‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestantChapitre 14 sur 22 · SOT LA J£6T1F1CÀ,WQ · texte numérisé non relu

SOT LA J£6T1F1CÀ,WQ

qu'après avoir lu ppaes reflexioi# «r cette matière, vous c&s&ez d* regarder vpfre 4<>o trine touchant la justification fcopirae la< ppre doetiiœ de saiat flafd, etqm vpus ne lui trouviez .aucun avantage rfsel? ai poopr ar^le^r la gloire de Jésqs-Çhrist ,, *i pour taanquillieçr les consciences*

Cert, AfojistaWf» WP* Wîdwnaiiikr tropfpu* et je tvmfiï \>v*nr -^piVtôpiAAIf^^^ r jfidiânav comwv^j 1!$** * t<ou$ fie p<Mjrr^ j4u6 vous cactap les 4é£^te ^ *se#tu*ls de ffpfcre sjs^àjae, et q»e vous le trouverez Bon^se^tement très éloigné del* vue et do dessein de *9&t P>aql , maïs de plw ab$(^mpefit^ontrai4reà l'Ecriture, opposç £ la rpison Iwunaiw > iwoAis^t à procurer qp caU^e de conscience solide et raison* n# * #tp*opff & fptretprô l^o^upae daa$ wp foi?ss* et fongflKjm ^éfifflâté* ^kfiiàw *W pète poflr l<^&ïms<x*WT*ît A «neari^r les «& forts qp'ejggp le véritable ve^rij: 4« *Wte»cç^ et C^l>|e <fe fpBf*eafcrç M iroj^^, .-je; 1*14* chemeat^t^a lifcerM^âpaes^»s. ;i,y ^

Voilà i JtfqnsîçT&, h JWtfP Wté* d* >Tfftçft^içT ^l'atfàcfc^

fe*t ceUe^ni wp9£#tftfeY si*oa* » îufites^e et ^ k <89li/$té 4# Wmps* m* Oj^t ^ voue teififcs pagrt^t^i^pr^.^j^i ^paç fcitfh<&r le preanft #W 1»J? .bwffpapp nwiw jbajrt > j# qpUJ, <*s$p 4? »op$ 4ire ,f r« G# ce article subsistera malgré tous fôt efforts df « rqi^iversi c'est j^o* docteur Slarifri I*Rtber , ce Févangéliste indigne de notre Seigneur Jésus- , c< Christ t qui le prétends ainsi c que pwso»ne

« ne pense à y donner atteinte ,': car personne ce n'y réussira ; ce ne sera ni l'empereur des ce Romains, ni l'empereur des Tores, ni Femcc perenr des Tartares , ni l'empereur des Perce ses , ni le pape , ni les cardinaux , ni les ce prêtres, ni tous les moines, ni les nonnes, ni ce les rois, ni les princes , ni tous les seigneurs ce de la terre , pi tous les diables de l'enfer, ce S'ils l'entreprennent , que lé feu infernal soit ce leur incompensé, et qu'ils ne s'attendent à rece cevoir d'autre remercîhient de ma part. Ce c< que je dis ici , doit être pris pour une inspirace tion du Saint-Esprit suggérée à moi Martin Luce ther, et pour le pur et véritableEvangile (1 ) .»

Certainement , Monsieur , c'est là une inspiration du Saint-Esprit d'une espèce bien particulière , et je vous crois trop fait au style , et aux paroles du saint Evangile , pour ne pas être exposé à confondre aisément de telles expressions avec le texte sacré. Mais que penser ici du défi porté aux empereurs des Romains , des Turcs , des Tartares et des Perses ? n'y at-il pas bien de la bravoure à oser ainsi défier les puissances les plus formidables de l'univers ? tandis que des réflexions simples et naturelles, telles que celles que vous m'avez vu faire , et que ferait comme moi tout théologien de médiocre érudition, suffisent de reste et au-delà pour renverser de fond en comble tout le système de Luther.

Je ne sais? s'il était fort nécessaire de m'atta-.

(i) Tôm. 3. Edti. Jea. Germ. apud Donat. ftiueoliaim. p. S98*

cher & réfuter si exactement toutes les parties de ce système; peut-être que pour en montrer le faible et le faux , il eût suffi d'en faire remarquer la nouveauté ; car comment se persuadera- t- on qu'âne doctrine ignorée depuis le temps des Apôtres, puisse être la véritable doctrine ? Or, Luther ne fait aucune difficulté de dire , ce que les Apôtres seuls ont pu juger « sainement de cet article , que hors de leurs ce écrits, et dans tous les autres livres , mis au ce jour depuis leur temps, il ne se trouve rien ce qui puisse en donner une juste idée (1).*> Il se plaint ailleurs , ce que dans les ouvrages des ce saints Pères , et nommément dans leurs ce commentaires sur les Epltres aux Romains ce et aux Galates , il n'y a sur cette matière que «ténèbres et obscurité (2).» Que signifie ce langage, sinon que les saints Pères ont été bien éloignés de reconnaître dans les paroles de saint Paul le même sens que Luther a prétendu y découvrir.

Vos centuriateurs se plaignent de ce que dès le second siècle , ce l'article de la justification ce commençait à s'obscurcir pas les artifices du ce diable (3) ; » ils répètent la même plainte en rapportant la doctrine du troisième (4), du

(1) T. t. Ed. Jeu. Germ. apud Christ. Rôdinger. p. 491. B.

(2) Ed. Franc. Ann. 1576. p. 375.

(3) Adeo- hic articulas omnium summtis et pneâpuas pautatim artificio diaboliobscuraricœpit. Cent. 2. Typis Oporini. Col. 60.

(4) Justitiam corara Deo (Patres hujussaculi) operibus tribuenintut Tideatur magna ex parte hune summum articulum de Justificalione obfr, çnratum esse. Cent. 3. Col. 79.

quatrième (1) et du cinquième siècle <2). « Vous voyez, diseçt41s, 4 chaque siècle, oom- <* bien on d'est ici éloigné de la pure doctrine des ce Apôtres sur le grand, article de la jnstifica* tion*» Qui ne voit à ce langage, que les Doc* teurt des quatre siècles, dont on critiqqe la doctrine, ont été d'un sentiment tout à £*h opposé à celui des Docteurs protestant* ? car si les Pérès de l'Eglise eussent pensé comme eux sur la justification , n'esfeil |>as évident que vos centuriateurs se fussent bien gardés de faire entendre ces plaintes?

Poijr ce qui est des auteurs du premier siècle f on n'en cite point d'autres que les Apôtres; mais ne nmbrquei)a4>-Qn jamais que toute la contestation roule sur le sens à donner à leurs paroles ? et peut-il être croyable que tous lies Pères de l'Eglise en aient ignoré le véritable sens i et qu'il ait été réservé a Lutter d'en faire l'heureuse découverte au seizièftie siècle ? Non, Monsieur, tout sens universellement reçu des Pères de l'Eglise est nécessairement le véritable sens, et tout sens ignoré des Pères, et récemment imaginé par Luther , ne peut être qu'un sens faux, et très éloigné de la pensée des Apôtres* C'est là une maxime que j'avance avec confiance auprès de vous ; car je ne saurais me défier de ce grand fonds de raison qui vpus gouverne , et qui vops distingue si fort des

(1) Jam cogitei prat leclor, quàm procul hec aetAs in hôc àttfcuto do AppHolortup doptrinA deschrçrit. Cent. 4. Col. t$Z,

(2) Operibut in jysttficalione liominis corara Deo «ikm nimium tri— btiam hujus saculi Doclorcs plcriquc, Ont. 5, Col. 504,

sur ul nj&Tiinc aisor . 411

mauvais chicaneurs; cette espèce «de gens £m pemt+étoe diâknké de recevoir une vérité ai immédiatement établie sur lès promesses de Je* sus-Chrifct à son Eglise ; pour vous , . Monsieur, mo le caractère que j'aji l'honneur de tous connaître , vous ne mpnqutrep pafc de là gftûber parfaitement. . . ;■

Que dirai- je de plus sur on sdjet que jfwk entrepris de traiter de manière à ne Tons laisser aucune peine . dans l'esprit ? A m'en tenir aux bornés que ye nue suis prescrites* la matière est finie; mais i considérer l'éttoite liaison que le mérite des bpm&es œuvres et les satisfactions pour les peinte temporelles ont avec l'article de Ip fQstKcâtkm 9 je ne puis me dispenser d'à j^toter quelques édaircissemente sur l'un et aar 1-antrê hrtide; je dtàs d'autant moins y manquer, que vos raanjgtr&s se donnent pipa de soins pour rendre odieuse notpe doctrine sur ne sujet. Ainsi, Monsieur., broutez bon, qu'avant xfe finir cet écrit , j'en dise encore asses ponr dissiper les fansses idées, dont on *'a; pas manque de vous prévenir :< )e U ferai ^ 9&* de raott, et vouf ne me verres pas moins; dîfcfc tention à éviter de vonfc fatiguer, qtfà m'appliquera ne vous laisser aucune manière de «cru* finie : il me ««ftïra de «vous exposer la doctrine catholique pour tious la faire agréer*

Nous croyons pretiûièr ement , que tomme l'homme pécheur ne peut mériter la grâce de la justification, de même aussi il ne peut* tant qu'il est en état de péché * k&ériter l'entrée (ta ciel, ni autan degré de gtoine , toutes *ef .

412 DOUZIÈME LETT&ff. '

œuvres étant des œuvres mortes , et d'an ordre si inférieur , qu'elles n'ont aucune proportion avec les biens du ciel.

Noos croyons en second lien , que tontes les œuvres de l'homme juste , faites sans le mouvement du Saint-Esprit, et produites par les seules forces du libre arbitre, ne sont d'aucune valeur devant Dieu, et ne peuvent mériter le moindre degré de gloire.

Nous croyons en troisième lieu , que Dieu pouvait , sans nous promettre aucune récompense , exiger de nous les mêmes œuvres dont il exige aujourd'hui de nous la pratique, et que c'est un pur effet de sa bonté et de sa libéralité d'avoir bien voulu nous en tenir compte.

Nous croyons en quatrième lieu , que Jésus- Christ a seul mérité l'entrée du ciel à tous ceux qui parviennent à la gloire; que les enfants qui meurent après avoir reçu le Baptême, et avant d'avoir atteint l'usage de la raison, ne reçoivent la gloire que comme un héritage, dont Jésus-Christ leur a acquis la possession par le prix de son sang, et que comme les adultes ne peuvent mériter le premier degré de grâce , aussi ne peuvent-ils mériter le premier degré de gloire qui y correspond.

Nous croyons en cinquième lieu, que tout le prix des bonnes œuvres de l'homme juste vient de la grâce sanctifiante , que c'est cette grâce qui élève leurs œuvres à un ordre supérieur, et leur donne quelque espèce de proportion avec les biens du ciel ; car comme le propre effet de la grâce sanctifiante est de rendre

l'homme ami de Dieu et enfant de Dieu , il est naturel que l'enfant s'attende à recevoir l'héritage de son père , comme l'ami à voir son ami et à jouir de sa présence ; c'est sur cette qualité d'ami et de fils adoptif de Dieu , joint à la promesse faite par Dieu lui-même de récompenser nos bonnes œuvres dans le ciel que s'appuye notre espérance ; c'est sur ce double titre , qu'est indivisiblement fondé le mérite de nos bonnes œuvres.

Mais il est à remarquer que la grâce sanctifiante, qui en fait tout le prix, est, comme je l'ai déjà observé plus d'une fois , un pur don de la libéralité divine, et que Jésus- Christ nous l'a seul méritée ; de sorte que le Sauveur ne nous a pas seulement mérité la gloire et l'entrée du ciel, mais aussi des dons d'une qualité assez éminente , pour nous mettre nousmêmes en état de mériter des accroissements de gloire. Or, trouvera- t-on que ce soit là une doctrine capable de déroger à la vertu dés mérites de Jésus-Christ ? ou plutôt n'est-elle pas souverainement propre à nous en donner la plus haute idée?

Jugez après cela, Monsieur, si le concile de Trente prouvait s'exprimer avec plus de justesse et de précision, qu'en disant : «La vie « éternelle doit être proposée aux enfants de « Dieu , et comme une grâce qui leur est mic< séricordieusement promise à Cause de notre <* Seigneur Jésus-Christ, et comme une ré- « compense qui est fidèlement rendue à leurs « bonnes œuvres et à leurs mérites. , en vertu

414 DOlTStlAMB EETtRÉ- ■

a de. cette promusse (1).» C'est en effet une grittà miiéricordiôusettient promise , puisqu'il ne tenait qn?à Bieta de ne 1» promettre pçtë; une grtoe : promise à cause de Jésust-Chrisf* puisque ce h!?est qu'en. consieBéhvtiofr de» ses mértlfâ que I* promesse nous eq * été feite; c'esti anssi wrifcaklement une récompense fidé^lestent rendue aux centres» des justes; y puisque l'Ecriture en partie constamment dans ces termes. Car n'est-il pas dit: Celui qui> sème ta justice recevra exactement sa rêcompeme^L) . Répuissez-veuset tressaille® d'allégresse^ parée qu'âne grande* récompense voti<s mitent dora le cîet(dty* Employez^ous de phi» é» plus durai Bwocetcète' des bonne* œuvres ,* ei sache* qxm le Seigneur ri& baissera pas votre trcmttt sûm récompense (4), Ne perdez pas voWê confiance, dont la récompense doit être infbme (&}. Et siau langage de l'Ecriture 1» gloire est une1 récompense, elle est donc de nature à devoir être méritée , puisqu'il ne peut y awoîr de récompense sans mérite , et que le mérite di* un rapport essentiel à la récompenses Mais , quoique selon la doctrine catholique ,

(1) Proponenda est vita aterna > et tanquam gratia filiia Deiper Christua» Jewim miserïoorditerpfwniBsa, et tanquam raerces ex ipsfus Dei prombrione bonis ijuorani operibus, et meritis fideliter reddeoda. Sess* 6. cap. 16.

(ï> Senriiumti autem juslîtram-ipercésfideKa. Ppov. 11. 18.

($) Gûucfeîe et exultât* , quoaiam merces vestifeeegibsa est îi|.coeli$» Matth. 5. 12.

(4) ^«MidaeWs-m opère Domini semper, scîentes quod labor tester' pofHertïnani*^Do»k^o. 1. Cor. 15. 58.

(5) Nolite itaque amittere confideiUiam veslrara , aux magoam habet remaii<*aHortem. Heb. f 0. 35.

SUa ta JUSTIFICATION. 415

il n'y oit aucune bonne œuvre faite en état de gMce, qui ne mérite quelque nouveau degré dfi gloire , ne pensez pas néanmoins , Monsieur, q\m cette doctrine tende à nous inspirer des Sftptjfiient* <& présomption , cm de vaine confiance en nos œ&vres ; car voici comment le concile de Titânte nom apprend à concevoir les chose* :<rEncargqft£ nous voyons, disent ce le$ ?éf$4 de ft concile , les saintes Lettres <x attjibagr tft&t dVfl&cacité aux bonne» œuvres, c* que Jqsgsr Christ noua promet lui-même ce qu1 m verre d'ea» donné à un de >sa& pins ce petits gggwtteurs ne sera pas privé de sa ré» ce compense ;. quoique* PApôtre témoigne qu'un ce nsbQment de peine légère opère en nous un ce, poids éternel de gloire , toutefois à Dieu ne ce plaise que le chrétien se fie et se glorifie en ce lui-même , et non en notre Seigneur, dont ce 1# honlé est » gra&de envers les tommes* ce quU vent que se» propres dont deviennent ce pour eux des mérites (1).* - ■ .

Vow voye* , Won/sieur, qcte suivant la dé* çfôratipgi du coodclle f tout le mérite de Thom* me est fondé sur la; grâce et su* les dons de Dieu > et que selon l'expression de saint Angustm^ ce. Dieu en couronnant nos mérites co*-

(*) Ljcej bopis qpéfibu* in sacris: Ulteris ustpe aded trtbu&ûnr , ut etiam qui uni' ex rai n irais suis , potum aquae frigida? dederitj, promittat Christus eum non esse suâ mercede cariturum ; et Apostolus testetur , id qtidd! rn prsssetiti est momentaneom, et lève tributaûonis nostrae, supra modum in sublimitate œternum gTorià) pondps operari in nobivabsit tamen ut Christianus liorao in se ipso confidat, tel glorietur et non in Domino , cojos tanta est erga omnes homjnes bonite v ut eorum relit éfse mérita, qu* sunt ipftfas dqna. Sess. 6. cap. 46.

ce ronne ses propres dons (1 ) ; » ainsi ce ne peut être qu'une étrange passion de noircir et de décrier notre doctrine , qui porte vos ministres à remplir leurs livres de reproches et d'invectives sur notre prétendue confiance en nos propres œuvres. Avec qu'elle affectation ne rapportent-ils pas l'histoire ou la fable d'un religieux chartreux, qui étant prêt de mourir doit avoir dit : ce Seigneur, rendez-moi ce que « vous me devez; j'ai passé plus de quarante ce ans en religion ; revêtu d'un cilice , affligeant <c mon corps par le jeûne et les veilles , vaquant « constamment à la prière, gardant exactece ment mes règles : il faut , bon gré malgré , c< que vous me récompensiez de mes services , ce et vous ne pouvez sans injustice me refuser la ce vie éternelle (2).»

On met à peu près les mêmes paroles dans la bouche d'un autre religieux décédé à Strasbourg peu de temps avant que la ville embrassât la doctrine de Luther (3) : mais de quel usage peuvent être de pareils récits ? car enfin ou ils sont vrais , ou ils sont fabuleux ; s'ils sont fabuleux , que font-ils voir , sinon une pente extrême à calomnier avec une industrie rare et merveilleuse pour donner quelque couleur de vérité à la calomnie ; et s'ils sont vrais , n'en sommes-nous pas quittes pour dire que c'était

(1) Siergo Dei dona suM booa mérita tua, non Deus coronat mérita tua taoquam mérita tua , sed tanquam dona sua. Lib. de grat. et lib. arb. T. 7. Ed. Froben. p. 1306.

(2) Simon Pauli in enarrat Evang. Dominic. 2. post Trinit. item Gerardus Conf. Cath. lib. S. part. 5. Art. 23. c. 8. Ed. Fraocof. 1557.

(3) Sirigelins part. 2. p. 485. Item Gerardus p, 1557.

SUa LA JUSTIFICATION. 417

là dès cerveaux blessés , qui parlaient dans le délire ? Est-ce aux discours de tels gens , on aux expressions des conciles , et à celles employées par l'Eglise dans ses prières , qu'on connaît sûrement la doctrine catholique?

