SUE LA JUSTIFICATION DU PÉCHBUB
Monsieur ,
L'article de la justification do pécheur fait trop de bruit chea vous pour nous laisser lieu de douter , que vous ne prétendiez y trouver un juste sujet de rester séparés de l'Eglise romaine. On nous le donne dans l'Apofogte de la Confession d' Aushourg « pou* Ife plus inipOf ce tant de la doctrine chrétienne, et pour ce celui qui , bien expliqué , relève le pl« la ce gloire de Jésus-Christ, et apporte fat plus ce solide consolation «aux âmes des fidèles (1 ).» Luther dit ce qu'il est le principe et la source
(i) Cùm autea in bac controversU ptocijraufc toctts doctrine chrhûftiueagitetur, tfui reetè intèllectin illustrât et ampKficat hooorem Christi, et «ffort oecessariam et uberrimam consolationem piis coAsdentus. Art. 2 de Jaitificatioae. Typb Scholvini. p. 60.
« dont a coulé toute sa doctirine (1), et il ajoute ailleurs : « que cet article seul est concc serré dans sa pureté , la foi de l'Eglise res- « tera toujours pure, sans qu'il y ait de c€ schisme ou de division à craindre ; mais que ce si Ton vient à en altérer la doctrine , il ne ce sera plus possible de s'opposer à aucune c< erreur, ni d'arrêter le progrès du fanatis- « me (2)^> C'est sans doute en dire assez pour nous en marquer l'importance.
Ainsi, Monsieur, si après avoir entrepris de lever les principaux obstacles qui s'opposent le plus à votre réunion avec nous, je négligeais de vous satisfaire sur l'article de la justification, je croirai avoir manqué à une des parties les plus essentielles de mon dessein.
Trouvez donc bon, s'il vous plaît, que dans cette douzième et dernière Lettre que j'ai l'honneur de vous adresser , j'essaye cTéclaircir un point qui, au jugement de vos chefs, mérite plus que tout autre d'être expliqué ; il en a d'autant plus besoin que l'on a plus affecté de répandre de l'obscurité sur cette matière , en nous prêtant les sentiments que nous n'avons pas, et que nous sommes très éloignés d'avoir.
Il me parait que pour effacer les idées dont on vous a prévenu , et pour vous donner une
*(1) T. 6. Ed. Jeu. Germ. per Thom. Rebart. 1561. p. 15.
(2) Si unicus hic articulus siocerus permanserit, etiam clirisliana Ecclesia sincera , concors , et sine omnibus, sectis permanet; sin verô corfumpitur , impossibile est ut uni errori , aut fanaiico spiritui rectè obviait! ïri possit. T. 3. Ed. Jen. pT 159.
sua LA JUSTIFICATION. 333
pleine satisfaction sur le sujet dont il s'agit , il me faut d'abord exposer au juste quel est votre sentiment et le nôtre, et faire sentir ensuite les avantages de notre système touchant la justification, et les inconvénients du vôtre. S'il y eut jamais matière sur laquelle on disputa vivement , sans bien s'entendre de part ni d'autre , vous ne tarderez pas , Monsieur, à reconnaître que celle dont il s'agit est évidemment de cette espèce. Vous serez surpris de voir qu'on se soit fait si peu de scrupule de vous donner de fausses idées * sur notre doctrine , et je ne sais qu'elle estime il pourra vous rester pour vos livres symboliques , quand vous aurez reconnu vous-même que sur le présent article ils ne contiennent qu'un tissu de calomnies contre nous.
Votre apologiste commence par nous repro* cher notre ignorance sur le sujet en question , ce nous ne comprenons f à l'entendre, ni la a rémission des péchés , ni la foi , ni la grâce , « ni la justice; d'oui il résulte que nous corce rompons d'une manière pitoyable la doctrine ce de tous ces points; que nous obscurcissons ce la gloire et les bienfaits de Jésus-Christ , et ce que nous enlevons aux âmes pieuses les ce plus douces consolatiojas (1).»
Vous l'avouerez , Monsieur, vous qui enten-
(1) Cùm adversarii neque quid reraissio peccatorum , neque quid fides, neque quid gratia, neque quid justifia ait, inielligant , miaeré contaminant hune locum , et obscurant gloriam ac bénéficia Christi , et eripiunt pjis conscientiis pnopositas in Chritto consolationea. Art. S. de Jmtificat. Typis Scholvini. p. €0.
dez si parfaitement les règles dé la politesse et les bienséances du langage , voila un début qui n'est ni très poli, ni très obligeant; j'ose me permettre de pins que quand vous aurez lu cet écrit, tous trouverez les reproches de Melanchthoaj non seulement dépourvus de politesse , mais encore diétés par la plus criante injustice.
Je commence d'abord par exposer lé senti* ment de vos Eglises, non, Monsieur, que je ne fou* en croie parfaitement instruit , car je sais à quel point vous possédez votre religion , mais U"4sst à propos de bien établir l'état de la question, dfe faire connaître la véritable différence des deux sentiments , et de vous convaincre que je île me suis point formé un vain fantôme pour le combattre avec avantage. Voici donc la doctrine de vos Eglises ; si je ne la rapporte pas fidèlement , condamnez-moi , Monsieur , A porter toute la honte de la plus indigne falsification.
Vous enseignez que l'homme pécheur est uniquement justifié par la foi, c'est-à-dire, qu'après avoir offensé Dieu et perdu sa grâce , nous n'obtenons la rémission de nos péchés, et ne rentrons dans l'amitié de Dieu que moyennant un acte de foi; car tout autre bon acte, soit de contrition ou de bon propos , soit d'espérance ou de charité, n'ont, à ce que vous prétendez , aucune part à la justification.
Or, pour se former une idée juste de la foi que vous nous donnez comme le seul moyen de .nous réconcilier avec Dieu , il est à remarquer que ce n'est poin^ une foi telle qu'on l'en-
sua I* JUSTIFICATION . 335
tend communément, c'est-à-dire , une foi générale , par laquelle nous croyons tontes les vérités révélées de Dieu; vous vante* que ee soit une foi spéciale aux mérites de Jésus- Christ , et cette foi spéciale , ainsi que vos savants l'expliquent , renferme premièrement un acte d'entendement, par lequel nous reconnaissons que Jésus-Christ est mort pour nous , qqnU a pleinement satisfait pour nos péchés , qu'il nous présente ces mérites , ses satisfactions , et la rémission de nos péchés ; en second lien* un acte de volonté, par lequel notas acceptons la promesse offerte an- pécheur dé la part de Jésus-Christ, je veux dite ses. mérites et la rémission de nos fautes* (t). Telle est l'analyse que vos savants font de votre foi spéciale y à laquelle vous attribue» tonte ta vertu de justifier. Ss ajoutent, pour rtâetrx faire comprendre leur pensée , que si on prince fait offre d'une terre on d'un château fi un de ses sujets , il ne faut de la part du sujet que l'acceptation de cette offre pour le tendre maître et propriétaire de la terre ou du château ; c'est ainsi , disent-ils , que pour obtenir la rémission de nos péchés et nous approprier les mérites Jésus-Christ , nous n'avons qu'a accepter les offres et les promesses qu'il nous en a faites dans son Evangile; or, disent-ils ., ce n'est que par la foi que nous acceptons les
(1) nia (ides quaB jostificat , non est tantùro nolitia historiav» sed est aasenfiri promîssioni Dei , qaft gratis propler Christam oflertur remwsio peçpatoruin eljuslîficalio..... estvelle^taccipere ohlatam promiMfepain retnissiotiis peccatorum. Apol. Confets. Art. 9. de Justifie. Typii ScImI* ▼îoi. pag. 69.
33*> DOUZIÈME LËTTftfi.
offres et les promesses de Jésus-Christ , tout autre acte de vertu > quelque bon qu'il puisse être d'ailleurs-, n'étant pas propre à cet effet; ainsi, ce n'est y à ce qu'ils prétendent, ni l'amour de Dieu, ni la crainte de ses jugements* ni la douleur des péchés , ni la résolution de mieux vivre qui ont la vertu de saisir les mérites de Jésus-Christ, et de nous les approprier (1). II. n'y a, à leur compte, que la foi spéciale qui ait cet avantage, parce que, .comme il leur a plu de ladéfinr, il n'y a qu'elle qui de sa nature soit un aoftç d'acceptation , ou qui du moins le renferme.
