‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestantChapitre 11 sur 22 · Cor · texte numérisé non relu

Cor

Je trouve d'abord dans la première Epître aux Corinthiens , qu'il y a des fidèles qui se sauveront en passant par le feu], ou , pour ne rien ajouter au texte , qui seront sauvés comme par le feu (1) ; c'est-à-dire , ils se sauveront comme ceux qui , se trouvant enveloppés dans un incendie , ne peuvent échapper aux flammes sans en sentir la pointe et sans être endommagés ou dans leurs habits , ou dans leurs cheveux , ou dans quelque partie extérieure plus exposée à l'activité du feu. Et qui sont ceux qui se sauveront de cette sorte ? ce sont , dit l'Apôtre , ceux qui après avoir établi Jésus-Christ pour fondement , bâtissent sur ce fondement avec du bois, de la paille et du chaume; c'est-à-dire ceux qui croient en Jésus-Christ, qui lui sont unis par la charité , mais qui cependant ne laissent pas de mêler beaucoup d'imperfections à leurs œuvres.

Vous l'avouerez. Monsieur > c'est là le sens le plus naturel qu'on puisse donner aux paroles de l'Apôtre ; il suffît de les examiner de près pour voir que je n'ajoute rien à sa pensée. Yoilà donc des gens qui seront sauvés, mais qui ne le seront qu'après avoir souffert quelque peine : toute la difficulté est de savoir s'ils souffriront cette peine durant la vie présente , ou s'ils ne

(1) Ipse autera salvus crit » sic tamen quasi per ignera. 1 . Cor. 3, 13«

SITR LE PURGATOIRE. 283

la souffriront qu'après la mort : l'Apôtre décide la question au même endroit ; car , après avoir parlé de deux ouvriers, dont l'un érige un superbe édifice qu'il enrichit d'or , d'argent , de pierres précieuses , et dont l'autre ne bâtit qu'avec du bois , de la paille et du chaume, il ajoute que, le jour du Seigneur fera connaître r ouvrage de Vun et de l autre ^ que le feu en fera répreuve , que celui dont t ouvrage subsistera sera récompensé , que celui dont V ouvrage sera brûlé souffrira de la perte; quùil sera néanmoins sauvé lui-même , comme en passant par le feu (1),

Quoi de plus clair, Monsieur, ce jour du Seigneur peut-il être autre que le jour où le Seigneur examinera et jugera les œuvres de chacun? Or , ce jugement ne se fera-t-il pas seulement après la mort ? la peine , dont il est ici parlé , ne peut donc s'entendre des afflictions de cette vie; donc, le juste imparfait souffrira quelque peine après la mort, peine passagère, puisqu'après l'avoir soufferte, il sera sauvé.

Cette explication n'est-elle pas la plus naturelle? ne s'appuie-t-elle pas, comme vous voyez, sur ce qui précède immédiatement le texte ? mais je vais plus loin , et je dis que de plus elle est autorisée par le témoignage de saint Augustin , et de la plupart des Pères de l'Eglise. Car , quoique saint Augustin ait cru pouvoir expli-

bit

si cojus opus arserit , detrimentum patietur : ipse taraen quasi pcr igncm. 1, Cor. 3. 13,14, 15.

qner le feu dont il est ici parlé , de la douleur que ressent l'homme juste par la perte affligeante de quelque bien temporel auquel il avait trop d'attache ; ce Père , bien loin de rejeter le sens que nous donnons au passage de saint Paul , y a lui-même formellement recours dans sa paraphrase sur le trente-septième Psaume : ce On ne se met pas beaucoup en peine de ce c< feu , dit le saint Docteur , parce que le salut ce est assuré à celui qui passera par ce feu ; ce mais il faut bien se rappeler que la douleur ce causée par ce feu sera plus grande que toutes ce les douleurs dont l'homme peut être atteint ce dans cette vie(1). » ce Seigneur, dit-il au ce même endroit , en s'adressant à Dieu , purice fiez-moi dès cette vie , et rendez-moi tel que ce je n'aie pas besoin de passer par le feu desce tiné à purifier les âmes (2). »

Saint Ambroise (3) , saint Jérôme (4) , saint Grégoire (5) , Origène (6) , et plusieurs autres adoptent la même explication; je m'abstiens de rapporter leurs paroles , pour ne pas vous fa-

(1) Quia dicitur , s&hus erit, contemnitur ille iguis, gravier tamen erit quim qaidquid homo potest pâli in hac vitû. lu Psalm. 57. T. 8. Edit. Frobeo. p. 513.

(2) In hac vilâ purges me et talem me reddas, cui jam emeodatorio igné non ait opus. Ibidem.

(3) Ambros. io Psalm. 118. Tom. 1. Edti. Paris. Aqd. 1686. pag. 1225.

(4) Hieron. in ultimis verbis super Isaiam , T. 3. Ed. Mart. p. 516, Item in lib. 2. contra Jovin. ultra médium* Tom. 5. Edit. Martianai, pag. 215.

(3) Gregor. lib. 4. Dialog. cap. 39. Tom. 2. Edit. Paris. Ann. 1675. pag. 292.

(6) Orig. hom. 14. in Leviticum. Ed. Veleris , f. 79-B. Item. Hom< 12. in Jeremiam. f. 138-B.

liguer par de longues et nombreuses citations ; mais le soin que j'ai de citer l'édition , le tome et la page oii Ton trouvera ce que ces Pères ont pensé sur ce sujet , peut vous répondre de la conformité de leurs sentiments avec le nôtre : en tout cas , Monsieur , s'il vous prenait envie d'en douter, rien ne sera plus aisé pour vous que de vous en assurer. Ce sera l'affaire d'une prompte discussion ; je m'offre à vous en abréger la peine; il n'y en aura d'autre pour vous que de jetter un coup d'œil sur chacun des endroits que j'aurai soin de vous présenter.

Qu'on cesse donc de nous reprocher, comme on fait, upe disette absolue de preuves tirées de l'Ecriture propres à établir la créance du Purgatoire ; s'en peut-il une plus complète que celle que nous fournit ici le texte de saintPaul?n'y estil pas parlé d'une peine passagère soufferte après la mort par celui qui sera sauvé? à quoi bon recourir ici à la métaphore ? pourquoi ne pas s'en tenir au sens littéral tel qu'il est présenté par le texte , au sens reconnu et adopté par les plus savants Pères de l'Eglise, au sens qui justifie parfaitement la pratique de la prière pour les morts , comme la prière pour les morts le justifie parfaitement à son tour? un sens si bien établi ne sera-t-il pas toujours infiniment préférable à tout autre ?

llr PflEUVB TIRÉS DU PASSAGE DE 8AIHT MATTHIEU >

Le texte de saint Mathieu où il est dit : Si quelqiiun pèche contre le Saint-Esprit , il rij aura point de pardon pour lui, ni en ce siècle, ni en t autre (1) , ne prouve pas moins solidement l'existence cTun lien d'épreuves ; car voici comment nous raisonnons : dire qu'il y a des péchés qui ne se pardonnent ni dans ce siècle, ni dans le siècle à venir , n'est-ce pas supposer manifestement qu'il y a des péchés dont on pourra dans le siècle à venir obtenir le pardon? Celui qui dirait : Le roi ne fera grâce du duel, ni à Tannée , ni à Paris , suppose bien certainement que le roi accorde dés grâces à Paris et à l'armée; à quoi bon parler d'un pardon dans le siècle à venir , si dans le siècle à venir il n'y a point de pardon? Ne serait-il pas ridicule de dire que l'empereur ne permettra pas jamais l'usure ni dans l'empire , ni en Alsace ? mais ne serait-il pas très sensé de dire que l'empereur ne permettra jamais l'usure ni dans l'empire, ni dans ses pays héréditaires ? La raison , Monsieur t vous la voyez , c'est parce que l'empereur a des permissions à donner et des défenses à faire, dans ses pays héréditaires comme dans l'empire , au lieu que n'ayant aucune puissance en Alsace , il n'a rien à y per-

(1) Qui dixerit verbum contra Spiritum Sanctum . non remittetur ei , neque io hoc saeculo , nequein futuro. Matlh. 12. 52.

mettre, ni à y défendre. Or, le Sauveur dit que le péché contre le Saint-Esprit ne se pardonne ni dans ce siècle , ni dans le siècle à venir; donc il faut qu'il y ait des péchés qui se pardonnent dans le siècle à venir : Us ne se pardonnent certainement- pas en enfer; car en enfer il n'y a pas de rémission : ils ne se pardonnent pas non plus en Paradis , Car rien de 'souillé n'entrera dans le royaume des cieux: donc \l faut qu'il y ait un troisième lieu où Ton puisse obtenir la rémission de quelques péchés.

Le sieur Dannhauer a cru pouvoir éviter la force de ce raisonnement , en disant ce que l'excc pression du Sauveur signifie uniquement que ce le péché contre le Saint-Esprit ne sera jamais remis pendant toute l'éternité (1 ); » et pour justifier cette explication , il remarque que c'est en ces termes que saint Marc énonce la pensée du Sauveur (2).

J'avoue , Monsieur , qu'un péché qui ne se remettra ni en ce monde ni eh l'autre , ne se remettra jamais pendant toute l'éternité, et qu'un péché qui ne se remettra pas pendant toute l'éternité, ne se remettra pas non plus ni dans ce siècle , ni dans le siècle à venir. Mais s'ensuit-il de là que ces deux expressions soient équivalentes , et qu'elles puissent être employées dans les mêmes occasions ? non Monsieur , lorsque le Sauveur s'apprêtait à laver

(1) Phant. 12. Hodomoriae. Ed. Arg. 1653. p. 1054. (*) Qui autem blasphemaveril in Spiritual Sanctum, non hibebit rcmissionem in acternum. Marc. 3. 29.

les pieds à saint Pierre, cet Apôtre voulant marquer la répugnance qu'il avait à le souffrir , lui dit : Seigneur y il ri arrivera jamais que vous me laviez les pieds (1 ) ; cette manière de s'exprimer , à ne considérer que les paroles , n'avait rien d'extraordinaire, ni de contraire au bon sens ; mais si Pierre eût dit : Vous ne me laverez les pieds ni dans ce siècle, ni dans le siècle à venir, l'expression eût été vraiment extravagante; pourquoi? parce qu'elle eût supposé qu'on se lave les pieds dans le siècle à venir. En effet, Monsieur, posez le cas qu'il serait encore d'usage de se laver les pieds après la résurrection générale, dès-lors vous sentirez qu'il eût été libre à Pierre de se servir de cette expression , et qu'elle eût cessé de paraître ridicule ; ce qui fait voir évidemment que saint Mathieu inspiré par le Saint-Esprit n'a pu s'exprimer comme il a fait , sans marquer clairement qu'il se fera une rémission de péchés dans le siècle à venir.

