T0M„ IX
370 DOUZIÈME LKTTRB.
foi qui, comme l'Apôtre l'enseigne expressément i est le premier des dons célestes dont nous ne saurions nullement mériter la possession par nos œuvres. C'est la grâce , dit-il , qui vous a sauvés par la foi , et ce bien ne vient pas de vous; car c'est un don de Dieu, qui rCest pas le fruit de vos œuvres ) afin que personne ne se glorifie^}. Donc l'Apôtre en excluant les œuvres de la justification d'Abraham , n'a pas prétendu parler des œuvres qui ont la foi pour principe et qui sont faites avec le secours de la grâce.
Remarquez de plus, Monsieur, s'il vous plaît;, que si Abraham eût été justifié par les pqrs efforts de son libre arbitre , en faisant des actions louables devant les hommes , il serait pour lors vrai de dire qu'il a eu de la gloire .auprès des hommes et non auprès de Dieu; mais que s'il a été justifié par la foi et par les effets de sa foi , c'est-à-dire par les œuvres procédantes de sa foi, il ne s'ensuit nullement qu'il n'en ait eu aucune gloire auprès de Dieu; car enfin de telles œuvres étaient l'ouvrage de la grâce , très propres à glorifier Dieu , et à rendre Abraham plus agréable à ses yeux. Donc l'Apôtre n'a prétendu exclure de la justification d'Abraham que les œuvres faites sans la foi et sans la grâce , non celles qui sont les fruits de l'un et de l'autre.
Si vous considérez ensuite , Monsieur , les inconvénients que saint Paul trouve à attribuer
(1 ) Gratiâ enim estis salvati per fidem et hoc non ex vobis , Dei enim donum est, non ex operibtu, nequis glorietur. Eph. 2. 8. 9.
SUR LA JUSTÏFICATIOW. 371
la justification de l'homme aux œuvres de la loi, vons serez encore plus convaincu qu'il parle uniquement des œuvres de la loi de Moïse, ou des œuvres de la loi naturelle , et nullement des œuvres de la religion chrétienne faites par le mouvement du Saint-Esprit et dans les principes de la foi ; car s'il parlait de ces dernières, comment pourrait-il en tirer les conséquences , sur lesquelles il appuie si fort dans son Epître aux Romains et dans ceUe^ax Gâtâtes ? S* il rCy avait , dit-il , que ceux qui ont reçu la loi qui fussent les héritiers , la foi serait anéantie et 'la promesse deviendrait vaine (1 ) : Si la loi nous justifie^ c'est donc en vain que Jésus-Christ est mort (2) : Si T héritage eût dû être donné par la loi , ce rCéûi donc pas été en vertu de la promesse (3) ; jPoùs qui' voulez être justifiés par la loi 7 vous vous rendez Jésus-Christ inutile, vous êtes déchui de la grâce (4). Qui ne voit que toutes ces conséquences sont très justes, en supposant qu'on se croie justifié par lesœuVres de la loi de Moïse, ou parles seules for ces de la nature ? ëàr si la loi et la nature suffisaient pour obtenir la justice et le salut , qu'eùt-il été en effet besoiri que Jésus-Christ mourût pour nous y foire parvenir ? sa vie et sa mort, ses mérites et sa gràèe,
(1) Si enim qui ex lege, h&redes sunt, exinaoita est fidcs , abolita es pronissio. Rom. 4. 14. .<<:'>
(2) Si enim per legem justitia, ergo Cbristus gratis mortuus est. Gai. 2. SI.
(5) Nam si ex lege bssreditas , jam non ex promissipne. Gai, 3» 18. (4) Evacuati estis à Cbrbto , qui io lege justificamiiu , graiiA excidistip. Cal. 5. 4. ' '
ne nous seraient-ils pas devenus parfaitement mutiles ?
Vous n'ignorez pas , Monsieur, la promesse que Dieu fit à Abraham y lorsqu'il lui ordonna de sortir de son pays pour passer dans la terre de Ghanaan : Je vous ferai , lui dit-il , le père dun grand peuple , et toutes les nations de la terre seront bénies en vous (1 ) ; promesse qui lui fut renouvelée au vingt-deuxième chapitre de la Genèse* après qu'il eut signalé son obéissance par la généreuse disposition où il se montra de faire le sacrifice de son fils. Or, dit F Apôtre, en raisonnant contre plusieurs juifs convertis qui conservaient beaucoup d'attachement pour les observances légales, et méprisaient les Gentils, comme indignes de participer à la grâce de l'Evangile , s'il n'y a que les enfants d'Abraham et les disciples de Moïse d'appelés à la bénédiction d'Abraham , et si les justes qui, sans pratiquer la loi, sont les imitateurs de sa foi , n'ont aucune part , il est clair que la promesse faite à Abraham sera vaine ; il n'est pas moins clair que si la foi dont la vertu a justifié le père des croyants , de la manière dont nous l'avons dit , ne peut justifier également ceux qui croient après lui et comme lui, la foi sera anéantie.
Mais comment nous persuadera-t-on que si des œuvres faites avec le secours de la grâce et émanées de la foi , sont regardées comme des
(1) Faciam te in gentem magnam in te benediccnlur univers»
cognationes terra. Geo. 15. S. 5. Item 22. 17. 18.
moyens propres à parvenir à la justice et à la sainteté, il sera en ce cas inutile que Jésus* Christ soit mort pour nous , que ses mérites ne lions serviront de rien , que noos serons déchus de sa grâce , que la promesse deviendra vaine. 4 et que la foi tombera dans l'anéantissement? Est-ce donc que la mort de Jésus-Christ n'<est pas dans nos principes le prix de tontes les grâces qui nous font agir? n'est-ce pas par Jésus-Christ que nous obtenons Je pardon de nos péchés , lui seul ayant pu satisfaire pour nos dettes, et nous ne le pouvant en aucune façon ? La foi , qui est en nous la racine de tout bien , n'est-elle pas , selon nous , un pur don de Dieu , dont nous sommes uniquement redevables aux mérites de la passion de son Fils? Dieu nous a promis la rémission de nos péchés moyennant de certaines conditions , si en satisfaisant aux conditions qui nous ont été prescrites, nous obtenons l'effet de la promesse divine, sera-ce par là même que la promesse devien- . dra vaine? Qu'en pensez-vous, Monsieur? les conclusions de l'Apôtre vous paraissent-elles concluantes contre nous, et peut-on soupçonner saint Paul d'avoir voulu combattre le système de notre doctrine par des raisonnements qui visiblement porteraient à faux? Donc, encore une fois , l'Apôtre en excluant les œuvres de la justification , n'a pas prétendu en exclure celles qui ont la foi et la grâce pour principe.
Vous ne désapprouverez pas , Monsieur , que je me sois un peu étendu sur cette difficulté; elle est la plus apparente de toutes celles que
374 DOUZIÈME LETTBE.
vos gavants nous objectent, et celle dont ils fput le pins de brait. Vous voyez que je n'en ai rien dissimulé ; j'ai rapporté fidèlement tous les textes qui semblent la grossir; mais que
' peuvent tous ces textes pour établir votre doctrine? qu'on les examine, de près et on verra qu'ils ne servent qu'à nous armer contre vous. Luther a si bien senti la faiblesse de tous ces raisonnements fondés sur les Èpltres de saint Paul, qu'embarrassés de n'y pas trouver de textes assez <#§irs , et assez concluants à son gré, il a eu recours à la falsification la plus insigne ; car, au lieu de rendre le vingt-huitième verset du troisième chapitre de l'Epitre aux Romains tel ifuil est dans l'original : Nous estimons que t homme est justifié par la foi sans les œuvres de la loi , il a traduit : ce Nous estimons que l'homme est justifié par 'la seule foi sans les œuvres de la loi , » ajoutant au texte le mot seule , qui ne se trouve ni dans le grec ni
„ dans le latin.