C est ppur cette raison qu'ils nomment cette foi Vôjrgane 9 t instrument et le moyen , par lequel nous nous appliquons les mérites de Jésus-Christ et sa justice (2) ; ils la nomment encore la main, avec laquelle nous recevons ce qui nous est offert par les promesses gratuites de l'Evangile (3). Mais pour ne pas laisser croire que c'est à l'excellence, et à la dignité de la foi qu'ils attribuent le grand effet de la justification , ils ont bien soin de nous avertir que
(1) Neque contritio , neque dilectio , neque ulla alia vîrtus , sed sola fides est médium et instrumentum , quo gratiara Dei , meritum Christi et remissionem peccalorum , quae bona nobis in promissionc Evangelii ofleruntur , apprehendere et accipere pbssuraus. In solid. et plenâ Declar. Art. 3. de Justitiâ fidei coram Deo. Typis Scholvini. p. 689.
(2) Docemus solam fidem esse illud médium et instrumentum , <po Christum Salvatorem . et ità in Christo justitiam illam, quae coram judicio Dei consistere potest, apprehendimus. In Epitome Art. Typis Schol. pag. 534,
(3) Fides est quasi ma nus nostra, quâ nobis applicainus et ad nos recipimus , complcctimur et potsidemus , quae in gratuitâ promissione Etangelii offeruntur. Rcmnit. part. 1. Exara. Çooc Trid. de Fide Jostif. Ed. Francof. p. 394. N, 50.
sua LA JUSTIFICATION. 337
la foi ne justifie pas le pécheur parce qu'elle est une œuvre, on une vertu supérieure aux autres en prix et en mérites ; mais parce que sa fonction est d'accepter les mérites de Jésus- Christ (1). Celui, disent-ils, qui fait l'aumône, ne considère point si la main du pauvre étendue pour la recevoir , est bien ou mal faite , ce n'est ni la beauté ni la blancheur de cette main qui le touche et le porte à exercer la charité ; ainsi ajoutent-ils, Dieu n'a dans la justification du pécheur aucun égard au prix et à l'excellence de la foi , et le pécheur n'obtient le pardon de ses péchés par la foi que parce qu'elle lui fait accepter le pardon offert à sa faiblesse par la divine miséricorde.
Il faut aussi vous rendre la justice de reconnaître que dans vos idées la foi justifiante doit être féconde en bonnes œuvres ; car vous déclarez hautement que si la foi n'est pas accompagnée de bonnes œuvres , elle n'est point une véritable foi (2); que la foi justifiante ne peut subsister avec la volonté de persister dans le péché (3) ; que ceux qui manquent de contrition et sont résolus à continuer une vie de
(1) Fides non propterea justificat, quod ipsa tain bonura opus unique praeclara virtus ait , sed quia in promissione Evangelii meritum Christi apprehendit , et complectitur. In solida el plana Déclarât. Art. 5. de juslilià fidei. pag. 684. Ilem pag. 695. item in Apol. Conf. peg. 70.
(2) Dtcimus przterca, ubi non sequuntur bona opéra , ibi fidem e«$e faisant et non veranu In Art. Smalkald. Art. 13. Typis Scholvini. p*g. 336.
(3) Credimus et docemus, non talem esse fingendara quae unà eu m nulo proposito peccandi videlicet, et contra eonscieniiam ageudi esse et
,*ttrepossiU In Epi t. Art. 1S. Typb Schohriiri. p. 586.
désordre , n'ont pas la foi propre à les justifief et à les sauver (1 ) ; qu'il est aussi impossible de séparer les bonnes œuvres de la la véritable foi , que de séparer la chaleur et la lumière du feu (2). Ce sont là autant d'expressions de vos livres symboliques; ainsi ce serait vous faire tort de vous imputer que vous vous contentez de la seule foi , sans exiger les bonnes œuvres. Le mot de Luther est «que la foi seule justifie, ce et non les œuvres , nmis que la foi justifiante ce n'est jamais seule ni sans les œuvres (3).»
Ainsi expliquez - vous là nature et les propriétés de la foi justifiante ; vous prétendez de plus qu'elle applique si parfaitement les méritée de Jésus-Christ au pécheur , qu'il se trouve juste de là justice de Jésus-Christ même , que cette justice lui est imputée comme si c'était la sienne propre, et que c'est uniquement cette justice extrinsèque dont il est revêtu , qui le rend agréable aux yeux de Dieu , le fait son ami , son fils adoptif , et l'héritier du royaume des Cieux.
"Voilà, Monsieur, le juste précis de vôtre doctrine sur l'article de la justification; aucun de ceux qui sont véritablement au fait de cette matière, ne me reprochera, j'ensuis certain, de
(1) Quare vera et salvans fidès in eis non est qui contritione carentet propositum in peccatis pergendi et perseverandi habent. In solidâ et plana Déclarât, p. 688.
(2) Itaque impossibile est bona opéra à fide yera separare, quemadmod'ira calor urens et lux ab igné separari non potest. In solidâ et plana Decla*. Art. 4. p. 701. '
(S) Sunt inseparabifiter çonnexa fides et opéra , sèd sofa fides est « quae apprehendit b'enedïctiohem sine operibôs , éY taniW irariquato rtt sola. Ità cita'.ur in solidâ et plana Declar. Art. 3. p. 692.
tfàvôir pas bien pris là pensée de vos auteurs , on d'avoir manqué de sincérité à la rapporter fidèlement.
De cette doctrine qui est votre doctrine chérie et favorite ,. et qui fait l'objet de la complaisance spéciale de vos savants, vous vous promettez trois avantages considérables; vous prétendez premièrement que c'est la pure doctrine de saint Paul telle qu'il l'enseigne dans son Epitre aux Romains, et dans celle aux Galates; secondement, qu'elle rebâtisse infiniment la gloire des mérites de Jésus-Christ; troisièmement , qu'elle est très propre et uniquement propre à apaiser les remords de là cototfcierice.
Souffrez, Monsieur, s'il vous plaît, qu'à cëà trois prétentions j'en oppose trois autres, et que j'entreprenne de prouver que votre doctrine sur la justification n'est point telle de saiiit' Paul et qu'elle est absolument contraire à plusieurs textes de l'Ecriture; en second lieu' qn'elle n'a rien par dessus la doctrine catholique, ni pour rehausser les mérites dé Jésus- Christ, ni pour tranquilliser lés côt&rïencfes inquiètes; en troisième lieu, qu'elle est Stijtttfe à de très grands inconvénients , et qufé son effet naturel est d'introduire ei de fomenter le relâchement et la corruptioii dés moeurs.
Mais avant que d'en venir à la preuve de ces trois articles , il mé resté à vàùs doitbêr àtte juste idée de notre doctrine sur le fait de la justification ; c'est à quoi je me suis engagé. La matière est théologique et abstraite ; mtffe ,
Monsieur , je ne me défie en aucune façon die' votre pénétration, et je vais m'étudier à parler en termes si clairs , que les esprits même dont l'intelligence le cède infiniment à la vôtre, n'auront nulle peine à comprendre ce que je dois avoir l'honneur de vous dire, soit pour exposer notre sentiment, soit pour rétablir et vous le faire agréer.
Nous croyons, premièrement, que là foi prise dans le sens ordinaire , c'est-à-dire , pour la vertu qui nous fait croire les vérités révélées , est absolument nécessaire pour la justification du pécheur; car nous savons qu'il est impossible et être agréable à Dieu sans la foi , et que quiconque s'approche de lui , doit croire qu'il y a un Dieu et qu'il récompense ceux qui le cherchent (1 ) ; ainsi nous sommes intimement persuadés qu'aucune œuvre faite avant la foi , ou sans la foi , par les seules forces du libre arbitre et par le seul instinct de la raison humaine, ne peut avoir de part à la justification du pécheur.