Quoi qu'il en soit, Monsieur, de la remarque que je viens de faire , je ne crois pas que nous puissions passer pour imprudens , en préférant leslumières de saint Augustin (2), de Saint Grégoire (3), de saint Bernard (4), de Bede (5), de Raban Maure, à celle du sieur Dannhauer;

(1) Non lavabîs mihi pedes in sternum. Joan. 13. 8.

(S) Aug. lib. 91. de Civil. Dci, c. Î4. T. 5. Ed. Frob. p. 1309.

(3) Greg. lib. 4. Dial. c. 39. Ed. Paris. An. 1675. p. 292.

(4) Bern. Hom. 66. in Cant. T. 1 . Ed. Mabillon. p. 1498. N. S.

(5) Bed. in c. 3. Marci. lib. 2. Inst. Cler. c. 44. T. 6. Ed. Col. apud Aoi. Eherai* p. 37.

SDH LE PURGATOIRE. 289

ce sont eux qui nous ont appris à raisonner comme nous raisonnons sur lie teste de saint Mathieu; s'il y a du faible daa^^e raisonnement , ces pères avaient bà^-flfltant de pénétration et de solidité d'esprit pour le découvrir que n'en a pu avoir votre professeur. Ainsi, puisque notre raisonnement a été goûté, approuvé, employé par ces grands hommes, ne trouves pas étrange que nous le regardions comme à couvert des subtilités de vos ministres. Nous avons d'autant plus de sujet de faire cas de ce raisonnement , qu'il .concourt parfaitement à nous faire voir un système suivi de la prière pour les morts , du besoin qu'ils en ont , et de l'effet qu'ils en ressentent.

IIIe PREUVE TIRÉE OU PASSAGE DE SAINT LUC , 1 2. 59.

Un troisième texte propre à établir la vérité du Purgatoire , et celui du douzième chapitre de Saint Luc t où il est dit : Je vous déclare que vous ne sortirez point de cette prison que vous ri ayez rendu jusqu'au dernier denier (1); car qu'elle peut être la prison dont parle ici le Sauveur? serait-ce une de ces prisons ordinaires où l'on peut être arrêté pour cause de dette , ou pour quelque autre sujet de mécontentement donné à son prochain ; mais quelle apparence que le Sauveur se soit mis en peine de donner des leçons sur des intérêts temporels,

(1) Neexactor te mitlat in carcerem ; Dico libi non exiet indé, donec etiûn DOYissinram minutum reddaa. Luc , 13. 59.

29Ô x OTiZIÉM LETTRE.

en avertissant de prévenir le daftger d'un long emprisonnement , hri cjoi a en soin de remarquer que leà ëàfants dn siècle sont beauoéop pins éclairés dans ces Sortes de tourtières ,. que ne le sont lés enfants 4lë kitaifetè sur les affaires de lètir &ahrt? Quelle a^pjterènce encore qu'il eàt parlé si âfff^rtnàtSvfehfcht «1 âteaat comme il fait an cihcfùièmè chapfc** àé saint Mathieu ; Je vois* le dis %ëti vèVitè , vous n'en sortirez pas y que vous itâjfcb rendu jusqù 'au dernier denier (t)«? 'Quoi donc? itié poorrak-il pas mi* ver qtje le maiheureu^ jeté <d"ans une prison , en échappât par adresse , ' 6u &bti&ts$on élargissement par le crédit de" qttelqûe puissant ami ? Que penser d'une menace si affirmative , sH Ae s'agit ici que d'un emprisonnement ordinaire? la possibilité d\in événement «contraire à la menace ne fait-elle pas voir que la menace eût été laite i'rrrprudemmettt en termes si assurés ? Il faut dàùt que là prison dont le jS&Qvçitr partie, soit chine lettre espèce • que lés prisons dètittatées* par l'autorité publique à punir des coupables ■ , on A >renfewner *des personnes *as- 'pèctés. DiW^voaîs , Moftsiew, cfue ic^st l'enfer ? je fcoitviëtts ^ne i'ëfafer ësttirieiréritable prison,; mais ïfe *Sa#vëh* 'parte »éT*m tient, d'où l'on ne écrira qu'aphès avdir acquitté ses «kites ; ce caractère ne peut convenir 4 fenferfomme vous le VdjyteTôtri-ijttiéhîe ; il fhut'donc que ce soit lePurgatoiite 'd'oà Ton sortira ^effectivement, mais d'où

(1) Amen dico tibi, oon qxies i|klè , 4onec rcdclas novissirtium qua «Irautem, Malih. 5. 26.

su* m puRGAToiaB, 291

i\m ne sortira qu'après avoir pleinement satisfait à ta justice divine.

Kenttiitius fait ici un* rejnarque dont il prétend tirer grand avantage : il observe ce que la c< particule , donec , jusqu'à ce que , employée ce dans le texte cité, ne marque paa toujours « le terme et la fin de l'objet dont il est parlé ; « mais qu'elle sert quelquefois i en marquer « la continuation et la perpétuité; par exem- « pie , 1 lorsqu'il est <Jit en saint Matthieu , que ce Joseph ne connut point Marie, jusqu'à ce ce qu'elle enfanta f (1) il ne s'ensuit pas, dit-il, ce qu'à Tait connue après qu'elle eut enfanté ; ce et lorsque Dieu -dit à Jésus-Christ parla bouce che de David : Asseyez-vous à ma droite , ce jusqiCà ce que faie mis vos ennemis sous ce <vos pieds (2) , il ne s'ensuit pas que Jésusce Christ cessera d'être à la droite de son père , ce après que les ennemis de Jésus-Christ auront ce été mis sous ses pieds; ainsi, ajoute Kern- « nitius , quoiqu'il soit dit : Vous ne sortirez ce pas de cette prison , jusque ce que vous ayez ce «payé même le dernier denier, il ne s'ensuit ce pas qu'il en doive jamais sortir (3).»

Nous sommes très obligés au ministre de «Sranswick d'une remarque qui vient parfaitement à l'appui de notre sentiment , car comme nous somme en droit de conclure de cette expression : Joseph ne connut point Marie jus-

(4) Matlh. 1. 25. — (3) Ps. 109. 1.

(5) Notum est particnlam , Donec , non semper «ignificare urminum , sedjçpiùs continualiooem et perpetuitatem. Kempit. 3. ParJ. Çiaro, p. «13. N. 10.

292 0NZ1ÈMB LBTTOB.

qiùà ce qu'elle enfanta , donc elle devait enfanter; et de cette antre de David : Asseyezvous à ma droite, jusqu'à ce que paie mis vos ennemis sous vos pieds , donc le. temps arrivera auquel les . ennemis de Jésus-Christ seront mis sous ses pieds, de même aussi sommes nous en droit conclure de ces paroles du Sauveur : Vous ne sortirez point de cette prison , jusqu'à que vous ayez acquitté vos dettes, donc les dettes seront un jour acquittées par celui qui est en prison ; et quand elles seront acquittées, il en sortira. Bien loin donc que la subtilité de Kemnitius affaiblisse notre argument , elle ne fait que lui donner un nouveau jour , et une nouvelle force.

Vous sentez, Monsieur, que la preuve du passage que je viens de discuter, ne manque pas de solidité , et si vous faites de plus attention que ce passage a été entendu par saint Cyprien , par Tertullien , par Origène , par saint Ambroise dans le sens où nous l'entendons , ne trouverez-vous pas étrange que messieurs vos ministres osent nous taxer de simplicité , parce que nous prétendons voir dans le texte cité les traces bien marquées du Purgatoire ; ne faut-il pas en effet que notre simplicité soit bien grande pour nous faire adhérer à une explication qui se soutient parfaitement d'elle-même , et qui de plus est autorisée par les plus savants Pères de l'Eglise ?

Voici comme s'exprime saint Cyprien :

« Autre chose est d'être arrêté en attendant le c< pardon , autre chose de parvenir d'abord à la

SDR LB PURGATOIRE. 293

ce gloire; autre est de ne pas sortir de la prison; ce jusqu'à ce qu'on ait payé le dernier denier , ce autre chose de recevoir d'abord la récom- « pense de sa foi et de sa vertu ; autre chose ce est de souffrir de longs tourments pour l'excc piation de ses fautes , et d'être purifié par le ce feu , autre chose d'avoir effacé tous ses pécc chés par le martyre (1).» Tertullien enseigne en termes exprès que» par la prison dont il est a parlé dans l'Evangile , il faut entendre les ce lieux souterrains où sont reléguées les âmes, ce et par le dernier denier les petits péchés ce qu'il faudra y expier en attendant la résurreccc tion(2),De même, dit saint Ambroise, qu'en ce allant aux bains on donné une pièce de monnaie ce pour avoir droit de se baigner et de se laver, ce de même aussi faut-il ici payer la pièce de ce monnaie dont on se trouve encore redevable, ce pour effacer les taches du péché , ce qui se « fait en souffrant les peines qu'on a mérice tées (3),»

Pour ce qui est d'Origène , il serait assez

(!) Alîud est ad veniam store » alind ad gloriam pertenire ; alind mis» sum in carcerem non exire indè , douée sohrat noyi&simum quadrantem , alind statim fidei et virtulis accipere mercedem ; alîud pro peccatis longo temporp cruciatum emendari et purgari dia igné 9 ah'ad peccau omaia pasaione purga&se. Lib. 4. Ep. S. Ed. Frob. p. H 5.