Vos ministres veulent justifier Luther sous prétexte qu'il a pris le véritable sens des paroles de saint Paul; c'est là, je ne l'ignore pas, la prétention de Luther et de ses disciples ; mais il ne s'agit point ici de prétention , vu surtout que nous ne convenons pas du fait ; il s'agissait de rendre le texte de saint Paul par une version fidèle , exacte , par des paroles qui ne dissent ni plus ni moins que le texte : or , c'est ce que Luther n'a pas fait; désolé sans doute de ne découvrir aucun texte qui donnât l'exclusion aux œuvres de la loi chrétienne , il en a forgé un qui les
exclut positivement; car s'il est vrai que l'hom-r me soit justifié par la foi toute seule , il sera vrai aussi de dire que ni les œuvres de la loi judaïque, ni les œuvres de la loi chrétienne n'ont aucune part à la justification , au lieu que le texte de F Apôtre subsistant tel qu'il est , sans y ajouter le mot de seule, laisse lieu à la distinction que nous employons : donc la traduction de Luther en dit plus que texte original , donc elle est vicieuse et infidèle.
Les théologiens catholiques ne manquèrent pas de reprocher à Luther cette falsification; mais quelle fut sa réponse ? ce Vous paraisses c< surpris , dit-il en écrivant à un de ses amis , ce de ce que j'ai dit que nous sommes justifiés c€ par la seule foi , bien que ce mot seule ne ce se trouve point dans le texte de l'Apôtre : c< Si votre papiste s'en scandalise , dites-lui , c< qu'un papiste et un âne est une même chose ; c€ toute la raison que j'ai à rendre de cette adc€ dition , la voici : je le veux, je le commande, ce ma volonté doit servir de raison... 11 y a ce longtemps, poursuit-il, que je le sais, le ce mot de seule ne se trouve ni dans le texte ce latin ni dans le texte grec ; mais je n'ai qu'un ce regret; c'est de n'avoir pas encore ajouté à c< ce passage deux autres mots , en traduisant c< sans toutes les œuvres de toutes les lois , ce afin de faire voir que l'homme est justifié a sans aucunes œuvres , de quelque loi que ce ce puisse être;,, que ces ânes de papistes, coure tinue-t-il , enragent , jusqu'à perdre l'esprit ci de dépit, ils ne m'ôteront pas ce mot qui
ce doit demeurer dans mon testament (1 ). » Je ne vous le dissimulerai pas, Monsieur, s'il m'était permis d'être curieux sur ce qui se passe dans votre intérieur, j'aimerais savoir les pensée* qui s'élèvent dans votre esprit, au sujet de ces étonnantes paroles; oserais-je vous demander ,é si vous êtes fort édifié de la modestie et de la modération de Luther? Trouvez-vous que ce soit là le langage d'un homme spécialement éclairé de Dieu ? est-ce à des gens de cette espèce que le âaint-Esprit communique ses lumières les plus pures , et est-il à présumer qu'il en fait ses organes ? Pensez-en ce qu'il vous plaira , Monsieur , ou plutôt évitez de rien penser sur ce sujet; car c'est assez le parti que vous prenez dans ces occasions ; pour moi , je croirai rendre justice à votre bon sens en me persuadant que vous aurez bien moins de peine à admettre les bonnes œuvres comme essentielles à la justification , qu'à regarder un homme qui pense et parle de cette manière, comme un vase d'élection spécialement choisi de Dieu pour dissiper les ténèbres de Terreur, et rétablir la pureté de la foi. Il y a dans les paroles rapportées ici un orgueil si outré , pour pour ne pas dire si extravagant , qu'on ne peut s'empêcher d'y avoir un incompatibilité absolue avec l'esprit de Dieu; mais ce n'est pas là la seule réflexion que j1ai à faire ; celle qui regarde plus directement et plus immédiatement mon
(1) Sic volo, sic jubeo; sit pro ralione volunïag. T. 5. Ed. Jeu.pcr Potpt, Kilzenheim. An. 1561. p. 141 et 144.
sujet est de vous faire remarquer que Luther devait se trouver bien court de preuves propres à établir son sentiment , puisqu'il a cru devoir falsifier un texte pour suppléer à ceux qui lui manquaient.
Je crois , Monsieur , en avoir assez dit pour prouver que votre doctrine sur l'article de la justification , n'a rien de la doctrine de saint Paul , qu'elle est très éloignée de la pensée et du dessein de cet Apôtre , et que de plus elle contredit formellement plusieurs textes de l'Ecriture. Je dois présentement venir à la preuve de la seconde des trois propositions que j'ai opposées à vos prétentions , et faire voir que votre doctrine sur le même article, n'a rien par dessus la nôtre , ni pour relever la gloire des mérités de Jésus-Christ , ni pour tranquilliser les consciences , et que les chefs de votre réforme se sont vainement flattés de ce double avantage. Mettons, Monsieur, s'il vous platt, tout préjugé à part, et vous ne tarderez pas à reconnaître que nous pensons sur les mérites de Jésus* Christ , comme il convient d'en penser , et que, sans nous flatter d'une folle sécurité , nous avons des moyens très solides d'apaiser les remords d'une conscience inquiète.
DEUXIEME PROPOSITION
LA DOCTRINE DE LUTHER S'A AUCUN AVANTAGE SUR LA ffÔTRP POUR RELEVER LA GLOIRE DES MÉRITES DE JÉSUS-CHRIST.
Quelle plus hante idée peut-on avoir des mérites du Sauveur , que de reconnaître , comme nous reconnaissons, premièrement, que rhojnme pécheur ne peut retourner à Dieu sans y être excité par des mouvements salutaires d'une grâce prévenante , fruit des mérites et du sang de Jésus-Christ (1); en second lieu que tous les efforts de l'homme pécheur, quôiqu'aidé d'un secours surnaturel , sont beaucoup trop faibles pour pouvoir mériter la rémission des péchés , cette rémission n'étant accordée au pécheur pénitent que par la pure miséricorde de Dieu, gratuitement et uniquement en vue des mérites de Jésus-Christ (2) , en qui et par qui , comme dit saint Paul, il s'est fait une réconciliation de toutes choses avec Dieu , et qui, par le sang qiCil a répandu sur la croix , a donné la paix
(1) Déclarât sancta synodus , justifîcationis exordium in adultis à Deo per Jesuin Christum praeveuiente gratiâ sumendum esse , hoc esl ab ejus vocatione , quà nullis eorum existentibus meritis vocaotur. Conc. Trident. Sess. 6* cap. 5*
(2) Causa meritoria justifîcationis est Dominus noster Jésus Cliristus qui, cùm essemus inimici propter nimiam charitatem qua dilexit nos, sua saoctissima passione in ligno crucis nobis juslifîcaliooem iQçrtiit, et pro, nobis Deo Pktri wtysfecil. Sess. 6. cap. 7.
à ce qui est dans le ciel et à ce qui est sur la terre (1). En troisième lieu que Dieu exige, il est vrai, de la part du pécheur certaines dispositions pour le recevoir en grâce , mais que le pécheur ne peut néanmoins apporter ces dispositions sans le secours de la grâce de Jésus- Christ , et que malgré leur excellence et leur perfection , elles n'ont cependant aucune proportion pour égaler le prix de la grâce justifiante , don inestimable , dont nous sommes uniquement redevables aux mérites du Fils de Dieu (2). En quatrième lieu que Jésus- Christ répand continuellement sa vertu dans ceux qui sont justifiés, comme le chef dans les membres , et le cep de la vigne dans ses branches ; cette vertu précédant, accompagnant, et suivant toutes leurs bonnes œuvres , qui sans elle ne pourraient être agréables à Dieu , ni méritoires (3).
Voilà, Monsieur, la doctrine de l'Eglise catholique touchant le prix et l'efficace des mérites de Jésus-Christ , renfermée dans ces quatre articles et enseignée en termes formels par le concile de Trente : or , je vous le demande, est-ce là une doctrine capable d'obscurcir les mérites de Jésus-Christ ? et le reproche que vos ministres nous en font, n'est-
(t) Col. f. *0.