Non-seulement nous croyons la foi nécessaire à la justification; nous la regardons de plus comme le principe , la racine et le fondement de la justification, suivant l'expression du Concile de Trente (2); car c'est la foi qui nous porte à détester nos péchés, à en demander
(I) Sine fide impossible est placere Deo. Credere enim oportet accedentem ad Detim , quia est , et inqairentibus se Remaoerator sic. Hebr. 11.6.
(9) Per fidem justificari dicimur , quia fides est humaine salotit initiai» , fondamental!! et radix ornais justificationis. Sess. 6. C. 8.
pardon à Dieu, et à produire tous les actes nécessaires pour obtenir la grâce de la justification.
Nous croyons , en second lieu , que la foi seule ne suffit pas pour justifier le pécheur ;
Su'il faut de plus qu'il ait une douleur sincère e ses péchés , un ferme propos de n'y plus retomber , une crainte salutaire des jugements de Dieu , avec une véritable confiance aux mérites de Jésus-Christ et en la divine miséricorde. S'il est question de se réconcilier avec Dieu avant que d'approcher du sacrement de Pénitence , il ne faut pas moins qu'un acte de contrition parfaite , c'est-à-dire , une détestation du péché par le motif d'un pur amour envers Dieu ; et s*il s'agit de recouvrer la grâce par le moyen du Sacrement, il faut du moins une véritable douleur conçue par la crainte de la justice divine et jointe à un amour commencé; ce sont là les dispositions que Dieu exige comme nécessaires à la justification du pécheur, et dont il veut bien se contenter pour le recevoir en grâce.
Nous croyons , en troisième lieu , que quoique le pécheur puisse obtenir la grâce de la justification en entrant dans les dispositions dont je viens de parler , il ne peut néanmoins la mériter; qu'il est justifié gratuitement par la pure miséricorde de Dieu et uniquement en vue des mérites de Jésus-Christ; je m'explique. Le pécheur après avoir perdu la grâce , ne peut rien faire qui soit assez agréable à Dieu pour avoir droit d'être rétabli dans son amitié,
toqtes les œuvres faites en cet état , étant des couvres mortes et die trop peu de valeur pour exiger de la justice divine la grâce de la récon-? çj^atÎQn comme prix de ses œuvres. L'homme Ûrômmeflt inférieur A la majesté de celui qu'il 9 offensé , ne peut jamais satisfaire condignemeut pQur les offenses commises; il peut donc aussi peu en mériter la rémission. Il n'y a que Jésps-Clîrist Pieu et homipe , personne d'un? dignité infinie , qui ait pq satisfaire et qui ait Satisfait réellement pour nos péchés ; c'est uniquemerit lui qpi nous en a mérité le pardon , ajrgnt effacé , comme dit saint Paul , îobligatipnqui contenait le décret de notre condamnatipfi et tenant cloué à la croix , afin qu'elle nsgfyt plus dç force contre nous (1). Lors dpqc que I>ieu nous justifie en nous rendant son amitié , ce n'est point en considération de l'excçlleriçe de no$ œuvres, c'est iniquement en considération du prix infini de la Passion et de J,a mfQjrt de Jesus-Chnst , c'est gratuitement , c'est par un pur effet de sa miséricorde qu1il nous applique le fruit des mérites et des satisfactions infinies de son Fils. Il est vrai que Dieu e^ige certaines œuvres sans lesquelles il ne justifie pas le pécheur, et moyennant lesquelles il le justifie; mais il ne les .exige pas comme des œuvres méritoires , il ne les exige que comme dçs conditions, ou comme des dispositions nécessaires , sans lesquelles il ne
[i) pe}?a»j|uod ad^mùs nos erat clurog^kpbum décret*» et ipujn tulit <J« medio, affigens illnd cruci. Coloss. *. 14.
le reçoit point en grâce et ne l'admet point à la participation des mérites de Jésus-Christ, quant à reflet de la rémissipn des péchés, Noos pouvons donc, après avoir perdu la grâce , la recouvrer en apportant .les dispositions requises ; mais malgré tous nos efforts nous ne pouvons jamais la mériter % c'est Ja doctrine expresse du Concile de Trente: \\ déclare , que rien de tout ce qui précède la justification^ soit la foi j soit les œuvres , ne peut en mériter la grâce (i).
Eussiez- vous cru , Monsieur, que cet article fit partie de la doctrine catholique sur la justification? je ne pense pas que vos livres symboliques vous aient permis de le croire ; car on ne cesse de nous y reprocher à chaque page que nous prétendons mériter par nos jbonnes oeuvres la grâce de la réconciliation. Oui, Monsieur , je me fais fort de vous montrer que ce reproche y est répété plns.de deux cents fois. J figez ensuitç quel fond vous devez faire sur des livres remplis de tant de faussetés et dé calomnies contre nous; il s'agissait d'y exposer votre foi , et non de nous en prêter une que nous condamnons.
Mais , nous dira-t-on, un très grand n^nhre <fc théologiens catholiques enseignent que le pécheur peut mériter la justification par un mérite qu'ils appellent de congruo , c'est-à-dire , par un mérite de congruité et dp convenance.
(IJ Gratis aulera juslificari idsô dicMïiur , quia nilûl eorum quae ju»tiftcalionem procèdent, siffe (ides, alvc opéra , ipsam justification^ $ràt«m promeretur. Sess, 6. c. 8.
Je réponds , que le mérite de congruo est un mérite de si bas aloi on de si peu de valeur , qu'à proprement parler il n'en mérite pas le nom ; car qu'est-ce que ce 'mérite de convenance ou de congruité, si ce n'est qu'il est convenable à la bonté et à la miséricorde de Dieu de recevoir le pécheur en grâce , lorsqu'il le voit touché d'un véritable Vepentir de ses péchés et daqs une ferme résolution de les éviter à l'avenir : 'peut-on nier qu'il ne convienne en effet à la bonté de Dieu de pardonner au pécheur ainsi disposé? Or, si Ton ne peut disconvenir de la chose , pourquoi disputer sur le mot que les théologiens emploient pour la signifier?
Je dis de plus , que si le nom du mérite de congruité vous déplaît , il ne tiendra qu'à vous, Monsieur, de le rejeter ; plusieurs de nos théologiens refusent d'admettre la distinction entre deux sortes de mérites, et ils n'en sont pas moins bons catholiques pour cela : il n'y a que le mérite de condignité qui , en mettant égalité de prix entre l'action méritoire et la chose méritée, puisse revendiquer justement le nom de mérite, comme il n'y a que rhomme vivant qui soit un homme véritable , l'homme en peinture n'en ayant que la figure et très improprement le nom; il en est à peu près de même du mérite de congruité s aussi le Concile de Trente y a-t-il si peu d'é-, gard , qu'il prononce absolument que rien de tout ce qui précède la justification , ne peuU fn mériter la grâce.
sur LA JUSTIFICATION. 345
Nous croyons , en quatrième lieu , que quoique le pécheur ne puisse être redevable de sa justification qu'aux mérites de Jésus-Christ , ce ne sont pas néanmoins les mérites de Jésus- Christ qui font la justice formelle de l'homme justifié; je yeux dire que l'homme n'est pas juste de la justice de Jésus-Christ même, qui lui est extrinsèque , mais qu'il est juste par une justice inhérente , par la grâce du Saint-Esprit répandue dans son cœur, qualité surnaturelle et divine , le plus précieux des dons de Dieu , le fruit inestimable de la Passion et de la mort de Jésus-Christ, le gage sûr de l'amitié de Dieu , comme elle en est infailliblement l'effet et l'objet.
Cette justice inhérente est en même temps la justice de l'homme et la justice de Dieu , elle est la justice de l'homme, parce qu'elle est dans l'homme justifié et non hors de lui ; ellelui appartient non comme une justice étrangère qui lui soit imputée, mais comme une justice propre et intrinsèque , après qu'il l'a obtenue de la libéralité divine .Elle est aussi la justice de Dieu , parce qu'elle ne vient que de Dieu , lui seul l'accorde au pécheur, par un pur effet de sa miséricorde, gratuitement et uniquement en vue des mérites de Jésus-Christ, sans que le pécheur puisse la mériter de sa part par quelque œuvre imaginable que ce puisse être.