(S) Carcerem illum quem Evangelium demonstrat, inferos intelligimûs et novissimum quadrantem tnodicum quoque delictum morâ resur* rectionift illic luendum interpretamur. Tert. lib. de anima, Ed. Frobeo.

pag. 689.

(3) Quadrantem in balneis dari solere reminiscimur , eu jus oblatione , ut illic unusquisque lavandi accipit facultatem v ita hic accîpit eluendi , quia uniuscujusque peccatom eluitur 9 cùm lantliu exercetur noxiis posais, ut commissi supplicia orroris expendal. Àmbros. in c. 12. Lues. T. S. Ed. Paris. An. 1686. p. 1448. N. 158.

inutile de rapporter ses pardktej puisqu'on ne fait auéune difficulté de convenir qu'il est absolument pour hous y mais je rie puis mettipècher de rapporter la répbnfce qâe fait Kemnitius au texte de saint Amtooiëe. tt Considère , ce dit ce minisire 4 à quelles puérilités et à ce quelles iiieptiei s'est laissé aller Ambroise ce en voulant établir le Purgatoire sar le pasce sëge dé saint Lue. (1),^ C'est ainsi que cas messieurs traitât lés saints Vêtes > quand ils les trouvent d'un serttimeo* amtrarire nu leur ;leà pensée* les plus spirituelles dont les Pères se servent pdur expliquer le véritable sènë des - Ecritures s et jjoér faire comprendre la créante générale dé l'Eglise 4 ne sont plus que des extravaghaées * des puérilités $ des inepties. Peutil être pernkia de traiter si indignement ceux que le (christianisme a constamment révérés comme ses maitèes y et qui ie sbnt fait un nom si respectable par la sainteté de lettr vie, comtfie par la profondeur de leur érudition ?

Seig rieur , dirat-je , ici volontiers avec le Prophète, rendez muets ceux qui cherchent à abuser de la simplicité des peuples ^ en parlant un langage plein défaite, rf orgueil y dé tùffîfàftàè et de présomption* Muta fiant labiadolosa^ quee loquuntur in stipeirbîâ et tri ttbasîôhe{T). Pâfdôrinez-môî , Monsieur, cette petite vivacité ; ôh n'est, pat toujours d'htimeur à tout soûflHrj et

(i) CdDsîdçtt quarto i qt^Wpiic^twiti^tiàrtettir^tti-uscxillolotpi Purçatoriwn. & 9m. B*am. Ètf . Frartcof. p. fl*. N; 30*

(S) Psalrn. 30. 19.

sua m FpB$A?$pff , 295

il y a A& exçè$ qs?w ?is fl^ut , <sç ^dispe^çç cfô

IV^ PttEUTO HlR#B PU #ft$ft*$S SB &UPO(m.Xfl&Ç ,

Mais avai^çotia dans la ttefhwche ifas preuve^ ptofbre* à foiré \tok ccwobiea ^« a tifft 4e pona reprocher le silence de tEeriiqre 3UT Jfe 4agW0 ohi Purgatoire. Ntajsfeil pMji&jaqgtopftre vingtunième de ÏÀpocalypse q&* riam de souillé ritentrercù datas iè rûyaumo des GiftU$ (I) ? c'est donc un article de £oi'f>^il>;&At être pur et exempt de teinta* taches : p&i* pouvoir y entrer! or., le péché verçiel #>* tp^e iaç&e; Cfff, quoiqu'il ne fasse pàef perdre Pap^tié 4$f H&m * il ne laisse pas d'être une action répréhwsiWe qui loi déplaît^ et à^-^m^SWi gff^m» espèce de souillure qui ter^hilm^n^^iV^^^QÏ^ donc- m ob&ittcle lèJa posaeftjÎQtf dft J&e» , tant que cétfe *»ch« ntesfc gtt* ^flfepéft;: pr^ , iwn&ea dechrefiins *i»prf3 pttr la jdwrëH^nft jq»$P *«ent en le temps bu la rotaté rftespwr ip*p 1» p&fr tende tas péchés FeûfaU fdwit il* se trouvent coupable*!? .Le .&£q. «ft *Htr*l pfle <$& l§ juste taïnhe j risqua •4ofivftà9-<ffi^p!m% ($| Vapft** saint Jasqrér a'ajaiM#(>t4l p?$ !qq$ mms wonçhqw tous teihe&œdupifejwlirt* ?c(£) et certes, Monsieur^ opjoi de pl#s fréquent ftignip dans

(1) Non inlrabit ia eam aliquod coioquiaalum. Apoc. 21 . 97, (S) Septiftfftdet Jus Vus. Psov. 3*. 16, . (5) la mulUs offendimus omae*. Jaceb. 3. 9»

les gens de bien, que de petits mouvements d'impatience, de légères négligences dans le service de Dieu , des sentiments de vaine complaisance , des jugements trop libres et trop précipités sur le sujet du prochain, etc. ?... Direz-vous que ces sortes de péchés méritent la damnation éternelle ? si vous le penses ainsi, les idées que nous avons de la bonté et de la justice de Dieu ne s'accorderont pas avec les vôtres, et vous ne pourrez je crois le trouver mauvais; si vous prétendez au contraire que ces sortes de fautes ne peuvent retarder la félicité de l'âme, dès-là même vous témoignez que que vous ne faites pas assez d'attention aux paroles <jie saint Jean , qui assure très expresse* mëdfc^^ptre rien de souillé n'entrera dans le ro^aWïie des Cieux. * •'

Le sieur Dannhauer dit a que les péchés ce véniels peuvent être effacés au moment même ce de la mort du juste , comme as le sont à la « mort de celui qui souffre le martyre|(l ),»

je l'avoue, Monsieur, il n'y a là aucun inconvénient insurmontable , tout dépend ici de la volonté de Dieu, mais en est-il effectivement ainsi ? Dieu accepte-t-il la mort du juste comme une espèce de satisfaction pour tous les péchés véniels dont le juste se trouve coupable ? où bien ces péchés lui sont-il remis gratuitement dans ce moment en vue des mérites de Jésus-Christ? c'était au sieur Dannhauer à

(1) Potcst purgari in ipso mortîs momento , ad eum modum quo pnrgantur martyres ab igné Pargatorio tuti. Dannh. in Pliant. 12. Hodoipo- Xix. EJ. Argent. [>. 1033.

SUR LE PUBGATOIRB. 297

nous prouver le fait , et non à nous parler de la simple possibilité. Or, je ne crains pas dé Tassurer , il eût été bien plus difficile pour lui de trouver sur ce point des preuves concluantes dans l'Ecriture, qu'il ne Test pour nous d'en fournir sur l'existence d'un troisième lieu.

y* PBBUTB TIRÉE OU PASSAGE DES ACTES DES APÔTBBS,

L'apôtre saint Pierre dit au deuxième chapitre des Actes des Apôtres, que Dieu a ressuscité Jésus-Christ , après que le divin Sauveur eut dissipé les douleurs de F enfer (1), ce qui nous donne sujet de demander quelles, peuvent être les douleurs de l'enfer dissipées par**W»us- Christ ? seront-ce celles que souffrent les âmes damnées? non certainement; car Jésus-Christ n'a délivré aucune âme damnée à sa descente en enfer , et il est de foi que leurs douleurs ne finiront pas ; il faut donc que ce soient les douleurs souffertes par les âmes justes en expiation de quelqçes restes de péchés , et ce ne pteu vent être que les peines du Purgatoire dont Jésus-Christ délivra effectivement les âmes qui y étaient détenues.

Je n'ignore pas , Monsieur , que le texte grec diffère du texte latin , en ce qu'il ne parle que des douleurs de la mort (2), et non des douleurs de l'enfer; mais il faut que le texte

(1) Quem Deus suscilavit solutis doloribus infcrni. Acl. 2. 24* (î) Aûcias tic wSrvaç TÙy-ravirov. Act. 2. 24.

grec ait été altéré; eaf les paroles dont je lire ma preuve * sont rapportées par les anciens Pères grecs et lâtin$ ^ comme elles se trouvent aujourd'hui dans notre Vtilgftte. CPëst ainsi qu>iles sont citées au commencement de TEpitre de saint Polycarpe (1) qui vivait du temps des apôtres ; saint Augustin en parle en plus d'uq endroit (2) et toujours en supposant les paroles telles que n0us les citons. Saint Epiphane enseigne positivement ce que Jésusce Christ descendant au* enfers, délivra ceux ce qui sans s^écarter de la foi avedent péché ce par ignorance (3). *, Le teste syriaque s'accorde fort bien avâc le tg$te de notre Vulgate ; dijfc q$B fe Sçtiweur & rompu les liens tiË&Êjfar&h *W ça? «rifrt Pierre ajoute immédiatement après en citant les paroles du quinzième Psaume : Vous ne baisserez point mon âme en ertfer (5), ne sept p?$ peu à faire voir la justesse 4e notre citatiofc. Ainsi , Monsieur , notre texte est suffisamment justifié , et la preuve que nous cm tirons pour en inférer l'existence du Purgatoire , n'est point si faibl£,

ni si œjéprisab|e quVn voudrait bien vous k faire accroire.

il) Ep^oLyc. Gotielieri T. ». Eg, Àntuerpi p. 184. (à) Âugust. £p. 99. ad Evodium, Tom, 2. Ed. Froben. pag. 437, flèrife lf>. 48. de fcenesi ad litt. c. 33. T. 3. fed. Frob. p. 702. $) Kpipb. «le Tat. fcfcretû J. i . Ed. Pet. p. 294.

(4) Solutis ïunibus inlierni.

