérite-t-il pas de perdre toute la réputation qu'on lui accorde si libéralement chez vous, en le regardant comme un génie rare , profondément versé dans la connaissance de l'antiquité? Trouvez-vous, Monsieur, que Kemnitius ait fait prudemment d'oser marquer le siècle et l'année de cette institution ? n'eût-il pas été plus sage pour lui de se contenter d'une accusation vague et générale de nouveauté, sans marquer le point fixe , auquel il prétend qu'on l'a vuJiaître? Avancer un si étrange anachro-
(1) Hot joxta fidem Calbolicam intelfigere non possumos ; Aliter
doterminanda est ista sententia..... ut fidei nostrae integritas consenretur* T. SI . Bibl. Patr. Ed. Col. p. 55.
^ (t) Certumest, nihil hoc cerftas, omnia peccata *el crimina confetsione indigere et pcenitentiâ* Ibidem.
SU* hk CONFESSION SACRAMENTELLE. 1 21
nisme , n'est-ce pas fournir aux catholiques des armes invincibles contre ltd ? Il y a faussetés et faussetés, et avant de hasarder celles qui'peuvent attirer le reproche d'être un calomniateur, d'user de mauvaise foi , ou du moins de parler en aventurier , sans avoir eu soin de s'instruire de la matière à traiter, on devrait y penser plus d'une fois. Ce sont là des titres trop odieux, pour témoigner par la liberté de ses fictions que Ton s'en met si peu en peine.
" Dû reste, Monsieur, je sens toute l'obligation que nous avons à vos Messieurs, quand ils veulent bien en venir jusqu'à marquer l'origine prétendue de quelques-uns de nos dogmes. C'est toujours nous ouvrir un grand champ , où nous pouvons les combattre avec avantage. Vous voyez que Kemnitius n'a pas été plus heureux à vouloir marquer l'origine de la confession, que Luther à fixer l'époque de l'usurpation prétendue des papes, ainsi que je vous l'ai fait voir dans ma lettre précédente. U en sera de même de tout autre article sur lequel vos docteurs voudront s'expliquer , en nous indiquant la date dé l'innovation prétendue.
Et c'est ce qui rend ici Kemnitius moins excusable ; car il ne pouvait ignorer, sans doute, que les Grecs schismatiques se confessent encore auj ourd'hui comme les catholiques romains . Ce point seul devait lui fournir une réflexion toute naturelle, propre à le précautionner contre Terreur dans laquelle il a donné , et qu'il nous a débitée avec tant d'assurance. Car enfin je demanderais volontiers à cet habile chronolo-r
122 QUATRIÈME LETTBB.
giste , si c'est avant on après le concile de Latran que les Grecs schismatiques se sont assujettis à la pratique de la confession auriculaire ? si le précepte de la confession a été reconnu et pratiqué chez eux avant le concile de Labran, ce n'est donc pas ce concile qui en est l'auteur; et si le concile de Latçan en est Fauteur, corn* ment les Grecs schismatiques ont-ils eu assez de complaisance pour nous imiter dans une pratique nouvelle et gênante, eux qui , comme tout le monde sait , ont reproché aux Latins avec tant d'aigreur les moindres changements dans la discipline ? Quoi ! ils auront chicané à toute outrance sur la tonsure et la barbe de nos prêtres , sur le jeûne du samedi , sur le chant de l'Âlleluia, et quand il s'est agi d'assujettir les consciences k une loi difficile et nouvelle , quand on a entrepris d'ériger en dogme la nécessité de la confession, non-seulement ils se seront tus sur un changement si considérable arrivé dans la doctrine y mais ils auront encore • agi de concert avec les Latins , pour subir un joug contre lequel l'orgueil de l'homme n'est que trop disposé à se roidir et à se récrier ? Qui se persuadera de tels, paradoxes ? Vous n'ignorez pas, Monsieur, que depuis plus de huit siècles, les Grecs schismatiques se sont séparés de l'Eglise romaine ; ainsi, puisque la pratique de la confession auriculaire leur est commune avec nous, et qu'ils sont persuadés comme nous de sa nécessité , il faut nécessairement que cette pratique , et la persuasion générale de tous les chrétiens touchant la nécessité de cette pratique,
SUE LA CONFESSION SACBÂMKIfTKtLR. 123
soit antérieure à la séparation des Grecs d'avec nous. Voilà, Monsieur, la réflexion que le bon sens devait naturellement suggérer à Kemnittas, et qui , an défant de la connaissance des Hvres et des auteurs dont le* passages sont si formels en faveur de la confession , devait , elle seule , l'empêcher de donner dans l'écart et de s'exposer à de si justes reproches. C'est là une de ces ignorances qu'on appelle volontaires et affectées, nourries et entretenues par la passion, par l'esprit de parti , par un fol entêtement , par une envie maligne de rendre méprisables les pratiques les plus saintes de la religion catholique, ignorance qui ne se peut excuser , ni devant Dieu , ni devant les hommes.