Telle est l'idée que nous avons de la justice de l'homme justifié et des principes de sa justification: d'où il paraît que la différence de votre doctrine et de la nôtre sur le présent
346 DOUZIÉ^IE ^ETTRE.
^cle consistée spécialement exx trojs points, Vqifs yoqlçz premièrement que la foi justifiante soit ^ne foi spéciale ^ux4Xiérites (Je Jésgp-Chri$t, fpi acceptante , foi saisissante et qui applique au ,pécfyeur l'effet des promues , faites psp rËvangUe; e\ pojos prétendons <jpe la foi dont la vertu ,c<^i$>ije à ]^ justification du pécheur, c<^mme raçme et comme fondement, jafest autre q$e la } foi générale . à tqutes les vérités révélées de Dieu. ,".,.. .
Vous voulez, en fécond lieu , que les bonnes oeuvres $oieqt inséparables de votre foi spéciale, ipajs vous les regardez senleip^nt coqime les frnits et les marques de la justification , et non comme les conditions nécessaires pour l'obtenir, sow prétexte qtje ^ foi seule a la vertu % j^stijSer.; et nous soutenons qu'il y a d,es œuvres prescrites comme dispositions nécessaires à Ja justification, et sans lesquelles le pécheur ne peut pas plus être justifié que sans la Jfoi.
Yops voulez , en troisième lien? qtfil^y ait j^qcune véritable justice intrinsèque dans l^qmiîie justifié > et qtfil ne spit jqstç qjiiquen^nt d'une Justice imputée; ej: nous disons? que les satisfactions de Jésus-jGhxist sont , il est vr^i , imputées à l'homme , comme s'il avfrit satisfait iui-même ; m^ûs que l'effet de £es sq? dictions est d'obtenir ^l'homme une grâce irj^érieUjTe qui ffiit sa jjustice et sa sainteté ^ et cgfl le repd agréable aux yeux de Dieu de jmfi: npfère à lui procurer le nom et la qualité d'ami £ t de fils aaoptif ,
SU$ Lk JUSTIFICATION. 347
Je pense , Monsieur, avoir suffisamment e«pliqué les deux aentimeate, et avoir marqae bien exactement ce quji en fait la juste différence. Examii>ans présentement, si les avantages que vous vous promettez de nq\tg doct^e, /tfy trouvent effectivement renfermés, Yqus ne tarderez , j'espère , à reconnaître que les chefa de votre prétendue réforme, éblon^ p^ une vaine complaisance dqnç lew nouveau §ystèrç*e, 0n,t pensé y voir de? avantages qui ^opj tflen Jçin d'être réels. .
PREMIÈRE PROPOSITION
Là DOCTRINE HE LUT5KR TOUCHANT £À ^STIFI/CÀTJ^, N'EST WEN MOINS QU£ CKIXÇDB SJU^ PifUJL.
Je soutiens, en premier beu , qae votre doctrine touchant la justification , J^en loin d'être 1^ doctrine (Je saint Paul, est formellement opposée à celle de ses Epttres , aussi bien qy% plusieurs textes des autres livres de récriture çainte; et pour vous en convaincre, Monsieur, WPS n'ayons d>bord qu'à exaucer quel * été 1$ dessein ,de ^aint Paul en &crfflqnt; &u* Rosç^ains et au* Galate/s,
Il e&t visible paf î$ lecture même des deux Epltres , que l'Apôtre s'est uniquement proposé 4e faire comprendre aux nouveaux cfrrétiens , autrefois juifs ou gentils , combien les <#uvre$ prescrites par la loi de Moïse ou suggérées par
la raison humaine/ leur étaient inutiles et inefficaces pour les aider à obtenir la rémission de leurs péchés. Il savait combien ces nouveaux convertis conservaient d'estime et d'attachement pour les observances légales, ou présumaient des lumières de la raison humaine et des forces du* libre arbitre; tfest pourquoi il leur déclare que la loi de Moïse est abolie , qu'il n'y a plus d'obligation de la garder; que les œuvres de la loi n'avaient jamais eu la vertu de les justifier ; que ni leur exactitude à l'observer, ni le bon usage qu'ils pensent avoir fait de leur libre arbitre pour suivre les lumières de la raison naturelle, ne pouvaient les autoriser à se flatter d'avoir par là mérité la grâce de croire en Jésus-Christ ; que cette grâce leur avait été accordée par une bonté spéciale de Dieu, et que la foi en Jésus-Christ et en sa doctrine , les avait seuls conduits à la grâce de la justification devant Dieu. Voilà, Monsieur, en peu de mots le sommaire des deux Epîtres , du inoins des endroits qui concernent cette matière.
Nous reconnaissons donc bien volontiers que saint Paul ne cesse de répéter et d'inculquer comme une vérité fondamentale que l'homme est justifié par la foi et non par les œuvres; -mais le point est de savoir de quelle foi et de quelles œuvres F Apôtre parle. Parcourez , Monsieur , s'il vous plaît , les deux Epîtres d'un bout à l'autre, et voyez si vous y trouvez un seul mot de votre foi spéciale , de la foi acceptante et saisissante. Vous ne trouvères
sua LA JUSTIFICATION. 349
nblle part que la foi justifiante soit un acte de volonté , par lequel l'homme accepte et s'applique les mérites de Jésus-Christ , et la rémission des péchés qui lui est offerte par la miséricorde de Dieu ; ni qu'elle soit , comme la définissent les centuriateurs (1) et Kemnitius (2), ci une ce confiance à la divine miséricorde , confiance ce qui cherche , qui saisit , qui accepte dans la ce promesse de l'Evangile la rémission des péc< chés , à cause de Jésus-Christ le Médiateur. » Ce sont là des définitions faites à plaisir par vos savants , c'est l'ouvrage de leur imagination, vous n'en trouverez pas le moindre fondement dans les Epitres de saint Paul. Partout où l'Apôtre parle de la justification et de foi qui en est le principe , il parle de la foi dans le sens ordinaire , c'est-à-dire , de la foi en tant qu'elle est une ferme adhésion aux vérités révélées. Lorsqu'au quatrième chapitre de son Epltre aux Romains il rapporte l'exemple d'Abraham, à qui la foi fut imputée à justice , de quelle foi parle-t-il , si ce n'est de celle par laquelle Abraham crut en la puissance de Dieu , et à la fidélité de ses promesses ? Quoique le corps dAbraham, dit-il, fût fort affaibli par lavieillessey et que Sara sa femme fût depuis longtemps hors et état de concevoir , il riliésita pas néanmoins a croire qu'il deviendrait le père de plusieurs nations suivant .la promesse de Dieu? et c'est
' {i) Fides est fiducia divins misericordias , quœrens, apprehendens, et accipiens in promissione Evangelii reraissionem peccatorom , propter Chrittum medialorem. Cent. 1. L. 1. c. 4. Typis Oporini. p. 113. (î) Kcmniî. ExTrid. I. Part, p. «84. N. 30.
cette foi qui , au témoignage de saint Paul $ tm fut imputée à justice (1).
Vous le comprenez aisément, Monsieur, Abraham était déjà juste aVant que cette promesse lui fût faite, et avant qu'il y ajoutât foi; car il y avait déjà longtemps qull avait la connaissance du vrai- Dieu , qu'il lui avait érigé des autels, offert des sacrifices et rendu avec ferveur les hommages d'un culte religieux, L'Apôtre ne parlé dont ici que d'une augmentation de j«istice:, et ne veut dire autre chose , si ce n'est qu'un acte dé foi aussi héroïque que celui d*Abrâham, le rendit encore plus juste et plus agréable àDieu qu'il ne Tétait auparavant; sur quoi voua me permettrez , Monsieur, de faire le raisonnement suivant : Abraham est le père des croyants, et sa justification nous est proposée par Mpôtre , comme le modèle de la nôtre (2); Or, Abraham n'a pas été justifié par la foi spéciale aux mérites de Jésus-Christ , l'Apôtre n'en fait aucune mention dans ce chapitre, où il traite si ebq> ressèment de la justification ; il assigné à la foi d'Abraham un objet très différent de la miséricorde spéciale de Dieu et des mérites de Jésas-Christ ; donc lorsqu'il est question de la
(i)Bt non ihGrmatps eèl flde , nec considérait corpus suum emèrtuum'y cùm jam fere çentum esset annorum , et emojrtuam vulvam Sarse; in repromissiooe etiam Del non hœsitavit diffidentiâ , sed confortatus est fide , diiô gloriam Deo, pienissimé sciens , quia quxcumque promisit , potens est et facere; et ideô reputatum est illi ad justitiam. Rom. 4. 19. 20. 21. 22.