$5) Qubnîara qui derelinques animam menm in inferno. Ps. 15. 10.

iie PfcÊÙTtf TtttfÊ DE L'ÉPlTftÊ AUX PHILIPPINS ,

Vous trouverez de plus , Monsieur , que cettç preuve reçoit une nouvelle force du passage de saint Paul , où il est dit qu'au nom de Jésus tout genou Jlêchit dans le ciel , sur x terre et dans les enfers (1), ou, comme il est dit par le texte original : dans le dely sur la terre et sous la terre; cafr qui sont ceux qui étant sous terre . fléchissent le genou au nom de Jésus ? sont-ce les démons ? sont-ce les âmes damnées ? vous avouerez , • Monsieur , que ni les uns ni les autres ne sont guères portés à donner des marques <Je leur vénération pour cet adorable nom. il serait beaucoup plus naturel de dire i qu'ils tremblent , qu'ils frémissent et qu'ils éclatent en blasphèmes au souvenir aun nom, qui bien loin de leur tracer l'idée d'un aimable Sauveur , leur présente l'image d'un jugé impitoyable : il n y a que de bonnes âmes pénétrées dp reconnaissance pour le bienfait de la rédemtion, qui puissent bénir et respecter ce pqift jusqu'à fléchir le genou en l'entendant prononcer. Si c'est dans des lieux souterrains qu'elles le font, comme l'Apôtre nous en assure, quels peuvent être ces lieux si ce n*est le Purgatoire ?

Je m'asbtiendrai , Monsieur , de rapporter un

(1) Ut in nomint Jesu dmne gcnu ficelai ur cœleslium , terresiriuro et tnTeruorum. Miiï. $.10.

plus grand nombre de preuves tirées de l'Ecriture , propres à établir et à justifier la créance du Purgatoire , non qu'il y en ait encore d'autres dont on puisse faire bon usage , mais cellesci me paraissent suffire pour le dessein que je me suis proposé , pour faire voir que l'Ecriture n'est pas sur le sujet du Purgatoire aussi muette qu'on se le figure chez vous. ^a Tradition autorise l'explication que nous donnons aux passages cités; et les passages' expliqués comme nous les entendons , justifient parfaitement l'usage constant de la prière pour les morts ; de sorte , Monsieur , que vous voyez ici un accord parfait entre le dogme et la pratique /entre la doctrine enseignée de vive voix par les apôtres et les' instructions consignées dans leurs écrits. ' Réfléchissez, s'il vous plaît , sur la manière dont nous raisonnons ici de part et d'autre, et vous verrez que c'est avec un avantage fort inégal. Vous avancez deux propositions qui sont également contestées ', et nous en avançons deux qui sont également incontestables. Voici votre raisonnement: L Ecriture, dites- vous, ne fait nulle part mention du Purgatoire , donc H'rCjr en a point. Nous nions d'abord qu'il ne soit fait dans l'Ecriture aucune mention du Purgatoire, et je crois en avoir fait voir des indices bien marqués : nous disons en second lieu que quand il ne se trouverait rien dans l'Ecriture qui prouvât la vérité du Purgatoire , il nous reste encore pour nous en assurer , la voie de la Tradition qui nous a transmis la doctrine enseignée par la bouche des apôtres.

SUa LB PURGATOIRE. 301

Vous croyez vous-même plusieurs articles, dont il ne se trouve pas la moindre trace dans l'Ecriture ; c'est aux Livres saints que vous en appelez sans cesse , c'est dans les livres saints que vous nous envoyez puiser des preuves en faveur du Purgatoire; or, ces livres, comment savez vous qu'ils sont saints , qu'ils sont divins , qu'ils renferment la parole de Dieu , si ce n'est par la Tradition constante de l'Eglise qui vous en instruit , et vous en assure ? Combien d'autres points qui sont reçus chez vous sans aucun témoignage de l'Ecriture ? l'observation du dimanche au lieu du samedi , la virginité perpétuelle de la Vierge , le baptême des enfants , la nécessité de prononcer ces paroles : Je te baptise au nom du Père^ et du Fils, et du Saint-Esprit , et tant d'autres vérités importantes , pourriez- vous les établir par l'Ecriture? combien ne seriezvous pas embarrassé si on vous demandait de le faire? Je dis plus, les passages même qui prouvent la consubstantialité du Verbe, seraientils si absolument décisifs qu'on ne pûtles élqder ? s'ils n'étaient appuyés de la Tradition constante , et des décisions infaillibles de l'Eglise ? Aussi saint Basile enseigne-t-il ce que les çc dogmes reçus par la Tradition des apôtres , ce n'ont pas moins de force que ceux dont nous ce lisons la preuve dans l'Ecriture (1).» Saint

(1) Dogmata quœ in Eccleaiâ serontur ac predîcantar, parlim ex conscriptâ doctrine habemus , partirn ex Apoatolorum traditione ad nos deiata recipiraus , qtue utraqne eandem ad ptetatem vim habent , et neroo his coDtradicit , qui vel mediocrem sallem Ecclesiasticorom jnrium esperientiam habet. Basil de Spiritu Soncto. c. «7. EcK Frob. p. 598.

302 bNZfltafflS LETTRE .

Epipharie ajoute i * qu'on doit se servir de la n Tradition, parce qu'on ne trouve pas tout ce dans l'Ecriture , les apôtres nous ayant ente peigné certains points par écrit et d'autres et setdement de vive voix et par Tradition (1);» Ainsi , Monsieur, vous le voyez , rien de fias faîble ?<joe l'argument sur lequel on compte si Fort fchez vous, puisque Tune et l'autre des propositions dont il se compose est justement contestée , au contraire , tout ce qui entre dans le raisonnement que nous opposons au vAtre est également certairt et indubitable . ce On a toucc ^otirs prié pour les taorts , disons-nous, dans ce la vue de leur procurer du soulagement : ce donc on a toujours été persuadé de îexisct tenee du Purgatoire.» vLa vérité de fait renfermée dans la ptemiène proposition a été parfaitement démontrée , et je ne puis craindre qu'aucun esprit du caractère du vôtre puisse jamais la révoquer en doute; la conséquence que nous en tirons n'est pas moins évidente , puisqtf elle est nécessairement liée avec le fait si parfaitement établi; d'où il suit, ou que les chrétiens de tous les temps ont cru voir la vérité du Purgatoire bien marquée dans l'Ecriture , ou que s'il ne l'y ont par vue , ils ont estimé que la Tradition constante suffisait pour autoriser un dogme , ne fùt-il appuyé d'aucuno prouve de l'Ecriture. Le fait est que les chrétiens de tous les temps ont été persua-

(ft) TMcliiioM quoqu* opnsest, neque enim ex ScripturJ» peti postant amnit nldircù aiia scripto , traditions alia sanctissimi aposloH reliquerunl. Uxr. 61. quae est opostolicorum , Ed. Pctav. p. 511.

SUE LB fÛMATOm. 303

dés de la vérité du Purgatoire ; «St-ce Mr les passages que j'ai cités ? est-ce sur d'autres ? est-ce Mit la seule Tradition ? vous en penserez, " Monsieur, ce qu'il vous plaira; mois il' est sur que les chrétiens de tous les temps ont eqi sur ce sujet xine pensée toute différente de la vAtre ; îl est sûr <$u*unfc tous ensemble dans la même façoti de penser, tet fondés fctt* tes promesses île Jésus-Christ, ils n'ont pu malpeïiser ; il est encore sûr qtfon ne saurait, sans s'exposer : au ridicule , penser «oitiine a fmt votrë Kemni tius <en gisant : ce Le fantôme du Purgatoire énerve l'article jde la ce justification, corrompt l'usage des sacrements ce et les clefs du royaume des Cieux , affaiblit ce la vraie pénitence , rend inutile la mort et la ce satisfaction de Jésus-Christ, établit une fausse ce justice et une fausse satisfactiefn , dérogea la ce bonté de Dieu, trouble et alarme mal afroce pos les consciences , fomente ffmpéferftenee ce et îa sécurité dé$ riches, en un mot, est la ce source et l'origine de toute. imposture (1).» tomprene^vpus , Monsieur, comment les chrétiens de tous ïe$ tertips ont pu admettre la doctrine du Purgatoire sans en voir tes effets si perfcîtieùx? dt les trouverez-trous fort àpflairtdrfe d'être inQfts datis une erreur si monstrueuse, avant que d'avoir pu profiter des lumières et

(1) Commentum Purgatorii articulum justificationis énervât , verbam sàtrameota «labres regui cttloruM dépravât , TO*in pœniteoiiam lalpefeçUt, raortem eVsatiaJfactiooera Christi irritam reddit , faUam jusijUam et satisfactionem supppnit , bonitati Dei dcroga*t , cônsèletotfae certam consolation oui oripit, iiûpçïnitenlkkm tt securita tara in< MU qjii poet m<Vlem iarga iuffragia coemere oossunt f alU et confirmât , l>rc^,iter , Tons et origo est oinuium imposturarum. In 3. parle Exun. p. 100. N. 40.

des découvertes admirables do professeur de Brunswick?

Vous rougissez sans doute, Monsieur, des excès de vos ministres qui emploient les termes les plus odieux, pour. blâmer en nous ce qu'ils n'oseraient blâmer dans l'antiquité , comme s'ils avaient des lumières infiniment supérieures à celles des plus grands hommes qui en ont fait l'ornement : orgueil aussi funeste que peu sensé, et qui ne manquera pas de les couvrir de la plus accablante confusion au jugement de Dieu.

AËPOftSB AUX OBJECTIONS.

ce Mais , nous disent-ils , la doctrine du Purce gatoire est contraire à l'Ecriture, et c'est ce pour ce motif que les Eglises protestantes ne ce la reçoivent pas , persuadées qu'elles ne doi- « vent déférer à l'autorité humaine au préjucc dice de celle de Dieu.» Examinons si ce reproche est mieux fondé que celui qu'on nous a fait sur le manquement de preuves tirées de l'Ecriture ; c'est, Monsieur , tout ce qui me reste à faire pour achever de vous donner sur cette matière tous les éclaircissements à désirer.

On nous objecte d'abord qu'il n'est parlé dans tout l'Evangile que de deux sortes d'hommes , dont le sort sera entièrement différent ; qu'il sera dit aux uns : Venez , les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé ; et aux autres : Allez maudits au feu éter-

sua lb huhoatoibi. 305

nel (1); qu'il est dit en saint Marc : Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé , et celui qui ne croira pas sera condamné (2). D'où le ministre Brentius conclut que l'Ecriture parle seulement de ces deux états , il serait superflu et téméraire d'y en ajouter un troisième (3).