Faites attention, s'il vous plaît, Monsieur, aux paroles qui se trouvent dans l'oraison du dimanche de la Sexagésime: * Seigneur, qui t< voyez que nous ne nous confions en aucune de ce nos actions (1 ), m et à ces autres , qui se disent dans l'oraison de l'office d'un saint confesseur : ci Seigneur, écoutez favorablement la prière ce que nous vous faisons en célébrant aujourcc d'hui la mémoire de ZV. afin que nous, qui ce n'avons aucune confiance en notre propre ce justice , nous puissions recevoir du secours ce par les prières de celui qui a su vous ce plaire (2).» Remarquez encore , je vous prie, les paroles que le prêtre adresse à Dieu pendant le sacrifice de la messe, au nom de tous ceux qui y assistent : ce Daignez , 6 Dieu , accorce der à nous pécheurs vos serviteurs , qui esce pérons en la multitude de vos miséricordes, ce quelque part et société avec vos bienheureux ce Apôtres et Martyrs, au nombre desquels ce nous vous prions de vouloir nous < recevoir , ce ne regardant pas au mérite , mais nous parce donnant par grâce au nom de Jésus-Christ ,

(t) Dëàs qni conspiew , quia et nulle noatrà actione confidimus , etc.

(2) Adeato Domine; sapplicationibus noslris f quas in beat! JV. confessons tui solenuûtate defenmus : ut qui nostra justitie fiduciam non ha-» bemus , ejus qui tibi ptacuit , precibus adjuvemur.

418 D0UZ1ÉHB LETTUL

tt natte Seigneur (l).wTrowerefrVûw, Mo*smuv y en» considérant ce& expression > qu'on ara* enseigne à Mettre notre confiance en nos omvrcstf encore un eoop , sont-ce las écarts d'un malade consumé par l'ardeur de la fièvre, qui feront jftger de notre, doctrine? an sera-ce le langage pnhlie de l'Eglise ?

Mais n'en voilà que trop su* kl mérite des bonne* œuvre*, est il seralk fort inutile d'en dire davantage , puisque sr Ton considère la chose de prèa> on trouvera qftt la doeteitae de vos livres symboliques s'acoorde aur ce point; parfaitemenft avec* la nôtre; car il est dit dans F Apologie de la Confession d'Anaboorg % «que <* les bonne* œuvres mentent des récompenses «r: corporelles et agriritadUtai «n ee#e ide et en Fantrei (2)*» Certainement y Monsieur, nous n'en venions pas davantage f et il est étonnant qne vos minîdres t accoutumés & déclamer si fort contre le mérite des bonnes œuvres , ne s'aperçotaent pas, qu'en s'en tenant À leur propre confession de foi , ils n'en disent pas moins que noua} csfc*ca parce qu'ils ignorent notre doctrine, on parce qu'ils ignorent la lew qn'ils se répandent en de si imprudentes invectives ?

Pour ce qui est de l'article des satisfactions* Y#u$ n'ignores pas , Monsieur, qne vos» théo-

(1) Nobis qaoqae peccatoribas famulis tuis, de multitudine miserationum tuarum speranlibus parlera aliquam, etsocietalem donare digneris cuis tui» Moctii ApMAûlii et Ifartyvîbu* , etc. intra qwuw çoupvihun noa estinutfor meriti , sed veniae quaesumus , largitor admitte. ^ (î) Docemuâ bona obéra iftttritoria esse pramicram corportlrâm etspirïtuafiam fti hac vitâ et post hanc *kajft , qufei Paiera? ht<|frit : tfmwqifkque recipiet mercedem ftècundtifti laborem *amn. Art. 3. cte BUeot* et implel. Icgk fypis Scholvini. p. 96.

logiens enseignent tons d'une voix, qu'aucun homme ne peqt satisfaire même pont an se«d péché mortel ; bien pins , que tans les hommes et ton» les anges réunis ei agissant de concept , ne sauraient, avec tons lea céfbrts dont ils sont capables, effacer la coulpe d'an seul péché mortel par une satisfaction conctfgiie et proportionnée à l'offense ., cette impuissance étant fondée sur la distança 'infinie qui est entre le Créateur et lea créatures r eft anr la nature de l'offense et de la satisfaction, dont les principes sont tels, que ce qui fait croître l'offense, est justement ce qui diminue le prix fie la satisfaction; de sorte qotil n'est pas possible' de parvenir jamais à l'égalité* ou à une juste compensation.

Nous ne sonnes pas moins peiquadés qu?*ncon homme, ni aucune créature intelligente ne peut satisfaire pour la peine éternelle due au péché , et reconnaissons hautement que Jésus- Christ , seul Dieu ei homme ^ personne d'une: dignité infime , a pu satisfaire et a réelkmeaÉ, satisfait d'une manière surabondante pew l'un et pour l'autre , je ven» dire pour la coulpe dn péché , et pour la peine éternelle qui lui est due.

Mais quelque sprabondantee que soient les satisfactions du Sauveur, news* ne pensons; pas pour cela qu'elles: soient toujours également apr pliquées à l'hoinme > m avec la iqème plénitude ; nous croyons au contraire qpe le pécheur obtient quelquefois une entière abolition de ses péchés , sans qu'il hn soit réservé aucune peine , et que d'autres fois il est reçu en grâce avec une réserve , et par la seule commutation

de la peine éternelle en une peine temporelle. Comme la première façon est pins conforme à la bonté divine , Dieu en use d'abord dans le Baptême ; mais il se sert ponr l'ordinaire de la seconde , en accordant la rémission aux baptisés qui retombent dans le péché ; c'est une juste sévérité à laquelle il est en quelque manière forcé par l'ingratitude de ceux qui ont abusé des premiers dons; dé sorte qu'ils ont à souffrir quelque peine temporelle dans cette vie, ou dans l'autre , bien que la peine éternelle leur soit remise.

Ne pensez pas , Monsieur , que ce soit là un raffinement de doctrine scholastique ; rien n'est mieux marqué dans l'Ecriture que cette réserve de peine temporelle ; car n'y trouvons-nous pas , qu'Adam fut condamné à une pénitence de neuf cents ans , quoique peu de temps après sa chute il ait été indubitablement rétabli dans l'amitié de Dieu ? que Moïse et Aaron ces grands amis de Dieu, furent exclus de la Terre promise en punition du peu de confiance qu'ils avaient marquée dans le désert, lorsqu'un manquement d'eau excita les murmures du peuple (1)? que David, tout assuré qu'il était d'avoir obtenu le pardon de son adultère (2), et de sa vaine complaisance à faire le dénombrement de ses troupes (3) , ne laissa pas d'être puni par la perte qu'il fit de son fils , fruit de son crime (4) , et par la mort de soixante et dix mille hommes enlevés par la peste (5) ?

(1) Num. 20. 12. — (2) 2. Reg. 12. 13. — (3) ïd. 24. 10. — (4) Id. 12. 14. — (5) Id.24, «5.

Or , Monsieur , la question est , de savoir si l'homme juste et ami de Dieu ne pent en cet état et avec le secours de la grâce satisfaire par des œuvres de pénitence pour la peine temporelle , dont il se trouve redevable envers la justice divine ; et nous disons qu'étant en état de grâce et fortifié d'un secours surnaturel , rien ne l'empêche d'offrir à Dieu une satifaction convenable pour la peine temporelle , qui lui est réservée. Car si l'homme juste peut, comme vous en convenez vous-même , mériter par ses œuvres quelque nouveau degré de gloire dans le ciel, pourquoi ne pourrait-il pas également se rédimer de la peine temporelle par des couvres satisfactoires , puisque c'est là un point bien moins considérable , que de mériter une accroissement de gloire?

L'avis adressé aux Juifs par saint Jean-Baptiste de faire de dignes fruits de pénitence (1 ) , n'estil pas également pour nous ? or quels sont ces dignes fruits de pénitence , si ce ne sont ceux par lesquels nous acquittons si bien les droits de la .justice divine, qu'il ne reste plus rien à punir en nous ? Daniel n'exhorte-t-il par le roi Nabuchodonosor à racheter ses péchés par des aumônes (2) ? mais comment les aumônes peu-r vent-elles opérer la rémission des péchés ? c'est premièrement , en obtenant au pécheur un vétable esprit de pénitence , qui lui fasse faire tous les actes nécessaires pour se réconcilier avec

(4) Facite fructus dignos pœnit«Qtix. Luc. 5. 8. (4) Peccata tua eleemosynis régime. Dan. 4. 24.

Dieu ; c'est en second lien , en arrêtant les mauT vaises suites du péché, et en garantissait le pécheur réconcilié de la pe&e temporelle -qui lui reste à subir y au oais qu'il ne venge pas sur luimême l'injure faite & Dibu» Le Sauveur dit dans le même sônB t Dortnez E aumône et tout sera pur pour v<ms (1 ) ; c^st^-dire ^ fûtes de grandes charités aux pauvres et elles vous obtiendront de Dieu la grâce d'une femeère conversion; elles vous aideront de plus k acquitter si parfaitement vos dettes , qu'il ne vous restera plus rien à souffrir à l'occasion de vos péchés.

Mais, nous dit Mefamdithon dans son Apologie , <c toute cette doctrine de satisfactions pour te les peines temporelles est une doctrine nonce velle , le fruit d'une vante spéculation -, et n'a ce aucun fondement dans l'Ecriture, ni dans les ce anciens auteurs ecclésiastiques (2).» Vous venez de voir, Monsieur, ce qu'il en est pat* rapport à l'Ecriture ; voyez présentement si cette doctrine a été si fort inconnue aux anciens auteurs ecclésiastiques. Melanchthon en serait- il cru sur sa parole après l'aveu fait par Hliricus et par Calvin?

Uliricus , le chef de vos centuriat eârs , se plaint de ce que la plupart des Pères des premiers Siècles se sont expliqués sur lé sujet des satisfactions trop favorablement pour nous. Il nomme

(1) Date eieemosynam, et ecceorania raurnda sant robis. Luc. H. 41.

(2) Fingunt satîsfactiones prodesse ad red imendas pœnas , seu purga-

torii, seu alias ; haec tota res commentitia et recens conficta , sine

auctoritate Scripturs, et veterum scriptorum ecclesiasticorum. Art. 6. de Conf. et Satisfac. Typis Scholv. p. 185.

SUA LA WSIttGARON. 439

dans la troisième centurie TertuUien , Origine ^ saint Cyprien (1); dans la quatrième, saint Hilaire, saint Grégoire de Nazkmiè, saiat Am~ broise (2) , Laitance (3) , saint Jetants ^ i le grand saint Antoine (5) * dam la cinquième ^ saint Augustin , saint Léon>, qaiirt ftos^er , saint Maxime (6) , feaint ftatihi (171) , Càssien (8) , Hesicbiris (9)f, et pour se débarrasser de tons ces adversaires ^ il n'hésite pas 4 mettre içw$ expressions an nombre des réflexionsrtwl pensées et mal dites. Galtm dit *< qu'il est pet} touché ci de tout ce que les dndiens aateqrs «Mit écrit « sur cet article , qu'il • a reconnu par ha-mÔme ce que quelques-uns des .Pèses , ou Jpour parler « simplement, pfcesque tous oéuiÉ <foat les ce ouvrages nous re^tont^ *se sotit frompéi , «ou ce du moins*, ib sent expliqués trop durement << sur ce qui regarde les satisfactions '(14ty. *>

Vous ne trouverea pas étrange , ^Monsieur , que nous déférions idi pfas au témoignage d'$Hsricus et de Calvin ^ qu'A celui de Me tanfchthon ; car outre sjtfil est tostautal de croire fMtôtrcekri qui dépose contre lui^nêmè, que celui qui conteste sur un fait , auquel il ne trouve pas »ôà

fi) Cent. 3. cap. 4. typbQpuiAjtÇ- 3* * 88*

fï) Cent. 4. cap. ï, pag. 293 et 294. '

(5) Op. tO. p. 108t. — v<«Ç) Cap. «6. fM¥49. ^W- l0p. 1313.

76) fcent. 5. cap. 4. pag. 5Cfr , £08 et èob.

COCaffc it>. l>. 1*89. ^ nr-Uèp. tto« -f. A3S3. «t- <&)€*J>, 10. pag. 969.

(10) Paruin me movent , quae in yeterum scriptis de saiisFactione pas* sim occurfiint ; vicK qaidem ,èo*nra JioMftiUtfs , dioam atopticiter oranet feré , quorum libri extant , aut in hac parte lapsos esse , aut nimis asperé et duré locutot. Lib. 3, Inst. c. 4. j. 38* Ed. Amslel, apud tan*. Jac. Schipper. p. 173.

424 DOUZIÈME LKTTBE.

compte , c'est qu'Illiricus rapporte les propres paroles de la plupart de ceux dont il condamne les sentiments. Mais si nous écoutons Illiricus et Cal? vin préférablement à Melanchthon , ne pensez pas , Monsieur, que nous soyons prêts à écouter ces deux hommes préférablement à la multitude des saints et savants docteurs de l'antiquité qu'on nous accorde; multitude si respectable et si propre i connaître la doctrine universelle de l'ancienne Eglise : nous passerions justement dans votre esprit pour gens de mauvais goût , si nous ne savions pas mieux l'objet de notre préférence. Si , après les remarques que je viens de faire, il vous reste encore quelque difficulté par rapport aux satisfactions infinies de Jésus-Christ, auxquelles on veut que les nôtres donnent atteinte, je vous prierai, Monsieur, d'observer qu'aucune de nos œuvres ne peut avoir de vertu pour acquitter la peine temporelle , sans être faite 1 ° par le mouvement du Saint-Esprit, 2° en état de grâce , 3° avec le spécial secours de Dieu , et que tontes ces qualités sont autant d'effets et le pur fruit des mérites et des satisfactions infinies de Jésus- Christ. Aussi n'y a-t-il rien de plus sage que cette remarque du concile de Trente : Toute notre gloire j dit-il, est enJesus-Çkrist;nousne satisfaisons qu'en lui et par lui , lorsque nous faisons de dignes fruits de pénitence; c'est de lui qu'ils tirent toute leur vertu; c'est par lui qtfilssont offerts auPère Eternel , ce n'est qu'à cause de lui qu'il les agrée et qu'il les accepte ( 1 ) .

(1) Ncqiie Ttrt ila nostra esl salitfactiob» , ■:■ -i'' |'!' i "■ 'li; rimui, ut non rit per Chriitnm JcsamT Omnisgt

COHCLUSIOK. 42 S

Certes , Monsieur, si, après cette déclaration , quelqn'nn persiste à prétendre auprès de tous que notre doctrine sur les satisfactions ternit la gloire de celle de Jésus-Christ , vous ne pourrez , j'en suis convaincu, le regarder que comme un homme mal instruit de nos sentiments , et livré a de pitoyables préventions.

Mais je dois penser à finir, et je le ferai en vous priant de considérer , si dans tout ce qui a été dit sur le point capital de la justification et sur les articles qui en dépendent , vous y voyez aucun sujet de vous tenir éloigné de nous ; on plutôt, si dans une doctrine si pure , si saine si conforme a l'Ecriture et à la raison, si prudente à ménager les intérêts de Jésas- Christ', sans dispenser l'homme de ses juste obligations, vous ne trouvez pas de quoi justifier les grands motifs qui vous sollicitent d'ailleurs si fortement à vous réunir incessament avec nous.

Faites réflexion, s'il vous plaît, Monsieur, que vous et nous formons aujourd'hui deux sociétés très distinguées entre elles , et très séparées pour les exercices de religion; que ces dewt sociétés n'en faisaient qu'une il n'y a gaére plus de deux cents ans; qu'on ne peut diregoe ce soit l'ancienne et la plus nombreuse qmse soit séparée de lamoins nombreuse, etdeîinoo-

facimu? Garnis fricfu" -A; offlrruniurAlri. "J-T

426 COHGLUftON.

velle, mais qu'incontestablement c'éstla Nouvelle et la plus petite qui s'est détachée de la plus ancienne et de la plus grande»

Or, je demande , qu'est-ce <qui a pu autoriser les chefs de votre prétendue réforme et leurs premiers adhérants A quitter l'Eglise * dans laquelle ils avaient reçu le haptème et l'éducation chrétienne? Qu'est-ce qui peut aujourd'hui vous autoriser à rester dans un parti qui s'est détaché du grand corps des chrétiens; corps répandu datfs lotit te monde , ûëfe&ftué sans interruption depuis dix-3e£t feiècks , aussi remarquable par sa cotiétaMe %feîhâl5té , qfcé lé petit être un graWd fleure ^str la éctttinAîté dû cours de ses «aux ; cotps 1oW)ocû*è jgouveipné par les successeurs légitimes des Apétres, héritiers sûf s de leur pouvoir?

Tfa corps tel qtae celui-là , et qui est si visiblement muni des promesses de Jésus-Christ contre totis les dangers de l'erreur, pouvait bien et devait vous rassurer pleinement sur la pureté de sa doctrine; mais j'ai cru que sans user ici de la voie de prescription, et sans exiger de vous totite k Soumission due à une autorité si respectable , 'et dont Jésus-Christ a voulu être lui-même le garant , je devais par un esprit de condescendance, examiner en détail les griefs sur lesquels vous prétendez fonder la justice de votre séparation. Je Fai fait dans les Lettres que j'ai eu l'honneur de vous adresser* et où je me suis 'étudié â mettre dans tout leur jour les difficultés le plus considérables objectées par vos partisans. Or, que trouvez-vous dans les six articles capitaux , qui jusqu'ici ont fait le plus

CONCLU&tOH. 427

grand sujet de Vos mécontentements , qu'y trouvez-vous, qui puisse rendre votre séparation légitime ? à quoi se réduisent toutes les plaintes de vos ministres sur le sacrifice de la messe * sur le culte que nous rendons à Jésus-Christ dans l'Eucharistie , sur la communion sons une seele espèce r sur l'invocation des Saints , sur la prière pour les morts , sur la créance du Purgatoire * et sur la justification? si ce n'est* comme vous l'avez vu clairement , à falsifier notre doctrine, à l'attaquer pat de mauvaises raisons, à combattre toute la sainte antiquité , et à citer contre nous , dans un sens abusif, quelques passages de l'Ecriture mai entendus.

Qu'il me soit donc permis de vous «dresser ici à peu près les mêmes paroles qui furent autrefois adressées aux deux tribus de Ruben et de Gad , et à la moitié de celle de Manas*» ses , lorsqu'elles parurent vouloir se séparer an peuple de Dieu pour établir un culte aouteau et singulier. Les dix aufres tribus 'alarmées de la nouveauté du projet , et zélées pour le maintien de l'union, leur envoyèrent dematulerpardes députés : Cur reliquistis Dominion Deitm Israël, œdificantes altare sacrilegum s et àcultu illius recedentes ? Pourquoi avez-vous abandonné le Seigneur Dieu d'Israël * en élevant un autel nouveau par un attentat sacrilège , et en vous éloignant de son culte (1) ?