(2) Non est autem scriptum tantum propter ipsam , quia reputatum est iHi ad justitiam^ sed et propter nos , qtibus reputabitur cre^eutibus ineum, qui ssècitatit JeiUn Chitisldm Dorainum nostrnm à mortdii. Rom. 4. 23. 24. .
justification dans les Epitres de saint Paul , il ne s'agit pas de votre foi spéciale aux mérites de Jésns-Christ mais de la foi qui a pour objet les vérités révélées .
Le même Apôtre dit an dixième chapitre de l'Epltre aux Romains , que si nous croyons en notre cœur que Dieu a ressuscité Jésus-Christ, nous serons sauvés (1 )» Il est bien évident , Monsieur , qu'il s'agit là de la foi justifiante , puisqu'il s'agit de la foi qui nous sauvera ; vous y voyez néanmoins encore un objet tout autre que sa miséricorde spéciale et les mérites de Jésus-Christ ; car il n'est ici parlé que de lia résurrection du Sauveur.
L'Àpôtre saint Jean dit que quiconque croit que Jésus est le Christ , ou le Messie , est né de Dieu (2), chéri de Dieu , et par conséquent justifié : Il dit ailleurs , que celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu, est le vainqueur du monde (3); c'est-à-dire , qu'il triomphe dfe$ embûches du monde , et qe sa malignité , et p$r conséquent qu'il est Homme véritablement juste. Or, Monsieur, j'ose vous le demander, s'agit- U ici de croire en la miséricorde spéciale de Dieu, ou d'attirer à soi les mérites de Jésus- Christ par un acte d'acceptation? Qui ne voit que lé sens des paroles citées est que celui qui
(1) Si confitearis in ore tuo Dominum Jesum, et in corde Cuo crerfideris , quôd Deusillum suscilavit à mortuis , salvus eris. Rom. 10. 9.
(2) Omni» qui crédit, quoniam Jésus et Christus , ex Deo natus est. 1. Joan. 5. 1.
(3) Qui* est qui vincit mandum • nisi quj crédit, qaoniam Jésus, est Filius Dei. 1. Joan. 5. 5.
352 DOUZIÈME LBTTEE.
croit la résurrection et la divinité de Jésus- Christ, reçoit dès-là même et embrasse sa doctrine , fait profession d'être son disciple , règle sa vie selon ses maximes , et ne manque pas , si sa foi est vive et sincère , de faire tout ce qui est prescrit pour être justifié.
Voilà , Monsieur , le véritable sens de tous les passages de saint Paul, cités contre nous pour prouver que la seule foi en Jésus-Christ nous justifie; c'est en effet cette foi qui nous fait chrétiens et qui nous fait vivre en chrétiens; c'est elle seule qui est le principe et l'origine de toutes les pensées propres à nous porter à Dieu , et à nous faire prendre tous les moyens nécessaires , soit pour obtenir la rémission de nos péchés, soit pour nous maintenir en état de grâce, quand nous y sommes parvenus.
Ainsi , Monsieur , quand vos théologiens citent en faveur de leur foi spéciale les passages suivants : Le juste vit de la foi (1 ) . La justice de Dieu s** étend par la foi en Jésus- Christ sans distinction à tous ceux, et sur tous ceux qui croient en lui (2). Dieu a proposé Jésus-Christ, afin que par la foi il soit en vertu de son Sang notre réconciliation (3). // ri y a qu'un Dieu qui justifie par la foi ceux qui sont circoncis , et ceux qui ne sont pas circoncis (4). On croit de cœur pour obtenir la justice , et on confesse de bouche pour obtenir le salut (5). Ceux qui croient sont en-
(1) Rom. 1. 17. — (2) Id. 3, 52. — (3) M. 3. 85. — (4) Id. 5. 30. — (5) Id. 10. 10.
sua LA JUSTIFICATION . 353
fonts et Abraham (1 ). Vous êtes tous enfants de Dieu par la foi en Jésus-Christ (2). Comme Moïse éleva le serpent et airain dans le désert, de même il faut que le Fils de F homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui, iw périsse point , mais quil ait la vie éternelle (3). Celui qui croit au Fils de Dieu, ne sera pas condamné (4). Je vous écris ces choses, afin que vous sachiez , vous qui croyez au nom du Fils de Dieu , que vous avez la vie éternelle (5). Sachez donc mes frères que £?est par celui-là que je vous annonce le pardon des péchés, et la rémission de toutes les choses, dont vous rC avez pu être justifiés (6). Dieu ri a fait aucune différence entre nous et les gentils, ayant purifié leur cœur par la foi (7). Quand, dis- je, vos savants accumulent contre nous tons ces passages , et plusieurs autres de cette espèce, que font-ils voir, sinon qu'un granit désir d'établir leur sentiment et une disette encore plus grande de preuves propres à y réussir ? car que signifient tous ces textes ? si ce n'est qu'il est absolument nécessaire de croire en Jésus-Christ et à sa doctrine; que les observances de l'ancienne loi étaient trop faibles pour opérer la justification; que les gentils comme les Juifs peuvent également parvenir au salut , moyennant la foi en Jésus-Christ; que la foi de l'Evangile enseignant ce qu'il faut faire, animant à le faire et à le bien faire , dirigeant
(l)Gal. 3. 7. 9. — (2; ld. 3. 26. — (3) Joan. S. 14. — (4) M. 5. 18..— (5) 1. Joan. 5. 13. — (6) Act. 3. 38. 39. — (7) M. 1». 9.
tow. iv. 23
le* actions rers la fin à laquelle elles doive»! Ure rapportée* , soutenant le fidèle dans la pratique du bien , et le portant à rentrer dans les bonnes voies , sïl venait à s'en écarter , est véritablement ce qui fait vivre l'homme de la vie des justes, ce qui le réconcilie avec Dieu offensé, et ce qui le fait arriver à la possession de rhê-
II est indubitable, que celui qui croit au Ftls de Dieuj aura la vie éternelle (1). Cest un oracle du Saint-Esprit qu'il n'est pas permis de contredire. Mais qu'est-ce ici que croire au Fils de Dieu? et quelle est la créance qui nous fera obtenir la vie éternelle? Suffit-il de croire que Jésus-Christ est mort pour nous, qu'il a satisfait pour nos péchés , qu'il nous présente ses mérites et la rémission de nos péchés, et d'accepter tous ces biens pour nous les appliquer , comme étant en notre disposition par l'offre gracieuse qu'il nous en fait ? c'est là sans doute votre sentiment, et le véritable point de la vertu justificative que vous attribuez à la foi ; mais que trouvez-vous dans le teste cité qui puisse sefrir d'appui à votre dogme chéri ? que trouvez-vous également dans tous les textes cités plus haut?
Pour nous , nous estimons que croire an Fils de Dieu <fune foi pratique , d'une foi qui porte efficacement à «ivre les leçons du divin Maître, cftme M, qui, comme 'dit I*Apôtre, opère
(1/ Joa», 3. "<;.
SUft LA HJSTfftCÀTKW . 355
par la charité (1 ) , est un moyen infaillible pour obtenir la vie éternelle*
C'est ainsi qu'un malade qui croit aux ordonnances d'un médecin véritablement habile, recouvrera sa santé, qu'un général qui croit aux conseils d'un homme parfaitement expérimenté dans l'art de la guerre , remportera la victoire ; bien entendu que le malade observera le régime, et prendra les remèdes qui lui sont prescrits par le médecin ; bien entendu que le général prendra toutes les précautions* et fera tous les arrangements suggérés pur l'homme parfaitement intelligent dans le métier de la guerre.