Nous convenons , Monsieur , qu'au jour du dernier jugement, jour dont il s'agit ici, il n'y aura en effet que deux espèces d'hommes dont les uns seront envoyés en paradis , les autres en enfer; qu'il n'y aura plus de Purgatoire pour lors ; que les âmes qui y étaient détenues feront partie de la troupe choisie , et que conjointement avec les autres élus , elles iront sans délai prendre possession de l'héritage céleste; mais , Monsieur , nous n'en sommes pas encore là , et l'état où seront pour lors les hommes n'est pas l'état d'aujourd'hui.

Nous l'avouons aussi , celui qui ne croit pas sera condamné , car l'infidélité et la résistance aux lumières de la foi sont un juste titre de condamnation ; celui qui croira sera sauvé , bien entendu s'il croit comme il faut , c'est-à-dire, s'il a une foi vive , animée par la charité , et exacte à pratiquer ce qu'enseigne la loi de Dieu, Si la foi est le principe efficace d'une vie sainte et véritablement chrétienne , celui qui croit de cette foi , sera sauvé au sortir de cette vie sans aucun retardement , et si la foi, quoiqu'animée par la charité , ne laisse pas d'être mêlée

(1) Mat th. 25. 31. — (S) Bfarc. 16. 1G.

(S) la Conf. Wirt. Syntng. Couf. sumpt. Pet. Cliooef. p. 1 îl«

30f> 09ZIÊKB LETTRE.

de faiblesses et d'imperfections , auxquelles la volonté ait Quelque part, celui qui croit de cette foi, sera sauvé selon la parole de l'Apôtre, néanmoins comme en passait far le feu. Ainsi, Monsieur , tous voyea que ce ne sont pas là des passages propres à nous foire douter de la vérité du Purgatoire. •

On nous objecte en second lieu ce texte de PEcclésîaste : Si Parbne tombe soit du côté du midi y ou qu'il tombe du côté du septentrion , il restera du côté où il sera tombé (♦); cet arbre, dit-on, figure tttomibe mourant, et marque assez que dès le moment oà. l'homme est mort , le sort dfe son âme est arrêté; quelle ne passera pas d'un lieu en un autre , mais qu'elle restera où eUe aura été placée par le mérite et la qualité de ses oeuvres.

Je réponds que si l'arbre qui vient à tomber , est véritablement la figure de Pâme d'un homme mourant, ce qui est fort incertain et ne peut être prouvé solidement , il faixfra dire que le sort de Pâme est fixé par la mort en ce sens , que l'âme restera toujours ou amie ou ennemie de Dieu , ou du nombre des prédestinés, ou du nombre des réprouvés, sans pouvoir jamais rien changer au dernier effet de la prédestination eu de la réprobation.

On ne peut disconvenir chez vous qu'il n'y ait eu avant la Résurrection de Jésus-Christ un lieu que nous nommons les Limbes , et

(1) Si ccùderit lignum >d auslrum aut ad aquilopero, inquocunque loco cectderit , ibi crît. Ecoles. 11.3.

que le Sauveur appelait le sein d' Abraham , lieu où les âmes des justes qui n'avaient rien à expier étaient reçues ; ce n'étaient sûrement pas le Paradis , il était pour lors' fermé et n'a été ouvert que par Jésus-Christ ; ce n'était pas non plus l'enfer , car les saintes âmes des patriarches méritaient un meilleur sort que celui de se trouver dans la compagnie des démons. Or , nous demandons de quel côté tombaient ceux dont l'âme était reçue en ce lieu ? était-ce du côté du midi ou du côté du septentrion ? étaitce pour y demeurer toujours ? Vous le sentez , Monsieur, le texte "île MEcclésiaste n'a aucune force pour prouver qu'il n'y ait point eu de Limbes , ni de' sein d'Abraham avant la venue de Jésus-Christ ; comment en aurait-il davantage pour prouver qu'il n'y a pas de Purgatoire? c'est donc là un passage' auquel vous n'avez pas moins â répondre que nous.

Le sieur Dreyer objecte en troisième lieu le texte d'Ezechiel, où il est dit; Que si t impie vient h se convertir , Dieu ne se souviendra plus de ses iniquités (1); or, n'est-ce pas sVn souvenir, demande ce professeur , que de punir rigoureusement le pécheur en loi faisant souffrir les peines du Purgatoire (2) ?

Je réponds premièrement, que si l'impie fait tout ce dont il est question dans le texte , il est aisé de comprendre qu'il n'aura plus aucun

(1) Si impius egerit pœnitcnliam ab omnibus peccatis sais , et custodicrit omnia praecepta mea » et fecerit judicium et jusliciam , et omoium iniquitatum ejos qaas operatus est , non recordabor. 18. 21.

(3) .fn Controtersiû cuid Poatificii», Ed. S. Ucgio-Mont. p. 839»

châtiment à subir dans l'autre vie : car il est dit s Si egerit pcenitentiam ab omnibus peccatis suis : s'il fait pénitence de tous ses péchés, c'est-à-dire une pénitence parfaite et proportionnée à ses égarements , et custodierit omnia prœcepta mea , et s'il mène une vie tonte nouvelle, si exacte et si régulière qu'il garde tous mes commandements , si fecerit judicium et justitiam, s* il s'occupe à pratiquer des œuvres de justice et de sainteté; or ^ n'est-il pas hors de doute qu'un pénitent de cette espèce s* acquittera de toutes ses dettes en .cette vie , et qu'il ne lui restera plus rien à payer dans l'autre.

Je réponds en second lieu, que recevoir un pécheur en grâce v c'est dans un véritable sens ne plus se souvenir ds ses péchés, c'est les oublier quant à leur effet principal, qui est de rendre l'homme ennemi de Dieu et digne de sa haine. Je demande au sieur Dreyer, si Dieu ne pardonna pas véritablement à David son péché d'adultère , lorsque ce roi pénitent témoigna au prophète Nathan le vif regret dont son cœur était pénétré : le Prophète l'assura aussitôt du pardon de la part de Dieu ; mais il ajouta néanmoins que le fruit de son crime , objet de sa sollicitude et de sa tendresse , lui serait enlevé par la mort (1). N'en arriva-t-il pas de même, lorsque David touché de sa faute d'avoir fait faire contre l'ordre et la volonté de Dieu , le dénombrement de ses sujets capables de porter les armes , en demanda pardon

à Dieu avec de grands sentiments de componction (1)? Qui doute que Dieu n'oubliât dans le moment même le péché de David suivant la promesse du prophète Ezéchiel ? Cet oubli néanmoins n'empêcha pas que Dieu ne châtiât le roi pénitent par la perte de soixante et dix mille hommes enlevés par la peste ; tant il est vrai qu'on peut dire que Dieu -oublie le péché de celui qu'il reçoit en grâce , quoiqu'il lui réserve encore quelque peine temporelle à souffrir. Vous voyez , Monsieur , que nous ne manquons pas de solution pour répondre à vos difficultés les plus plausibles en apparence.

Le même professeur de Kœnigsberg nous objecte le passage de l'Apocalypse où il est dit: Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur, ils se reposeront désormais de leurs travaux (2). D'où ce professeur conclut que tous les justes morts dans le Seigneur , seront parfaitement heureux incontinent après leur mort; qu'ils se reposeront de leurs travaux; qu'ils n'auront plus rien A souffrir , et par conséquent qu'il n'y a pas de Purgatoire (3).

Je réponds que le point est de satoir, qui sont ici les justes mort s dans le Seigneur? Le texte qui précédé immédiatement,, les désigne assez pour ne pas les laisser ignorer : ce sont ceux qui font voir leur patience , et conservent la foi de Jésus y c'est-à-dire , lés saints Martyrs ; ce sont

(I) î. Reg. a*. 10.

(î) Beati mortui, qni in Domino moriuotur. Amodôjam dkit Spiritut, ul requietcaot à Uboribut luit. Apoc. 14. 13. (5) In Cootrorcniis cum Pontif. p. 839.

310 OmUÈXE LBTTU.

encore cemqvA gantent fort exactement les comniandements de Dieu (1), c'est-à-dire toutes les Aines pures et parfaitement innocentes. Qjy qni doute Jjtoe Tuile et loutre espèce de des âmes ne doivent être exemples de tontes souffrances après cette vie? mais cela he conclut pas eu faveur de* âmes moins pores * et dont le* taches n'ont été effacées ni par la pérâteoee* mparlemar» tyre 9 il fout qu'elles soient purifiées avant de ptftreoir à la claire vision de Dieu.

Je pois ajouter que s'il etft dit \ Us se reposeront désormais de leurs travaux^ U n'est nullement nécessaire de rapporter le terme désormais i amodo , fe^n* nu moment de la Htbrt ; fca* il est beaucoup parle danë cet ehdroit du jour du jugement, et U n y a pte d'inconvénient de dire que c'est là le jour marqué, comme terme de toutes les souffrances des gens de bien; Quoi qu'il en soit $ Monsieur* le passage cité contre nous peut étte expliqué dis plus d'une façon l or , vous êtes trop juste pour fce pas trouver raisonnable que nous l'expliquions dans tm sens qui île combatte pa4 la créance universelle et constante de l'Eglise,

liais ,. nous dit le siéur Danshauer* et c'est la cinquième, objection qu'on nous faft* puisque l'Apôtre nous assure dans l'EpUra eux Romains 4fu^U n!y aplus aucune candamnattonpour ceusb (fui sont en Jéfus+Ghrisi (2) * ttoûs n'avons 9àr

(!) Hic patieniia saoctorum est , qui cuftlodiuntaundata Dei et Mero Jcsu* Apoc. 14. 12* .

(i) ftihil crgô nunc damnation* est ik qui sunl io Cbf i*to Jesu> qui non tfeeuodûm cornera ambulant» Rom 6. U

Sua LE PUEGATOUB. 31 1

cune punition & craindre après la mort , si nous mourons en état de grâce et pleins de confiance aux mérites de Jésus-Chtfot (1 ).