(2) Nihil eorum , quae joslificationem procédant , sive Iules , sire opéra , ipsan* ioslificaiionii gratiam promeretur. Sets. 6. cap. 8*
(3) 111e ipse Ctinstus Jésus taaquam caput in membra • et lanquam TÎtis in palmitesin ipsbsjusliGcatosjugiter virtutem instruit, quœ virlus bena eorum opéra semper antecedit et conritator, et sine qui nulio facto Deo grata et meritoria esse possunt. Ses*. 6. cap. 16.
il pas la plus indigne de tontes les calomnies ?
Mais , nons disent-ils , vous reconnaissez dans Thomme juste une justice qui est propre à l'homme ; les protestants , an contraire , n'en reconnaissent pas d'antre que celle de Jésus- Christ, imputée de telle sorte à l'homme, qu'il n'est juste que de la justice de Jésus- Christ même ; or, ajoutent-ils , cette manière de donner tout à Jésus-Christ et de ne rien donner à Thomme est incomparablement plus propre à relever l'éclat et la gloire des mérites de Jésus-Christ.
Sans doute nous reconnaissons dans Thomme juste une justice inhérence et intrinsèque ; car il n'est pas possible à Thomme d'être juste d'une justice qui soit hors de lui y comme il ne peut être fort , sage ou savant d'une force , d'une sagesse et d'une science qui soient hors de (lui , mais nous disons en même temps que cette justice inhérente et intrinsèque , autrement appelée la grâce habituelle , est un pur don dn Saint-Esprit et le fruit inestimable de la passion du Sauveur, puisque Jésus-Christ, comme je l'ai déjà marqué plus d'une fois , a pu seul nous mériter un don si précieux , placé au-dessus de la portée de Thomme pécheur. Autre chose est donc que Jésus -Christ nous ait mérité notre justice ; autre chose , qu'il soit notre justice lui-même. Autre chose est, qu'il ait satisfait pour nous et que ses satisfactions soient regardées , comme si elles étaient nôtres ; autre chose , que nous soyons fornud-
SUE Là JUSTIFICATION. 381
lement justes de la justice même de Jésus* Christ. Nous reconnaissons qu'il est la cause méritoire de toute la justice qui est en nous ; mais nous disons que notre justice est entière* ment distinguée de la sienne ; parce que , s'il m'est permis de parler ici le langage de l'école, la justice de Jésus-Christ ne saurait être tout à la fois et la cause efficiente morale et la cause formelle qui nous rend justes.
Ce serait bien à tort qu'on nous reprocherait de nous écarter en cela du langage de l'Ecriture, puisqu'il y est dit, que nous sommes justifiés gratuitement par la grâce , en vertu de la rédemption faite par Jésus-Christ (1 ) : que £amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné (2) : que ceux qui ont reçu la grdce^ le don et la justice en abondance , régneront dans la vie par Jésus-Christ (3): que Dieu a répandu abondamment sur nous le Saint-Esprit , afin que , justifiés par sa grâce , nous devenions selon notre espérance les héritiers de la vie éternelle (4); où vous voyez, Monsieur, que la grâce de Dieu, le don du Saint-Esprit , la justice , la charité , ce qui est un même bien ex-
(1) Justificati gratis per gratiaiu ipsius 9 per redemptionem quai est io Christo Jeso. Rom. 3. 24.
(3) Charitas Dei dilfusa est in cordibus noetris per Spiritum saoclum , qui datas est nobis. Rom. 5. 5.
(5) M alto inagis abnndantiam gratis et donationis recipieotes in vilà regnabuat per Jesum Chris tu m. Rom. 6. 17.
(4) Salvos nos fecit per laracrum regeneratioois et reoovatiooif 9pirites Sancti , quem effadit in dos abundé per Jesum Cbrisiam Sartatoran noatrum , nt justificati gralia ipsius bsredcs scimus secundûm apem fit* eterae. Tit. S.1 5. 6. 7. *
382 douzième Lettre.
primé en différents termes , riotis est donnée , comme restaùt dans nous , comme nous étant intérieure , et nous rendant ainsi justes et héritiers de la vie éternelle.
Je ne l'ignore pas, Monsieur , vos savants distinguent entre la justification et là sanctification, et prétendent que la disposition dont je viens de parler, et que TApôtre exprime eh différents termes, appartient à la sanctification et non à la justification , dont ils font consister la nature uniquement dans la rémission des péchés; mais puisqu'ils conviennent avec nous du fond de la question, en reconnaissant dans Thoûime jiiste une grâce, une justice, une charité qui le sanctifient, le reste ne peut guère être qu'une dispute de mots; savoir si ce don intérieur à l'homme juste appartient à la justification ou à la sanctification, si la sanctification différé de la justification , ou si ce ne sont pas des termes à peu près synonymes.
J'ajoute , que s'il s'agit ici de régler le langage, il est clair par les passages de saint Paul, que la grâce de Dieu , le don du Saint-Esprit , la charité appartiennent véritablement â la justification; vous n'avez, Monsieur, qu'à relire ces passages pour vous en convaincre .
Et certes la justification ne délivre pas seulement des peines de l'enfer , elle donne aussi droit à la gloire des bienheureux ; or, la seule rémission des péchés ne délivre que des peines de l'enfer , et ne donne aucun droit à la gloire des bienheureux ; donc la seule rémission des péchés ne fait pas, comme vous le prétendes,
toute la justification de l'homme ; donc la grâce intérieure qui sanctifie l'homme et qui lui donne droit à la gloire , fait aussi partie de la justification.
Il est sûr de plus , que la justification nous procure les glorieuses qualités d'amis, d'enfants , de domestiques de Dieu , de concitoyens des Saints ; or, ce n'est pas la seule rémission des péchés qui donne tous ces avantages ; donc là justification renferme d'autres faveurs que la simple rémission des péchés.
L'amitié de Dieu n'est rien moins que stérile, Dieu ne se contente pas de vouloir du bien à ses amis , il leur en fait ; or, le bien que Dieu veut à ceux qu'il justifie , est leuJr sanctification, suivant cette parole : (Test là volonté de Dieu que vous soyez saints (1) ; donc la grâce justifiante ne se termine pais , comme bn enseigne chez vous , à une «impie bienveillance , ni à une faveur purement extrinsèque ; et il esi nécessaire de convenir que l'effet immédiat de cette grâce est de sanctifier, et de renouveler lame d'une manière à la fehdte agréable aux yeux de Dieu.
C'est , là si bien le sentiment de saint Augustin , que Calvin , malgré son désir de nous le disputer , n'a vu d'autre parti à prendre que de rejeter ici l'autorité du saint Docteur, le seul pourtant de tous les Pères de l'Eglise , pour lequel il ait témoigné conserver quelque déférence. « Il ne faut pas , dit ce prétendu réforma-
(1) Haec est vol u nias Dei sanclificatio vestrto. 1. Thessal. 4. 3* ,
c< teur, il ne faut pas même écouter Augustin* ce qui rapporte la grâce justifiante à la sancti- « fixation , par laquelle nous sommes régénérés ce à une vie nouvelle (1).»
Si, pour soutenir votre justice imputée, vous nous objectez, Monsieur, le passage de saint Paul , où il est dit , que Jésus-Christ a été fait notre sagesse , notre justice , notre sainteté et notre rédemption (2) ; si de là vous prétendez conclure qu'il n'y a donc dans nous d'autre justice que celle de Jésus-Christ , et que sa justice seule peut nous donner la qualité de justes, nous répondrons que Jésus- Christ est ici appelé notre justice , comme Dieu est appelé notre force et notre patience dans les Psaumes (3); non que nous soyons forts de la force de Dieu même, patients de la patience de Dieu même; mais parce que notre force et notre patience viennent uniquement de Dieu : et , pour ne pas sortir du texte que vous nous objectez , je dis que Jésus-Christ est notre justice comme il est notre sagesse; le texte mettant l'un et l'autre sur la même ligne ; or, nous ne sommes pas sages de la sagesse de Jésus-Christ, en sorte que notre sagesse ne soit pas distinguée de la sienne ; mais U est dit
(1) Al ne Àugustini quidem sententia recipienda est , qui graiiara ad sancliOcationem referi , quâ in vitae novitatem per Spiritum regeneramur. Lib. 3* Institut, cap. Il» §. 15. Edîl. Amstelod. apud J. Jac. Schipper. pag. i 95.