Nous ne vous demanderons pas pourquoi vous

avez érigé de nouveaux autels; car vous n'en

(1) Josue. 23. t6.

avez aucun dans vos églises. Mais nous vous de? mandons pourquoi vous avez renversé les anciens ; ces autels qui étaient déjà du temps de saint Paul, puisqu'il dit si positivement, que nous avons un autel , dont les lévites juifs ne mangent pas (1 ) ; ces autels , sur lesquels on a constamment offert le corps et le sang de Jésus-Christ, comme l'attestent les pierres , les murs , et la forme même de vos églises ; ces autels , sur lesquels on a toujours conservé avec autant de respect que de soin le pain des forts pour donner de la force aux faibles , et le gage de l'immortalité pour ranimer l'espérance des mourants; ces autels , sur lesquels on n'a point offert le sacrifice sans y demander les prières des Saints qui régnent dans le ciel , et sans y faire mention des fidèles décédés dans la paix de l'Eglise , ainsi qu'il se voit par toutes les anciennes liturgies. Pourquoi avez vous détruit ces autels si respectables , et substitué en leur place une simple table , signe fatal de la division , table vide et dégarnie , sur laquelle on ne vous présente que de faibles symboles , et des ombres sans réalité ? Cur reliquistis Dominum Dewn Israël, œdificantes altare sacrilegum , et, à cultu illius recedentes?

Choisissez, Monsieur, parmi les points de notre doctrine celui pour lequel vous vous sentez le plus d'éloignement ; relisez la lettre qui traite de cet article, et voyez si elle ne satisfait

(1) Habemus allare, dcquo edcre non habent, qui tabernaculo deçcrviunt. Hebr. 15. 10.

pas pleinement à tontes vos difficultés. Je sais qu'il n'y a rien sur quoi Ton ne puisse disputer. Le mystère de la Trinité même n'a-t-il pas été en butte aux plus vives contestations ? ce serait bien mal connaître la malheureuse fécondité de l'esprit de l'homme en fait de chicanes , que de le croire incapable d'en former de nouvelles sur les articles dont j'ai entrepris la défense ; mais je soutiens que ,' quoi qu'on puisse objecter de nouveau , si vous venez à le rapprocher des éclaircissements que j'ai donnés , vous y trouverez abondamment de quoi vous convaincre qu'aucun des articles contestés n'a pu faire le fondement légitime de votre séparation. D'où il s'ensuit , Monsieur , et c'est la dernière de mes conclusions , que vous êtes indispensablement obligé devons réunir à l'Eglise catholique, apostolique et romaine ; car si le schisme a été injuste dans son origine , il ne peut manquer de l'être dans son progrès et dans ses suites, et si ceux qui l'ont commencé , se sont manifestement écartés de la voie du salut, ceux qui y persévèrent, ne peuvent être en meilleure route. Hors de l'Eglise point àe salut, celui qui n'a pas l'Eglise pour mère , ne peut avoir Dieu pour père , un branche séparée de l'arbre ne participe point à la sève , et ne peut être qu'un bois sec et stérile.

Je soutiens en second lieu , que parmi les grands motifs qui vous rappellent à la religion de vos pères, et qui ont été exposés dans les Lettres que j'ai adressées à un gentilhomme protestant , il y en a de si pressants , que toute

430 COHCMJSION.

la subtilité de vos ministres n'imaginera jamais rien qui pu&ae lea affaiblir» Prenez la peine de relire la seconde de ces Lettres , qui traite de règle de foi ; c'est là oii il en faut nécessairement jreveair pour terminer le» disputes. Voud y verrez* le principes de votre religion si absolu* méat détroits , que je dipenserai volontiers mes* sieurs vos ministres de tout fe reste, slls viennent jamais à bout d'y faire quelque réponse sensée, et capable de satisfaire un homme d'esprit , en état de concevoir la question dont il s'agît.

Je pense, Monsieur* avoir dit tout ce qui était nécessaire pour remplir le dessein que je me suis proposé , de faim connaître la réalité des ohstabks que votre religion met à votre salut, et la nullité des obstacles qu'elle prétend mettre à votre conversion. Si après avoir lu tout ce qui a été dit sur cet important sujet r il voue reste encore dans l'esprit quelque difficulté qui empêche que votre conviction net soit aussi complète qu'elle le doit être , je ne puis , en ce cas , Monsieur ,. vous donner un meilleur conseil , que de voua inviter à communiquer vos peines à celui qui de droit est votre légitime pasteur ; Tordre d'une constante et légitime succession vous le désigna assez pour que vous ne puissiez, le méconnaître : je parle du grand prélat établi de Dieu pour gouverner ce diocèse; vous savez qu^l n'a pas moins d'affabilité pour ceux de votre religion que pour ceux de la nôtre , que ni la qualité de grand prince , ni l'éclat de la pourpre ne le rendirent jamais de difficile aeeès , que la bonté Feniporte chez lui sur la grandeur , et

qu'il semble n'être grand , que pour donner plu» de prix et d'agrément aux marques de sa bonté. Allez donc k lpi avec confiance , sur qu'il ne vous refusera pas les soins et les offices drua bon et charitable pasteqr ? ouvreznlpi votre coantefoites-lui part de vos difficultés ; vous Terrez avec quelle solidité de raison , et avee quelle douceur de persuasion il saura dissiper tous vos doutes et calmer toutes» vos mqnrafaideg ; tous, serez surfis de trouver dans un prélat de sa nais»* sauce et de son rang un fond» de lumières et d'érudition qui ferait honneur1 aux; sairants de la réputation la [dos distinguée. Comptez surtout qu*2L vous rassurera contre la crainte de l'avenir, et que sa puissante protection tous mettra pqr« faitement à couvert de tout ce que votre changement pourrait vous attirer de fâcheux.

Pour moi , Monsieur 7 après avoir fait de ma part tous les essais dont je suis capable, peur vous persuader de l'obligation ont voua êtes de revenir à l'unité, il ne me reste qu'à prier le Père des miséricordes de dissiper par un vif rayon de ses divines lumières tout ce qui peut rester de prévention dans votre esprit ppr l'effet de l'habitude ou de l'éducation, et devons fortifier si bien contre le respect humain, qu'il ne puisse plus avoir de prise sur sur vous , ni vous asservir plus longtemps à l'erreur. Plaise au Dieu de bonté , qui vous a créé pour vous sauver , et non pour vous perdre , et qui, pour arriver à ce but, a voulu que je vous annonçasse des vérités si iiupQftjrates; m eplut , plaise 4 ce Dieu de bonté de vous communiquer sea dons les plus précieux;

431 conclusion;

un esprit de sagesse qui vous fasse démêler les mauvais artifices dont on se sert pour vous retenir dans le schisme; un esprit de conseil qui vous fasse prendre le parti le plus sûr, ou plutôt celui qui est uniquement sûr et absolument nécessaire ; un esprit de force qui vous fasse passer par-dessus toutes les considérations humaines de famille et de parébté , et préférer le devoir de la conscience à tout autre égard ; un esprit de véritable piété qui vous porte à en chercher les exercices dans la seule religion où ils soient praticables ; enfin un esprit de crainte salutaire qui vous. fasse redouter les jugements de Dieu , et comprendre tout le danger qu'il y a pour vous de périr éternellement en résistant plus longtemps à la grâce qui vous presse de retf trer dans le bercail de Jésus-Christ. C'est la prière que j'adresse à Dieu du fond de mon cœur , et que je ne cesserai de répéter, jusqu'à ce que j'aie la consolation de me sentir exaucé. Le désir de vous voir en état de participer à une éternité bienheureuse ne me quittera qu'avec la vie ; que dis-je , Monsieur ? non , avec la vie même , il ne me quittera pas. J'ai l'honneur d'être avec un profond respect;

Monsieur ,

Votre très humble et très obéissant serviteur ,

Jbàn-Jàcquks SCHEFFMACHER , Jésuite.

i\ S. Souffrez , Monsieur , qae je profite de cette occasion pour me plaindre à vous de Tin* digne procédé d'un de vos ministres , qui , dans un ouvrage récemment imprimé , s'est avisé de faire sur mon sujet un conte 9 où il n'y a pas un mot de vérité ; c'est le sieur Jean Philippe Fresenius, ministre de Niderweisen, qui dans sa prétendue réfutation du livre de M. Weislinger (1 ) dit , que lorsqu'il étudiait à Strasbourg , s'étant un jour trouvé dans un de mes sermons de controverse, il m'avait ouï citer un passage comme étant de Luther, quoiqu'il n'en fui pas. Voici les paroles , qu'il m'accuse d'avoir prêtées à à Luther : « Etes-vous impudique, femme de maucc vaise vie , ou pécheur de quelque autre espèce ? « croyez , ayez la foi , et voas voilà en voie de ce salut. Etes-vous plongé dans le crime par-descc sus les yeux? croyez , ayez la foi , et vous voilà c< sûr de votre salut. Qu'on ne parle point en ce chaire du Décalogue ni des commandements ce de Dieu , il n'en doit être question que dans ce les cours de justice ; tous ceux qui s'appuient ce de Moïse, vont au diable, qu'on attache ce Moïse à la potence. » Ces paroles, ajoute le ministre , se trouvent en effet au septième tome de Luther, de l'édition de Jena, p. 369; mais elles ne sont point de lui; il les cite comme étant le langage des Anoméens , ennemis de la loi , et les désaprouve fortement; néanmoins le prédicateur de la controverse les mettait sur le

compte de Luther, et en prenait occasion de faire d'étranges invectives contre lui. Voyezvous, disait-il, qoel homme que ce réformateur? se peut-il une doctrine plus détestable que celle qu'il nous débite ici ?

Pour réponse à toute cette histoire , je vous proteste, Monsieur, qu'il ne m'est jamais venu en pensée de citer ce passage ni en chaire , ni ailleurs ; je vous avouerai même de bonne foi que je n'en avais aucune connaissance ; car quoique j'eusse lu le septième tome des ouvrages de Luther, comme les autres , ce passage néanmoins n'avait fait aucune impression sur moi, parée que n'étant pas en effet de Luther, mais de gens avec qui je n'ai rien à démêler , je n'y voyais rien qui fût digne de mon attention ; aussi ne se trouve-t-il point marqué , comme j'avais coutume de marquer tous les endroits de Luther qui me frappaient , et dont je prétendais faire usage ; je ne le trouve dans aucun de mes extraits, ni dans aucune de mes feuilles de controverse. Il est de plus formellement opposé à ce que j'ai rapporté dans ma Lettre de la doctrine de Luther sur la nature de la foi justifiante ; comment aurais- je été si fidèle à rapporter son sentiment sur cet article en écrivant, et si infidèle à le rapporter en préchant ? à quoi bon recourir à de fausses citations dans la vue de rendre Luther ridicule ou odieux , tandis que ses ouvrages en fournissent un million de véritables , qui produiront toujours bien sûrement le même effet ? N'y en a-t-il pas bien assez de cette espèce dans mes douze lettres ? Qu'on exa-

mine ces citations les unes après les antres ; si Ton en trouve on seule , qui soit on altérée ou prêtée à faux , je me tiendrai pour convaincu de l'imposture qaton me reproche ici 'avçc si peu de pudeur.

Remarquez encore * s'il vous plaît, Monsieur, que le ministre pour embellir son narré, y ajoute une circonstance qui prouve manifestement la fiction. Il dit que voulant s'assurer de la citation , il m'avait envoyé demander le tome de Luther ; car il était d'usage que chacun -avait la liberté d'examiner les auteurs que je citais; mais qu'au lieu de lui envoyer le tome de Luther, je lui avais envoyé un tome de saint Chrysostôme , marquant avec un crayon rouge l'endroit que je garantissais tomme bien cité; que j'en avais usé ainsi par Une espèce d'ostentation et pour faire d'autant plus aisément illusion à mon auditoire* Je vous assure , Monsieur, qu'il ne m'est arrivé de ma vie de' faire aucune marque dans un livre avec du crayon rouge, que cela est entièrement contraire à nos usages, et même défendu par une de nos règles , ne convenant en aucune façon que les livres d'une bibliothèque commune soient ainsi paraphés selon la fantaisie de chaque particulier; Que si le ministre n'a pas craint de dire une fausseté palpable en rapportant une circonstance des plus indifférentes, quelle créance mérite-t-il pour le fond de la chose ?

Qu'est-ce qui a donc pu porter le sieur Fresenius à imaginer cette fable, et à l'insérer dans un livre où il n'avait rien à discuter avec moi ? le

voici : pendant plus de dix-huit ans que jai prêché la controverse à la cathédrale de Strasbourg, je n'ai guère manqué de citer à chaque fois quelque trait remarquable de Luther , tant pour réveiller l'attention de mes auditeurs en traitant des matières souvent assez sèches d'elles-mêmes, que pour donner une juste et véritable idée du génie et du caractère du prétendu réformateur. Comme les saillies burlesques de Luther , et ses expressions extravagantes ne manquaient guère de faire rire mes auditeurs à ses dépens , cette circonstance a mis le ministre de mauvaise humeur contre moi , et il a cru qu'en faisant le conte par lequel il me charge d'une fausse citation , il viendrait à bout de décrier toutes celles dont je me servais assez heureusement pour peindre Luther au naturel; il a vu avec peine que je faisais comprendre aux plus idiots , qu'un homme de cette espèce n'a pu servir d'organe au Saint- Esprit dans l'ouvrage d'une véritable réforme r ainsi qu'on ne manque pas de le dire , et qu'on est obligé de le supposer chez vous.

Voilà , Monsieur , ce qui a porté le sieur Fresenius à avoir recours à la fiction , pour ne pas dire à la calomnie , en me faisant passer pour un fourbe. J'ai l'honneur de vous en avertir, bien moins pour me défendre contre cette accusasion, que pour vous donner occasion de réfléchir à quels gens vous avez à faire , et de quelles voies ils se servent pour défendre votre religion. Jugez par cet échantillon du mérite do nouvel ouvrage, •

DE SGHEFFMACHER,

EN

RÉPONSE A UN AUTEUR ANONYME QUI AVAIT ATTAQUg SA LETTRE SUR L'INVOCATION DES SAINTS,

Monsieur ,

Je vous suis très obligé de l'attention que tous avei eue à me faire part de l'écrit qui parait, depuis quelque temps, contre l'Invocation des Saints. 11 faut que l'auteur Anonyme se soit senti animé bien particulièrement contre cet article , puisque parmi tant d'autres sujets que j'ai traités dans mes douze Lettres, il a cru devoir s'attacher unique^ ment à celui-ci.

J'avais déjà reçu le même écrit par une autre voie ; mais n'y voyant pas de nom d'auteur, je m'étais déterminé à m'en tenir à la maxime que je me suis faite, de mépriser et de regarder comme non avenu tout écrit anonyme, surtout si les règles de la politesse et de la modération y sont niai gardées. C'est sur quoi je m'étais expliqué par avance, dans l'endroit même où 'je me suis* déclaré pour l'auteur jdf ff Lettres que j'ai données au public*

Mais, Monsieur,, comme vous me demandez avec instance que je vous aide à détromper quelques amis luthériens, que vous dites être fort prévenus en faveur de cet écrit , et qui croient y Voir une réponse solide à ce qui a été dit , de ma part , sur le chapitre de l'Invocation des Sainte, j'atjerfe devoir accorde* à votre demande ce que j*àvafe bâbord Cru devoir refuser au ihérite et à la qualité de l'ouvrage* C'est donc dans la vue de vous faire plaisir, et de répondre, en même temps , à vos pieux desseins, que je vais en dire assez pour vous mettre en état de mon. trer que Fauteur anonyme , en faisant semblant de répondre à tout, n'a absolument répondu à rien.

Il eât d'abord visible qu'il n'a supprime son nom , que pour maltraiter plus librement la religion catholique , et me dire des duretés avecmoins de risque ; car il ne peut être qu'honorable de paraître à découvert f>our défendre sa religion , quand on s'y prend comme il faut , en n'y employant que de bonnes raisons et de bonnes manières ; ainsi , dès que l'on se cache, ce ne peut être que par l'effet d'une lâche politique, en cherchant à blesser, sans s'exposer à rien. Je pardonne de grand cœur à l'Anonyme tou* le mal qu'il dit de moi et de mes Lettres , j'aurais tort d'y être sensible; car, de quelle conséquence peut être un écrit de la façon de celui que vous voulez que je réfute? Mais ce que je né puis pardonner à l'auteur, ce sont les outrages qu'il fait aux saints Pères et aux personnes les plus révérées pour leur éminente sainteté. Il dit , que saint Augustin «'est oublié en racontant le conte du vieillard d'Hippone(l) , que ce bon Père nous a donné une fausse règle pour nous faire juger de ce qui est de tradition apostolique , et qu'il se contredit lui-même (9). Il dit de saint Grégoire de Nysse » qu'il y a « de l'impiété et de la basce sesse » dans le discours qu'il adresse au martyr Théodore, et un peu plus bas, qu'il y a « de l'insolence (3). » Il entreprend de prouver fort sérieusement et fort an long, que les Pères se sont contredits , en disant que les miracles

(1) Anon. p«g. 9. — (2) Id. pag. *5. — ($) M. f*g. *•

RÉPONSE A UH AHONYMB, 439

avaient cessé de leur temps , et en racontant une quantité de miracles arrivés de leurs jours (1) ; puis il ajoute : « Un « homme qui se contredit si visiblement , quelque grande « que soit d'ailleurs son autorité • perd son crédit et ne « mérite plus d'attention (2). » Et ce qui passe toute imagination , c'est qu'il parle des « amours de saint François « pour sainte Claire et de ses ardeurs pour le frère Mas- « se (3). » S'avisa-t-on jamais de Hen soupçonner de pareil d'un des plus grands modèles de pénitence et de mortification , qu'on ait vu dans le monde chrétien.

Mais n'en voilà déjà que trop sur les excès de l'écrivain de Schaffouse , ou soi -disant tel. Venons au fait, et puisqu'il s'agit d'avoir de la complaisance pour vous, examinons en détail ce qu'il trouve à redire à mes preuves* Vous verrez qu'il me fait faire des raisonnements auxquels je n'ai jamais pensé , et qu'il n'a pas asseï pensé * ceux qui sont de sa façon.

Réfutation générale de V Anonyme.

