‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 81 sur 87 · CHAPITRE SIXIÈME. 4Ô · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME. 4Ô

qu'une illusion de l'amour-propre; il espère pftMà sauver son nom de l'oubli, espoir qu'on peut nourrir encore après avoir renoncé au monde. Ces dépenses diminuent le bien que faisait la maison ; les dettes qu'elles lui occasionnent , sont un scandale, et quelquefois le germe de sa destruction.

Qu'ils emploient bien plus utilement et peur eux et pour l'Etat, le fruit de leur économie, en versant leurs épargnes dans le sein de la terre I Depuis quelques années , on s'est beaucoup occupé en France de l'agriculture ; dans plu* sieurs villes se sont formées des sociétés agronomes ; il a paru une foule d'ouvrages sur les moyens de nous procurer de plus abondantes récoltes; enfin, cette importante matière a excité -pendant quelque temps, un enthousiasme presque universel. Toutes nos recherches, sans rien changer à l'état actuel des choses, n'ont servi qu'à nous apprendre combien il nous restait à Caire, a Si l'on parcourt quelques-unes des provinces de la France , dit un auteur très estimé , on trouve non-seulement que plusieurs de ses terres sont en friche, qui pourraient produire des blés et nourrir des bestiaux ; mais que les terres cultivées ne rendent pas à beaucoup près, à proportion de leur bonté, parce que le laboureur manque de moyens pour les faire valoir (i). »

En effet, l'unique moyen de rendre nos champs plus féconds, c'est de faire à la terre des avances qu'elle rend toujours avec usure. Mais les grands propriétaires , attirés et retenus dans nos villes par les jouissances du luxe, dédaignent les détails de l'économie rurale , et ne connaissent leurs terres que par les rapports qu'elles leur donnent avec des fermiers qu'ils foulent pour fournir à un faste ruineux. Comment attendre des améliorations de ceux 'qui se refusent même à l'entretien et aux réparations les plus indispensables ? Tirant tout des campagnes, et n'y reportant rien. Us dessèchent, pou/ ainsi dire, le sol qui les nourrit*

Pour faire des avances à la terre et les placer d'une ma-

(1) Voyez le Dictionn. Encyclop. au mot Agriculture.

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tiière intelligente et avantageuse, il faut aimer la campai gne ; il faut l'habiter , pour en connaître les besoins et les ressources : telle est la position des religieux. Attachés en Quelque sorte à la glèbe, et fixés au milieu de leurs possessions, ordinairement ils lf» font valoir eux-mêmes, ou ils surveillent l'administration de ceux à qui ils en ont confié la culture. Comme il ne leur est plus permis d'étendre leurs domaines, ils s'efforcent de les rendre plus fertiles : oppo-r ser une digue au débordement nuisible d'un étang ou d'une rivière, dessécher un marais, ou défricher des landes, voilà les objets de leur utile ambition. Leurs maisons sont donc autant d'écoles pratiques d'agriculture, répandues dans nos provinces pour la richesse de la France (*)*

(1) « Depuis longtemps, en France, on ne voit de domaines supérieufement cultivés, fournis d'habitations convenables et d'habitants laborieux^ que les domaines des Ordres religieux, surtout des grands propriétaires, tels que les bénédictins , les bernardins , les chartreux , etc. Gela seul 9 indépendamment de la reconnaissance qu'on leur doit et de l'utilité de leur profession , devait les mettre à Tabri de la destruction épidémique qui les poursuit. Il me semble qu'avant de procéder à l'abolition d'un Ordre monastique , il fendrait examiner d'une manière impartiale, si son existence est paisible ou avantageuse à l'Etat ; ai les biens dont on dépouillera ces moines , tomberont en de meilleures mains ; si leurs possessions seront mieux cultivées $ si, dans les cantons qu'ils habitent, les pauvres' seront mieu£ secourus par de nouveaux propriétaires, soit laïques, soit ecclésiastiques. Je laisse à l'écart, comme on voit , l'intérêt de l'Eglise et de la Religion ; ces objets-là n'entrent guère (aujourd'hui dans les considérations politiques* N'envisageons , dans toutes les suppressions feites ou à faire , que le bien physique et temporel ; quel sera* t— il ? Qu'y gagneront le prince et l'Etat î Quelle qu'en soit la destination, elle n'enrichira ni n'embellira les campagnes; Gomment seront administrés tant de riches établissements monastiques ? car il y en a, je Favoue , de nombreux et de considérable* Comment seront entretenus ces vastes bâtiments construits avec tant de solidité' , ces magnifiques temples du Seigneur , ces belles fermes peuplées d'ouvriers et de cultivateurs? Que tout cela soit livré à des établissements militaires , à des fermiers du do? maine , a des abbés commendataires , à qui l'on voudra , nous{y trpnr

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