(S) Ex ipso autem vos estis in Christo Jesu , qui factus est nobis «apientia à Deo , et justitîa , et sanclificatio et redemptio. 1. Cor. 1. 30.
(5) Diligamte, Domine, (orlitudo mea. Ps. 17. f. Ta espaUeotia iiica, Domimr» ft, 70. 5*
sua LA JUSTIFICATION. 385
de Jésus-Christ qu'il est notre sagesse, parce que c'est lui qui par ses divines leçons , et ses divines lumières nous communique la véritable sagesse ; dope , par la même raison , nous ne sommes pas justes de la justice de Jésus-Christ de telle sorte , que notre justice ne soit pas distinguée de la sienne; mais il est dit de Jésus-Christ qu'il est notre justice, parce que c'est à ses mérites que nous sommes redevables de toute la justice qui est en nous. C'est ainsi, Monsieur, qu'un texte qui vous paraissait si plausible pour établir votre justice imputée, nous donne toute espèce d'avantages pour expliquer et justifier votre sentiment.
Mais, ajoute-t-on, saint Paul méprisait la justice qui lui était propre et intrinsèque , et ne faisait cas que de celle de Jésus-Christ ; car il dit : Xai renoncé a toutes choses , et je les considère comme de la boue, afin de posséder Jésus-Christ , et dêtre trouvé en lui non pas juste de ma justice, qui vient de la loi , mais de celle qui vient de la foi en Jésus-Christ , et qui est la justice de Dieu par la foi (1): d'où vos Théologiens concluent que la justice qui nous est propre et intrinsèque , est une justice imparfaite et méprisable, et que la justice de Jésus-Christ appliquée à l'homme par la foi , peut seule nous rendre agréables aux yeux de
(4) Propter quem omnia detrimentum feci, et arbitrer ut stercora, ut Chrislum lucrifacism , et inveniar in illo, non habens meam justitiam, quae ex lege est , sed illam , quae es fide est Christi Jesu , quae ex Dco est justitia in fide. Phil. 3. S. 9.
3S6 DcwranfcMn lettre.
Dieu jet nous rassurer contre la sévérité de sel jugements.
Mais saint Paul n'avait garde de mépriser la grâce sanctifiante y qui faisait sa justice propre et intrinsèque , et qtfil savait être le plus précieux des dons du Saint-Esprit ; ce qall méprisait y c'était la justice communiquée par la loi de Moïse; c'est-à-dire, qu'il ne faisait aucun cas de tous les avantages attachés & la qualité de juif, ni de la réputation acquise au milieu de ses frères par sa. ferveur à pratiquer les observances de laloL Voilà ce qu'il regardait comme de la boue et de l'ordure.
Saint Augustin enseigne , que la justice appelée par l'Apôtre la justicç de Dieu , est celle qui est en nous par sa libéralité, et que notre justice est celle qpe nous acquérons ou pré* tendons pouvoir acquérir par nos propres forces y et sans la grâce de Jésus-Christ (1); selon cette explication il est aisé de comprendre, pourquoi saint Paul témoigne estimer infinimeut la première et n* W aucun cas de la seconde*
Quant aux œuvres qui procèdent de la foi en Jésus-Christ , qui se font avec le secours de sa grâce et qui alimentent la justice des £xnes
(1) Qootquot ergo adjoncîo sole adjntorio logis tint adjutorio gatie, confidentes in virtute suâsuo spiritu aguotur, non sont filii Dei ; taies sunt , de quibus idem dicit Apostolus , quia ignorantes Dei justitiam , et suam quaerentes statuere, justiti» Dei non sunt subjecti. De Judaeis hxc dixrt , qui de se praesumentes gratiam repelleba«t , et m Ciiristmn prop-
tereà non credebant in lege sua» jostitiani constitueront , qwaîo
eandem legera sois viribus se mpfere pcsse credebant , ignorantes Dei justitiam» non quâ justiliâ Deus jus tus est , sed que justifia est braimi ex Deo. Lib. de gsatjâ et lib. arbit. cap. 12. Tom. 7. Edit. Frobeu. pag. 1310.
sua là ivëTmcjmoa. 387
défi justifiées, l'ApAtatt était bien éloigné de les npgaeder (Comme de la boue et de ltordure, ainsi <qne *fe prétend Kemmtius (1), pnqque dans aon Epîtrc aux Galates il les nomme fet fruits du SainirEsprU (£), et cjtfil se tient pan* assuré que le juge lui rendra la couronne de justice pour avoir soutenu un glorieux cowtr bat et pour avoir achevé sa course (i)^ dans la pratique d'une igfioité de bonnes œuvres / H faut être apssi entête de ses idées que ftemnitins pour se porter & traite* de bqne les frate do Sapit-Esprit, et prétendre <que le juste juge en couronnant les bonnes ^eurpes ne éQmtonnera que des «idnres.
Nous ne condamnons pas néanmoins Pexpipssion de I3 justice imputée, Jésus-Christseul a pu satisfaire pour nous ; .ses satisfactions nous sont appliquées comme ai nous avions satisfait nous-mêmes ^ on peut donc toèsrbien dire dans ee sens que sa justice nous esjt imputée, coowpe si c'était la nôtre ç en effet les mérites de Jésns* Christ sont «n quelque façon A nous , puisqu'ils sont enttàremept consacrés à ne(tre profit, et noms soromep certainement en drok «de )cs offrir ?a Père Eternel comme le prix de nôtre
Nous le savons d'ailleurs ; ce n'est pas par la
y i jftfrj, I. 4» Joatif. Ed. fraflçqf. p. %fa% jN>.
nign'itas f bonitas » longanimitas , mansaetudo , ndet, jnqdeftlja, t#WUn«BuM»,caêlUa».Gal.,5. S^.^ m .
ff) jBonwp cçr^incn.p^aTi , ymsum cowommavi , fy|etn tqrvavj : in relif «o wfri ftpôfîfa ffttfofoiui jmstitj* , <juam rcddet milu Doiflinus in ttla dicjustus Judex, 3. Tim. 4, 7, 8.
justice inhérente à nôtre âme que nous satisfaisons pour nos péchés", et que nous échappons à la peine éternelle dont ils sont dignes. Cette justice inhérente , la rémission de nos péchés et la relaxation des peines éternelles sont an* tant d'effets des mérites et des satisfactions de Jésus-Christ , qui nous sont communiquées dans la justification , selon renseignement exprès du concile de Trente (1 ) .
Ce que nous blâmons dans votre justice imputée, c'est que contre le témoignage de l'Ecriture, elle exclut toute justice intrinsèque capable de nous rendre agréables à Dieu, et que de plus, il est aussi inconcevable à la raison humaine de nous supposer justes de la justice d'autrui et d'une justice qui soit hors de nous, que de supposer une muraille blanche d'une blancheur qui soit hors de la muraille , ou d'attribuer la force d'Hector à la force d'Achille. c« Il ne faut te pas se mettre en peine, dit Kemnitius, si notre ce doctrine étant aussi solidement établie , « qu'elle Test dans l'Ecriture , donne dans des c< absurdités philosophiques (2).» Vous l'avez vu , Monsieur, si les prétendues preuves tirées de l'Ecriture en faveur de votre justice imputée, sont aussi solides que votre Kemnitius a bien
-■ (1) Quanquam nemo possit esse justus , nisi cui mérita passionis Domioi
*«ostri Jesu Christi eommo^Scantur, id tamen in hac impii justificatiooe
fit , dam ejusdem sanctissimae passionis merito per Spirilum Sanctttm
charitas Dci diiïundiiur in cordibus eorum , qui juslificantur , atque ipsii
inhaeret. Sess. 6. c. 7.