Il font avouer, Monsieur, <jué messieurs tos ministres sont bien Attentifs à profiter des moindres paroles qtâ semblent avoi* qttélqne rapport à leurs sentiments , pour rendre leur cause tonne auprès dé céttt <|tiî, Sans pénétrer pins avant , éé contentent dés simples apparence*; ils emploient dei passages Où il tfâgit de toute antre question <jtié celle qu'ils prétendent établir; en rtàci un exemple manifeste.

L'Apôtre parle ici des motivemeiiw de. conetK

piscence qui ne sont pas volontaires $ et dit qne si les Chrétiens y résistent avét le êétôttitt de la grâce , ils tte doivent pki è'ë& ittqttiétéf < que

ces sortes de môttvémétits tti*qtiéls la volonté

n'a pdittt dé part, fte ïétidéttt pas ttKWïime Cétepable; tfést àûni ce Séria <JueFAp6tk* àkqitU n'y à plM itucutté condamnation pou t ctu* qui sont en Jésus*C!hHa , é'éstâ-dffc-é* que lé pfrché originel ayant été effaré par lé Baptême, Teflet <jui en resté et délit \è viens dé parler, n'est point imputé à péché. Or, je demande, Monsieur, si dé cette dôétrifté dé PApétrdon

petit légitimement infét-erqt»^ tfy * pas de Pnrg*toife. Lé passage dté c&ffibot directement une des éritëurâ dé Ltthét , lOrsqtfti sdtttient qne les mouvements involontaires de concupiscence sont de véritables péchés; mais il ne combat en aucune façon l'article du Purgatoire.

(i) Hodetnoriae PfantMttate 13. Ed. Argcm. p;f97.

31 £ OffZrtMK UTTBB.

Le passage do cinquième chapitre de la au» Corinthiens semble nous être

objecté avec plus d'apparence de raison par le même professeur de votre Université ; il y est dit que si cette maison terrestre où, nous demeurons , se ruine , nous avons une autre maison qui n'est point faite de la main des hommes et qui durera éternellement dans le ciel (1). Sur quoi on ne manque pas de remarquer que l'Apôtre ne met aucun intervalle entre la sortie de la maison terrestre et feutrée dans la demeure céleste , et on prétend qu'il fait assez entendre par là que nous passerons immédiatement de l'une dans l'autre (2).

Ibis on ne fait pas attention aux paroles suivantes qui marquent les conditions auxquelles on passera de la maison de terre dans celle qui durera éternellement dans le ciel : Si toutefois, dit l'Apôtre, nous sommes trouvés vêtus et non pas nus (3), c'est-à-dire, si nous sommes ornés de vertus, de mérites et de bonnes œuvres qui nous, acquittent assez parfaitement envers 1? justice divine pour qu'elle n'ait plus rien à répéter sur nous.

Le dessein de l'Apôtre est ici de consoler lès fidèles qui sont dans les souffrances: il dit qu'on ne peut parvenir à la gloire céleste si le corps n'est détruit par les. ipaladies ; qu'il faut

(1) Scimus enim, qooniam si tcrrestris douai nostia hujus habitat ianu dUtoWatur, quôd odificalionem ex Deo habemus, domum non manu-, foctam Bternam in colis: 9. Cor. 5. i.

(9) la Pliantasm. 19. p. 997.

(*) &i tinta ftftiti et bon midi inveniamur. 9. Cor. 5. 5.

les souffrir patiemment , que nous serons amplement dédommagés de la demeure dont nous sortons, par celle qui nous est préparée dans le ciel. C'est là, Monsieur, une morale qui se répète tous les jours dans les chaires catholiques, sans que personne croie y voir un langage capable de donner la moindre atteinte à la créance du Purgatoire.

Le ministre Gérard , et plusieurs autres de vos théologiens qui ont écrit sur cette matière, ne manquent pas de citer contre nous la promesse du Sauveur faite au bon larron : Vous serez aujourd'hui avec moi en Paradis (1). Si quelqu'un , disent-ils , a dû rester en Purgatoire, c'était certainement un grand pécheur tel qu'était ce larron , converti seulement à l'heure de la mort, et sans avoir eu le loisir d'expier ses crimes. Nous voyons néanmoins, dit le professeur de Jena , que le Sauveur remplit ce pécheur mourant de courage et d'assurance , en lui annonçant un bonheur prochain qu'il devait partager ce jour-là même avec lui (2).

Je réponds à celte difficulté que tout étant grand dans la conversion du bon larron , * son courage à rendre témoignage à l'innocence opprimée , sa foi et sa générosité, à confesser la divinité de Jésus-Christ dans le temps qu'on l'insultait le plus cruellement , sa confiance au pouvoir d'un homme qu'il voyait accablé de douleur, la patience avec laquelle il souffrait

(1) Luc. 23. 44.

(?) la Confea. Catfi. f ji>. %t J*rt. 9, Art, 9. M. Francof. p. 040.

3 1 4 ONZIÈME LRTTBB»

le châtiment dû & ses crimes, l'aveu humble et macère tju'il faistut de lavoir bien mérité, c'étaient là autant d'actes héroïques de vertu; il n'est par surprenant qu'il* lui aient teûu lieu d'une longue péiiitence aftprès de Dieu j et que Dieu après lui avoir pardoiané gratuitement ses péchés ait accepté une si fcaiate mort j cotHme une espèce de compensation pûbr les peines temporelles auxquelles il devait naturellement rester soumis suivant le cours ordinaire de la justice divine.

Je dis de phas que ce pénitent mourant au côté dû Sadteur, arrosé podr ainsi dire du sang de Jésus-»€hrist \ méritait bien que la Vertu de ce sang lui fit appliquée, d'une façon plus particulière t et qu'une âme privilégiée dans de semblable^ circonstances ne peut être alléguée comme un exemple pour le oortmun des hommes. J'ajoute que la prière que fit cet illustre pénitent ûtetrait par le Saint-Esprit j en disant On Sauveur v Seigneur, souvehez*vous de fnoi^ quand vous serez dans votre Rojrtmnte (1), marque assez qu'il Croyait avoir besoin de secours dand l'autre monde y et qu'il espérait en trouver dans la bonté de celui dont il implorait la protection. Ainsi* Monsieur., cet exemple que vous citez contre nous * au Heu d'être ufte objection* devient une. preweetandtte faveur, et sert à établir ce que vous combattez*

Enfin Keitanitius plus fécond qu'aucun autre en objections contre le Purgatoire , nous repro-

(1) Mcraeota mei cfem vcucris U Regouoi lu uni. Luc. 25. et.

SUa LE PURGATOIRE. 315

che aveu beaucoup d'amertume de faire injure à la plénitude de la rédèmplioh faite par Jésua- Christ(l); Nous <ra>n; y dit-il , blanchi nos robes dans le sang de t agneau s suivant l'expression de {Apocalypse (2)'; ainsi noua nm» trouvons assea pura^ poiir n'avoir pas besoin d'êtres purifiés par le feu d* Purgatoire; tar, poursuit-il, c'tist le sang de Jêsus*Ghrist <fui nous purifie de tout péché (3), ainsi que sairtt Jean nous en afcsure \ et comme dit saint Paul dans rSpttre aux Romains t Nous sommes jwilifiés gratuitement par la rédemption spse Jésus- Chrfst a faite t Oui s (testent que Dieu a proposé i W/tft tfiCit tscit m Peftude tort sang motte réconciliation (4)« Ainsi* ajoute cet artificieux ministre > chercher une autre propstiation 4 une autos rédemption dans les aumônes «t lès priétes tfeè vivants j ou daàs les wmfiraioes du Pturgatoîre , c'est manifesteitient; fm 9«trage au sang de Jésus^Chris t Non, continuet-il en dtant aaint Pierre j nous lïavons pas été racheté* pat des biens cbrruptibles 5 tels yûe Jônt for \et flafgwtt j mais pat le précèeuà staàkg

èeJé*us-Gkrte(S)*

Ce discours jest aussi plein «fortifiée1* qtot

(4) Si fttti &aMk COv MàoèT. p< iséi & «H

(5) Lawervat aïolis suas j «t deailmvtraïA'asia ta B*jJguioeagiH# Àpoc. 7. Î4. ' 1:

(8) Èktigik Jefti $tàstt flRi M btataflttl u«feb Wttl yéccMoî f « *f>. ioto.i. ?. t

(A) Justificaii gratis per graliam ipsiui per redempiionem qaae est ili CMsto lésa * qvtem proposait Detw propHSàtMftti* per flton in satfgètoc ipssus, Rom. S. 24.25. ;

<5) Scientes , tjuàd non corruplilibus auro vel argeoto reilempu è$\\»y *e& (mioso sanguine rpiasi njgni !ttrm.Tculbflf Cltrlftli. I. 1VI. I. 1$. 1^.

vide de raison} il faut que Kemnitius n'ait point entendu la doctrine catholique sur le sujet de la satisfaction de Jésus-Christ pour nos péchés , ou que , s'il Ta entendue , il ait fait semblant de lïgnorer, pour avoir lieu de ^abandonner contre nous à de malignes invectives.

Voici ce que l'Eglise enseigne sur ce, sujet: nous croyons qu'aucun homme n'a pu satisfaire ni peur le péché d'Adam , ni pour ses propres péchés , que tous les hommes et tous les Anges ensemble ne peuvent satisfaire pour un seul péché mortel ; qu'il n'y a qu'une personne d'une dignité infinie , comme Jésus-Christ , Dieu et homnie tout ensemble , qui ait pu offrir -à Dieu une satisfaction suffisante pour nos offenses ; que > la moindre de ses actions, a été d'un prix infini; qu'une seule goutte de son sang eût pu suffire, non-seulement pour racheter ce monde entier , mais pour en racheter encore mille autres mille fois plus criminels ; mais que quelque surabondante que soit la satisfaction de Jésus-Christ , elle n'opère point en nous une. pleine rémission de nos péchés , à moins qu'elle ne nous soit pleinement appliquée.