Mais en voilà bien assez pouf foire sentir tout le tort de Kemnitius sur le premier article. SU nous objecte Gratien, pour nous prouver par nos propres auteurs, qu'avant le concile de Latran on n'était nullement persuadé de la nécessité de la confession, je lui réponds qu'il a mal pris la pensée de cet auteur. Il est vrai que Gratien, antérieur de cinquante ans au concile de Latran , propose cette question, savoir : c< Si quelqu'un peut obtenir le pardon de ses ce péchés par la seule contrition du cœur sans c< la confession de bouche ; » et qu'après avoir rapporté les deux sentiments opposés, il ajoute : ce Nous avons exposé en peu de paroles les att* « torités et les raisons sur lesquelles sont fonce dées l'une et l'autre opinion touchant la ce confession; mais à laquelle faut-il plutôt ce s'attacher ? C'est ce que nous laissons Au choix
gis te , si c'est avant ou après le concile de Latran que les Grecs schismatiques se sont assujettis à la pratique de la confession auriculaire ? si le précepte de la confession a été reconnu et pratiqué chez eux avant le concile de La tran, ce n'est donc pas ce concile qui en est l'auteur ; et si le concile de Latran en est l'auteur, comment les Grecs schismatiques ont-ils eu assez de complaisance pour nous imiter dans une pratique nouvelle et gênante , eux qui , comme tout le monde sait, ont reproché aux Latins avec tant d'aigreur les moindres changements dans la discipline ? Quoi ! Us auront chicané à toute outrance sur la tonsure et la barbe de nos prêtres , sur le jeûne du samedi , sur le chant de r Alléluia, et quand il s'est agi d'assujettir les consciences à une loi difficile et nouvelle , quand on a entrepris d'ériger en dogme la nécessité de la confession, non-seulement ils se seront tus sur un changement si considérable arrivé dans la doctrine 9 mais ils auront encore agi de concert avec les Latins, pour subir un joug contre lequel l'orgueil de l'homme n'est que trop disposé à se roidir et à se récrier? Qui se persuadera de tels paradoxes ? Vous n'ignorez pas, Monsieur, que depuis plus de huit siècles, les Grecs schismatiques se sont séparés de l'Eglise romaine; ainsi, puisque la pratique de la confession auriculaire leur est commune avec nous, * et qu'ils sont persuadés comme nous de sa nécessité , il faut nécessairement que cette pratique , et la persuasion générale de tous les chrétiens touchant la nécessité de cette pratique,
SUa LA COffFBftSIOTV 8ACRÂKRKTBLU. 123
soit antérieure à la séparation des Grecs d'avec nous. Voilà, Monsieur, la réflexion que le bon sens devait naturellement snggérer à Kemnititis, et qui , an défant de la connaissance des Erres et des auteurs dont les passages sont si formels en faveur de la confession , devait , elle seule , l'empêcher de donner dans l'écart et de s'exposer à de si justes reproches. C'est là une de ces ignorances qu'on appelle volontaires et affectées , nourries et entretenues par la passion, par l'esprit de parti , par un fol entêtement , par une envie maligne de rendre méprisables les pratiques les plus saintes de la religion catholique, ignorance qui ne se peut excuser , ni devant Dieu , ni devant les hommes.