(S) Ideo 9 cùm habeamûs sentenlia? nostrae in scriptura certa et firna fundamenta , non est curandum , etiam si incurrat in absurdilataa philosophicam. lu Eiain. Oonc. Trid. Part. I. Edit. Francof. pàg* 917. Num. 10.
sua LA JUSTIFICATION. 389
voulu se le figurer ; quant à nous il nous suffit de voir nos plus grands adversaires reconnaître que votre doctrine renferme les absurdités philosophiques, pour ne pas la croire propre à relever la gloire des mérites de Jésus-Christ; car Jésus-Christ ne prétend pas être glorifié par des imaginations ipal concertées , et aux dépens du sens commun.
Nous concevons fort bien que quelqu'un peut satisfaire pour autrui , mais nous ne concevrons jamais que l'on puisse être juste de la justice d'autrui : c'est là un mystère du nouvel Evangile impénétrable à la raison humaine ; et pour qualifier ce point de doctrine comme il le mérite , de l'aveu même de Kemnitius , c'est une vraie absurdité philosophique. De notre part nous donnons à Jésus- Christ tout ce qui peut lui être donné selon la droite raison ^ éclairée par les lumières de la foi, nous faisons une haute profession de reconnaître qot , . tout le bien surnaturel qui est en nous , nous, vient des mérites de Jésus-Christ , et nous disons de grand cœur avec saint Paul: Loué soit Dieu le Père qui nous a bénis en Jésus-Chris{ de toute bénédiction spirituelle (1). Voilà, Monsieur, ce qui est uniquement propre à exalter les mérites du Sauveur; tout ce que vous y ajoutez de plus ne s'accordant ni avec l'Ecri? ture , ni avec les principes fte la raison , ne peut leur donner le moindre relief.
Voyons maintenant, si par votre doctrine
(1) Efli. i. 3,
390 waitÈm iAtthb,
Mil? l'article de la justification , VOtos réussisse* mieux que aousà traftqufiliser ks e où alertées inquiètes. C'est ut* att&e àtf&fttâge, dont se dont flattée les ehefc dé votte prétendue réforme , et c'est & farce de te {ritoftietfre « dé k ttmter , qu'ils sorttp*t*e&u* à fti*e goéfcfrkur nouvelle doctiwe à ce» dwtt la légèreté ^Hj^pris garde de plus près ; ma» Voôë âllea rohy Mètosieur t si cet avantage tf èft pas aussi îftiagterire que les précédente j èuitez tOS £top*e* p*fiflh elpe», et Tôt» né ttotntërez rien qtiî tous e6f^ acné pltw tôt qt*é Mttt à cette tr&nqoilKté et fcenscienï* dont VOtis recherche* tfi o*diititiifemeutla possession, tandis qtle tou* refuses de prendre tes moyens les plus eonvenàfcleà pour votas la procurer .
Vos théologiens n'exigent, cortltaë Voué ge saves* Monsieur, d'autres disposition pour obtenir la justification , que la foi to Jésttèttxristj: il suffit, d'aptfèa leurs prihcipes, Au pé- .chevr.de croire fermement que JésU^Christ est mort font loi et a satisfait pont ses péchés ; avec cette croyant il est justifié eu acceptant Jpar là foi les méritas et lés satisfaction* de Jétus-Chriit, qui lui Sont offerts par la divine iftisérïcovdet o?* âjoutent-ib, chàcUn pêttt tfaasorer et sentie eu sof-même, s'il a cette foi et cette Confiance atœ mérites dti Saweur ; il peut donc s'assure# égatement de là rémission de ses péchés et tranquilliser parfaitement sa ceinseieoèe, Si l'en fait , disent-ils > dépendre la Justification de la condition des bonnes œuvres % uous serons toujours incertains si nos péchés
SUR LA JUSTiFlCATlO*. 39 1
nous sont remis ; car nous ne pourrons jamais savoir, si nous aimons aesea Dieu, si «Mm avons une contrition assez vive, un propos assez ferme, et tontes ks antres dispositions, exigées dans le système 4e la doctrine catholi* que ; an lieu que la foi, ne comptant point sur le mérite et la dignité des œuvres , et ne s'appu yant que sw la promesse de Dieu, dont l'effet ne peut nous manquer, nous donne tonte la certi* tnde que noas pouvons désirer (1). Voilà, Mon* sieur , votre rare secret de tranquilliser ks consciences,
filais outre que ce secret suppose pour prinn çipe la justification de l'homme par la seule foi, principe déjà détruit, je vous prie de remar* quer que vos théologiens ne se contentent pas d'une, foi telle quelle , mais qu'ils veulent une foi bien conditionnée , c'est-à-dire , une foi ne* compagnée ou suivie d'une douleur sincère de ses péchés , d'un ferme propos <fe n'y plue re» tomber, d'un véritable amour de Dieu, eic,(2). déclarant que si la foi n'est pas de dature
^1) Si fidei aeoipjt remiatioiiem fooeatoram mpter dilectfoiem , •emper erit incerta remÎMio. Apol. Couf» Art. 9. de luttiflctftione* Twfc Sébrttinl, p« 81 .
Si pendet ex ceoditione opernm «Mtraraii tMistio {Mocalûmn t fmffis erit incerta. Art. 3. de Dilect. et taplet. leg. p. 95.
(fi) Nos qvoqoe dictmas, qaoddifottioMetafeqtrîdetaff, Apol. Art* $, de Justifie. Typii SchoW ini. p. 81 .
Si quis dilectionem abjecerit , etiarosi magnam habet fidem 9 tamen non retinet illam. Art. 3. de Dilect. et Implet. leg. p. 102.
Vcra et sahrans fides in eis non est', qui contritione carent , et propo* shurn in peccati» pergeqdR et perseverandi habent. Ex aolidâ et plana Deciarat. p. 6SS.
ïWe» in mrilo wfojectû datur , quod non sïmut Dcum diligat , et benè npertri stadeat. Qxtttâ. tib. +. Part. 5. Art. 3ô. cap. 3. Edit. Francof. pag. 1463,
à produire ces effets, ce riest point une véritable foi , et qu'elle n'est nullement propre à justifier ; de sorte qu'à considérer le fond de l'affaire, vous exigez les mêmes conditions que nous , quoique vous les placiez dans un autre ordre et dans un autre rang : nous voulons que la contrition et le bon propos soient des disposition nécessaires à la justification , et vous voulez que ce soient des fruits inséparables de la foi justifiante. Quoi qu'il en soit , toujours est-il également vrai , que suivant votre plan , comme suivant le nôtre , on ne peut être justifié , sans être véritablement contrit de ses péchés et sans avoir un ferme propos de s'amender, car enfin vous prétendez qu'on ne peut être justifié que par une foi bien conditionnée, et selon vous, la foi bien conditionnée amène avec elle la contrition et le bon propos ; donc vous ne pouvez disconvenir que la contrition et le bon propos ne soient nécessaires à la justification ; c'est une conclusion que votre célèbre Gérard ne désavoue * pas , tl s'est senti forcé à l'admettre par le raisonnement que je viens dé faire (t).
Or , puisqu'il en est ainsi , permettez-moi , Monsieur , de vous demander , en quoi vous avez plus de facilité que nous pour calmer les inquiétudes de la concience ? Si c'est parce que nous exigeons certaines dispositions, comme
(1) Sano sensu concedi potest actus illos, nempè spei, timoris, el pœnitetitiae requin ad justificalionera , quia enim ad justifies lionem requijritur fides , quas non potest esse sine illis actibus , ideô eliam suo modo actus illos ad fidem justificantem requin admitti potest. Lib. 2. Part. 3, Art. 93. c «, de objecto fidei Justif. Ed. Franco!, p. 1463. .