Les damnés ne ressentent présentement aucun effet de la satisfaction de Jésus-Christ, non que -cette satisfaction manque de vertu , car elle est infinie et très-suffisante pour effacer les péchés des damnés , mais parce qu'elles ne leur est pas appliquée, Un adulte qui reçoit le baptême, reçoit en même temps la rémission de tout péché originel , actuel , mortel , véniel ,

sua US PUBGAT01MS. 317

la rémission de tonte peine 'éternelle et temporelle; à qui en est-il redevable, si ce n'est à la satisfaction de Jésus-Christ, qui parTeffetd'une pleine miséricorde loi est pleinement appliquée?

U n'en est pas tout à fait de même dans le sacrement de Pénitence : Dieu qui se montre si facile dans le Baptême, se rend pins difficile envers ceux qui ont violé leurs promesses; il leur accorde une rémission moins parfaite , et se contente de changer la peine éternelle qu'ils ont méritée, en des peines temporelles : il y est en quelque manière forcé par leur ingratitude, et par l'abus, qu'ils ont fait de ces dons. Seraitce la satisfaction de Jésus-Christ, qui manquerait de vertu à leur égard? à Dieu lie plaise que nous le pensions ainsi; mais Dieu ne veut pas qu'elle leur soit appliquée pour un [dus grand effet que celui dont je viens de parler; il accorde le pardon à telle condition, sous telle loi , et avec telle réserve qu'il loi plaît* U est juste au fond , et même salutaire pour nous , que Dieu , en nous remettant le péché avec la peine éternelle dont nous nous sommes rendus dignes , exige de nous quelque peine temporelle, soit en cette vie, soit en l'autre, pour nous retenir dans le devoir , de peur que sortis trop tôt des liensde la justice , nous ne nous* abandonnions à une téméraire confiance dans la miséricorde.

Quand après cela Kemnitius cite contre nous ce texte de saint Jean : (Test le sang de Jésus- Christ qui nous purifie de tout péché , qui en . doute? y eût-il jamais.de péché pardonné, si ce n'est en vue des .mérites. de Jésus-Christ? mais

3 1 8 ORZ1ÈMB XBTTRB,

tout péché estril pardonné si parfaitement que le pécheur justifié soit dispensé de toute obligation de ftdre pénitence? et s'il manque à cette condition, ou à cettç charge annexée au par* don obtenu , trouvera-4>on étrange que la justice divine reprenne ses droit» dans l'autre vie? direqpe tdJq est la conduite dpi souverain Juge , estrce déroger à la plénitude de lp Rédemption

N'est-ce pas par ifeffioaçs «les mérites et de la satisf a tion ée Jésu^Chrijt (jue nous sommes détimés do péché d'Adam , Me moment "e^ les eaux du Baptême noM régénèrent ? Vous «ayez néanmoins ; Monsieur , qufc noua ne sommes pa* ; affranchie de toute» Içs tristes suites de ce péché; cap nous demeurons assujettis à la mort et à toutes les infirmités corporelles et spirituelles qpe ce péché nous a causées ; pren~ dra4;-on de là prétexte pour dire quHl manqw quelque degré a la plénitude delà Rédemption de Jésu^Ghi4s«?

Combien de personnes qui après s- être réconciliées avec Dieu, ne laissent pas d'éfre affligée* pendant le courp de cette vie de maladies , de pertes de bien et d'autres adversités , en punition des péchés qu'ils ont commis et dont ils ont obtenu le pardon? Que Ton nous dise, pourquoi ces sortes de disgrâces souffertes en oe monde n'empêchent en aucune façon que k Rédemption faite par Jésus-Christ ne soit pleine et entière, tandis qu'on prétend que les peines temporelles souffertes en l'autre dérogent à la plénitude de cette Rédemption.

SDR LB PURGATOIRE. 319

Mais , ait Kemnitius, ce n'est ni dans les souffrances du Purgatoire , ni dans les prières des vivante que nous devons espérer de trouver ce qui manque à la parfaite réconciliation des âmes avec Dieu.

. La réponse est facile : les peines du Purgatoire sont un juste châtiment réservé par Dieu aux âmes qui lVmt mérité ? et Dieu ne leur accordera le dernier effet des mérites et des satisfactions de son Fils que quand elles auront subi cette légitime expiation de leur faute; ce n'est qu'à cette condition et avec cette réserve que Dieu prétend les admettre à la participation de sa gloire. Quant aux sacrifices et aux prières que nous offrons pour ces âmes , qu'est-ce que le Sacrifice de la Messe , si non Jésus-Christ lui-même avec tous ses mérites et ses satisfactions , présenté à Dieu comme le prix de leur délivrance ? et que sont nos prières , sinon une humble demande adressée à Dieu, pour qtfgl lui plaise leur appliquer parfaitement les satisfactions de Jésus-Christ? Prétendre qu'an tel sacrifice, que de semblables prières font outrage aux mérites et à la satisfaction de Jésus-Christ , n'est-ce pas marquer une volonté déterminée de nous calomnier contre toute apparence de raison et de justice î n'est-ce pas fai^e voir autant de malignité que peu d'attention à se former une idée juste et exacte de notre doctrine ?

Voilà , Monsieur , les principales difficultés , que vos> savants ont coutume d'objecter contre la créance du Purgatoire ; s'il y en a queïqnes -*-*— i- dont je n%aie point parlé , c'est qu'en rai-

iW ONZIÈME LETTRE.

son de leur faiblesse , elles ne m'ont pas parti dignes d'être relevées. Or, je vous en laisse juge , Monsieur, sont-ce là des difficultés qui doivent remporter sur la créance universelle de tous les temps , sur la pratique constante de tous les fidèles, et sur les témoignages même de l'Ecriture, sans parler des décisions formellesde l'Eglise?

Ne doutez pas , Monsieur , que les Pères des quatre premiers siècles n'aient eu connaissance de tous les passages dont vous voulez aujourd'hui vous prévaloir contre nous; appliqués comme ils l'étaient à lire et à méditer l'Ecriture sainte, comment eussent- ils pu les ignorer? Mais s'ils ont lu et rein ces passages* comment n'y ont-ils pas vu ce que vous prétendez y voir , je veux dire cette opposition formelle avec la doctrine du Purgatoire ? Manquaient-ils de lumières ? en avaient-ils moins que vos ministres ? ou plutôt , puisqu'ils n'ont rien vu de cette opposition prétendue, que reste-t-il à penser, si ce n'est qu'il n'en existe réellement aucune, et que celle dont vos ministres font tant de bruit , au lieu d'être une opposition véritable , n'est, à le bien prendre, qu'une opposition imaginaire et chimérique ?

Vous l'avouerez, Monsieur, il ne s'agit ici que de la véritable explication ; nous citons des passages de part et d'autre; nous en citons pour , vous en citez contre ; chacun interprète tes siens à sa façon et à son avantage , qui a raison? prenons, s'il vous plait, des arbitres qui puissent nous aider à terminer le différend : peut-il y en avoir de plus éclairés que les Doc-

SUE LE PURGATOIRB. 321

teurs de l'Eglise, de moins intéressés et de moins suspects que ceux qui ont parlé avant la naissance de nos disputes?

Figurez- vous , s'il tous plaît , Monsieur, que Dieu par un effet merveilleux de sa puissance fait revivre ces grands hommes qui ont si fort illustré l'Eglise par l'éclat de leur sainteté, et par Péminence de leur doctrine , un Cyprien , un Cyrille , un Epiphane , un Ambroise , un Chrysostôme, un Jérôme, un Augustin, etc., et que ces hommes d'un mérite si rare , assemblés pour conférer entre eux de religion , sont requis par les deux partis de marquer leur sentiment sur ce qui fait ici le sujet de noire dispute. S'ils s'accordaient tous à nous être favorables quel triomphe pour nous? quelle impression ne ferait pas sur votre esprit leur déclaration ? quel embarras et quelle confusion pour vos ministres de se voir condamnés par des juges si intelligents , par des témoins si parfaitement instruits des sentiments de l'antiquité , par des , interprètes si consommés dans la science des divines Ecritures. Vos ministres auraient beau crier qu'ils ont l'Ecriture pour eux , on se moquerait de leurs clameurs et de leurs prétentions. Quoi? dirait-on, s'ils avaient en effet pour eux l'Ecriture , est-ce que ces Docteurs de l'Eglise si pleins de l'esprit de Dieu , si habiles dans l'intelligence des livres saints , ne le verraient pas aussi bien que les ministres? Or, pouvez-vous douter, Monsieur, que si ces Pères ressuscitaient en effet , et avaient à répondre à nos consultations , ils ne se déclarassent tous en notre

tom. iv, 21 J

322 ONZIÉMB LETTRE.

faveur? ne Tont-ils pas déjà fait de leur vivaoti?! n'ont-ils pas en soin de le montrer clairement dans les livres qu'ils ont laissés à la postérité ? est-ce sans y avoir assez pensé qu'ils se sont expliqués comme ils ont fait? seraient- ils aujourd'hui disposés à changer de sentiment sur les représentations d'un Kemnitias, d'un Dreyer, d'un Dannhauer, d'un Gérard? Gomment croire que les grands maitres de l'antiquité pussent apprendre de ces nouveaux venus une doctrine préférable à celle qu'ils nous ont euxmêmes enseignée ? n'allons pas mettre en parai* lèle des autorités si inégales; ce serait trop déshonorer des hommes d'un rang si supérieur que de délibérer qui des uns ou des autres mérite le plus d'être écouté.