Mais , nous dit-on , l'Apôtre exclut positivement les œuvres de la justification; car il dit ad troisième chapitre de l'Epitre aux Romains; Nous estimons que Thomme est justifié par la foi sans les œuvres de la loi (2); et au second chapitre de celle aux Galates ; Sachant que Fhomme est Justifié par la foi en Jésus-Christ , et non par tes œuvres de la Lai, noçs croyons aussi en Jésus -Christ , afin dHétre justifiés par la foi en Jésus-Christ^ et non par les œuvres de la loij parce que personne ne sera justifié par les œuvres de la loi (3) ; d'où vos théologiens concluent qu'il ne suffit pas de suborner à dire
ft) laCHrislo JauTOqmcireamasjbialiquKl valet, nQqu*j*ilepptôtii>* sed fides quae per eharitatem operatur. Gai. 5. 6.
(2) Arbitramur enira justificari hominem per fld6tn sine operibuvlegis. Ram* 3. 28.
(9) Sckmtcs quàd noa justificatif homo ex opsribus legis rjwi pw fidera Jesu Çhrisli , et nos in Christo Jcsu credirans , ut justificemur ex fide Christî, et non ex operibti* legfe, propter quôd ex«f«riku* fegfr «an justifîcabitur ornais caro. G.Mat. 9-. 4 S»
que la foi a la première part dans Pœtmfe de la justification, qu'il faut en exclure entièrement le mérite des œuvres , et reconnaître que la foi seule est le principe de la justification, qu'il n'y a que la foi seule qui justifie.
Mais, remarquez-le bien, l'Apôtre n'exclut de la justification que les œuvres de la loi de Moïse et celles qui sont faites avant la foi , ou sans la foi , sans le secours de la grâce , et par les seules forces du libre arbitre ; il ne prétend en aucune manière en exclure les œuvres de la loi chrétienne faite par le mouvement du Saint-Esprit; que bien loin de là il les comprend et les renferme sous le nom de la foi , car de même que toutes les aumônes qui sont données par un principe de charité, sont appelés des charités , et que tous les présents qui ont la libéralité pour source , sont autant de libéralités , de même aussi toutes les œuvres qui ont la foi pour principe , sont appelées foi dans le langage de PApôtre, parce qu'elles sont en effet Pexercice de la foi et qu'elles font avec la foi une espèce de tout, dont la foi est , pour ainsi dire , la partie dominante.
J'ai déjà observé que les œuvres mêmes de la loi chrétienne faites par un mouvement du Saint-Esprit , si elles précédent la justification , ne peuvent mériter la grâce de la justification; mais que nous les regardons uniquement comme des dispositions nécessaires, sans lesquelles nous ne l'obtenons pas , et moyennant lesquelles nous Pobtenons.
C'est uniquement dans ce sens que selon nous la contrition , le bon propos , la déclaration des péchés faite à un prêtre , contribuent efficacement à la justification du pécheur; et c'est la doctrine expresse de l'Apôtre; car ne dit-il pas , qu'il y a une tristesse selon Dieu , c'est-à-dire, la douleur qu'on ressent de ses péchés , qui produit une véritable pénitence et assure le salut (1), que si nous nous jugions nous-mêmes i nous ne serions pas jugés (2), que quand nous aurions toute la foi imaginable, jusqu'à transporter les montagnes , si nous ut avons la charité, nous ne sommes rien (3), qiûil y a trois vertus y la foi , r espérance et la charité , mais que la plus grande et la plus excellente de toutes est la charité (4) .
Il est clair, Monsieur, que si nous avions toute la foi imaginable omnem fidem , nous aurions aussi la foi spéciale aux mérites de Jésus-Christ, puisque vous rangez cette foi parmi les différentes espèces de foi; or, F Apôtre déclare qu'avec toute la foi imaginable nous ne sommes rien , si nous n'avons la charité; donc en supposant que nous ayons votre foi spéciale aux mérites de Jésus-Christ, si nous n'avons pas la charité , nous ne sommes
(1) Quae enim secundùra Deura tristitia est, pœnitentiam in salutem stabilem operatur. 2. Cor. 7. 10.
(2) Quôd si nosmet ipsos dijudicaremus , non etiam judicaremur. 1. Cor. 11.31.
(5) Etsi habuero omnem fidem , ità ut montes transferam , ciiaritatem autem non habuero, nihil su m. 1. Cor. 13. 2.
(4) Nunc autem marient, fides , spes , cliaritas, tria haec : major antem horum est cliaritas. 1. Cor. 13. 13,
rien ; donc nous ne pouvons être justifiés par par la seule foi spéciale , et la charité , n'est pas moins essentiellement requise à la justifrr cation que la foi.
J'ajoute que si la foi est seule appelée à justifier l'homme, sans que la charité y ait aucune part, il sera difficile de comprendre comment la charité est plus grande , et plus excellente que la foi : ce serait sans doute la foi qui en ce cas surpasserait les autres vertus en excellence , puisqu'elle seule produirait le grand. effet de la justification; mais la charité achevant ce que la foi ne fait que commencer, on conçoit sans peine comment la charité mérite Téloge qui lui est donné par 1' Apôtre.
Voulez-vous consulter d'autres livres de l'Ecriture sainte en combien d'endroits ne trouverons-nous pas la justification du pécheur attribuée à d'autres dispositions qu'à la foi , bien que la foi en soit toujours le principe ? îNTest-il pas dit au quatrième chapitre du Deutéronome : Vous trouverez Dieu^ si vous le cherchez de tout votre cœur et dans toute la douleur de votre âme (1 ) ? C'est donc moyennant une componction sincère qu'on recouvre l'amitié de Dieu. Le Saint-Esprit ne nous assure-t-il pas au quatorzième des Proverbes , que la crainte du Seigneur est la source de la vie (2) ; c'est donc la crainte des jugements
(i) Cùm qaaesieris Domiuum De uni tuum inveoies eum , si lamen totc corde quaesierû , et totâ tribulatione animas tu». Dcut. 4. 29.
(|) Timor Doimni fins vit*. Prov. 14. 27.
de Dieu qui est capable de rendre la vie de Pâme au pécheur.
Quel exemple plus illustre dans tout l'Evangile d'une véritable justification , que celui de la M agdeleine pénitente , et celui de l'humble publicain? Or, quel fut le principe de leur justification? Le Sauveur ne nous apprend-il pas i que beaucoup de péchés furent remis à M agdeleine , parce qui elle avait beaucoup aimé (t)? c'est donc l'amour qu'elle eut polfr Jésus-Christ qui au témoignage duf Sauveur même, lui fit obtenir le pardon de ses péchés.
Melanchthon donne une étrange explication à ces paroles : Beaucoup de péchés lui sont remis i parce qiCelle a beaucoup aimé , il prétend , que c'est comme si le Sauveur eût dit : Beaucoup df> péchés lui sont remis i parce qu'elle nie véritablement horiotê par sa foi , et par Fexercicef et les marques de sa foi (2)v
Il faut avouer, Monsieur, que quand on s'est mis fortement tuie chimère dans la tête * on cfoit la voit partout i quelque invisible qu'elle soit à ceux qui ne sont pas également prévenus ; Melanchthon n'avait dans l'esprit que sa fol spéciale , et il s'est figuré la voir renfermée dans un passage qui très visiblement ne parie que du Seul sitaôur de Magdeleine. S'il est permis d'expliquer ainsi le texte sacré * avec quelle assttteftcë he soutiendrait- on pas les {dus étranges
(1) RemHtarfttfr cf peécata mal*** quotifem dttaitt tàtiTtàm. i. 47.
(9) Remitluntur ci peccata mulia quia dilcxit multùm , kl est, quia me vorécoluit liiie,ct excrcitiis el sijjnis fidei. Apol. Conf. de di'cçtioneet imptelionc logis, Typis Sciiolvini. p. 89,
paradoxes , sans pouvoir jamais être convaincu du contraire?