$ont la contrition et le bon propos , que nous ne pouvons nous rassurer, n'est-ce pas pour vous le même sujet d'inquiétude , dès que vous reconnaissez comme nous la nécessité de la contrition et du bon propos , quoiqu'il vous plaise leur donner un. autre nom que celui de dispositions ? Car enfin c'est un point de doctrine bien avoué chez vous que si vous n'avez une véritable contrition et un véritable bon propos , vous n'avez pas une foi propre à vous justifier. Donc si vous ne pouvez être sûrs , que votre contrition et votre bon propos aient les qualités requises, vous ne pouvez être sûrs de votre foi , ni de votre justification ; donc la nécessité de l'un et de l'autre est pour vous comme pour nous la même source d'incertitude. Non-seulement la méthode dont vous vous servez pour tranquilliser les consciences , n'a aucun avantage sur la nôtre , puisque , comme vous venez de le voir, elle a à vous rassurer sur les mêmes chefs d'inquiétude ; mais qui plus est, si vous me permettez de le dire , elle n'aboutit qu'à vous procurer une paix fausse f séductrice et illusoire ; car selon vous le pécheur se confiant aux mérites de Jésus-Christ est obligé de croire comme un article de foi que ses péchés lui sont remis. C'est la doctrine. expresse de votre Confession d'Ausbourg: «Les hommes, « dit-elle, sont gratuitement justifiés par la « foi , quand ils croient fermement qu'ils sont ce reçus en grâce, et que leurs péchés leur ce sont remis en considération dfe Jésus-Christ, ce parce qu'il a satisfait par sa mort pour no&
304 MttôiÈifs taffRË*
ce péchés ; c'est cette foi que Dieu leur impute « * justice* (1)# Et r Apologie ajoute : Si quelle qu'un doute et la rémission de ses péchés , à il fait outrage à Jésus-Christ; car il juge «oh '« péché plu» grand et plus efficace que la « mort et la promette de Jé*u*~Chrîst (S).»
D'où il est manifeste que lé pécheur croyant à Jésus*Ghrist et à se& mérite* , doit , comme vous le prétende*, se tenir aussi sur de la rémission de tes péchai i que de l'efficacité des mérite* do Sauveur et de la vérité de sa promesse j c'est de 14 que tons tire& cette pâte si chérie, qui vous donne tafct d'estime et dégoût pour la doctrine de Luther sur 1- article de la justification. Mais je soutiens qu'une telle assurance portée jusqu'à la certitude de la foi , est contraire à l'Écriture sainte , répugne à la raison, et renferme une contradiction manifeste. Voyons si ce sont là des reproches outrés .
Je dis en premier lien que cette assurance est contraire à l'Ecriture; car quoi dé plus formel que tes paroles des Proverbes? Qui peut dire > mon cœur est pur et je suis exempt de péché (3)?et ces autres de Job t Quelle que soit ma simplicité y mon âme ne pourra savoir si
(1) fcfettr doctift, q&ok Bottines gratis jintificeutof propfttf Cfiriàtum ne* fideot t oém oreduat se ia gradua rtdçi et peceau rtuitti prtpt«r Christum , quia tua morte pfo nostris peccatis satisfecit. Haie fidemDeus tapuUftprojtmUfetoramrpso. Aff. 4.
(S) Si quia dubitat» utrus» retniltaittar stbi peecat** cotxumefô ûflîcit Christum , cùrn peccatum suum judicat majus aut ef ficacius esse , quàm méftém et pt-oatitsioMv Christ*. Art. t. de Ditect» ci impl. Typis Scboiviaû p*t* 87.
(5) Qui* potejt dicere mundura est cor meuin, parus sum à peccalo?
su» t4 jcsnriCATicm. 395
elle ne s'aveugle pus (1)$ et tés «titres do Sage: Ne segréa paà tons crainte touchant le péché ^ dont vous crqyea avoir 'obtenu le ptfrdùn (â): 8aim Pael ne faourt rtcommandô-t-il pa* de faire, SœUvre de notre salut mec crainte et tHêrkbknwnt (3)î et Mint Piette, <£avùir grand smndasàurtr notre éèectiampar les bonnes oeuvres (4) ? Qfet eût jamâi* dism hnmiree phn vires pmr pénétrer dans les replis de ton propre coeur que Xhrtid et saint Paul? et néanradine le premier «'écrie: Qtèi connaît tous ses péchés ? éteégrwuty pUriJîez+moi dé mes fautes cachée* , . et pardonna h "votre serviteur les péché» datittui (5) > et le feeeottd déclare qtœ quoiqu'il ne se sente côùpàUe de ri&ni il n'est pas héumnoirid justifié pour cela (£).
Je mis t MèclifoiE* eomatent ros saratit*éi&pHqpeilt ce dernier texte de cabrt Paul, ils disent que quoique PApétre ne ee êtinUt caopakle de rien f il ne compilait pas néanmoins de Brouter an jnstffîcttfifm dans thmecence de ses toorare, parce quil ne teconntesaait eft soi d'autre justice que celle de Jé*tas*Ghrist, Mai* <|u'ettfbe qhe cette réponse r ai nom* une imagination de gens ifui traient Toir partant la foi
(i> Etta* eirtétat fattr, Uc iènm igraifaît «tint *mi lob, 9, tl.
(É) be pftfitfefb péettô nott esté Aw ÉÉèth. &dlif. ». 1
(5) Cum meU ettroator&salute») yettoaià optmmviL P*il t» il* (4) Satagite , ut per bena opéra caftan ve*tvajn *i)catioi*em et electio-r
tfé&i factatn* S. Ffcf. 1 . T^*
{*> DeJtt* quia kiftalligH? afe odalti* itoi* m*wii me, «I ab «ttttril parce servo too. Psalm. 18. 13.
(6) Nihil raihi conscius sum , sed non in hoc jusliGcatus su m , qui au-* tem judicat met Damimu est. 1. Cor. 4* 4,
396 DOUZIÈME LETTOE. • <
au* mérites de Jésus-Christ, et la justice imputée, lors même qu'il en est le moins questions? L'Apôtre parie ici do peu de cas qu'il faut faire du jugement des hommes, et de l'attention infinie qu'il faut avoir à celui de Dieu; il dit, qu'il se met peu en peine d'être jugé par les hommes , qu'il regarde leur jugement comme sujet à l'erreur -, qu'il compte luimême fort peu sur son propre jugement,, que quoiqu'il ne se sente coupable de rien, il ne croit pas pour cela être justifié , et que c'est au Seigneur à le juger : c'est-à-dire , que quoique sa conscience ne lui reproche rien , . il pourrait néanmoins se faire qu'il y eût en lui quelque dérèglement capable, de le rendre criminel aux yeux du Seigneur. Voilà, Monsieur, le véritable sens du texte , n'en déplaise à messieurs vos interprètes ; vous n'avez qu'à lire la suite des paroles pour vous en convaincre.
Si je n'ai point encore cité contre votre prétendue assurance le célèbre passage de l'Eclésiaste , où il. est dit : que F homme ne sait pas x'*7 est digne d'amour ou de haine (1), ne pensez pas , Monsieur, que ce soient les difficultés formées par vos théologiens contre ce texte qui me fassent hésiter à le rapporter. Kemnitius nous objecte d'abord : Et quoi donc ? est-ce que les plus grands scélérats ne savent pas s'ils sont dignes d'amour ou de haine ? Je réponds que si Kemnitius y eût pris garde de plus près , il se fût abstenu de nous faire cette
(f) Nesch homo utrùm amore an odio dignus si t. Eccle, 11, 1,
SDR LA JUSTIFICATION, 397
objection; car il est clair par le verset précédent (1)r;qn'iL n'est question en cet. endroit que des gens de bien et de probité. Et qnand le professeur de Brunswick ajoute que le Sage prétend dire uniquement que la prospérité et l'adversité étant communes aux justes et aux méchants, l'homme ne peut juger par les événements de la vie , s'il, est digne d'amour ou de haine, je réponds qu'il est vrai que les événements de la vie , bons on mauvais, ne peuvent effectivement nous donner une connaissance exacte de l'état de notre âme; mais, que la pensée du Sage n'a pas été pour cela de nous marquer l'égalité des événements comme le seul obstacle à cette connaissance ; car il ajoute immédiatement après , que tout reste incertain pour l ''avenir (2): or, si hors d'état de> connaître la vraie situation de notre âme, par l'égalité des événements de la vie, nous pouvions néanmoins nous en assurer pleinement d'ailleurs par le témoignage de notre propre coeur,' il ne serait pas vrai en ce cas que tout reste dans t incertitude pour t avenir; donc le Sage n'a pas prétendu rapporter toute l'incertitude de l'homme aux seuls événements de la vie. Vous le voyez , Monsieur, Kemnitîus n'est fécond en objections ,- que par un défaut continuel d'at* tentionà considérer dans les différents passages, • la liaison du contexte avec ce qui précède ou suit immédiatement.