Mais en voilà bien assez pour faire sentir tout le tort de Kemnitius sur le premier article. SU nous objecte Gratien, pour nous prouver pair nos propres auteurs, qu'avant le concile de Latran on n'était nullement persuadé de la né* cessité de la confession , je lui réponds qu'il a mal pris la pensée de cet auteur. Il est vrai que Gratien, antérieur de cinquante ans au concile de Latran , propose cette question, savoir : ce Si quelqu'un peut obtenir le pardon de ses ce péchés par la seule contrition du cœur sans c< la confession de bouche ; » et qu'après avoir rapporté les deux sentiments opposés, il ajoute : ce Nous avons exposé en peu de paroles les au* ce torités et les raisons sur lesquelles sont fonce dées l'une et l'autre opinion touchant la ce confession; mais à laquelle faut-il plutôt ce s'attacher? C'est ce que nous laissons au choix
gis te , si c'est avant ou après le concile de Latran que les Grecs schismàtiques se sont assujettis à la pratique de la confession auriculaire ? si le précepte de la confession a été reconnu et pratiqué chez eux avant le concile de Latran, ce n'est donc pas ce concile qui en est l'auteur ; et si le concile de Latçan en est l'auteur, comment les Grecs schématiques ont-ils eu assez de complaisance pour nous imiter dans une pratique nouvelle et gênante , eux qui , comme tout le monde sait, ont reproché aux Latins avec tant d'aigreur les moindres changements dans la discipline ? Quoi ! ils auront chicané à toute outrance sur la tonsure et la barbe de nos prêtres, sur le jeûne du samedi , sur le chant de r Alléluia, et quand il s'est agi d'assujettir les consciences à une loi difficile et nouvelle , quand on a entrepris d'ériger en dogme la nécessité de la confession, non-seulement ils se seront tus sur un changement si considérable arrivé dans la doctrine 9 mais ils auront encore • agi de concert avec les Latins , pour subir un joug contre lequel l'orgueil de l'homme n'est que trop disposé à se roidir et à se récrier ? Qui se persuadera de tek paradoxes ? Vous n'ignorez pas, Monsieur, que depuis plus de huit siècles, les Grecs schismatiques se sont séparés de l'Eglise romaine ; ainsi , puisque la pratique de la confession auriculaire leur est commune avec nous, et qu'ils sont persuadés comme nous de sa nécessité , il faut nécessairement que cette pratique , et la persuasion générale de tous les chrétiens touchant la nécessité de cette pratique,
SUa LA COffFBftSIOTV 8ACBAMRHTEIXE. 123
soit antérieure à la séparation des Grecs d'avec nous. Voilà , Monsieur, la réflexion qne le bon sens devait naturellement suggérer à Kemnititts, et qui , an défaut de la connaissance des Erres et des auteurs dont le* passages sont si formels en faveur de la confession , devait , elle seule , l'empêcher de donner dans l'écart et de s'exposer à de si justes reproches. C'est là une de ces ignorances qu'on appelle volontaires et affectées, nourries et entretenues par la passion, par l'esprit de parti , par un fol entêtement , par une envie maligne de rendre méprisables les pratiques les plus saintes de la religion catholique, ignorance qui ne se peut excuser , ni devant Dieu , ni devant les hommes.