Le premier fait , que j'ai rapporté pour prouver direc* tement que l'usage des premiers siècles a été d'invoquer les Saints , est ce que nous apprenons de saint Grégoire de Nazianze, touchant sainte Justine, vierge et martyre du troisième siècle. Car , tout ce que j'ai dit auparavant de saint Polycarpe (4) , de sainte Potamiène (5) , de la convention faite entre saint Cyprien et saint Corneille (6) , de la demande du même saint Cyprien aux vierges de se souvenir de lui quand elles seront parvenues au lieu destiné à récompenser la virginité (7); tout cela, dis-je, n'a été que pour faire remarquer en partie les grands honneurs qu'on rendait aux Martyrs , dès les premiers temps du chris-

(1) Anon. pag. SI. — (2) Id, p. 53. — (3) Id. p. 47. (4) Invocation des Saints, p. 129. — (5) Id. p. 130. — (6) Id, p, 131, — (7) p. Ibid, ■

tianisme , et qui étaient très semblables à ceux que nous leur rendons aujourd'hui; en partie pour faire voir la persuasion où Ton était , que les âmes parvenues au séjour de la gloire s'intéressent en faveur de leurs amis qui restent sur terre j et qu'elles ont beaucoup de crédit auprès de Dieu pour leur obtenir des grâces singulières.

Voilà tout ce que j'ai conclu des faits rapportés aux premières pages de mon écrit, comme vous pouvez le voir si vous prenez la peine de le relire. Ainsi , me prêter le dessein d'avoir voulu prouver autre chose , après que j'ai marqué si positivement (1) que je me bornais à cette vue , ne peut être que l'effet d'une artificieuse malignité , .qui s'est plu à me supposer de. mauvais raisonnements pour avoir lieu de les combattre avec avantage.

Je remarquerai de plus , que l'Anonyme commence très maison écrit, en me reprochant de m'étre contredit au sujet de deux paroles , où il n'y a pas ombre de contradiction (2). J'avais dit en exposant le plan de mon écrit, que d'abord je rapporterai les faits qui constatent l'usage des premiers siècles, et qu'ensuite je découvrirai (dans l'Ecriture les principes de cet usage (3). Ayant donc â rapporter les faits de l'antiquité , j'ai dit , en parlant de saint Polycarpe , que les premiers chrétiens avaient recueilli les restes de ses os , épargnés par le feu , qu'ils les avaient conservés plus précieusement que si c'eût été de l'or et des pierres précieuses , et que tous les ans ils svassemblaient pour célébrer la mémoire de son martyre (4), ajoutant par rapport à ce fait , qu'on ne pouvait guère remonter plus haut , puisque saint Polycarpe avait été le. disciple de saint Jean (5).

« Si cela est , dit l'Anonyme , qu'on ne puisse guère re- « monter plus haut, pourquoi l'auteur nous dit-il au cornet mencement de cette page et ailleurs , que l'Invocation « des Saints est clairement marquée dans l'Ecriture? la « contradiction est manifeste (6). »

(1) Lettre sur l'Invocation des Saints, p. 132. (2) Anon. p. 3. — (3) Lettre sur l'Invocation des Saints , p. 127. — - (4) ld. p. 150U ~ (5) M. p. 129. — (6) Anon. p. 5.

Que l'Anonyme distingue entre les faits de l'antiquité ecclésiastique , que je n'ai prétendu placer qu'après la mort des Apôtres, comme cela se fait communément, et entre les principes de l'Invocation des Saints, que j'ai dit être clairement marqués dans l'Ecriture , et dès-lors toute la prétendue évidence de contradiction disparaîtra à ses yeux. Il est très vrai , que lorsqu'il s'agit des faits de l'antiquité ecclésiastique, on ne peut guère remonter plus haut, qu'en rapportant ce qui s'est passé immédiatement après la mort d'un disciple des Apôtres ; et il n'est pas moins vrai , du moins , pouvons-nous le prétendre sans aucun danger de tomber en contradiction , que les principes de l'Invocation des Saints, c'est-à-dire les raisons sur lesquelles on se fonde pour les invoquer, sont clairement marquées dans l'Ecriture.

Ce n'est guère marquer de justesse d'esprit au commencement d'un ouvrage , que de se figurer vainement des contradictions sur des apparences si légères. Que peut-on attendre d'un homme qui , dans une affaire si aisée à comprendre, ne s'aperçoit pas de la mauvaise chicanne qu'il l'ait à son adversaire? Vous verrez» Monsieur, notre subtil docteur revenir plus d'une fois à ces reproches de contradiction , toujours avec aussi peu de fondement , et avec aussi peu de succès.

Mais , hâtons-nous d'examiner le fait rapporté par saint Grégoire de Nazianze qui , comme j'ai déjà eu l'honneur de vous le dire, est le premier que j'ai donné pour preuve directe de l'ancien usage d'invoquer les Saints, tout ce qui a été rapporté auparavant n'étant qu'une espèce de dispositif qui fait connaître combien on a toujours compté sur l'intercession des bienheureux.

Nous apprenons du saint Docteur que la vierge Justine se sentant extraordinairement tentée par les prestiges du démon, un jeune homme, nommé Cyprien, employant l'art magique pour la séduire , elle eut recours à l'intercession, (le la sainte Vierge pour sortir victorieuse du combat (1).

(1) $aint Grég. Kaz. Orat. 18,

L'Anonyme répond d'abord que la pièce qui rapporte ce fait est supposée ; en second lieu , que quand elle serait véri table, un fait particulier ne prouve rien (1). Voyons si ces deux réponses sont solides*

Qui s'avisa jamais de disputer à saint Grégoire les quarante discours qui se lisent sous son nom ? y en aura-t-il trente-neuf incontestablement de lui ? et n'y aura-t-il que le dix-huitième qui , parce qu'il; incommode MM. les protestants, lui aura été supposé? Le sieur Dallié, qui a les mêmes intérêts de nier cette pièce que le sieur Baguage et notre Anonyme V convient néanmoins qu'on y voit le style de ce Père et ces grands tours d'éloquence qui lui sont propres (2), Qu'on nous fasse voir une seule édition, où cette pièce ait été retranchée» ou bien où l'on ait tâché de la rendre suspecte. Ne se trouvç-t-elle pas dans l'édition de Baie, de 1550 , comme dans les autres? Aussi nos savants , qui ont porté la critique le plus loin ,- comme MM. Dupin , Tillemont , Baluse , et le Père Martène , n'ont-ils jamais pensée la rejeter (3). Ils conviennent tous , que saint Grégoire est tombé dans une erreur de fait en confondant deux Cyprien dans une même personne , et en attribuant & Cyprien de Carthage, ce qui ne convenait qu'à Cyprien d'Antioche; mais cette erreur de fait ne leur a pas paru être une raison suffisante pour révoquer en doute une pièce citée par les anciens , qui a passé constamment pour être de saint Grégoire et qui est marquée si visiblement du caractère de son esprit.

Que si Ton ne peut raisonnablement disconvenir de l'authenticité de cette pièce, croira-t-on se tirer heureusement d'affaire en disant qu'un fait particulier ne prouve rien ? y pense-t-on ? Quoi ! Justine aura été la seule à invoquer la sainte Vierge dans les tentations pressantes? elle l'aura fait de son propre mouvement, sans avoir été instruite par qui que ce soit à le faire , et sans avoir jamais vu pra-

(1) Anon. pag, 6. — (2) Dali. De cultûs Relig. Objecta, pag. 55.

(3) Dupin, t. 2. p. 62t. —Tillemont, t. 4. p. 186. — Item,

t. 5. p. 329. — Bains, in Vilâ Cyp. p. 59. — Marten. t. 3. p. 161 P.

tiquer rien de semblable ? Si le fiait est si nouveau et si particulier , comment saint Grégoire n'a-t-il pas été frappé de sa nouveauté et de sa singularité? comment s'est-il avisé de le rapporter comme un exemple à suivre , en marquant la bonté et l'efficace du remède? Un Père aussi éclairé que celui-là , surnommé le Théologien , pour l'excellence et la pureté de sa doctrine, ne devait-il pas > au. cas que les idées des protestants soient justes, ne devait - il pas s'apercevoir que Justine avait donné atteinte aux droits du Créateur /qu'elle avait mal placé sa confiance et pratiqué une nouveauté inouïe et de très dangereuse conséquence ? Mais le Saint, bien éloigné de ces pensées , n'a tu dans tonte la conduite .de Justine que le modèle d'une piété sage et salutaire, et n'a eu garde d'accuser cette vierge de s'être distinguée des chrétiens de son temps et de ceux des temps antérieurs , par une dévotion indiscrète et répréhensible.

Ce sont-là, Monsieur, des réflexions que vous ferez bien de communiquer à ces amis luthériens, pour lesquels vous vous intéressez, ils les trouveront raisonnables et sensées, je m'en assure , et jugeront que le fiait particulier dont il s'agit, tout particulier qu'il est, ne laisse pas d'en dire beaucoup. Vous ferez bien aussi de leur faire remarquer que saint Grégoire ayant mis les noirs artifices du jeune païen sur le compte de saint Çyprien îde Carthage, fait évéque de cette ville en 348 , lorsqu'il était déjà d'un Age mûr et avancé, il ne se peut que saint Grégoire n'ait regardé l'invocation de la sainte Vierge comme une pratique déjà fort usitée vers le commencement du troisième tiède. Aussi, les centuriateurs de Magdebourg ne font-ils aucune difficulté de convenir qu'il se trouve dans ce âèele des traces bien marquées de l'Invocation Ae9 Safftts (l) ; notre Anonyme se croit*il donc plus habile qu'eux pour oser les contredire?

Mais, passons aux réflexions qu'il a faites sur les textes de saint Basile : je n'appuyeraique sur ceux qu'il reconnaît

(I) Cent. 3. cap, 4. pag. 83.

444 TBXOSÈME LBTTBB.

pour être incontestablement de ce Père ; quoique je ne prétende pas lui abandonner celui qu'il attaque , tu qu'il se trouve dans de bonnes éditions, et qu'il est rapporté par de célèbres controversîstes. Arrêtons-nous d'abord à cet endroit de l'homélie des quarante Martyrs , on il est dit : « Celui qui est affligé a recours à eux, celui qui est « dans la joie le fait également ; celui-là , pour être déV « livré de ses maux, celui-ci, pour se maintenir dans la « prospérité ; c'est ici qu'on trouve la mère priant pour « ses enfants $ la femme priant pour le retour de son mari « qui est en voyage , pour son rétablissement quand il « est malade (1). » 11 ne se peut guère , comme vous voyez , Monsieur 9 de description plus naïve , ni plus propre à nous foire connaître les usages et les mœurs du temps.*

Que dit à cela l'Anonyme? je vais le suivre exactement dans toutes ses réponses, ne fût-ce que pour vous foire voir par cet exemple , que lorsqu'il est le plus copieux en paroles, c'est pour lors qu'il a le moins de choses raison? nables à dire.

Il répond, premièrement, que saint Basile ne parle pas là d'Invocation, qu'il exhorte seulement ses auditeurs à répandre leurs prières avec celles des quarante Martyrs. Mais je demande à notre antagoniste , si le saint évèque ne dit pas qu'on a recours à eux , xara?cû7ec, qu'on s'adresse à eux, knorptxn ? or , comment recourir à eux, s'adresser à eux , si ce n'est en les invoquant? ne les appelle-t-il pas dans le même sermon, suffragatores precum, de puissants seconds pour appuyer les prières du peuple , legati apud Deum potentùsimù des ambassadeurs très puissants auprès de Dieu? comment pouvaient-ils appuyer les prières du peuple et Taire les fonctions d'ambassadeurs sans en être requis ? et s'ils en étaient requis , cette réquisition même , qu'était-ce autre chose qu'une très véritable Invocation ? Le même Saint ne dit-il pas en parlant de saint Memmas martyr , que ceux qui ont réclamé son nom , ont senti le secours de ses prières dans leurs entreprises : çutbu*-

(}) Hom. 20, in 40 Martyr. T. 1. p. 459.

vumque ex nomine advoeatus ipsis ad fuit opérions (l). L'Anonyme a beau nous dire que les actes de saint Memmas sont pleins de contes et de fables. Qu'ils soient vrais ou faux , qu'est-ce que cela fait à l'affaire? Saint Basile n'en est ni l'auteur ni le garant. Il ne s'agit ici que de sayoir ce que saint Basile et les chrétiens de son temps ont pensé de rinvocation des Saints : ne le fait-il pas assez connaître en rapportant les bienfaits qu'on croyait avoir reçus par l'entremise de ce saint martyr, et en disant que ceux qui ont réclamé son nom ont été puissament secourus ?

Pour ce qui est de la remarque que fait l'Anonyme , en disant que saint Basile exhorte seulement ses auditeurs h joindre leurs prières à celles des quarante Martyrs, qu'y a-t-il en cela qui soit contraire à l'Invocation des Saints, ou même qui ne la suppose? ceux qui les invoquent ne les prient-ils pas de se joindre à eux? et ne joignent-ils pas en même temps leurs prières à celles des Saints? il faut bien aimer la vétille pour s'amuser à faire de pareilles observations.

Il dit en second lieu , que saint Basile croyait que les âmes des quarante Martyrs étaient présentes dans l'Eglise où il prêchait , et ainsi qu'i^est aisé de concevoir comment ceux qui fréquentaient cette Eglise, pouvaient joindre leurs prières à celles des Martyrs (9).

Je réponds , que si les âmes étaient présentes, comme l'Anonyme le fait supposer à saint Basile , il ne pouvait y avoir de difficulté à les invoquer, ce qui détruit sa première réponse.

Mais, sur quoi se fonde l'auteur de Schaffouse, pour faire penser à saint Basile que leurs âmes étaient là présentes? c'est, dit-il, que sans cela ce Père n'eût pas cité le passage de saint Mathieu, chap. 18. *. 30 : Lorsqu'il y a deux ou trois personnes assemblées en mon nom, je suis au milieu délies. Belle raison 1 ce Père, pour animer la confiance de son peuple dit , que si Dieu se trouve au mi- Ci) Saint Bas. Hom. 26. T. 4. ad Paris, p. 513. (2) Anon. pag. 7.

lieu de deux ou trois pour écouter favorablement leurs prières lorsqu'ils sont assemblés en son nom , à plus forte raison se trouvera-t-il au milieu de quarante pour le même effet. Est-ce donc que la présence de leurs reliques f et la présence d'esprit qui les rendait attentifs aux prières qu'on leur adressait en ce lieu , ne suffisaient pas pour faire dire à un orateur chrétien, que Dieu se trouvait au milieu de quarante , pour recevoir favorablement les prières qu'on lui adresserait par leur entremise ? une pensée telle que celle-là, dans la bouche d'un panégyriste, qui cherche à exciter la dévotion du peuple , emporte-t-elle nécessairement avec elle la présence des quarante Martyrs en corps et en âme? On peut bien dire de notre Anonyme qu'il cherche à faire flèches de tout bois; mais ne devrait-il pas considérer que tout bois n'est pas propre à en faire de bonnes ?

Il remarque en troisième lieu , qu'il faut que cette dévotion du peuple ne fût pas ancienne, puisque saint Basi)e dit à ses auditeurs, « qu'ils ont longtemps cherché et trar « vaille afin de trouver quelqu'un qui priât pour eux. » Comment cela pourrait-il être , dit-il , si depuis trois siècles cette Invocation des Saints avait été en vogue (1)?

Je réponds, que du temps de saint Basile c'était un abus assez ordinaire aux personnes riches et aisées, comme le remarque saint Chrysostome (5), de recourir beaucoup aux prières d'autrui , tandis qu'elles négligeaient elles-mêmes le soin de la prière* C'est à cet usage que saint Basile fait allusion, en disant : «Jusqu'ici vous avez cherché avec soin « quelque homme de bien qui priât pour vous, et dont les « prières fussent efficaces, en voilà quarante qui réuniront ce leurs prières en votre faveur. » Cela prouve-t-il que jusque - là on n'avait pas invoqué les Saints? Si saint Basile était lui-même persuadé de la nouveauté de cette pratique» comme notre Anonyme le prétend, se serait-il jamais avisé de la recommander à son peuple? lui en eut-il parlé comme

(1) Anon. pag. 7.

(2) S. Cbrys. Hom. 5. in Maltli. T. 2, apud Hugooem. p. 13.

DÊPOHSB A UN ANONYME, 447

d'une chose dont il ne manquerait pas de tirer de grands avantages? Que ne disent pas ces contradicteurs qui se plaisent si fort à contredire l'Eglise ! y a-t-il absurdité qui les arrête?

« Ce passage de saint -Basile , ajoute l'Anonyme en qua- « trième lieu , prouve seulement que de son temps le peuci pie à qui il parlait a eu recours à ces Martyrs, il ne parle c pas d'une coutume universellement reçue. »

Qu'en pensez-vous, Monsieur, vous parait-il fort vraisemblable que le peuple de Gésarée se sera distingué de tous les autres peuples chrétiens de la terre, que saint Basile aura autorisé ce qu'il savait ne se pratiquer nulle part ailleurs ? et pourquoi donc Kemnitius reproche-t-il à saint Basile , d'avoir « puisé l'Invocation des Saints dans la per- « suasion du peuple et dans les dévotions particulières des « moines pour l'introduire dans l'Eglise (1) ?» Ce reproche est-il fort propre à nous persuader que la pratique de l'Invocation était concentrée dans la seule ville de Césarée? Saint Chrysostôme , qui a écrit vingt ou trente ans après saint Basile, ne marque-t-il pas , que la dévotion aux Saints était si célèbre dans les deux capitales du monde, à Rome et à Constantinople, et par conséquent dans tout l'univers, que les rois, les gouverneurs et les généraux; quittaient tout pour venir faire leurs prières au tombeau des Apôtres, et que les empereurs estimaient comme une faveur insigne de pouvoir être enterrés , non dans le lieu même où reposaient leurs corps, mais à la porte et hors de leur chapelle (9)?

Enfin, notre antagoniste, ou plutôt l'antagoniste des Saints , dit pour dernière ressource : « Nous ne nions pas « qu'on ne trouve des exemples de cet abus dans le qua- « trième siècle , et que saint Basile n'ait été un des pre- « niiers qui ait approuvé ce culte. Nous ne disons pas non « plus, que l'Eglise du quatrième siècle ait été toute pure ; « c'est dans ce siècle qu&la superstition commença à se « glisser dans l'Eglise. »

(1) Kemoit. Part. 5. Exam. Ed. Franeof. p. 3S0. N. 30. (S) In Demonstraiione, quôd Chriitui fit Dent, circa médium. T. S. Ed. Front. Ducai. p. 570.

Que n'en venait-il là d'abord? à quoi bon s'amuser à défendre un mauvais terrain à pure perte , et en se faisant chasser de poste en poste ? Ne valait-il pas mieux convenir d'abord du fait, en se réservant le droit de Pimprouver, que de chercher à le rendre douteux par de si pitoyable» efforts? Mais n'en déplaise à notre auteur , il n'en dit pas assez en disant qu'il ne nie pas qu'on ne trouve quelques exemples de cet abus dans le quatrième siècle. Il devait convenir rondement que c'était l'usage universel des chrétiens , n'y eût-il que le passage de saint Chrysostôme que j'ai cité, et qui nous apprend ce qui se pratiquait dans les deux capitales du monde, cela seul ne suffirait-il pas pour nous en convaincre ?