(1) Sunt justi atque sapientes et opéra eorum in manu Dei : et ta m en nescithomo, etc. Eccle. 9. *. . > .
(2) Sedomniaio futurum reseWdntar incerta. Eccle. 9. J.
)96 DOUZflbOI LSTTBÉ.
Ce* citations ne enflfoentrelks pM ? voué fant*il quelque nouBeile preum? réfléchissez sur la nature des promesses quignons «ont faiftfs dims rEciitaitt touchant la rémission des pochés; considérez qu'elles sont tontes condition*» netles, et renferment oa mie condition tacite, on nue coacKlfon expressément noranée, ainsi que je l'ai déjà observé. If e serait-il donc pas, Monsieur, eontraire & la raison et an J>on jêns de m tenir absolument assuré dé Hef&t de ces promesses, et de nfj roir aucune raison dfen douter, tandis qu'on n'a pas la' même certitude dtaroir satisfait à Ja condition? Toutes les pror messes faites an pécheur pénitent 6ontiqawa*lentes à celle-ci «: Com*ertisse**<vou$ «vers moi, et je me convertirai vers vous (J) ; <fest<&dnre se» tournes à moi par une pénitence sincère , et comptez d'être <reçns favorablement ; nœenoez à tout amour déréglé des créatures pour jwqs attacher à moi , et tenez pour certain que je n'hésiterai pas à vo*s rendre mpuapiiflié. Voilà t Monsieur, une espèce de pacte que Dieu fiât avec le pécheur, il s'agit de remplir tes articles de la «convention : il est indubitable quf Dieu ne manquera A nen de son côté; mais est-il également sûr que nous ne manquons A rien du nôtre ? a*ons~nous véritablement renonr çé A tonte attache au péché ? «être retour à Dieu est-il parfaitement sincère ? ne nous flattons-nous pas dans l'idée de la préférence que nous croyons donner à Dieu? Si nous avons
(1)4Conteru«mi aji me, çt convertir ad vos. Zactar. 1. 3.
sua La nrsnnjCATiQN. 390
Une certita.de de foj $ur fans Çfl* PPÎJtfs » nous serons allument assures que njp# pép^eg nous «ont renn>; mgis 4 «QU» n>vons que de.» conjectures, $es pré^ omptiens , une ppjnjpu bien fondée ; nji« .certitude jnorafc J^ncHwf les dispositions que. Dieu <e*âge de non? , non? aurions jtort ds nou$ faire une plus forte per^ snasion d>vejr pbjenu fc pçnifssiçp de nos péchés, et njpns ne pourrions, porter notre ppnr fiance sur ce sujet à un plus grand dégrfi de certitude sans fafre ce mauvais raisonnement : « Je crpis çomi#e aF$ç]f? <Je fpj, que, JÇtien me « pardonnera ines péchés, $i je sxus bjeu dis- « posé: j'en ai de» jnd&es. jtr^R fappratyes; « donc je crpis comme nne yérité dç fot> <que « mes péchés, me $pnt remis. »
yousyoye^, Mpnsieur, <jne cette .çoncjijsjpn entrés piaî tirée; car tep^ncln^jon nepçftf jjen* fermer plus de certitude q«? U'en i^erme fo nuoifts certaine des prennes ; npnr ^qne 1$ jrfU> spnnewent^ jusfci}&uMt dire ; *cDançj'0f « sujetde crpjite eld'e£pirer surde*û^<£$ to^s « favorable^ ^en^pécnésmesont rendis, » .,
Et qu'on ne npn$ objecte pas jcj fe pacage de saint Jean, par JeqneJ jj^jt dit.: Çefai^crq\% au Fils fe Diçty ff Ifi tçwQignçge 4e &W 4tmeoi-mêmf} {i)r pour «n conclure., que n$r la foi .en Jésus-Çhrist nous sommes jnfaijlibjer ment sûrs d'être justifiés . Cette objection n'est bonne qu'à éblouir les simples ; car il ne s'agit
(I) Qni crédit in Filium Deî , habet tratimonium De! in *c. 1, fayu B. 10,
là nullement d'un témoignage qui nous rende certains de notre justification , mais d'un témoignage qui atteste la divinité de Jésus-Christ; le verset qui précède immédiatement le' fait connaître bien clairement : Si nous recelons le témoignage des hommes , dit saint Jean , celui de Dieu est plus grand ; or, à est Dieu même , qui a rendu ce témoignage plus grand de son Fils (1). C'est ainsi que vos ministres ne craignent point d'abuser de l'Ecriture pour établir un dogme chéri , après quoi ils se vantent hautement de ne, suivre que la pure parole de Dieu; jugez, Monsieur, ce qu'il est juste d'en penser. Qu'on ne nous dise pas non plus que selon saint Paul, lé Saint-Esprit lui-même rend témôignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu (2); et que le Saint-Esprit né pouvant se tromper, ni nous tromper, nous pouvons et devons compter sûrement sur son témoignage. Si cette objection a plus d'apparence que la précédente , elle tfa pas pour cela plus de solidité ; car il est bien vrai que nous ne devons pas révoquer en doute le témoignage du Saint-Esprit, lorsque nous sommes sûrs d'entendre véritablement sa voix : mais le point est de distinguer le langage du Saint- Esprit d'avec celui de Tamour-propre , ou d'une conscience abusée. Il n'y a pas lieu de douter que le Saint-Esprit ne fasse [connaître à plu-
(1) Quoniam hoc est tcstiraonium Dei, quod majus est, quoniam testa ficat us est de Filio suo. 1. Joan. 5. 9.
(2) Ipse cnim Spiritus testiraonium rcddit spiritui nostro, quod si m us Filii Dei. Rom. 8. 16,
SUa LÀ «ÏUSTIFICAT10N. 401
sieurs justes, qu'ils sont dans la grâce de Dieu; mais ce n'est pas par une révélation qui soit pour eux un objet de leur foi ; c'est par pn sentiment intérieur accompagné d'onction, de paix % de suavité ; indices qui fondent de prudentes conjectures, mais ne donnent pas une certitude absolue, l'esprit d'illusion faisant goûter assez souvent de fausses douceurs, qu'il n est pas trop aisé de discerner des consolations divines , véritables fruits du Saint-Esprit,
Certainement, Monsieur, les disciples de Calvin et les anabaptistes ont sur la justification du pécheur les mêmes idées; que vous ; ils prétendent comme vous accepter par la foi les mérites de Jésus- Christ , efeils ne se font pas moins que vous , de leur acceptation , un moyen infaillible de tranquilliser leur conscience, se tenant aqssi sûrs de la rémission de leurs péchés, que tous pouyez vous tenir sûrs de la rémission des vôtres ; .vous reconnaissez néanmoins qu'ils sont engagés dans l'hérésie et dans des erreurs grossières : aussi , * étes-vous bien loin de penser qu'ils ne se mécomptent pas en s'assurant de l'amitié de Dieu; tant il est vrai que même, selon vos idées , on peut goûter une fausse paix en se faisant un article de foi de sa propre justification ; or , Monsieur, comment vous assurèrez-vous que votre paix fondée sur les mêmes principes, ne soit pas du même genre, c'est-à-dire , aussi vaine et aussi illusoire que celle de ces sectaires?