Mais en voilà bien assez pour faire sentir tout le tort de Kemnitius sur le premier article. SU nous objecte Gratien, pour nous prouver pair nos propres auteurs, qu'avant le concile de Latran on n'était nullement persuadé de la né* cessité de la confession, je lui réponds qu'il a mal pris la pensée de cet auteur. Il est vrai que Gratien, antérieur de cinquante ans au concile de Latran , propose cette question, savoir : ce Si quelqu'un peut obtenir le pardon de ses ce péchés par la seule contrition du cœur sans c< la confession de bouche ; » et qu'après avoir rapporté les deux sentiments opposés, il ajoute : ce Nous avons exposé en peu de paroles les au* ce torités et les raisons sur lesquelles sont fonce dées l'une et l'autre opinion touchant la ce confession; mais à laquelle faut-il plutôt ci s'attacher? C'est ce que nous laissons au choix
gis te , si c'est avant ou après le concile de Latran que les Grecs schismatiques se sont assujettis à la pratique de la confession auriculaire ? si le précepte de la confession a été reconnu et pratiqué chez eux avant le concile de Labran, ce n'est donc pas ce concile qui en est l'auteur ; et si le concile de Lati^n en est l'auteur, cornment les Grecs schismatiques ont-Us eu assez de complaisance pour nous imiter dans une pratique nouvelle et gênante , eux qui , comme tout le monde sait, ont reproché aux Latins avec tant d'aigreur les moindres changements dans la discipline ? Quoi ! ils auront chicané à toute outrance sur la tonsure et la barbe de nos prêtres , sur le jeûne du samedi , sur le chant de r Alléluia, et quand il s'est agi d'assujettir les consciences à une loi difficile et nouvelle , quand on a entrepris d'ériger en dogme la nécessité de la confession, non-seulement ils se seront tus sur un changement si considérable arrivé dans la doctrine 9 mais ils auront encore * agi de concert avec les Latins , pour subir un joug contre lequel l'orgueil de l'homme n'est que trop disposé à se roidir et à se récrier ? Qui se persuadera de tek paradoxes ? Vous n'ignorez pas, Monsieur, que depuis plus de huit siècles, les Grecs schismatiques se sont séparés de l'Eglise romaine ; ainsi , puisque la pratique de la confession auriculaire leur est commune avec nous , et qu'ils sont persuadés comme nous de sa nécessité , il faut nécessairement que cette pratique , et la persuasion générale de tous les chrétiens touchant la nécessité de cette pratique,
SUa LA COffFBftSIOTV 8ACBÀMKHTKIXE. 123
soit antérieure à la séparation des Grecs d'avec nous. Voilà , Monsieur, la réflexion qne le bon sens devait naturellement suggérer à Kemnitius, et qtd , an défant de la connaissance des Erres et des auteurs dont le* passages sont si formels en faveur de la confession , devait , elle seule , l'empêcher de donner dans l'écart et de s'exposer à de si justes reproches. C'est là une de ces ignorances qu'on appelle volontaires et affectées, nourries et entretenues par la passion, par l'esprit de parti , par un fol entêtement , par rme envie maligne de rendre méprisables les pratiques les plus saintes de la religion catholique, ignorance qui ne se peut excuser , ni devant Dieu , ni devant les hommes.
Mais en voilà bien assez pour faire sentir tout le tort de Kemnitius sur le premier article. SU nous objecte Gratien, pour nous prouver pair nos propres auteurs, qu'avant le concile de Latran on n'était nullement persuadé de la né* cessité de la confession , je lui réponds qu'il a mal pris la pensée de cet auteur. Il est vrai que Gratien, antérieur de cinquante ans au concile de Latran , propose cette question, savoir : ce Si quelqu'un peut obtenir le pardon de ses ce péchés par la seule contrition du coeur sans c< la confession de bouche ; » et qu'après avoir rapporté les deux sentiments opposés, il ajoute : ce Nous avons exposé en peu de paroles les au* ce torités et les raisons sur lesquelles sont fonce dées l'une et l'autre opinion touchant la ce confession; mais à laquelle faut-il plutôt ce s'attacher ? C'est ce que nous laissons au choix
1 24 QUATRIÈME LETTHB,
ce et an jugement du lecteur, parce que l'une et , ce l'autre ont pour défenseurs des hommes sages ce et religieux. » D'où Kemnitius conclut qu'il était donc libre en ce temps-là de tenir pour ou contre la nécessité de la confession ; et que par conséquent jusque-là l'obligation de se confesser, n'était pas encore passée en dogme.
Malheureusement Kemnitius n'a pas prfc la question de Gratien dans le sens oii cet auteur Ta proposée; car Gratien a prétendu dire seulement que des théologiens de son temps reconnaissaient dans la contrition parfaite la vertu de justifier l'homme même avant la confession. Ce sentiment est vrai , et c'est celui du concile de Trente, qui l'enseigne en termes exprès; mais ce sentiment n'exclut nullement la nécessité de se confesser : car la contrition qui justifie le pécheur, renferme toujours nécessairement en soi le désir et la volonté de s'accuser au prêtre, quand on en aura l'occasion (1).
L'autre sentiment opposé au précédent par , Gratien , était celui de quelques théologiens qui croyaient la rémission des péchés indispensablement attachée à la puissance des clés et à l'absolution donnée par le prêtre, après la confession ; c'est sur ce point que roulait la dispute, et tous les passages des auteurs rapportés par Gratien, ne tendent qu'à prouver l'une ou l'autre de ces deux opinions, comme vous le reconnaîtrez aisément , quand vous vopdrez prendre la peine de l'examiner.