Vos centuriateurs nous abandonnent saint Athanase, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint £piphane> saint Ephrem, saint Ambroise et saint Prudence (1); ils pouvaient encore ajouter saint Grégoire de Nysse et saint Chrysostôme , qui sont du même siècle; saint Augustin et saint Jérôme qui , quoique morts dans le cinquième , n'ont pas laissé d'écrire' une bonne partie de leurs ouvrages dans le quatrième. Tous ces Pères ayant autorisé l'Invocation des Saints et rendu témoignage à la pratique de leur temps , qui peut douter qu'elle n'ait été, en effet, très générale dans le quatrième siècle ?

Or, je demande si tous ces Pères et le peuple attaché à leur doctrine formaient pour lors la véri table Eglise de Jésus-Christ, ou s'ils avaient déjà perdu cet avantage ? J'ai peine à croire que notre Anonyme prétende exclure de l'Eglise tous ces grands hommes , qui ont toujours passé pour en faire le principal ornement; mais si la doctrine et la pratique de l'Invocation des Saints n'a pu empêcher ces grands hommes d'être membres de la véritable Eglise , ni le peuple , de leur temps , d'y être incorporé, ce que nous pratiquons aujourd'hui à leur exemple, comment peut-il nous priver de cet avantage ? Les chrétiens du quatrième siècle, disons-nous, formaient la véritable Eglise quoi-

(t) Ccm. 4.c. 4. p. 296 et 897.

BÉPON&B A UN ANONXMI. 449

qu'ils invoquassent les Saints; donc l'Invocation des Sai0M ' ne peut être une erreur préjudiciable au salut; car la véritable Eglise n'en approuve, ni n'en tolère aucune de cette espèce ; donc l'Invocation des Saints n'a pu servir de raison légitime aux protestants pour se séparer de l'Eglise romaine ; donc cette même Invocation ne peut être un obstacle légitime à leur réunion. C'est ici que je disais à Monsieur le magistrat, homme sage et équitable : « Il serait « fort extraordinaire de vous voir faire une acception de « siècles , tandis que vous êtes si éloigné de faire une ac- « ception de personnes (1). » Mais on ne peut espérer la même équité de notre Anonyme , puisqu'il veut que la . qualité de véritable Eglise ait pu compatir avec l'Invocation des Saints au quatrième siècle, et qu'il ne veut pas que cela se puisse au dix - huitième. J'ai cru devoir faire une discussion exacte de tout ce qu'il dit sur un seul texte de saint Basile, et cela, pour vous faiçe voir que par la multitude de ses réponses il ne pherche qu'à éblouir le lecteur, se mettant bien moins en peine d'en choisir une bonne , pour s'y fixer, que d'en présenter plusieurs, qui semblent dire quelque chose , et qui dans le fond ne disent rien.

« Il est pourtant constant, poursuit l'Anonyme, que saint « Basile, saint Grégoire de Nazianze et saint Grégoire de « Nysse on{ donné occasion? par leurs apostrophes à l'Invo- « cation des Saints (2). *

Est-ce là répondre à tout ce que j'ai dit sur l'article des apostrophes , à la page 138 et aux suivantes (3)? Depuis quand une simple affirmation tient-elle lieu de preuve et satisfait -elle à toutes les objections ? J'avais reproché à Eemnitius d'avoir mal combiné ses idées en disant que ces trois saints Docteurs ont puisé linvocatîon des Saints dans la persuasion du peuple , et que néanmoins ils en ont introduit l'usage par leurs apostrophes; pourquoi l'auteur

(i ) Lettre sur Plnvocat. des Saints , p. 4 37.

(2) Anon. pag. 8.

(3) Lettre sur Plnvocat. des Saints, pag. 138.

j£5Û ÏREEÛÉfflÉ LETTRE.

de. là réponse ffâ-t-il pas cherché à sauver la contradiction à son vénérable maître ?

« Nous ne voulons pas, dît-il immédiatement après, con- « tester l'authenticité du sermon de saint Grégoire de Nysse « sur le martyr Théodore. »

Vraiment , aurait-tl bonne grâce à le faire ; croit-il que nous lui aurons grande obligation de sa retenue ? qu'il l'entreprenne , et il se rendra- célèbre dans la république des lettres. « Nous1 disons seulement , ajoute-t-il , que la « prière qu'il lui adresse est fort étrange. » C'est ici où il traite le saint Docteur de la manière la plus yidigne, lui reprochant de parler dans sa prière à saint Théodore avec Bassesse , avec insolence ; avec impiété, d'employer des mouvements hardis , de faire une évocation visiblement erronée (1). C'est en profitant des réflexions du sieur Basnage, quïl invective ainsi contre ce Père. Mais l'écrivain de SchaffoiMte pou ràit-il mieux inarquer son mauvais goût que d'adopter de telles réflexions P Est-ce ainsi qu'on traite un des Père* lès plus respectables de l'Eglise , si célèbre pour sa rate piété et pour sa grande érudition , que le septième concile général l'appelle , le Père des Pères (2). S'il m'était arrivé dé traiter ainsi le dernier des ministres , de quels torrents d'injures ne m'eùt-il pas accablé, lui qui pour des sujets infiniment moindres et même sans aucun sujet , prodigue si libéralement les termes de suffisance , d'arrogance, de fanfaronnade, d'extravagance, etc.

11 serait aisé de défendre le discours de saint Grégoire de Nysse, contre la critique outrée de l'Anonyme, en y faisant remarquer les traits d'une éloquence vive etanimée qui se permet quelques saillies et quelques licences de la poésie. Mais y eut-il dans la prière adressée au martyr Théodore, des expressions si irrégulières, qu'elles ne puissent en aucune façon se justifier, en sont-elles moins propres pour cela à nous faire connaître que l'usage du temps

(1) Ànon. pag. 8.

(2) Pater Patrura ab omnibus nominatas. Act. 6, Toro% 7. Ed. Labb. pag. 478.

était d'invoquer les Saints P Je renoncerai, si l'Anonyme le veut , à tout l'avantage que nous tirons de cette prière ; mais c'est à condition qu'il lira le discours fait à l'honneur de saint Théodore tout entier.

Il y verra que , « non-seulement le jour de la fête du saint « il y avait un très grand concours de monde en son église; a mais aussi que les chemins qui y abordaient , étaient couv « verts pendant toute l'année de gens qui allaient et qui ,**

« en revenaient , à peu près comme deux files de fourmis , af qui, marchant l'une contre l'autre, se rencontrent sur là *

« même route (1). » Cest la comparaison dont'lé saint Doç? *9 teur se sert pour marquer la continuelle affluence de pèle- 4 rins en ce lieu. Il y verra encore ^combien on faisait de cas d'un peu de poussière qu'on prenait au tombeau des saints Martyrs, quelle insigne faveur on pensait recevoir en osant toucher leurs saintes reliques (2) , et qu'il est dit , en termes exprès , que « ceux qui considéraient les saintes « dépouilles des Martyrs, les priaient, en même temps ? « d'être leurs intercesseurs auprès de Dieu , les invoquant « comme des gardes toujours présentes devant le trône du « Très-Haut (3) » C'était là, sans doute • un usage tout établi, lorsque saint Grégoire de Nysse parlait ainsi, et qui par conséquent, n'a pu être l'effet de ses apostrophes,

(I) Etsi enin annhrereariis feriis hnne dism célébrant» » at nanqnam cessât stadiosè advenieatiam maltitudo, ac formkarum similitudtoem fermât ea , quse hue pertinet via publica , oùm aiii quidam ascendant » aHi verà venièntiboa cédant. S* Greg. Nysa* Serm. S. Tbeod. T. 3. «pud -3lorel. p. 585*

(î) Qoôd si quîs puherem atriFerre permittat, pro mnnere pultia accipitur, ac tanquam rea magni pretii eandenda terra colligkur. Nam qpas attingere reliquias , si quando aliqua ejosmodi prospéra fortuna contingat, ut id facere licet; quàm id ait multùm desiderandum et optandum, ac sammaram preenm donum » sciant expert! et ejus desiderii compotes fecti. Id. Ibid. p. 580.

(3) Ut pro ipsis deprecator intercédât supplices preces offeruat tanquam sàtellitem Dei orantes.» quasi accipientem doua corn «élit invocantes. Ibid.

c'était encore un usage général; puisque le saint Docteuf en parle comme d'un honneur qui se rendait partout et en tout pays aux saints Martyrs. Qu'a donc gagné l'Anonyme à critiquer la prière de saint Grégoire de Nysse au martyr Théodore ? il n'a fait que donner , par là , occasion de citer du même sermon des endroits incomparablement plus forts que la prière même. Remarquez , s'il vous plait, Mon* sieur, que saint Grégoire de Nysse est né en 330 , et que sur le rapport de tels faits, il ne peut être permis de douter que ce n'ait été l'usage universel du quatrième siècle dlnwt* quer les Saints.

* L'Anonyme passe ensuite à saint Cyrille , évéque de Jérusalem , qu'il traite de demi - arien (i) ; apparemment , parce que ce Père a écrit dans ses Catéchèses de grandes vérités qui incommodent infiniment MM. les protestants. Mais l'Anonyme savait-il que le premier concile général de Constantinople le nomme « un évéque très chéri de Dieu, « qui a soutenu de très grands combats pour la foi contre « les ariens (2)? » que Théodoret rappelle , « le défenseur « très zélé du dogme catholique (3); » que Photius dit de lui , « qu'il passe pour un saint homme dans l'esprit de tout « le monde , et qu'il l'est en effet , et qu'il a écrit des Ca- « téchèses pleines de la plus sublime théologie (4). » Le R. P. Toutée a mis à.la,téte des ouvrages de ce Père une savante dissertation , par laquelle il justifie parfaitement la foi de ce Père ; l'Anonyme n'avait qu'à lire cette pièce pour se désabuser des reproches qu'il fait au saint Docteur. En tout cas , pouvait-il ignorer que l'Eglise ne met jamais ni arien , ni semi-arien au catalogue des Saints ? Mais {saint Cyrille eùt-il été d'une foi 'moins pure, son témoignage en serait-il moins recevable pour le fait dont il s'agit? Il dit

(1) A non. pag. 8.

(2) Cyriîlura Ecclesis Hierosolymîtan» Episcopum agnoscimns

plurima praelia adversùs Ariano? variis in locis preliatum. Conc. Const. t . T. 2. Ed. Labb. p. 965.

',3) Theod. Eist. Ëccl. Lib. 2. c. 22. T. 5. Ed. Sîrmond. p. 624. (4) Pbot. Collcct. de Metrop.

en expliquant la Liturgie aux catéchumène», que pendant *es divins mystères « on fait mention des Patriarches , des «Prophètes, des Apôtres et des Martyrs, afin que Dieu « touché de leurs prières écoute favorablement les nôtres.» N'estrce pas là un fait sur lequel tout auteur qui marque les usages du temps , est également en état de déposer, de quelque doctrine qu'il puisse être ? Que de tentatives inutiles pour évader? Notre Anonyme s'accroche à tout, et tout lui échappe également des mains.

«t Nous ne nions pas, ajoute-t-il , que les Saints ne prient « pour nous en général dans le ciel, que ces prières ne nous « soient profitables, et que nous puissions en faire men- « tion dans nos prières que nous adressons à Dieu (1). »

Remarquez , s'il vous plait, Monsieur, que je lui fais pitié lorsque je dis dans mon écrit que « quand même les Saints «c n'auraient aucune connaissance de nos prières, il ne s'ensuivrait pas pour cela qu'elles fussent absolument inutiles; « que Dieu verrait en ce cas notre désir, et qu'à notre dece mande il nous accorderait une part plus particulière aux a prières que les Saints, font pour nous en général, de « l'aveu même, des protestants (2). » Or, trouvez-vous, Monsieur, que f Anonyme s'éloigne ici si fort de ma manière dépensera il trouve bon qu'on demande, à Dieu d'avoir part aux prières générales des Saints ; je dis que celui qui les invoque , marque du moins à Dieu le désir qu'il a d'y avoir part: y a-t-il entre ces deux choses une si grande différence ? Que l'Anonyme qui a l'Ame si tendre et si compatissante, jusqu'à vouloir bien avoir pitié de moi, étende donc, les çentimentade sa compassion jusques sur lui-même,.

Mais je soutiens que saint Cyrille a prétendu dire quelque chose de plus que ce que l'Anonyme reconnaît dans les paroles du Saint; car lorsqu'il marque, que «pendant « les mystères on fait mention des Saints , afin que Dieu ,

« touché de leurs prières, écoute plus favorablement les

(I) A non. p. 9.

(*) Lettre eur l'Invocat. des Saints, pag. 481 ^

que niïà disait:

,etque Dieutoucfcé

fcvorablement. » Saint

fosprit 4* Il Mène pratique , le dit

, dfc41 , mention des Mar*

mi pu afin de prier pour

«fia qrïbpneat pour nous (!).» On supposait

■Mis Martyrs avaient connaissance de ce qui

leur égard , je toux dire du soin qu'on aval

■ d'eux et de se recommander à leurs priè-

reusscnt ignoré, comment eùt-ce été là m

r.ri à les engager à prier? C'est ainsi que rAno* an attaquant nos textes, ne fait que nous donner

défelopper et d'en mieux faire sentir la

H se trouve encore praa embarrassé (S) du passage de ^àw^k^bntm,taééuh^rederiduùf et voudrait bèea rteràre ce livre suspect ; mais comment y réussir , puisque saint Ambreise le dte lui-même, du moins quatre fois dans son commentaire sur saint Luc, comme son propre on- Trage , auquel il renvoie le lecteur, et que saint Jérôme, qui vivait à peu près du même temps , écrivant & Pammachius % marque expressément que c'est Ambroîse qui est routeur de ce livre (3)? Rien néanmoins de plus formel que ce que f en ai dté pour l'Invocation des Saints. « Nous dc- « vous prier les Anges qui sont commis à notre garde, dit « le saint Docteur, prier également les Martyrs, dont « les prérieuses reliques nous sont autant de gages de leur « protection; n'ayons pas de honte d'avoir recours à leur « intercession dans notre infirmité , puisqu'en remportant

(1) Non ut pro eis orrons , sed ut oient pro nobis. Tract. 86. in Joan. T. 9. Ed. Frobeo. p. 451.

(2) Aaoo. pag. 9.

(3) Qood si coi asperum lidetor , tantam nos inter virginilalem et noptias fuisse distanuam quanta inter frumentum et liordium est , légat S. Ambrosiide Vidais libram. Ep. 30. ad Pajnach. adtersos Jovinianum. T. 4. Ed. Hartianai , p. 237.

HÉPONSE A JJW ANONYME. 45 S

« une glorieuse victoire, ils n'ont pas laissa d'éprouver « eux-mêmes combien leur chair était infirme (1). » Ne manquez pas , Monsieur, de montrer ce passage & vos amis luthériens, et de leur en faire peser toutes les paroles.

« Mais si ce livre est de saint Ambroise , dit l'Anonyme 4 a l'Invocation des Saints «se sera donc introduite peu à peu ce au quatrième siècle (2). »

N'admirez-vous pas , Monsieur, cette manière de raison?, ner, et ne trouvez -vous pas ici ce donc admirablement bien placé? Il vous paraîtra, sans doute, que l'Anpqymç devait conclure du passage de saint Ambroise tout le contraire de ce qu'il en conclut ; car , puisque ce Père exhorte son peuple à prier les Anges et à invoquer les Martyrs , i\ ne croyait donc pas que ce lut une pratique récente et nouvelle. S'il eût été dans cette idée , il se fût bien gardé d'en (aire une espèce de devoir à ses auditeurs, et ses auditeurs n'eussent pas manqué de s'en formaliser ; £ien moins en*core croyait-il que ce fût une pratique injurieuse h Dieu '.et à Jésus-Christ, il faut donc nécessairement que l'Anonyme se croie plus éclairé sur l'origine et la qualité <de cette pratique , que ne l'a été saint Ambroiçe et tous les Pères que j'ai déjà cités et qui me restent encore à citer. Le sentiment est , comme vous voyez , des plus .modestes.

« Nous citerons pourtant ci-dessous des passages de. saint « Ambroise , poursuit l'Anonyme , gui sont tout opposés h « celui qu'on tire ici de son livre de Viduis (3). p

0 la belle entreprise que de prétendre prouver que les Pères se sont contredits ! Quoi ? saint Ambroise, dans un livre qui est incontestablement de lui, dit qu'il faut prier les Anges et les saints Martyrs, et avoir recours à leur intercession, et ailleurs il enseignera tout le contraire î qui le croira? de telles variations sont bonnes pou* les chefs de la réforme ; mais les Pères de l'Eglise n'en sont pas capables. Et quel livre cite-t-on pour faire voir ceûe 'prétendue contrariété de doctrine ? on cite le commentaire de saint

(1) Lib. de Viduis, cap. 9. Tom. 1. Ed. Paris, p. 200. (?) Anon. pag, 9. — (3) îd. Ihfil.

45ff TREIZIÈME LETTRE.

Ambroise, sur les Epttres de saint Paul, où il dit « que Dieu « n'a pas besoin de procureur , ^'entremetteur , de sôllici-* « teur , qu'il sait tout par lui-même et qu'on peut aller « droit à lui (1).» Qu'en di^es-vous, Monsieur, notre homme n'a-t-il pas fait d'admirables progrès dans l'art de la critique» lui , qui après avoir promis de ne citer aucun livre douteux , nous cite le commentaire sur les Epitres de saint Paul , comme étant de saint Ambroise ? Igiioré-t-il donc que tous les savants conviennent aujourd'hui que cet ouvrage n'est nullement de ce Père? Qu'il lise la savante préface que les RR. PP. Bénédictins ont misé à la tète du commentaire , et il saura ce qu'il en doit penser; mais il faut lui pardonner » il a trouvé le passage en question , cité par Kemnitius , comme étant de saint Ambroise , cela lui a suffi pour n'en plus douter.

Supposons , néanmoins, que le passage soit effectivement de ce Père, je dis, que même en ce cas il ne prouve rien contre l'invocation des Saints; car l'auteur du Commentaire ne veut dire autre chose, si ce n'est , que les philosophes païens ont eu tort de prétendre que Dieu fût inaccessible 9 et qu'on ne pouvait aller à lui que par des génies, et par des intelligences subalternes. C'est dans ce sens qu'il dit que Dieu connaît tout par lui-même/ et qu'on peut aller directement à lui sans procureur et sans entremetteur. Qu'y a-t-il en cela qui détruise l'Invocation des Saints? fallait-il pour de si frivoles raisons, vouloir que saint Ambroise soit tombé en contradiction?