Pour ce qui est de l'humble publicain , l'Evangile en dit seulement qu'il se tenait près de la porte du Temple , qu'il n'osait lever les yeux au ciel , qu'à se frappait la poitrine en disant : Mon Dieu , faites-moi miséricorde parce que je suis pécheur {\\ et qu'après avoir donné ces marques d'une sincère componction, ifrs'en retourna justifié dans sa maison; c'est donc par les sentiments bas et humbles dont il était pénétré, c'est par la douleur de ses péchés si vivement exprimée dans ses paroles et dans sa contenance, qu'il se 'disposa efficacement à sa réconciliation avec Dieu. On ne voit dans tout le récit que fait ici l'Evangile aucun vestige ni de la foi spéciale aux mérites du Libérateur, ni decette ferme confiance , par laquelle vous prétendez qu'il faut se tenir assuré d'avoir obtenu le pardon de ses péchés.
Je dois , Monsieur, vous faire encore remar-r quer par d'autres endroits de l'Ecriture , combien le fondement de votre doctrine est ruineux. Pour s'approprier une chose promise, il ne faut, dites-vous, que l'accepter, et voilà pourquoi, selon vous , la seule foi justifie , parce qu'elle seule accepte les mérites de Jésu$-Christ , et la rémission des péchés.
Oui, j'en conviens, il ne faut que l'acceptation pour s'approprier un objet promis , lorsque la promesse est simple et absolue; mais
(1) Luc. 18. 15.
quand la promesse. est conditionnelle, on n'obtient rien , vous en conviendrez , si Ton ne satisfait à la condition. Que le roi promette un riche fief à un de ses sujets pour un service de fort légère importance , tel que serait celui de porter, un ordre , ou une nouvelle avec diligence et promptitude. Si celui-ci ne se hâte pas en effet autant que le roi le désire et l'exige, ne sera-ce pas vainement qu'il se flattera d'avoir acquis un droit légitime à posséder le fief promis ?
J'avoue que Dieu nous a promis dans ses divines Ecritures le pardon de nos péchés , son amitié , et la participation aux mérites de Jésus- Christ; mais de quelle nature est sa promesse? est-elle conditionnelle, ou absolue? je soutiens qu'elle est conditionnelle ; car n'est-il pas dit : SPils se convertissent de tout leur cœur, vous les exaucerez du haut du ciel, et vous leur pardonnerez (1); Si t impie fait pénitence de ses péchés, et pratique des œuvres de justice, il vivra véritablement (2); Vous serez mes amis , si vous faites ce que je vous commande (3) ; Vous trouverez Dieu , si vous le cherchez de tout votre cœur (4).
Acceptons donc , tant qu'il vous plaira , l'offre que Dieu nous fait des mérites de Jésus- Christ, et de la rémission de nos péchés; si
(1 ) $i reversi fueriut in toto corde suo,. . .. tu exaudies de cœlo , et élimines populo. 2. Parai ip. 6. 58. 59.
(2) Si impius egcritpœnitenliam abiomuibus peccalis suis,., vitâ vivct. Ézech. 18.21.
(5) Vos amici cslis v si feceritis quae ego prœcipio vobis. Joan. 1 5. M .
(4) Inventes cum, A lolo corde quxsieris. Dcut. 4. 29.
nous ne satisfaisons aux conditions marquées , nous ne tirerons aucun avantage des promesses qui nous ont été faites ; non que Dieu manque A sa parole, mais parce que nous manquons nous-mêmes aux conditions prescrites. Faites réflexion, s'il vous plaît, Monsieur, à la comparaison dont je viens de me servir, et rien ne vous paraîtra plus frivole que cette vérin d'acceptation, tant que la condition ne dera pas accomplie.
Mais ce qui me parait encore plus décisif en cette matière , c'est que l'Apôtre saint Jacques voyant plusieurs nouveaux chrétiens abusa? de la doctrine de saint Paul* faute de là bien entendre , enseigne en termes formels que les œuvres concourent avec la foi à la justification de l'homme : Fous voyez donc , dit-il , que thomme est justifié par les œuvres, et non seulement par la foi (1)* Il est difficile, Monsieur, avec votre droiture naturelle de ne pas reconnaître la contradiction manifeste qui existe entre votre doctrine et ces paroles de saint Jacques: elles sont néanmoins d'une Epltre que vous recevez aujourd'hui comme canonique et par conséquent vous ne pouvez vous empêcher de les regarder comme étant les paroles mêmes du Saint-Esprit.
Je n'ignore pas que vos savants , pour éluder la force d'un passage si accablant, prétendent qu'il ne faut pas ici prendre le mot de
(1) Vùk-'U tjuoji c* ojHiribus jusliticelur liomo , cl non ex fide Uiuûuu Jac. 2.2*.
fc
justification dans le sens ordinaire ; que sahtt Jacques en disant que Fhomme est justifié par les œuvres , a voulu dire seulement que Fhom- ^ me est déclaré juste par les œuvres , ou que ce sont les œuvres qui font connaître Thomme de bien.
Mais qui ne voit que saint Jacques a parlé de la justification dans le même sens dans lequel , en a parlé saint Paul? puisqu'il s'est proposé, v ainsi que le remarque saint Augustin , de remédier à l'abus que plusieurs faisaient de la doctrine de cet Apôtre (1); or, comment eût-il pu réussir dans son dessein , sil eût pris le mot de justification dans un sens différent de celui de saint Paul ? Croyez-vous , Monsieur , que saint Jacques se soit mis fort en peine de nous apprendre que les bonnes œuvres rendent témoignage à la probité de l'homme de bien? Ne le savions-nous pas, sans qull nous en avertit? et pourrez- vous vous persuader que c^est là le dénouement aux difficultés qu'on trouvait dans les Epttres de saint Paul, et le remède à l'abus qu'on faisait de sa doctrine?
D'ailleurs , si être justifié signifie ici être déclaré juste , le sens de ce passage de saint Jacques : L'homme est pxstifié par les œuvres, et non-seulement par la foi 9 fera que Wiomme n'est pas seulement déclaré juste par la foi , niais aussi par les œuvres; or, ce sens est évi~
(1) Qaoniam ergo haec opinio tùm fuerat exorta , aliae apostolicx Epistoise , Pétri , Joaunis, Jacobi , Judas » contra eam maxime dirigunt intcntionem , ut vchemcQtcr tslruaiit fidem sineopcribus niliil prodesse. I.il . et Fidc cl Opcribu*. T. 4. Ed. Frobcn. p. 6S.§
demment ridicule 9 et on ne peut le supposer à saint Jacques sans loi prêter une extravagance ; car on n'est jamais déclaré juste par la foi qui est une chose intérieure et hors de la portée des sens ; donc il ne se peut dire que l'homme n'est pas seulement déclaré juste par la foi, mais aussi par les œuvres; donc, être justifié par les œuvres ne signifie pas ici être déclaré juste par les œuvres.
Saint Jacques ajoute que la foi d Abraham conspira avec ses œuvres , et que ses œuvres donnèrent la perfection à sa foi (1). Mais à quoi aboutit ce concert de la foi et des œuvres d'Abraham? et quel en fut l'effet? fut-ce de faire connaître la justice du saint Patriarche ? j'ai déjà remarqué que la foi , disposition intérieure et invisible , ne peut concourir à faire connaître la justice, mais seulement à justifier; donc encore cet endroit être justifié , ne peut signifier ici être déclaré juste.
Il est dit de plus dans la mêmeEpttre qu'une femme de mauvaise vie nommée Rahab fut justifiée [par ses œuvres , lorsqu'elle reçut les espions sortis du camp d'Israël , et qu'elle leur sauva la vie en les renvoyant par un autre chemin qu'ils n'étaient venus (2) . Or, dira-t-oû que cette femme de mauvaise vie fut déclarée juste par la charité qu'elle exerça envers les espions israëlites? N'est-il pas infiniment plus naturel
(1) Vides quoniam fides cooperabatur operibus illius : et ex operibus illius 6des conjummata est. Jac. 2. 22.