Votre Luther comprenait si parfaitement de quel poids doit être le sentiment unanime des Pères, qu'il ne pouvait s'empêcher de se mettre de mauvaise humeur contre ceux qui y avaient recours, et d'avouer franchement qu'il se sentait extraordinairement pressé de ce côté-là. ce Ces misérables papistes , dit-il, nous pressent ce fort aujourd'hui par ce seul argument : ce Croyez-vous que tous les Pères aient erré? ce II est dur de le dire , ajoute-t-il , surtout des c« principaux, comme de saint Augustin, de ce saint Ambroise , de saint Bernard et de tous ce ces grands personnages qui ont été honorés ce de l'auguste nom de Pères de l'Eglise et dont ce nous ^embrassons et admirons les ouvrages (1).*> Mais s'il est dur de le dire, répliqueif) Mtseri papistaelioc uno argumento liodie nos urgent qnôd dicunt :

SUa LE PURGATOIRE. 323

rais-je volontiers à Luther, pourquoi donc le dites-vous? qui vous y oblige î qu'est-ce qui peut vous autoriser à préférer vos lumières à celles de ces grands hommes ? que ne vous en teniezvous à la doctrine qqe nous avions reçue de ces vénérables maîtres ? si cette instance eût été faite à Luther de son vivant , elle eût sans doute augmenté sa mauvaise humeqr , comme elle n'eût pas marjqqé d'augmenter son embarras.

Nùm pntas Patres omîtes errasse P Durum qindem est hoc diceto, praesertim de melioribu*, Augostino, àinbrosio , Bernardo et tyta il H cohorte opliiQoram virorum , qui nomine ilto augusto Ecclesiae ornati sont , quorum labores et osculamur et admiramor. In Geuesin. T. 6. Ed. Wirtemb. Typ. Leur. Sehweqck. p. 1Q0*

Je pense , Monsieur , en avoir dît assez pour vous laisser pleinement convaincu, que la doctrine du Purgatoire n'a pu fournir aux chefs de votre réforme aucun sujet légitime de se séparer de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, et que par conséquent elle ne peut aujourd'hui former un obstacle légitime à votre retour. S'il vous reste sur ce point quelque peine dans l'esprit, ce ne peut être que par rapport aux images et aux peintures affreuses, sous lesquelles vous vous êtes persuadé qu'il faut nécessairement concevoir les peines endurées dans ce lieu de souffrances; mais il est bon de vous dire, Monsieur, pour vous faciliter la créance de cet article , que l'Eglise n'a rien décidé sur la qualité de ces peines ; elle n^exige pas même absolument de vous que vous croyiez à l'existence d'un feu allumé pour purifier les âmes encore entachées de quelques souillures.

C'est à la vérité une opinion fort commune parmi les saints Pères, mais qui n'a jamais été présentée aux fidèles comme un article de foi . Les Conciles de Florence (1 ) et de Trente (2) ont décidé que plusieurs âmes justes souffrent dans l'autre vie des peines passagères , pour acquitter les dettes dont elles se trouvent redevables envers la justice divine , mais ni l'un ni l'autre Concile ne fait mention de la peine du feu.

(I) In acta unionis cum Graecis. T. 13. Conc. Lab. p. 1 167. (3) Scss, 25. in Dccreto de Purgalorio.

On savait fort bien du temps d'Eugène IV, que les Grecs désirant se réunir avec les Latins, avaient une grande répugnance à reconnaître une peine du feu destinée à purifier les âmes , mais qu'il ne refusaient pas de 'croire un état de souffrance et de gêne consistant dans la tristesse, dans le reproche intérieur de la conscience, dans l'ennui d'une prison ténébreuse, dans rincertitude de l'avenir , et dans le retardement de la vue de Dieu. On se contenta de cette disposition de leur part; et dans l'acte d'union , dressé au Concile de Florence , il est seulement marqué ce que les âmes des justes qui n'ont pas ce fait une pénitence suffisante en cette vie pour ce les fautes commises, sont purifiées dans ce l'autre par de justes peines (1 ), » sans marquer en quoi elles consistent.

Ainsi, Monsieur, n'allez paz vous arrêter à ces circonstances qui n'ont pas la certitude de la foi, et vous en faire un sujet de prévention contre le Purgatoire. Il vous suffira de croire que Dieu punit en Père et en Juge des âmes qui lui sont chères et qui ont quelque reste de souillure à expier. Dès que Dieu punit en Dieu ceux qui ont négligé de satisfaire sa justice quand ils le devaient , il est aisé de concevoir qu'il exerce une juste sévérité à leur égard , et que la peine ne peut être légère.

Est-ce trop exiger de vous , Monsieur ? nous vous demandons de croire que des âmes

(1) Si veré paenhentes charitate decesserint , antequam diguis pxnilentiae fruclibas de coramissis salisfeperint el de oqiissis , eorum animai painis purgatoriis post niortcm purgari. Tom. 13. Couc. Lab. p. 1167.

souillées de péchés véniels au sortir de leurs corps ne sont pas aussitôt glorifiées que celles dont la conscience est entièrement pure et sans tache ? qu'un chrétien lâche qui n'a fait à Dieu nulle réparation de ses lâchetés, un chrétien déréglé qui n'a fait qu'une pénitence légère de ses plus grands dérèglements , ne reçoivent pas le prix et la couronne aussi promptement que celui dont la vie d'ailleurs innocente a toujours été pleine de ferveur? Voilà, Monsieur, le véritable point dont il s'agit ici ; pour le reste , ce sont autant de secrets que Dieu n'a pas jugé à propos de nous révéler , et qu'il ne sert de rien de vouloir approfondir. Nous ne savons bien sûrement , ni où les âmes souffrent , ni ce qu'elles souffrent , ni comment elles souffrent ; l'unique article de créance nécessaire dans la matière présente est de croire qu'il y a après cette vie un état ., où Dieu rappelle tout à l'ordre , en achevant de punir ce qui est punissable , et où les âmes qui ne sont pas assez pures , acquièrent le dernier degré de pureté nécessaire pour arriver à la vue de Dieu. Or, trouvez- vous rien ici,, Monsieurt qui répugne à la raison, qui mérite vos railleries , qui ne soit très conforme à ridée de la justice et de la sainteté de Dieu , qui ne soit enfin et visiblement fondé dans l'E~ criture et plus invinciblement encore établi par la tradition?

Mais, Monsieur, dire que la doctrine du Purgatoire ne vous fournit aucun sujet légitime de vous tenir éloigné de nous , n'est-ce pas en dirç trop peu? n'ai -je pas le droit d'ajouter

CONCLUSION. 3ÎV

que vous y trouvez des motifs pressants de vous réunir avec nou$ , soit que vous considériez le dogme, soit que vous considériez \a pratique dont il est le principe ? 11 s'agit ici d'éviter de donner dans l'hérésie d'Âërius; et comment l'éviterez- vous en refusant de croire la vérité du Purgatoire ? Dès que vous ne conviendrez, pas de ce troisième lieu , où les Ames ont besoin de secours , n'est-il pas manifesté que toutes les prières et tous les sacrifices offerts pour les morts, leur seront parfaitement inutiles? Or, c'est là formellement ce qui a fait l'hérésie d'Âërtus , comme je J'ai prouvé démons trativemen t. Ne pensez pas , Monsieur , que pour mériter la qualité d'hérétique , il soit nécessaire de soutenir plusieurs sentiments condamnés et flétris par l'Eglise ; il suffit d'en soutenir un seul pour en* courir cette note infâme , pour donner dans un écueil oii la foi fait naufrage , et pour être marqué sûrement d'an caractère de réprobation inévitable.

Si vous considérez de plus, Monsieur, la prière pour les morts, qui est la conclusion pratique de la créance du Purgatoire , la charité chrétienne que vous deveç à vos frères , ne vous invite-t-elle pas fortement i leur donner du secours après leur mort? Supposons quç l'existence d'un Purgatoire ne soit pas assurée, vous conviendrez du moins, après la lecture de ces réflexions , que vous ne pouvez assurer qu'il n'y eu ait point; dans cette incertitude que nous voulons bien supposer, trouver-vous , Monsieur , qu'on soit excusable d'ja-

bandonner la pratique et l'usage de toute l'Eglise, en cessant de prier pour les morts? ne fïït-il que douteux si les âmes des fidèles sont dans un état de souffrance ou non , n'estil pas juste de prier toujours pour eux? en faut-il davantage pour vous rendre inexcusable , de compter pour rien le hasard oii vous vous mettez de manquer à un des devoirs les plus essentiels de la charité ?

Ne tarder donc pas, Monsieur, à revenir à une religion, où le zèle et la charité s- étendent au-delà des bornes de la moralité ; hâtezvous de rentrer dans une Eglise qui ne ces, sera pas de s'intéresser en votre faveur , qu'elle ne vous ait porté dans le sein de la béatitude. Si vous restez séparé de nous, voua serez abandonné après votre mort , et dès qu'on cessera de vous voir, on cessera de penser à vous. Il n'en sera pas ainsi si vous prenez le parti de vous réunir avec nous; l'Eglise qui vous reconnaîtra pour son enfant , après vous avoir fermé les yeux , prendra encore soin de vous assister. Quelle consolation ne sera-ce pas pour vous de savoir que quand vous serez dans, l'affreux passage du jugement de Dieu à l'éternité bienheureuse , toute l'Eglise sera pour vous en prières, comme elle y était pour saint Pierre au rapport de l'Ecriture, tandis que saint Pierre était dans la prison (1)? Quel avantage de pouvoir vous promettre que tout ce qu'il y a de fidèles au monde s'emploiera

(1) Act. 13. s.

pour votre délivrance? que comme vous rendrez à vos amis catholiques le tribut prescrit par notre religion , on vous rendra un jour le même office; que votre mémoire ne périra pas comme celle des impies, mais qu'elle sera, selon la parole du Saint-Esprit, dans une éternelle bénédiction, puisque jusqu'à la fin des siècles on se souviendra de vous dans les divins mystères. Voilà, Monsieur, ce qui vous reviendra de la pratique où nous sommes de prier pour les morts; vous y voyez sans doute beaucoup plus de sujet de vous rapprocher de nous, que de vous en éloigner. C'est ce dont je me suis proposé de vous convaincre dans cet écrit; si en examinant la solidité de nos preuves , vous leur rendez la même justice que je rends à la bonté de votre esprit et à la droiture de votre cœur , vous ne manquerez pas d'en rester pleinement persuadé.

J'ai Thonneur d'être , avec autant de respect que de zèle,

Monsieur ,

Votre très humble et très obéissant serviteur.

.iiii i ii iiiiii -i"ir-r ' ^~~" ^~

Page 1