(f) Sets. 11. Cap. 4. de contrittone.
SUa LA CONFESSION SACRAMENTELLE. 125
Mais je yeux que Gratien ait été dans le sentiment de Kemnitins , quel préjudice en recevra la cause catholique? Gratien a été un compilateur diligent , a recueilli beaucoup de textes utiles ; mais il ne passa jamais chez nous pour un fort grand théologien, et sa réputation en ce genre d'érudition, fût-elle aussi éminente qu'elle est médiocre , que serait-il après tout , sinon un auteur particulier qui nous aurait exprimé sa pensée ? Or de quel poids peut être l'autorité d'un particulier contre le torrent des auteurs qui Font précédé, et contre le sentiment d'un concile général qui Ta suivi ? Croiton qu'il nous coûterait beaucoup de dire que Gratien s'est trompé ? Pourquoi nous ferionsnous scrupule de dire ce qu'il dirait infailliblement lui-même , s'il revenait au monde , et qu'il eût été en effet dans le sentiment qu'on lui prête? Il y aura toujours cette différence entre lui et Kemnitius , que la piété et la religion de Gratien ne permettent pas de douter de sa soumission au décret du concile général , s'il eût vécu jusque-là , au lieu que Kemnitius a compté pour rien de le mépriser. Mais, me dira-t-on , Gratien n'a pas été le seul dans la pensée que la confession n'était pas nécessaire ; il cite un grand nombre d'auteurs pour appuyer cette opinion , et il assure que ces auteurs sont des hommes sages et religieux. Supposons un moment, je le veux bien , que Gratien ait été dans l'erreur, que pourra-t-on en conclure ? il a dû , et rien n'est moins surprenant , chercher à défendre son opinion par l'autorité d'écrivains
1 26 QUATRIÈME LETTON.
respectables , dont il s'est flatté d'avoir pour lui le témoignage ; il s'est trompé aussi bien poqr la preuve que pour la thèse; quelle Conséquence veut-on tirer de là contre le sentiment catholique ? Mais c'en, est déjà trop pour répondre à cette objection , ia plus forte cependant et la pins apparente que Kemnàtius ait pu former contre nous. Passons présentement an second article , et faisons voir que ce ministre n'a pas mieux réussi à vouloir éluder la force des pas* sages des sainte Pères , que nous citons pour la confession.
DEUXIÈME PROPOSITION
LES PASSAGES DBS SS. PÉRÈS , DANS LES PREMIERS SIÈCLES, PROUVENT CLAIREMENT L'OBLIGATION DE CONFESSER EN DÉTAIL LES PÉCHÉS SECRETS AUX PRÊTRES.
La plupart &e$ autorités que j'ai rapportées jusqu'ici , ne vont guère au-delà du septième siècle ; ces témoignages mV>nt suffi pour prouver, comme j'en avais le dessein , que l'obligation de confesser ses péchés était reconnue avant le concile de Lairan 9 et que Kemnitius a eu tort d'en référer l'origine à ce concile. Si je ne suis pas rempnté plus haut pour trouver des témoins % plus anciens, ce n'est pas par indigence, comme vous le verrez assez par ce qui me reste à dire ;
SUa LA CONFESSION SACRAMENTELLE. 127
car les premiers siècles «ras fournissent un grand nombre de témoins , qui ne parlent pas moins clairement sur la nécessité de la confession , que ceux dont nous avons déjà ont les dépositions. Kemnitâus-, pour affaiblir les preuves que nous en (irons , a imaginé plusieurs espèces de confessions, qu'il prétendavoir été en usage parmi les premiers chrétiens : celle qui se faisait à Dieu seul, et non an prêtre ; celle qui se faisait en général , et non en détail; ceile quise faisait par-dévotion et non par obligation ; celle par laquelle on consultait le confesseur sur quelque point particulier, sans kd déclarer tout l'état de sa conscience ; celle où Ton s'accusait des péchés publics , sans faire mention des péchés qui n'étaient venus à la connaissance de personne (1) : et c'est en rapportant les témoignages de l'antiquité a quelqu'une de ces diffieraotesfespèces de confessions , quïl prétend se tirer d^Babre , ■€* arrêter tontes nos conséquences; mais il est aisé de kn mofl^ tuer que les passages des saints Pères prouvent clairement une obligation stricte et indispensable de confesser au prêtre tons les péchés mortels dont on se sent coupable , même les plus secrets ^ pour en recevoir l'absolution.