(2) Similiter et Rahab merelrix non ex operibus juslifitata est , çusciyicns nanlios , et alla via ejiciens? Jac. 2. 25*
sua LA JUSTIFICATION. 365
de penser qu'elle cessa d'être infidèle , pour croire au véritable Dieu, et que la charité qu'elle pratiqua envers ses serviteurs , jointe au désir qu'elle sentit de lui plaire en faisant une action qu'elle savait devoir être très-agréable à ses yeux, lui fit véritablement trouver grâce devant le Seigneur ? Donc , encore une fois , le mot de justification ne signifie pas dans l'Epltre de saint Jacques une déclaration de justice.
J'ai cru , Monsieur , devoir détruire par des preuves invincibles le vain subterfuge auquel vos théologiens ont ici recours , parce que rien ne m'a paru plus propre pour décider la difficulté élevée entre vous et nous, que le texte de saint Jacques , où. la doctrine catholique se trouve expliquée dans les termes les plus clairs et les plus précis.
Mais , nous dira-t-on, saint Jacques et saint Paul sont donc opposés entre eux; si Fun enseigne que la foi justifie sans les œuvres, et l'autre que l'homme est justifié non-seulement par la foi , mais aussi par les œuvres. Non , Monsieur, ils ne sont nullement opposés , et nous les concilions parfaitement en disant que saint Paul exclut de la justification les œuvres de la loi de Moïse et toutes celles qui précèdent la foi , au lieu que saint Jacques fait concourir à la justification les œuvres de la loi chrétienne, qui sont produites par un mouvement du Saint- Esprit et par l'instinct de la foi ; et c'est la nécessité de concilier ainsi ces deux apôtres , qui nous fournit une nouvelle preuve pour justifier
le sens dans lequel nous entendons les passages de saint Paul, l'explication que vous donnez aux paroles de saint Jacques , étant absolument insoutenable , comme je pense l'avoir démontré.
Il reste une difficulté, dont il faut que je donne la solution avant que de finir cet article, de peur que si elle vous était proposée par quelqu'un de vos ministres , elle ne vous paraisse devoir l'emporter sur tout ce que j'ai eu l'honneur de vous dire jusqu'ici. Voici comme le sieur Gérard professeur de l'université de Jena la propose : ce Abraham , nous dit-il , est « représenté par saint Paul , comme l'exemple ce et le modèle de tous ceux qui sont justifiés ; ce or, ajoute ce professeur , ce ne sont pas les ce œuvres qui ont justifié Abraham , pas même ce celles qu'il a faites avec le secours de la ce grâce, ayant déjà la foi et la connaissance du ce vrai Dieu; car il est évident, poursuit le c< docteur saxon, que saint Paul parle d'un ci temps où Abraham n'agissait pas sans la foi ce ni sans la connaissance du vrai Dieu, ni ce sans le secours de sa grâce , puisque , selon ce la supputation de Pagninus, il y avait, au temps ce de la promesse faite à Abraham, déjà cin- <« quante-deux ans que ce patriarche avait ce quitté le culte des idoles, pour s'attacher au ce service du vrai Dieu, C'est néanmoins des ce œuvres faites pendant ce temps de lumière ce et de grâce , que saint Paul déclare qu'elles ce n'ont eu aucune part à la justification. d'Abra-
ce ham, mais qu'il a cru à Dieu et qae sa foi ce lai a été imputée à justice ; donc , conclûtes il , les œuvres mêmes qui procèdent de la ce foi et qui sont faites avec le secours de te la grâce , n'ont aucune part à la justifica- « tion(1).w
. L'argument devient d'autant plus fort que saint Paul semble faire entendre , que si Abraham eût été justifié par les œuvres , sa justification n'eût pas été gratuite; car il dit: qu'on ne donne à personne la récompense pour ses œuvres comme une grâce, mais comme une dette, quil rien est pas ainsi de celui qui sans faire d } œuvres croit en celui qui justifie le pécheur; que sa foi lui est imputée à justice selon la grâce que Dieu a résolu de lui faire (2) . L'Apôtre ajoute, que, si Abraham eût été justifié par ses œuvres, il en eût eu la gloire devant les hommes et non auprès de Dieu (3). Ce qui parait démonstratif au ministre , pour prouver qu'aucune œuvre d'Abraham , de quelque nature et de quelque qualité qu'elle fût n'a contribué à sa justification.
Je ne disconviens pas, Monsieur , que ces paroles de saint Paul ne forment quelque difficulté sur le sujet en question; c'est un de- ces
(1> Lib. 2. part. S. Art. 23. cap. 3. De Gdei justificant» effectif. Ed. Francof, p. 1475.
(2) Ei autem qui operatur merces non imputatur seciiodàiagratiam, ♦ Jeé'sectindum debitum, ei vero qui non operatur, credenli aulem in eum qui justificat impium reputitur fidea ejus ad justiliam secundùm proposUunj gratis? Dei. Hora. 4. 4. 5*
(i\ Si enitn Abraham ex operUw» juMiScalus est label glori» sed non apnd Deum. Rom. 4.2.
endroits , dont parle saint Pierre lorsqu'il dit i H y a dans les Epttres de saint Paul des endroits difficiles a entendre que des esprits ignorants et légers détournent en un mauvais sens pour leur damnation (1). Je ne laisse pas de soutenir que le raisonnement da professeur Gérard peut être également tourné contre lui ; car, voici comme nous raisonnons à notre tour : Abraham nous est représenté comme l'exemple et le modèle de ceux qui sont justifiés ; or, l'apôtre saint Jacques 'nous apprend que les œuvres ont concouru à la justification d'Abraham, car il dit : Abraham ne fut-il pas justifié par les œuvres , lorsquil offrit son fils Isaac sur un autel? c'est-à-dire n'a-t-il pas reçu un accroissement de justice , iorsqu'étant déjà juste il fit un généreux sacrifice de son fils? Donc tout fidèle déjà juste est encore justifié par ses bonnes œuvres en prenant le mot de justification dans le sens où le prend ici l'Apôtre, c'est - à - dire, pour une augmentation de justice. C'est néanmoins ce que vos théologiens sont bien éloignés d'accorder; car ils prétendent que la seconde justification comme la première , c'est-à-dire , le progrès comme le commencement de la justification' dépend uniquement de la foi.
Examinons maintenant qu'elle est la véritable pensée de saint Paul; il ne prétend pas dire qu'Abraham n'a pas été justifié par les
(1/ In quibus sunt quaedam difficilia inlcllcclu, quae indocti et iostabites dépravant , sicut et esteras scrinturas ad suam insorum perdifionciu* 2. Pelri 5. 16.
œuvres qui procèdent de la foi ; car en disant que la foi lui a été imputée à justice , il parle d'une foi pleine d'espérance , et accompagnée de charité, prompte à obéir et généreuse à tout sacrifier, d'une foi qui comprenait sans doute aussi les œuvres; mais en opposant les œuvres à la foi , il parle ou des pratiques extérieures de la loi de Moïse , telle qu'était la circoncision, ou des actions humaines qui n'ont pas la foi pour principe et qui se font par les seules forces du libre arbitre , sans le secours de la grâce ; et quoiqu'Abraham fit peu d'actions de cette dernière espèce ,. après qu'il fut parvenu à être l'ami de Dieu, l'Apôtre ne laisse pas de dire que ce n'est pas par des actions de cette nature qu'Abraham a été justifié , ni qu'il a augmenté * en justice ; ce que l'Apôtre n'a remarqué qu'afin t de faire comprendre aux Romains et aux Galates la nécessité et l'efficace de la foi et de la grâce de Jésus-Christ.
Il est aisé de prouver par les paroles mêmes citées contre nous , que c'est là la pensée de l'Apôtre ; car , selon sa doctrine , ce qui est accordé aux œuvres dont il parle , est une simple récompense et non une grâce ; or, il n'y a que les œuvres faites par les seules forces du libre arbitre qui méritent une récompense telle qu'elle ne puisse être regardée comme une grâce ; car pour les œuvres produites par la foi , ce qui leur est accordé n'est pas simplement une récompense , c'est aussi une grâce , c'est mêm*» une grâce plutôt qu'une récompense, puisque là tout est fondé sur la grâce, tout provient de W