L'Anonyme très content de lui - même et de sa réponse au passage de saint Ambroise , dit qu'il faut donner la même solution aux passages de saint ÇhrysostÔme et de saint Augustin (2): c'est-à-dire qu'il veut qu'on leur reproche également de s'être contredits. J'avais cité contre Kemnitius (3) , qui nous donne le défit de produire un seul passage

(1) Ad Deum autem , quem utiqae nihtl latet, promcrendum suffiragaiore non opus est. Oom. in Epist. S. Pauli. (i) Adod. pag. &• (3) Lettre sur flnrocat. des Saints , pag. 144.

RÉPONSE A UH ANONYME. 457

tiré des véritables écrit de saint Chrysostôme , pour faire voir que ce Père ait jamais exhorté à invoquer les Saints , l'avais , dis-je , cité l'homélie à l'honneur de sainte Bernice et de sainte Prosdoce, pièce qu'on ne s'avisa jamais de contester à saint Chrysostôme , où ce Père dit ; « Rendons* « nous assidus auprès d'elles , prionsrles , conjurons-les « d'être nos patronnes ; elles ont eu beaucoup de crédit « étant encore envie, elles en ont encore plus après leur « mort; car elles portent présentement les stigmates du a Sauveur, et en les faisant voir elles peuvent tout obte- « nir du Roi du ciel (1). » Après quoi je faisais cette remarque : « On voit par là , que oes MM. ne lisent pas tout , « ou qu'il leur échappe beaucoup de ce qu'ils lisent, ou « qu'ils trouvent leur compte à prononcer hardiment , lors « même qu'ils sont le moins assurés de la chose. » L'Anonyme n'a eu garde de rien relever de tout cela; il le «passe modestement sous silence , et se contente de dire : a Il faut « savoir que les principes que saint Chrysostôme pose ail-p « leurs, sont fort contraires à l'Invocation des Saints (2). ? Et quoi doncPl'Anonyme se promet-il défaire douter si saint Chrysostôme a été persuadé de l'utilité de l'Invocation des Saints P qu'il relise les paroles citées, et qu'il voit si ce n'est pas renoncer au bon sens, que de tenter de faire naître sur cela le moindre doute. Mais c'est que ces messieurs aiment à faire diversion. Quelque lumineux que soit un pasr sage , ils en opposent d'autres, ne fût-ce que pour là forme. Que les paroles aient été dites dans toute autre vue et pour tout autre sujet, n'importe, cela leur suffit pour répandre quelque obscurité sur la matière, et c'est par là qu'ils se promettent d'empêcher que le lecteur ne soit frappé de l'évidence même; artifice que l'Anonyme n'a pas manqué de mettre ici en œuvre ; car, que veulent dire, les passages de saint Chrysostôme qu'il cite contre nous (3) £ si ce n'est qu'il ne faut point abandonner le soin de la prière en se

(1) S. Chrysost. Orat. in SS. Bernic. et Prosdoc. Tom. 1. Ed, Front, Pucaji. pag. 570.

(3) Anon. pag. 9. — (5) Anon. p. 25.

contentant de foire prier les autres pour soi , qu'il faut ex* poser par soi-même ses besoins à Dieu , que cette voie est bien plus efficace que de recourir précisément aux prières des personnes dévotes , comme c'était assez la coutume , ou plutôt l'abus des personnes riches de Constantinople en ce temps-là- Telle est la vue du Saint dans tout ce qu'il dit sur le sujet de la prière qu'il faut adresser à Dieu. Or . je vous demande , Monsieur, si ce n'est pas abuser de la crédulité de ceux qui ne sont pas versés dans la lecture des Pères, que de citer de tels passages contre l'Invocation des Saints.

Venons à saint Augustin. Vous vous souvenez sans doute d'avoir lu dans mon écrit ce que ce.Père rapporte d'uq boa vieillard d'Hippone, nommé Florent j comment cet homme ayant perdu sa casaque , était allé au tombeau des vingt Martyrs pour se recommander à leurs prières , les conjurant de lui faire trouver quelque secours dans son extrême besoin ; qu'étant ensuite sorti de l'église et se promenant sur le bord de la mer , il avait vu un gros poisson qui se débattait sur le rivage, qu'il le prit et le vendit , et que l'acheteur ayant trouvé une bague d'or dans le ventre du poisson , la remit au vendeur , moyennant quoi il eut assez pour se procurer un habit (1).

L'Anonyme dit que « saint Augustin s'est oublié en ra- « contant ce conte (*). » Ne trouvez-vous* pas, Monsieur, que c'est bien notre homme qui s'oublie étrangement en parlant avec si peu de mesure et de retenue d'un homme aussi respectable que saint Augustin ? Et pourquoi veut-il que ce soit un conte, puisque ce Père nomme les personnes qui ont eu part & l'événement , rapporte toutes les paroles qui ont été dites et ajoute des .circonstances dont la vérité ou la fausseté ne pouvait manquer d'être connue h toute la ville d'Hippone? Croit-il donc que le saint évêque aura si peu de soin de sa réputation, qu'il n'aura pas craint de se faire celle d'un conteur de fable ? Mais conte ou non,

(1) Lettre sur l'Invocation des Saints , pag. 145. (9) Anoo. pag. 9.

RÉPONSE A m ANONYME. * 459

saint Augustin en a-t-il été moins persuadé de l'utilité de l'Invocation des Saints» lui qui ne rapporte toute la mer*veille de cet événement , que comme l'effet de la prière que le bon vieillard avait adressée aux saints Martyrs ? Fallaitil en venir à des paroles si peu mesurées et si peu respectueuses envers le Saint, pour rester également dans l'embarras? Que veut dire ce tombeau si célèbre des vingt Martyrs , dont parle le saint Docteur ? en quoi donc était* il célèbre, si ce n'est par le concours de ceux qui allaient y faire leurs prières, et par la multitude des grâces qu'on y recevait? Que veut dire cette confiance du bon vieillard, qui crut ne pouvoir trouver de plus prompte ressource k l'embarras où il se voyait, qujen allant implorer l'intercession des vingt Martyrs ? aura-t-il été le seul de ses concitoyens à en user ainsi ? Que veut dire tout le r$cit de saint Augustin si parfaitement circonstancié :? qu'est -il autre chose qu'une approbation et un éloge .de la piété et d# toute la conduite du pauvre vieillard Florent ? Entreprendre, après cela, de persuader que .saint Augustin a parlé ailleurs contre l'Invocation des Saints ^n'estree pas se flatter du don de persuasion le plus rare, et te plus-extraordinaire qui, fût jamais? Je suis sur que l'Anonyme en considérant le fait rapporté et.les sentiments que saint Augustin marque à ce sujet, ne pourra se persuader lui-mésne qu* ce Père ait jamais pensé ailleurs à blâmer l'Invocation 4es Saints; tout ce qu'il en dit, ne peut dono être qpte ppur amuser le lecteur et ne pas paraître rester entièrement court.

En effet , Monsieur, quoi de plus faible et de moins à propos que tous les passages qu'il tire des autres, ouvrages de saint Augustin pour nous les opposer? Prenez la peine de les examiner dans l'écrit même où ils sont rapportés (1); car je vous avouerai franchement que je ne puis me donner celle de les transcrire; et vous n'y verrez autre chose, si non qu'il ne faut pas adorer les Saints , qu'il ne faut pas leur ériger des temples , comme faisaient les païens à leurs

(1) Anoo. pag. 22 et 25.

divinités, qu'il ne fout pas leur dresser des autels pour leur offrir des sacrifices; que c'est à Dieu seul que les temples et les autels doivent être consacrés , quoique cela n'empêche pas qu'on ne leur donne le nom dé quelque Saint, dont on prétend honorer la mémoire ; qu'on se garde bien d'invoquer les Saints dans l'action même du sacrifice , en leur disant : « Saint Pierre, ou saint Paul je vous offre ce sa- « crifice ; » que les morts ignorent naturellement ce qui se passe ici bas et qu'il n'y prennent aucune part; que les Saints ne savent que ce que Dieu leur fait connaître, et que Dieu ne leur fait connaître que ce qui est de leur satisfaction et de leur gloire; qu'il ne fout pas s'enivrer à la fête des Martyrs , bien moint encore en faisant des repas auprès de leur tombeau, comme c'était la coutume du temps y qujB Jésus-Christ est le seul médiateur entre Dieu et les hommes , en l'entendant de cette médiation qui nous réconcilie avec Dieu; que quelque idée que l'on ait de la sainteté d'un homme , soit vivant , soit mort, il ne faut pas tellement mettre sa confiance en lui, que la confiance qu'on doit à l'Auteur de la sainteté en souffre; que c'est du Seigneur même, comme de l'unique principe de tout bien, qu'il faut attendre le secours dont on a besoin.

Voilà, Monsieur, tout ce qui est renfermé dans les passages de saint Augustin qu'on nous oppose. Or, y a-t-il rien dv>s tout cela , qui puisse nous faire douter du sentiment de ce Père touchant l'Invocation des Saints , après les preuves démonstratives que vous en avez vues ?

Tels sont à peu près les passages des autres Pères que l'Anonyme cite contre nous , et dont il remplit cinq ou six pages : s'il y en avait un seul véritablement propre à combattre notre pratique, il n'eût pas manqué de l'insérer dans le corps de son écrit • et d'en faire sentir toute la force; mais n'en trouvant aucun de cette espèce, il s'est contenté de jeter sur le papier un amas confus de passages, sans marquer d'aucun en particulier ce qu'il prétend en conclure, sentant bien , que quand on examinera l'endroit où ils sont placés , la fin et l'occasion qui ont fait parler les Pères , ils n'auront aucune force de preuve.

La méthode est assez bonne pour faire illusion au lecteur peu intelligent ; mais celui qui a du sens et de la raison , ne se persuadera pas aisément que les Pères se soient contredits ; et s'il trouve de l'obscurité dans quelques-uns de leurs passages , il aimera mieux supposer , en lui-même , un défaut d'intelligence » que de supposer dans les Pères la bizarrerie de la contradiction.

Je ne dois pas manquer de remarquer ici deux choses assez singulières , et qui peuvent vous donner quelque envie de rire. La première est la plaisante manière dont l'Anonyme traduit un passage de saint Augustin, la seconde est le reproche qu'il me fait d'avoir falsifié un passage de ce Père. Saint Augustin demande : « Comment pourrions- « nous approuver ceux qui s'enivrent dans les églises des a Martyrs ? » Qui autem se in memoriis Martyrum inebriant, guomodo à nobis approbari possunt (l)/> L'Anonyme traduit le mot inebriant , c'est-à-dire : « ceux « qui rendent un culte religieux aux Martyrs (2). » Ne faut-il pas que notre homme ait le vin extraordinairement dévot , puisque s'enivrer et rendre une culte religieux c'est chez lui la même chose ? Je suis fort tenté de croire qu'il avait bu le petit coup lorsqu'ila fait cette belle traduction ; tout autre que moi y soupçonnerait un plus grand excès» ainsi , Monsieur , je vous prends à témoin de ma modération.

La seconde chose à remarquer est qu'il me reproche (3) d'avoir changé le mot commendari en comnkemfare > ten rapportant ce passage de saint' Augustin , injuria eêl-orare pro Martyre 9 cujusnos debemus orationibus dbmmendare(4) , en quoi il n'a pas pris garde que j'ai cité le passage (5) tel qu'il est rapporté par Kemnitius même (6). Ainsi , s'il y a de la falsification > elle ne doit rouler que

(1) S. Aug. Contra Faustum Manich. cap. 21.

(?) Anon. pag. 24.

(3) Anon. pag. 9. — (4) Serm. 17. de verbis Apost.

(5) Lettre sur Pïnvocat. des Saints * pag. 147.

(6) Kemnit. in 3. part. Exaro. pag. 345. N. 50.

462 TREIZIÈME LETTHB.

sur le compte de ce ministre et non sur le mien. J'ai dorid été très fort en droit de dire : a Ne faut-il pas être étrange- « ment prévenu par la passion pour nous citer saint Au- « gustin, comme étant contraire à l'Invocation des Saints, a tandis qu'on en rapporte des passages qui la contiennent a formellement (1) ?» En effet, Monsieur, se recommander aux prières des Saints» qu'est-ce autre chose que de les prier d'intercéder pour nous P et les prier d'intercéder pour nous, qu'est-ce autre chose que les invoquer? C'est contre un raisonnement si simple et si naturel , suivi dune comte réflexion de quatre lignes , que l'Anonyme s'irrite jusqu'à dire que : c'est là une déclamation bien extrava- « gante y où Fauteur se déchaîne avec tant de suffisance « contre KemnKiuS (2)« »

Tous m'avouerez , Monsieur, qu'une grossièreté est toujours mal placée , en quelque endroit qu'on la place; mais elle fait enfepre un bien plus mauvais effet lorsqu'elle porte à feux $ or , il est clair que les termes impolis qu'on lâche ici contre moi , me supposent coupable d'une falsification, dont je suis très innocent; car; je ne fais que presser Kemnittas par des paroles , telles qu'il les cite lui-même. Si ce ministre s'est mépris , ou s'il a eu tort de croire que commendare et commendari formaient ici le même sens, est* cerna faute? et derais-je pour cela essuyer la mauvaise humeur de l'Anonyme? 11 est fâcheux pour lui que pour la première fois qu'il a voulu m'en faire sentir les effets en terme» les pins énergiques , il ait si mal adressé. Peut-être néanmoins que cela pourra lui servir dans la suite. Quand il de seritira tenté de dire des duretés, il y prendra garde de plus près, et se ménagera pour cela une occasion plus favorable*

Après avoir fait sur moi une sortie si mal concertée, il vient à saint Jérôme, et dit : « Il est étonnant que l'auteur « de la lettre cite un passage de saint Jérôme contre Vigi- « lance , où ce Père ne dit pas un mot de l'Invocation des « Saints, lui qui déclame avec tant de zèle contre l'ado- » ration des Martyrs (3)* »

' (1) Lettre sur l'Invocat. des Saints, pog. 148, (2) Ation. pag. 9» — (5) Anon. pag. £.

RÉPONSE A Uff ANONYME. ' 463

Mais il est beaucoup plus étonnant que l'Anonyme n'ait pas lu 9 ou n'ait pas voulu comprendre ce que j'ai dit sur ce sujet (1), en réfutant Melanchthon , Kemnitius et Drejerus, qui avaient fait la même remarque avec aussi peu de jugement. « Comment 9 disais-je , Saint Jérôme ne rapporte-t- « il pas l'objection de Vigilance, qui disait : Il fout donc ce que les âmes des Martyrs aiment leurs cendres et qu'elles « voltigent autour des tombeaux qui les renferment, qu'elles « y soient toujours présentes, de peur que si elles en étaient « éloignées, elles ne manquent pas d'entendre les prières « qu'on vient leur faire? Cette objection, ajontais<-je , ne « fait-elle pas voir l'usage dans lequel on était de venir « prier les saints Martyrs , ou de les invoquer P Saint Jé- « rôme ne réfute-t-il pas cette objection en la traitant de a fade raillerie. Si Vigilance trouvait à redire à ce qu'où ce vint faire des prières aux Martyrs, si saint Jérôme le « traite à ce sujet de monstre, qu'il faudrait reléguer Ata « extrémités de la terre, il s'agissait donc de l'Invocation ce des Saints. Vous voyez donc , Monsieur, concluais-je, que « vos plus habiles docteurs , tels que sont un Melanchthon, ce un Kemnitius, un Dréyérus, ne réfléchissaient pas toute jours assez sur ce qu'ils lisaient, puisqu'ils n'y ont pas ce vu dés choses aussi clairement marquées que celles que « je viens d'indiquer (2). »

Après tout cela notre Anonyme vient encore nous dire froidement : <c Saint Jérôme né dit pas tin mot dé l'Invôcar « tidn des Saints en cet endroit (3) ; » lie s'aptt devant pas-, ou faisant semblant de ne pas s'apercevoir que les trois docteurs de son parti ont été convaincus d'un aveuglement affecté , et cela d'une manière à ne laisser aucun lieu à la réplique. Comment faire entendre raison A un homme de cette espèce , qui ne prend rien de tout ce qu'on lui dit , et qui coule par-dessus, tout comme si Ton n'avait rien dit ?

(1) Lettre sur PtnYOcat. des Saints , jfog. 149.

(2) Lettre sur flnvocat. des Saints , pAg. 130.

(3) Anon. pag. 9.

Il en use à peu près de même en parlant du passage de Théodoret, (1), par lequel nous apprenons que de son temps on TOyait dans l'église des Martyrs, des yeux, des mains, des pieds d'argent en signe de reconnaissance pour la guérison obtenue par leur intercession. Ce savant évêque ajoute : « On se garde bien néanmoins de s'adresser à « eux» comme à des dieux ; nous les regardons comme a des hommes extraordinaires, les priant d'être nos intera cesseurs auprès de Dieu (9). »

Que répond à cela l'Anonyme? il nie que le livre de la Cure des affections grecques , dont ce passage est tiré, soit de Théodoret, s'appuyant de l'autorité de Kemnitius de Cocus» de Dumoulin et du sieur Basnage. Mais qui sera plus croyable sur ce sujet? seront-ce ces messieurs » ou Théodoret même, qui dans trois endroits de ses écrits reconnaît que le livre en question est son ouvrage? J'ai cité ces troits endroits,. indiquant le tome et la page; mais l'Anonyme n'ayant pas daigné les consulter , il fout trans* crire les paroles de Théodoret (3) , où vous verrez qu'il se reconnaît pour auteur d'un livre écrit contre les Grecs. Or, il n'en a point écrit d'autre contre les Grecs que celui dont nous parlons; donc, ce livre est indubitablement de lui , et cela d'autant plus, qu'on y voit la même manière de penser, le même style, la même éloquence et la même érudition que dans ses autres ouvrages. Aussi le savant P. Sirmond , éditeur des œuvres de ce Père , n'a-t-il pas balancé à l'insérer dans sa belle édition, prouvant paries

(4) Anon. pag. 10.

(2) Théodoret. Serm. 8* de Martyribos. foin. 4. Ëdit. Cramoisy. pag. 605.

(3) De his sacrifiais multis in loris dixiaras , tura in his quas contra Graecos scripsimus, tum in iis quas adverses Magos. Interrog. K in Levit. T. 1. Ed. Sîrm. p. 114. — Scripsi quaedam contra Arianos et Eonomianos, quaedam contra Judaeos et Graecos, npoa ElXrjvota. Àd Leonem, Ep. 1 13. Tom. 3. p. 987. — Libros enim scripsi ampliùs 30 , advenus Ârium et Eunomium; adversùs Macedoniom, adversùs Graecos, kctk E»tjvwv, adversùs Jadaeos. Ad Reoatam Ep. 116. T. 3. p. 989.

trois endroits que j'ai cités , que cet ouvrage est incontestablement de Théodore!. Ne faùt-il pas être réduit à d'étranges extrémités pour se porter à disputer sur l'authenticité d'un tel livré ?

