‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestant (volume 3)Chapitre 82 sur 87 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Ces corps permanents se consolent des efforts et des sacri fien qu'exigent ces travaux longs et dispendieux, par la certitude d'en jouir. Aussi, dit l'Ami des hommes, « il est passé en proverbe, que les bénédictins mettent cent sur un champ pour lui faire produire un (1). » Les avances qu'on fait à la terre sont un bienfait pour la patrie, parce qu'elles multiplient la subsistance des citoyens; les ouvrages des religieux occupent une multitude de bras, répandent l'argent , et favorisent la population , véritable mesure de la prospérité des empires.

Un voyageur instruit, traversant les campagnes, distingue à leur culture la classe de leurs propriétaires. S'il rencontre des champs -bi en environnés de fossés, plantés avec soin, et couverts de riches moissons ; ■ Ces champs, dit-il , appartiennent à des religieux. » Presque toujours à coté de ces plaines fertiles , une terre mal entretenue et presque épuisée, présente un contraste affligeant ; cependant la nature du sol est égale, ce sont deux parties du même domaine ; on voit que cette dernière .est la portion de l'abbé commenda taire.

Dans quelques mains que soient les biens monastiques , ils sont affectés an soulagement des malheureux. Sans établir ici de comparaison , voyons comment cette dette est acquittée parles monastères. Quand on oublierait ce que

«nwn bientôt que lis champs où fia Troie, Jetons les yem sur les ferres d'une abbaye quelconque. Quelle différence énorme entre la même abbatiale et la mense monacale ! La première a souvent l'air du patrimoine d'an dissipateur ; l'autre est comme an héritage où l'on n'épargne rien pour l'amélioration. Je ne plaide point fci la «rase des moines : je plaide celle de toutes les cultures, de ton) les propriétaires, des pauvres, du travail et de la population. Remua tocs on moment Virgile , Varna , Colametle ; employons-le» comme expert* dan* l'examen de nos campagnes. Ils riront, comme païens^ de nos institutions monastiqt ils combleront d'éloges , comme économe* et cohivaleurs, les enlanls do saint Bruno, de saint Bernard et de saint Baonk. »OSuire* de M. lemarqui* de Pompigoan.

(1) L'Ami des Homme* , chip. 3.

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bous croyons avoir prouvé , que les religieux sont également utiles à l'Eglise et à l'Etat, ils resteront encore hommes et citoyens. Nés pour la plupart de parent» peu fortunés , ils trouvent dans les cloîtres* des ressources que ne leur offrait pas la maison paternelle. Les places monacales sont pour eux ce que les commences sont pour la noblesse ; en sorte que les revenus monastiques tournent an profit de toutes les classes de la société , c'est un patrimoine commun. A l'abri du besoin, chaque religieux sollicite des secours pour sa famille indigente; et presque tous les corps, comme la congrégation de Saint -Maur et celle de Ciuny, ont des fonds destinés Ô cet usage respectable. Le pauvre n'est jamais refusé à la porte des maisons religieuses ; les unes, tous les joartf, les antres , plusieurs fois par semaine , font d'amples distributions de pain (f). Combien déjeunes gens sont élevés dans nos collèges à leurs dépens î

Mais c'est surtout leva des accidents qui affligent les campagnes, qu'éclatent te zèle et la charité des religieux. Un orage vient de détruire toute espérance de moisson > un village a été la proie d'un cruel incendie; pères des laboureurs, ils s'empressent de les soulager, en distribuant aux uns des matériaux pour rebâtir leur habitation, aux antres des grains pour ensemencer leurs champs et pour lei nourrir jusqu'à la récolte prochaine. C'est un prêt pour ceux qui peuvent rendre , c'est un don pour les malheureux. Parmi une foule de traits de cette nature, connus de nos lecteurs, nous en citerons un, trop authentique et trop honorable à l'humanité pour nous refuser au plaisir de le transcrire. En 1781 , le territoire de la ville de Saint-Maximia, en Provence, fut dévasté par un ouragan terrible : nonrseulement on ne recueillit rien, les vignes et les oliviers forent frappés pour plusieurs années* Xan^iaqne SaintMaximin réela»

(1) Les chartreux de Paris donne* huit cents livres <fe pain par se» maine. Pendant cet hiver fes aumônes ont été augmentées dans tontes les maisons religieuses (17S&) : leurs fermiers distribuaient Jes secours ans habitants de la campagne ; et pour fournir à des besoins extraordinaires, plusieurs communautés ont ajouté à ht rigueur de leur abstinence.

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Usait les secours delà province, tandis que la province eUe-méme implorait les bontés du roi, les dominicains consumaient leurs épargnes à réparer des malheurs qu'ils avaient déjà partagés sur leurs domaines et sur leurs dîmes. Le monastère renvoya plusieurs de ses membres dans d'autres maisons , afin de secourir plus d'infortunés. Touchée de ce dévouement digne des plus beaux siècles de l'Eglise, l'assemblée des Etats de la province en a consigné le témoignage dans ses cahiers, a La ville de Saint-Maximin ne compte- t-elle, pas au nombre de ses bienfaiteurs, une communauté de religieux dont la fondation signala la piété d'un de nos anciens souverains, et dont la célébrité tient plus aux vertus pastorales qu'elle exerce sur tout un peuple, qu'à ses richesses? Les greniers de cette maison ont été ouverts à la misère du peuple; des distributions de pain» des secours, manuels ont été prodigués à la porte du doitre» Avec quel empressement chaque religieux ne s'èstâl pas privé de son vestiaire, pour en soulager les familles?» Ajoutons encore un fait quipnoujfc que les religieux sont aussi bons citoyens que bienfaiteurs éclairés, A la naissance du pjçince qui a comblé l'espoir du roi et les vœux de la nation, «les augustwsde la ville de Montmorillon^ dans le haut Poitou, outre les prières publiques et les marques de réjouissance qui ont eu lieu partout,, ont cru devoir plus

Crticuldèrement signaler ce hienfait du ciel, en payant de u& deniers, suivait 1$ rtoe des collecteurs, la quote-part des, tailles et corvées de. cent dix-neuf pauvres familles , tant.de Montmorillon que de Comiae,(l)..»

Aujourd'hui que les déclamations contre les religieux sont UAMureelle* (fl f il* est étonnant qu'ils ne leur oppo-

ty) GazeU^de, France , fl° $ ^ 1783„

(2) Voici ce qu'on lit dans la nouvelle Encyclopédie méthodique su mot Bèze : « Abbaye de France^ en Champagne , où. quatre Cénobites consomment 100,000 liy* de renie aux yeux d'un village famélique. On ne t'aperçpit, que trop de sa richesse dévorante , a l'indigence extrême et au délabrement du bourg; de même nom , dans lequel elle est située ;' il semble que le fer et le feu y aient passé ; les terres , Tes près , les toi* , tout est aux religieux, y

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sent pas un recueil de leurs actions de charité et de patriotisme : la calomnie serait réduite au silence; et, dans ce siècle philosophe9 les religieux feraient le plus bel hymne h la bienfaisance*

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