Nous ne prétendons pas pour cela , en coin-
tom. iv. 26
46ft DOUZIËWR LSTTB1L
battant ainsi .votre calme outré , qu'il faille rester dans de continuelles agitations d'une conscience inquiète , à Dieu ne plaise. Un pécheur qui a quitté te pécîrê, qui a fui les occasions dangereuses , qtii rffest approché du sacrement de Pénitence , arec un cœur contrit , qui s'est senti une fermé résolution de persévérer dans k fidélité dont il est redevable £ Dieu , est sans doute autorisé à se tranquilliser Fesprit; il doit le faire dans la vue des mérites de Jésus-Christ, et se. confier en la divine miséricorde. Bien loin que nou& pensions à bannir la tranquillité db cœur, nous ne cherchons qu'à Yj établir; mais fc'estpar des voies solides et efficaces , et en observant la juste mesure ; autre éstla tranquillité qui naît d'une espérance bien fondée , autre celle qcPïm fait naître d'une assurance mai établie , et qu'on ne craint point d'égaler à la certitude de la foi. La première est raisonnable, fait honneur à la miséricorde de Dieu, sert à consoler Phomme, à l'animer et à l'affermir dans le bien ; la seconde est téméraire, présomptueuse, et ne peut avoir que de funestes suites.
Mais ce qu'il est surtout important de remarquer dans Paffaire présente, c'est qu* l'acte de foi exigé m du pécheur par la Confession d'Ausbourg, rertftrme une contradiction manifeste : car on veut(î), qu'il croie fermement que
(1) Dopent, quôd liomines gratis juslificcntur propter Clirblum pcr fi <lc m , cûm creduot se in gratiam recipi , et peccala rcmilli propter Cliristum. Art. 4.
suait AnranranMN 443
ses péchés lui sont remis, et on prétend que c'est par cette créance n&êm* qu'il obtient la rémission de ses péchés. Or , qui ne sait qu'un acte de foi suppose son objet, et par conséquent que les péchés doivent être remis au pécheur, avant qu'il croie à leur rémission, sans quoi son acte de foi serait faux? mais si les péchés lui sont remis avant la créance , qui a pour objet la rémission des péchés , ce n'est dfohc pas pat cette ctêaàce même qùlls lui sont tete&s ; en un ito&t S1 se trouve, qûë là créance prescrite papfer Cottf ëssfotf tfAtrsbburgV est éti titèrûè temps antérieure et postérieure i la réihfesfott ë&H $ééiès<J elle lui esï âtfférifeuré^ puisqtfbtf jtf éfettd que la rémissîon ire se fart qtfen terttf dé tietté tréàiw*; et elle Itti est p&^lèâentë; ptûiqjdë éi h 'rëAfflfeftm iiëÊr procédait pas, h crtstedë &ïait fausse.
(TéàMS, Mottsièttf, tttwrdétf parties lë$jpfïtts ma émnbrrtéfcs JatiS fe système de VbtJrfc doctrine *af fe jttsBftcatiôh , îHàk au* ftrnd de tt*e$t enctofè qtf thi ihctiti^éùSent, dfoht est éhoqtièfe1 la rafeon; îï en tttfft (faàfres pïte fâcheux ptruf les mœurs , et je ne craindrai pas de dire <ftrtf reflteï naturel deïtittë cfottttàte est Jîhtrodiù&é et dé fbnrent^rlerefâchemenf et la (Jdrtii^tiort;
TROISIEME PROPOSITION
L'EFFET NATUREL DE LA DOCTRINE DE LUTHER EST D& FOMENTER LE RELACHEMENT ET LA CORRUPTION.
Et en effet, à force d'entendre dire , que c'est la foi aux mérites de Jésus-Christ qui fait tout , que tout autre acte de vertu, quel qu'il puisse être , n'a aucune part à la justification , que l'amour de Dieu, la componction, la détestation des péchés, la résolution de mener une vie nouvelle ne sont pas des conditions nécessaires pour réconcilier le pécheur avec Dieu , mais seulement des fruits, et des effets que la foi justifiante ne manque pas d'amener avec elle , il est naturel que le peuple s'attache uniquement à croire aux mérites de Jésus-Christ , comme au seul point essentiel , et qu'il se porte à tout le* reste avec une entière négligence. C'est ce qui ne manqua pas d'arriver dès le commencement de la prétendue réforme. Luther s'en aperçut , et afin d'y remédier, il composa un écrit qu'il adressa à tous les ministres de Saxe, -et qui leur fut porté par des commissaires nommés pour faire la visite de^ Eglises. Il leur recommande dans cet écrit de prêcher soigneusement la pénitence, de faire comprendre aux peuples la nécessité de la contrition , et d'inspirer une crainte salu-
taire aux pécheurs. «Beaucoup de gens, dit-il, ce pour avoir ouï dire qu'il suffit de croire pour ce obtenir la rémission de leurs péchés , se font ce une foi à leur mode , et se flattent par là ce d'avoir la conscience pure et nette de tous ce péchés , ce qui est pour eux la source ce d'une présomptueuse sécurité. Cette sécurité ce charnelle , ajoute-t-il , est pire que toutes les ce erreurs répandues jusqu'à présent; ainsi ce lorsqu'on prêche sur la foi, ne faut-il pas ce manquer d'instruire les auditeurs, et de ce leur dire où se trouve cette vertu , et comce ment on y parvient; car il ne peut y avoir ce de véritable foi , où il n'y a pas de véritace blés sentiments de componction et de pénice tence (1).»
Vous le voyez, Monsieur, Luther a senti lui-même les mauvais effets de sa nouvelle doctrine , et pour y remédier il n'a vu d'autre parti à prendre, que dlnsister suria nécessité des dispositions exigées par l'Eglise catholique ; mais le mal est qu'en relevant uniquementles avantages de la foi, il fait bientôt perdre de vue la nécessité de toute autre condition , surtout lorsqu'il refuse de mettre au rang des dispositions nécessaires , ce que nous prétendons être absolument requis en cette qualité.
Un autre inconvénient contre les bonnes mœurs * et qui résulte é gaiement de votre doctrine , c'est qu'elle ne peut manquer d'inspirer à l'homme beaucoup d'orgueil et de présomp-
(1) Tom. 4. Ed, Jeu. Gcrm. p, 34*.
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tion ; car comme elle k flatte de posséder la même justice que Jésus-Christ , dès là même le joindre des fidèles s# croit fondée à pouvoir Régaler aux plus grands Saints en justice et en sainteté. C'est bien là ce que Luther prétend; il veut , U exige absolument <jne chacun entre dans ce sentiment: « Maudit soit „ dit-il ^ celui <c qui ne se xuettra pas du nopabre des Saints ; « croyeg, et dès làjpème vous êtes aussi saints ce que saint Pierpe t si vous ne dites g$s j'ai a autant de part à Jésus-Christ f et à sa jusol lice, qu'eu ont saint Pierre et saint Paul, <t cache» que vous vous rendes coupable d'une oc if es noire ingratitude envers votre divin Sau- * veur (1). » i^nsi la doctrine qu'on nous vantait d'abord comme très propre . à tenir l'homme dans une humble dépendance, ne va à rien moins qu'à persuader au pins grand pécheur , s'il sent quelque foi et quelque confiance aux mérites de Jésus-Christ , que dès la même U peut hardiment se comparer aps Apôtres et à la sainte Vierge pour le fait de la justice et de la sainteté ; sentiment aussi bigarre que fanatique , pour ne pas dire apssi imppe que déraispnuable 7 mais aerçtijnent adopté par Luther, et suite naturelle de sa doctrine.
Je pepse, Manieur, avoir fopntf la preuve de toutes les propositions que j'ai avancées contre votre article capital et favori , et je crois pouvoir attendre de 1? solidité de votre esprit ,
(1) Tom. 5. Edil. Germ. Jen. apud Donat. Ritzenhaim. pag. 520. C^ ?t pag. 321.