Et de quoi cela sert-il à l'Anonyme ? n'y a-t-il pas même de l'imprudence à lui de le faire , dans le temps qu'il est obligé de convenir que le poète Prudence , plus ancien que Théodoret, en dit tout autant , et même incomparablement plus(i) ? Prenez la peine de relire la belle description que ce poète fait du prodigieux concours du monde qui se voyait aussi de son temps au tombeau de saint Hippolytej(z); comme dès le lever du soleil une troupe succédait à l'autre sans discontinuer pendant tout le jour ; comme les Romains et les Barbares y venaient par pelotons ; comme les uns baisaient avec respect le précieux métal qui renfermait les ossements du saiqf Martyr , tandis que les autres répandaient des parfums et des larmes ; comme le jour de la fête du Saint, tout Rome s'épuisait, les familles patriciennes se mêlant avec la dévote bourgeoisie , et le sénateur se confondant avec l'artisan ; comme toute la campagne était couverte de différents peuples, de Toscans, de Samnites, d'habitants de Capoue et de Noie, etc., tout retentissant de chants d'allégresse. Les chemins les plus spacieux étaient trop serrés pour donner passage à tant de monde, on s'y pressait, on s'y portait souvent sans pouvoir avancer. La chapelle du Saint étant de beaucoup trop petite , un vaste temple servait de décharge pour recevoir les dévots pèlerins qui en sortaient sans cesse , faisant place à d'autres.

A en juger par cette description , ne trouvez-vous pas , Monsieur , que la dévotion du quatrième siècle envers les Saints ne le cédait pas à la nôtre, serait-ce trop de dire qu'elle la passait de beaucoup ?

« On avoue enfin , dit l'Anonyme , que les vers de Pru- « dence prouvent qu'à la fin du quatrième siècle le peuple « a invoqué les Martyrs ; personne ne conteste ce fait, « puisqu'on soutient que l'Invocation des Saints, inconnue

(1) Anon. pag. 10.

(2) Lettre sur l'Invocalieu des Saints, pag. 153.

« aux premiers siècles , s'est introduite dans l'Eglise Yen « le milieu du quatrième, non pas universellement • ce que « ne peut prouver le peu de témoignages que le théoloa gien Anonyme allègue ; mais même avec opposition de « Pères mieux entendus (1). »

Que de duplicité dans ce peu de paroles ? que de mauvaises ruses pour échapper à la force de la vérité? Reprenons-les , s'il vous plaît, chacun en particulier, vous y verrez toute la flexibilité du serpent jointe à sa malignité.

a Les vers de Prudence , dit-il , prouvent qu'à la fin du quatrième siècle le peuple a invoqué les Martyrs. » Ces vers ne prouvent pas seulement pour le peuple ; ils prouvent aussi pour les patriciens , pour les sénateurs , pour les personnes de la première condition , dont il est expressément fait iiiciiutMi.

« Personne ne conteste ce fait , » ajoute l'Anonyme : Ef pourquoi donc n'a-t-il cessé jusqu'ici de chicaner sur tous les passages des Pères P

« Nous soutenons seulement que l'Invocation des Saints « inconnue aux premiers siècles. » .Nous ne tarderons pas à voir ce qui en est.

« Nous soutenons, dit-il , que cette Invocation s'est in- « troduite vers le milieu du quatrième siècle. » Nous avons bien vu que vers le milieu du quatrième siècle elle était aussi établie qu'elle le peut être aujourd'hui ; mais nous n'avons pas vu qu'elle se soit introduite vers ce temps-là , l'Anonyme ne le prouve nulle part , l'histoire de Justine et le témoignage des centuriateurs mêmes réfutent sa chimérique prétention.

« L'Invocation , poursuit-il , s'est introduite pour lors , « non pas universellement , ce que ne peut prouver le peu « de témoignages allégués, mais même avec opposition « des Pères mieux entendus. »

Pour ce qui est de l'opposition des Pères mieux entendus, vous avez déjà vu ce qui en est ; et par rapport à l'universalité de l'Invocation ne dirait-on pas que je n'ai cité saint

(1) Anon. pag. 10.

fcÊPOMB À UN AHOKYBffi. 467

fiasile, saint Grégoire de Nazianse, saint Grégoire de Nysse, saint Cyrille de Jérosalem , saint Ambroise , saint Augusr; tin, saint Jérôme, Théodore t et Prudence» que pour faire connaître quel a été le sentiment de chacun d'eux en partir culier. Nemesuis-je pas étudié à choisir des passages, qui rendissent témoignage à la pratique générale du temps? Souvenez-vous , s'il vous plaît , de ce concours, de gens au tombeau des quarante Martyrs , pour demander toutes sortes de grâees , de ces files de pèlerins qui ressemblaient à des fourmis en* allant au tombeau de saint Théodore et en revenant , de ces gouverneurs, de ces généraux ;> de ces rois qui quittaient tout, qui venaient de tQUS.pays pour se prosterner devant te tombeau d'un pécheur. Sou* venez-vous de ce qui se passait à Rome , à Constantineple à Jérusalem , dans la Grèce , dans tonte l'Italie ,. en Afrique, dans tous les lieux où la liturgie expliquée par saint Cyrille était en usage.

Peut-on réfléchir sur tout cela , et. ne pas rester aussi convaincu , que si l'on voyait la ehose sous ses yeux % que l'usage général du quatrième et du. cinquième siècle* pour ne rien dire ici de* siècles précédents , a été: diinvoquer les Saints ? « Comment MM. vos ministres , dtsaisrje * après « cela dans mon premier écrit osent *iis encore npu* « entreprendre sur cet article 9 se flafetenl-ils/dnnc de pour « voir persuader des personnes raisonnables» quedanales <c plus beaux jours de l'Eglise le peuple chrétien w&i\>if]k « abandonné le euke du vrai Dieu pour placée urne vajne « confiance dans les créatures ? qu'il rgn^waitet^l^W^les « droits du Rédempteur, en se cherchant des entremetteurs « au préjudice de la médiation de Jésu&-£hriçt ; qu/ii élatf « assez simple pour parler* à defrsoordâ, qui iv'en tendaient « pas ce qu'où leur demandait ; que dès-lors la> véritable « piété était bannie du monde ehr^tien; etqu?ei* voyait « régnera sa place la superstition et l'idolâtrie, sans, que « personne ait pu réussir à y apporter remède* qu'au temps « de Luther.

« Qu'en pensez-vous» Monsieur, njontais-jc, ne faut-il « pas bien du courage, pour entreprend- de soutenir de

« si étranges paradoxes ? ou plutôt, peut-on se déterminer' * à l'entreprendre sans y être porté par la plus monstrueuse « de foutes les présomptions ? Quoi P tout le christianisme « plongé dans la superstition et dans l'idolâtrie pendant « une si longue suite d'années , et cela sans que les proie messes de Jésus*Christ en aient souffert P Tous les Doo- « teurs de l'Eglise devenus stupides et aveugles, jusqu'à ne «t pas voir la contravention la plus manifeste au premier, « des commandements? La vraie intelligence des Ecritures « communiquée sur cet article à vos ministres , tandis « qu'elle a été refusée à tout ce qu'il y a eu de plus habiles « gens dans l'antiquité et de plus consommé dans l'étude « des saintes lettres? Adopter tout cela , l'admettre comme « autant de parties du système qu'on s'est formé contre « nous, je vous le demande , Monsieur, avons-nous fort à « craindre que la satyre et l'invective fondées sur de tels « principes puissent rendre nos usages méprisables? ou « plutôt, n'avons-nous pas droit de prétendre que ceux « qui nous font des reproches dont ils voient si peu les « suites, ou qui les voyant, ne laissent par de les approuver, « quelque monstrueuses qu'elles soient , font tout ce qu'il « faut pour s'attirer le plus juste mépris? Il fallait avant « que de former de si noires accusations contre nous, exa- « miner sur qui elles tomberaient ; car, vouloir que nous « soyons les seuls coupables , tandis que ce qu'il y a eu de « plus saint et de plus savant dans l'antiquité y tandis que « tout le peuple chrétien de ces heureux siècles, a pratiqué «les mêmes choses que nous, l'injustice serait trop crian- * te; et porter contre eux comme contre nous-mêmes sen- « tence de condamnation , n'en déplaise à MM. les minïs- « très , nous ne pouvons redouter un jugement qui enve- « loppe de si illustres associés, et nous nous estimerons « toujours beaucoup plus honorés d'être liés d'intérêt avec « une si belle troupe, que d'avoir l'approbation de ceux '< qui sont assez hardis pour oser la condamner (1). » Il ne fallait , Monsieur , pour réfuter tout l'écrit du doc

(1) Lettre sur l'Invocation des Saints , pag. 157.

leur de SchaCfouse , que répéter ce seul endroit de la lettre, le lui remettre devant les yeux et supprimer tout le reste ; cela seul eût suffit pour répondre à toutes ses difficultés et énerver toutes ses preuves; aussi a-t-il si bien senti la force de ce que je viens de rappeler, qu'il n'a pas osé y toucher , se contentant de traiter cet extrait de vaine déclamation (1).

Je vous en fais le juge , Monsieur, si c'est là une déclamation, ou si ce ne sont pas les réflexions les plus sensées , les plus naturelles et les plus propres à entrer dans tout esprit raisonnable»

L'Anonyme eût donc beaucoup mieux (ait de mettre son esprit à imaginer quelque tour propre à arrêter l'impression que doivent naturellement faire des réflexions si pressantes, que de s'amuser à nous rapporter je ne sais combien de petits contes , dont il remplit son écrit. Ce nez de marbre trouvé dans le ventre d'un poisson , et appliqué si heu-< reusement à la statue d'un Saint qui en manquait, ces culottes suspendues à la voûte d'une mosquée, les compliments bizarres des femmes de Naples à saint Janvier, le démon chassé du corps d'un possédé par saint Ignace récitant ce vers de Virgile : Speluncam Bide Dux et Trajanus eamdem, et tant d'autres sornettes de même nature peuvent bien amuser des esprits superficiels , ou divertir des esprits irréligieux , mais elles ne pourront jamais contenter des esprits sages. Quand il s'agit de dispute en fait de religion , on cherche le solide dans les réponses et non le plaisant. Ce ne seront , ni les folles imaginations d'un peu-* pie peu éclairé , ni les écarts d'un auteur, ou excessivement crédule , ou indiscrètement badin , qui aideront à décider d'un point de controverse.

Ainsi, tout ce qu'on rapporte en ce genre, ne peut être que pour distraire le lecteur et lui faire perdre le véritable point de vue. Qn trouve son compte à présenter des idées burlesques, lorsqu'on ne le trouve pas à laisser lieu aux réflexions sérieuses, petit tour de souplesse, par lequel

(\) Anon. pag* il.

oh n'imite paB tuai les joueurs de gobelets , qui font dis* paraître des choses assez difficiles à cacher , en attachant l'œil à d'autres objets amusants. Mais revenons à notre homme qui appelle vaine déclamation tout ce qui le pousse fciiout, tout ce quï met une barrière impénétrable à l'esprit deiehioanne. C'est pour la seconde fois qu'il a recoure au même expédient, 11 est bon , Monsieur, que tous <mnais~ sien fa force de ces termes, et qu'une bonne fois pour toutes vous vous fassiez à son Dictionnaire.

Jusqu'ici j'ai suivi 1* Anonyme pas & pas , 'discutant exactement chaque période, et pour ainsi dire chaque ligne de son écrit, Ou'aves~vous remarqué. Monsieur, dans toutce qui .a été dit de part et d'autre , si ce n'est que l'Anonyme faisant semblant de répondre à tout, ne répond absolument à rien P La plus spécieuse de toutes ses réponses, du moins auprès de ceux qui ne sont pas si fort au fait de ces matières, consiste dans ilè reproche qu'il me fait ^d'avoir cité quatre livres supposés ou douteux, savoir, ceux de saint Basile, de saint Grégoire de Nazianze , de saint Ambroise et de Théodoret. Pour les trois derniers il se trompe manifestement, je pense l'avoir démontré; pour ce qui est de saint Basile , j'ai assez fait sentir que je n'appuyais pas tellement sur le premier de ces textes, que je ne crusse devoir le soutenir de deux autres, qu'on ne peut me disputer en aucune façon (1) ;!quel si grand sujet de reproche y a-t-il donc en cela ? Notre habile homme, qui cite sous le nom de saint Ambroise le Commentaire des Epftres de «saint Paul, n 'a-t-il pas bonne grâce de me reprocher ici mon peu de critique et de «discernement dans la connaissance des livres ?

Il me serait aisé de suivre l'Antagoniste des Saints jus-, qu'à la dernière ligne de > son libelle, en continuant à vêlever chaque parole comme j'ai fait jusquiici ; mais, Wonsieur, ma conseilierieir-vous de faire un gros livre pour si

(typedt-4tre , Monsieur, le témoignage rendu par ce grand homme vous paraîtra moins reccvable, ou ne fera pas assez d'impression sur vou* . Relire sur l'Invocation des Saints , pag. 155.

fiiPONSE A UN ANONYME. 471

peu de chose P qui le lirait? qui l'achèterait? qui fournirait aux frais de l'impression? Je ne prétends ni causer des pertes à mon imprimeur , ni ennuyer mes lecteurs aux dé* pens de la bourse de mes amis.

C'est donc une nécessité pour moi de changer de méthode ; je vais réduire tout le reste de l'écrit anonyme à un certain nombre de propositions, que je réfuterai les unes après les autres? Je le ferai en termes courts et précis ; mais il y en aura bien assez pour tous foire voir que notre adversaire est également faible partout, et également inconsidéré à vouloir nous attaquer dans des postes où l'on peut le moins nous forcer»

Il prétend , 1* que je n'ai pas rapporté fidèlement la doctrine catholique touchant l'Invocation des Saints ; 2° qu'il ne se trouve aucun passage de l'Ecriture, sur lequel on puisse fonder cette pratique ; 3* que l'Invocation des Saints etft contraire à l'Ecriture , à l'autorité des Pères et à la raison. Vous avez déjà vu ce qui regarde l'autorité des Pères ; ainsi , il ne sera pas nécessaire d'y revenir; 4° que l'Invocation des Sahtt9**ie s'est introduite que vers le milieu du quatrième siècle, et qu'elle n'est pas de tradition apostolique ; 5* qu'il ne se fait point et ne s'est point fait de miracles aux tombeaux des Saints , et que ces prétendus miracles ne prouvent rien pour l'Invocation ; si bien que réfuter ces cinq articles, ce sera avoir fourni une défense beaucoup plus complette que l'écrit anonyme ne le méritait.

Replante à la première objection de F Anonyme, que Fauteur de la lettre n'a pas fidèlement rapporte la doctrine de l'Eglise.

Je 'serais en droit de m'en tenir à ce «que j'ai déjà dit : « On voit ï»r cet échantillon, » pourrats-jedire, comme on fait a ta tètede T-écrit qu'on nous appose , « on voit ce que

« Ton pourrait faire , si Von voulait répondre à tout le a reste. » Mais il faut avoir plus de zèle pour la bonne cause, que l'écrivain de Schaffouse n'en a marqué pour la mauvaise : il n'est pas surprenant qu'on s'ennuye d'un travail qui ne peut aller qu'à la perte des âmes; mais i{ y a bien assez de motifs pour entreprendre avec courage et continuer avec gaité un travail , qui n'a pour but) que de retirer les âmes du schisme et de l'hérésie.

Voyons donc, dfebord, si l'Anonyme est fondé à prétendre que je n'ai pas exposé fidèlement la doctrine catholique touchant l'Invocation des Saints. Ypense-t-ilPquoi t j'aurais adouci, pallié, altéré la doctrine de l'Eglise, et les docteurs de l'université de Strasbourg , mes confrères, ne s'en, seront pas aperçu, ou n'auront pas daigné m'en, avertir? Les trois théologiens réviseurs et approbateurs de mes Lettres auront eu sur ce point des yeux moins attentifs et moins vigilants que notre Anonyme? Pendant plus de dixThuit ans que j'ai prêché la controverse, i'ai répété plusieurs fois la même doctrine; aucun catholique ne s'en est formalisé, personne ne s'est avisé d'en porter des plaintes aux supérieurs ecclésiastiques. Le grand cardinal qui gouverne ce diocèse, prélat d'un discernement exact, s'il y en eût jamais, a lu mon écrit et non-seulement il n'y a pas trouvé à redire, mais qui plus est , il a eu la bonté d'en parler d'une manière beaucoup trop honorable pour moi. Je n'ai fait que rapporter les propres paroles du concile de Trente , celles du Catéchisme de ce concile f celles du célèbre évéque de Meaux , telles qu'on les voit dans son Exposition de foi , ouvrage approuvé par un Bref exprès du Pape et par tous les évéques de sa communion ; et rien de tout cela ne pourra persuader notre Anonyme que j'ai exposé juste ; il entreprendra, même fort sérieusement, de prouver le contraire ? Quoi de plus merveilleux que de pareilles entreprises ? ne vaudrait-il pas beaucoup mieux en rire , que de penser sérieusement à en faire voir l'injustice ?

« Mais , dit-il , il est faux, que l'Eglise romaine soutienne

ic seulement l'utilité de l'Invocation des Saints Il est

« dit dans la profession de foi , il faut honorer et invoquer

« les saints (1). Il est encore faux , ajoute-t-il , qu'on les c< prie dans le même esprit de charité et selon cet ordre « de société fraternelle , qui nous porte à demander le « secours et l'intercession* de nos frères vivants sur la « terre (2). On leur rend un honneur infiniment supérieur, « on se prosterne devant leurs images ; on célèbre des « messes et des fêtes en leur honneur , on leur dédie des « temples et des autels , on leur consacre des dons , on « les encense (3) , on leur demande la collation des biens a temporels et éternels , même avec cette phrase : Ayez a pitié de nojis(4). »

Je réponds , que l'Anonyme ne distingue rien et confond tout. Est-ce faute de pénétration ? est-ce faute de négligence ? est-ce malignité pour en imposer plus aisément à son lecteur ? Oui Monsieur, il est très vrai qu'aucun particulier n'est obligé d'invoquer les Saints dans ses besoins particuliers. Il lui est utile de le faire , mais il n'en a aucun commandement , comme il n'en a aucun de demander les prières des vivants. Il serait néanmoins très mal de refuser de prendre part aux prières publiques de l'Eglise qui renferment une Invocation , telles que sont les litanies et autres oraisons ; parce qu'il marquerait en cela un esprit de suffisance et d'orgueil , et que ce serait , pour me servir des termes de saint Augustin , « la plus insolente * de toutes les folies, d'oser blâmer ce qui se pratique par a l'Eglise dans tous les pays de l'univers (5). »

Que l'Anonyme remarque bien cette expression de saint Augustin, elle lui tombe à plomb sur le corps, car il a été prouvé par des preuves incontestables que dès le quatrième et le cinquième siècle la pratique d'invoquer les Saints était universelle parmi les chrétiens ; mais quand nous ferions abstraction de toutes ces preuves, la pratique de ce

(1) Anon. pag. 12. — (2) Id. pag. 12. — (5) W. pag. 15. - (4) Ici. pag. là.