Je compte , Monsieur , que le désir d'être éclaira sw nn peint d^une-estréme Conséquence pour votre salut, soutiendra votre attention dans l'examen oii nous allons entrer, et que Kemnitius, déjà convaincu d'erreur sur le premier article , ne ¥twis paraîtra pas mériter d'être cru sur sa
(I) Tora. 1. pag. 341.
simple parole , lorsqu'il prononce d'un ton dé* cisif , que nous n'avons pas pour nous les témoignages de l'antiquité. Voyons et discutons. Tertullien sera le premier témoin que je pn> dnirai devant vous , non que je ne puisse en citer encore de plus anciens , mais parce que je me suis proposé de ne rapporter que des passages clairs et décisifs , et au-dessus de toute espèce de contestation. Cet auteur , qui florin sait dès la fin du second siècle , s'exprime ainsi dans son Livre de la pénitence : ce J'estime que ce plusieurs évitent de déclarer leurs péchés * ce ou qu'ils diffèrent de jour en jour à le faire , ce parce qu'ils ont plus de soin de leur honneur ce que de leur salut; semblable à ces malades ce qui , tourmentés par des infirmités secrètes , ce cachent leur mal au médecin , et meurent ce ainsi par une malheureuse honte. 0 le grand ce avantage d'une pudeur déplacée ! Que nous ce reviendra-t-il d'avoir caché cette faute ? nous ce l'aurons dérobée à la connaissance des homcc mes, échappera-t-elle à celle de Dieu (1)?» Ici , Monsieur, Û s'agit des péchés secrets ; d'après Tertullien , il faut les déclarer , non à Dieu seul, mais aux hommes; dans sa pensée le salut est intéressé à cet aveu. Entendez présentement ses paroles comme il vous plaira i
(1) Piuroêque publicationem sui aut suffugere, aut de die ia diem diffère prasumo, pudoris magis memores , quam salutis : velut illi , qui ia partibut verecundioribus corporis contracta vexatione conscientiammedentium vilant , et ita cum erabeacentiâ sua pereunt........ Grande plané
emolomentum verecundiœ occultatio delicti pollicetur ; videlicet si quid humanae notitiae subduxerimus , proinde et Deum celabimus ? Tert. de Pœnit. Ed. Froben. p. 484.
SUR LA COTfFKSSION SACRAMENTELLE. 129
on d'âne confession publique et en pleine assemblée, on d'une confession secrète et au seul prêtre, peu m'importe : si Tertullien a exigé une confession publique , et en pleine assemblée , il en a donc exigé plus que nous , et il n'a pas voulu dispenser les pécheurs , comme vous faites , de se confesser du moins au prêtre ; s'il n'a exigé qu'une confession secrète , telle qu'elle se pratique parmi nous , le voilà donc entièrement dans notre sentiment. iflB '
Origène , qui a suivi de près Tertullien , com* paré les péchés secrets qui chargent la conscience, aux viandes indigestes qui chargent l'estomac, et dit qu'il faut avoir recours à la confession, pour rejeter avec nos péchés la cause intérieure de notre mal (1) ; il ajoute qu'il faut un grand discernement, pour choisir un médecin spirituel auquel on découvre les plaies de son âme , mais qu'après en avoir fait choix , on doit lui obéir en tout, même jusqu'à déclarer ses fautes devant toute l'assemblée des fidèles, s'il le jugeait à propos. Par où vous voyez, Monsieur , qu'avant de faire une confession publique , on en faisait auparavant une secrète, ail prêtre , et qu'on ne déclarait pas dans celle-là tout ce qu'on avait déclaré dans celle-ci.
Kemmtius s'est avisé ici de distinguer entre les péchés secrets et les péchés publics; il a prétendu que dans la doctrine (FOrttène les
«urne wiemmor!» fil^fr^jfrj « . M-
Ftoben. p. 599. . v*»**«-.a. ...j-r