(5) Si quid tota per orbera terrarum fréquentât Ecclesia , quin il» faciendum sit , dispuiare insolcniissimse insanité est. Kp. 118. T. 2. Ed. Frobcn. p, 558»

qui reste en Orient de sociétés nestoriennes et eutic^éenes, séparées de nous depuis le cinquième siècle, en' est une démonstration à laquelle il n'y arien à répliquer; puisque ces sectes, n'invoquant pas moins que nous les Saints, comme je l'ai vérifié par les certificats les plus authentiques (1), font assez connaître quel a été l'usage de l'Eglise avant leur séparation. Que notre Anonyme pense donc à écarter de soi > s'il le peut, le reproche de saint Augustin , qui le charge de donner dans la plus insigne et dans la plus insolente des folies. Posons même le cas que l'usage de l'invocation n'ait pas été général au jsiècle de saint Augustin, du moins l'était-il, de l'aveu de Luther même, au siècle qui a précédé sa rupture avec l'Eglise (2). Ainsi , si la maxime du saint Docteur est vraie, comme ejlel'est indubitablement, étant fondée sur la raison , sur l'expérience et sur les promesses de Jésus^Christ , les belles épitihètes reviendront toujours et suivront l'Anoynme de si près, qu'il me pourra leur échapper.

Pour ce qui est de sa seconde objection, il confond encore l'Invocation avec l'honneur que nous rendons aux Saints. Nous avouons que nous leur rendons d'autres honneurs qu'aux justes qui vivent avec nous ; car nous honorons les Saints , comme étant parvenus à la gloire, comme étant assurés de leur sort , comme étant hors de tout danger de pécher, comme les amis stables et permanents de Dieu , les princes de la cour céleste , les possesseurs de la Divinité , tes patrons et les protecteurs de ceux qui ont encore à combattre sur la terre ; en cette qualité nous leur déférons de plus grands honneurs, et si vous le voulez, des honneurs d'une autre espèce qu'aux vivants les plus •distingués en sainteté. Mais pour ce qui est de l'Invocation, nous la pratiquons dans le même esprit , dans lequel nous demandons le secours de nos frères vivants» disant aux uns et aux autres : « Priez Dieu pour moi, » et rien d< plus.

>(l) Lettre sur l'Invocation des Saints, pag. 192. {V, Lmh.Tom. !. Ed. Jon. Gcrm. pag. 165.

HÉPOWSB A UN ANONYME. 47 5

Comme je n'ai eu d'autre objet dans mon écrit que de défendre l'Invocation des Saints , je (pourrais me dispenser de répondre à l'Anonyme sur ce qu'il trouve à redire aux honneurs que nous leur rendons*, l'article du culte des Saints pouvant être considéré comme un article séparé de l'Invocation , et qui demanderait une discussion particulière ; mais pour ne laisser aucun* peine dans l'esprit de ceux à qui vous voulez oter tout sCrufAile , j'ajouterai sur «ela même un mot d'éclaircissement qui suffira» U» «niant se met bien à genoux devant son père pour lui demander sa bénédiction.; on ne se fomnalise pas de voir que dans quelques cours de i'Europerteroàet la.roiiie se fassent servit* à genoux. Quel inconvénient y fr4Hilqufen*e melte également à genoux devant un saint, ou devant une image qui le représente? Josué ne se prosternât*! pas devant l'ari;he"(i), chose du moite :anssi matérielle qu'une stàtae, on qu'une image , ou que le corps d'un saint?

« On célèbre des fêtes en leur l'honneur, rajoute l'Anonyme. On le faisait dès le commencement du second siècle , en célébrant tous lesans la mémoirevdti martyre dé'saint Potyearpe, ainsi que tous avez va dans ma Lettre «(fe). Les centuriateurs conviennent, qu'an quatrième sïèote tétait l'usage de 4a 'plupart des Eglfeès de célébrer des 'ftftes solennelles à l'honneur des martyrs (3).

a Onditdesmess^senletirliotteeUr,J*c(3rttkMieî>A,nOTry'me. Ce nîest paspoor leur offrir le sacrifice, comme le remarque sa rnt Augustin , tfest pour remercier Dieu des grâces qu'il leur a faites , et pour lui demander la grâce de les imiter (4). Qu'y a-tfil là de MAraabîé ?

« On leur dédie des temples et des antels. » ITai «déjà dvt que tout temple et tout autel était dédié à<&tett *taéme-, quoiqu'on leur domne te nom de 'quelque <Surnt , 'dont on prétend honorer la mémoire. Les ceivtùi?ialeuT6.*votti'i:i

(1) Jos. 7. 6,

(2) Lettre sur lluvoootion dos .Saints , .pag. 1 20.

(3) Martyrum porrô festiyiiûWs in onmibus penc hoc MeCttlo>F.i'ole*itt solemnes fuisse tidentur. Cent. 4. Gol. 4&lH *££ et 4&Ï4 > .

(4) Lib, $0. contra Fausium. c. 21» •

que dès le quatrième siècle on voyait dans les Tilles et hors de leur enceinte beaucoup d'églises qui se nommaient du nom de quelque Apôtre, ou de quelque Martyr (1). Saint Grégoire de Nazianze nous apprend que Gallus et Julien l'apostat, neveux du grand Constantin, faisaient bâtir à l'envi de belles églises à l'honneur des Martyrs ; c'était à qui l'emporterait en magnificence et en riches ornements d'architecture (2). Les bâtiments qui s'érigeaient par l'ordre de Gallus réussissaient à merveille, Dieu agréant et bénissant son ouvrage ; mais ceux de Julien étaient aussitôt renversés par des tremblements de terre, qui semblaient secouer le poids dont on la chargeait « C'est que le Dieu des Mar- « tyrs , dit le saint Docteur , voulait marquer qu'il réprouve vait les dons de celui qui devait un jour faire la « guerre aux Martyrs. » Voilà , Monsieur , un des événements les plus singuliers du quatrième siècle , que saint Grégoire rapporte comme un fait connu de tous les chrétiens du temps. Qu'y voyez-vous, si ce n'est une approbation éclatante que Dieu donnait à la piété de Gallus envers les saints Martyrs? qu'y voyez-vous encore , si ce n'est que les idées du quatrième siècle, le plus florissant de l'Eglise et le plus fertile en grands hommes, étaient infiniment différentes des idées de nos protestants d'aujourd'hui.

« On leur consacre des dons, » poursuit-il. On en faisait tout autant du temps de Théodoret, comme vous l'avez vu : « C'est en signe de reconnaissance, dit un auteur, pour les « grâces obtenues par l'entremise des saints Martyrs. On

(1) Nec întrà tantùm , sed eliam extra urbes templa extruebantor, et

nomina interdùm ab Apostolis et Martyribus sortiebantur. Cent. 4.

Col. 408 et 409.

(2) Martyribus ambo laborabant , munificentiâque et liberalîtate prs* clarè inter se contendebant , tùm multarum mairaum operâ, tùm multis

irapensis aedem sacram extruentes Alterius opus perficiebatur, Deo

videlicét libenter admittente velut Abelis sacrificium ; alterius autem munus Deus Martyrum repudiabat , itaque ille quidem Iaborabat, sed terra, quod elaboratum fuerat excuti ébat.... Hoc opus Vatîcinîuni erat jgaomioia in martyres et aedes sacras. S. Grcg. N-»*. Orat. 3. adversus Julianum, T. I. Ed. Colon, p. 59.

* se garde bien néanmoins, ajoute-t-il, de s'adresser à « eux comme à des dieux ; nous les honorons comme des « hommes extraordinaires et divins» les priant d'être nos

* intercesseurs auprès de Dieu (l). » Et pour tous faire voir qu'il n'y a pas à chicaner sur ce passage de Théodoret, saint Grégoire de N&zianze atteste « que Gallus et te Julien faisaient connaître leur amour pour Jésus-Christ , <t par la magnificence des dons et des présents qu'ils faite saient aux Martyrs (2). » *

« On les encense , » dit encore l'Anonyme. On encense bien le seigneur du village, et les corps morts avant que de les enterrer; dira-t-on pour cela qu'on Tes honore comme des divinités? « v

« On leur.demande la collation des biens temporels, et éter- « nels même avec cette phrase : Ayez pitié de moi. » Pour ce qui est de la phrase « ayez pitié de moi» » on s'en est serviplus d'une fois auprès de moi , quelque petit saint que je sois, en me priant dans de pressants besoins, d'employer mon intercession ou ma recommandation auprès de ceux qui pouvaient donner du secours ; et pour ce qui est de la « collation des biens temporels ou éternels, » permettezmoi, Monsieur, cette expression, ou plutôt permettez-la à l'Anonyme, car elle n'est pas de moi, il n'y a que des personnes fort mal instruites , qui puissent la demande* aux Saints. Le concile de Trente recommande expressémentaux évéques et à tous ceux qui sont chargés du soin de l'instruction, de veiller à ce que les peuples n'aient sur cela que de justes idées (3). S'il se trouve dans quelques hymnes ou dans d'autres prières de l'Eglise des expressions qui semblent dire quelque chose de plus, l'Eglise s'est assez expliquée et par le concile de Trente et par le Catéchisme du concile, pour nous faire connaître dans qtfel sens et

tt) Serai. 8. de Martyr. TJ 4. Ed. Cramoisy. p. 685.

(â) Sumptaosissimis Martyrum monumentis et votivorum donorum muoificenliis Christi amorem deelarabant. Orat. 5. adverses Juliam>m. T. i. Rd. Colon, p. 58.

(3) Conc. Trident. Sess, 25. in Decrelo de Tnvocat. Sanctorum.

dans quel esprit news devons entendre ces sortes d'expressions, roulant que nous réduisions le tout à la seule voie d'intercession. Ainsi tout ce que l'on peut dire pour nous prêter d'autres vues , n'es* que pure chicane et le vain langage d'un esprit de contradiction.

Je crois, Monsieur , vous avoir rendu assez boa compte et du culte que nous rendons aux Saints, et de l'esprit dans lequel 0098 les prions. Il ne me reste plus qu'à répondre à une objection qui nous attaque par un autre endroit, et par laquelle l'Anonyme prétend nous convaincre que nous regardons les Sahtfs comme des médiateurs de rédemption^ Voici comme, il propose la difficulté :. « L'auteur ne « nie pas , dit-il, que la rémission des péchés ne soit attri- « buée dans la formule commune de l'absolution aux mé~ «, rites de la sainte Vierge et de tous les Saints. Si cela est, « ajoute V Anonyme t ils méritent donc la rémission des pé- « çhés; la conséquence est bien naturelle, quoique l'au- » leur s'efforce de la nier (1). »

Quoj de plus pitoyable que ce raisonnement, après les éclaircissements que j'ai donnés sur ce sujet ? Prenez la peine de relire mon ouvrage (S) et voyez si j'ai laissé lieu à nous faire cette objection. J'ai dit que plus un Saint a démérites et de sainteté, plus il est agréable à Dieu et plus il a de crédit . ppur obtenir les grâces qu'il demande pour nous; que c'est uniquement dans ce sens que les mérites des Saints peuvent nous être utiles ; qu'il faut distinguer entre le mérite et entre l'impétration \ que les Saints peuvent bien nous obtenir des grâces ? mais qu'ils ne peuvent nous en mériter aucune , que Jésus-Christ n ous les a toutes méritées, et qu'il n'y en a pas- une seule qu'il n'ait payée du prix de son Sang. Lors donc que le prêtre, après avoir prononcé la formule de ('absolution, ajoute : « Que les mérites de la bienheureuse « Vierge et de tous les Saints vous soient pour la rémission « de vos péchés , » quel est le sens de ces paroles? Le prêtre souhaite-t-il que ce soit la Vierge et les Saints qui par

(1) Ànon. pag. 15.

(2) Lettre. «»f Tlowalfoo des Saint*, pag. 172.

BÉPONSB A UN ANONYME. 479

leur sainteté méritent an pénitent la rémission de ses péchés ? rien moins que cela. Il souhaite uniquement que l'intercession dto la Vierge et dès Saints, soutenue par leurs mérites et par leur sainteté , aide le pénitent à obtenir la pleine rémission de ses péchés. On peut encore f trouver un autre sens en prenant les mots démérites et dépêchés dans une signification moins stricte , et en entendant le souhait du prêtre d'une application de satisfactions pour les peines temporelles ; article que j'aï suffisamment expliqué dans la dernière de mes Lettres. Ainsi , pour éviter ici les longueurs et les redites , il me suffira de remarquer que F Anonyme n'a pas pris ma distinction , quelque soin que j'aie eu de la lui mettre devant les yeux, ft que faute de la prendre , comme cela lui arrive assez souvent , il s'est perdu dans son raisonnement. ' '■■ '

Mais , Monsieur , n'en voilà que trop pour justifier l'exposition de notre doctrine, telle qu'elle se trouve dans ma Lettre sur l'Invocation des Saints. Si cela ne suffit pas pour désabuser vos amis luthériens» on leur déclare que quand ils penseront à se réunir avec nous, on ne leur en demandera pas davantage par rapport à cet article : ainsi c'est bien en vain qu'on voudrait les arrêter de ce côté-là. Passons présentement à l'examen de la seconde prétention* de noDre Anonyme, et voyons s'il a raison de vouloir q*'»l ne se trouve pas dans l'Ecriture un seul passage , sur lequel bou& puissions fonder la pratique de l'Invocation de» Saints.

5 in.

Réponse à la deuxième objection de t Anonyme r que l'Invocation des Saints n'est fondée sur aucune règle de ? Ecriture.

Il est indubitable que si les Saints ont connaissance des prières que nous leur adressons, ce ne peut être que reflet d'une piété sage et louable de les supplier de présenter nos prières à Dieu et de les appuyer de îeur intercession : or, l'Ecriture nous fait connaître bien clairement que les Saints

ont connaissance de nos prières, et qu'ils ne manquent pas de les présentera Dieu lorsque nous les en sollicitons, il est donc très utile d'avoir recours à eux pour cet effet.

Je ne citerai ki d'autres textes que ceux que j'ai déjà cités , l'Anonyme n'ayant rien dit qui puisse affaiblir les preuves que j'en ai tirées; c'est par de vains détours qu'il a cherché à en éluder la force , mais il est aisé de le ramener au point de la sentir tout entière.

Saint Jean , disais-je , parle dans son Apocalypse de vingt* quatre vieillards» qui étant en présence de l'Agneau tiennent en main'tfe* vases d'or pleins de parfums, et dit au même endroit que ces parfums sont les prières des Saints (1)/ c'est-à-dire les prières des justes et des gens de bien qui ont des grâces à demander à Dieu; d'où je concluais que les personnes éminentes en sainteté , qui sont devant le trône du Très-Haut , et qui nous sont représentées parles vingtquatre vieillards, doivent avoir connaissance de nos prières, puisqu'on étant sollicités , ils les présentent à Dieu et s'emploient pour les faire recevoir favorablement.

L'Anonyme répond qu'il ne s'agit là que des prières des Saints qui sont au ciel , et non des prières des Saints qui sont sur terre (S). Et nous , nous soutenons que le parfum dont il est parlé, figure les prières des justes et des gens de bien qui sont sur terre , et voici sur quoi nous nous fondons.

Premièrement , les fidèles sont nommés , communément

dans le langage de l'Ecriture, des Saints/ c'est le titre ordinaire que saint Paul donne au commencement des Epitres

à ceux à qui il écrit , comme on le voit dans les deux Epitres aux Corinthiens, dans celles aux Ephésiens, aux Philippiens, aux Colossiens (3).

(1) Viginti quatuor seniores ceciderunt coram Agno, habenles cilliaras et phialas aureas, plenas odoramentorum , quae sunl o ratio nés Sanctorum. Apoc. 5. 8.

(2) Anon. pag. 17.

(3) Ecclesi* Dei, quae est Corinthi , vocatis Sanctis. Ecclesîa Dei f qn* «si Corinlhi, cum omnibus Sanctis, qui sunt in universa Achaïà. Ouîm-

fièPÛNSB A CH ANONYME. 481

€n second lieu, on voit au cinquième chapitre de l'Apocalypse que les vingt-quatre vieillards présentent les mêmes prières, qu> sont présentées par l'ange, au chapitre vin. (1). C'est la même expression dans Tun et dans l'autre endroit, il y est également parlé d'encens et de prières des Saints. Or, nous lisons bien dans l'Ecriture que les anges présentent les prières des justes et des gens de bien qui sont sur terre (9) , mais nous ne lisons, nulle part qu'ils présentent les prières des Saints qui sont au ciel.

En troisième lieu, il est beaucoup plus naturel de dire que les vingt-quatre vieillards présentent les prières de ceux qui sont absents, que de ceux qui sont présents; pourquoi s'emploieraient-ils pour ceux qui n'ont pas moins d'accès qu'eux auprès du trône du Très-Haut ? Les Saints du ciel ne sont-ils pas en état de présenter leurs prières par euxmêmes?

En quatrième lieu, il n'est point ici parlé de cantiques de louanges, qui août les prières ordinaires des Saints parvenus à la béatitude ; il est parlé d'oraisons , par lesquelles on demande quelque grâce, dans lesquelles on marque quelque besoin. C'est le sens du mot grec , npooivxn ; or , cela convient tout autrement à ceux qui sont encore sur terre, qu'à ceux qui jouissent déjà de la gloire.

Il est donc très conforme aux idées que nous donne l'Ecriture, de regarder les Saints comme ayant connaissance de nos prières, et comme s'intéressant à les présenter à Dieu et à les appuyer de leur crédit. Nous prétendons qu'en tout temps et dès lepremier siècle de l'Eglise, les chrétiens ont invoqué les Saints. Saint Jean pouvait-il faire plus clairement allusion à cet usage ? et est-il juste de donner à son texte une explication infiniment moins naturelle , pour se cacher

bus Sanclis , qui sont Ephesi. Omnibus Sanctis in Christo fesu , qui sunt Philip pis. lis qui sunt Colossis, Sanclis et fidelibus fralribus. 1 et 2. Cor. Ephes. Philip. Coloss.

(1) Stetit Angélus habens turibulum aureum , et data sunt illi inceosa multa , ut daret de orationibus Sanctorum omnium super ahare aureum , quod est ante thronum Dei. Apoc. 8. 3.

(S) Ego obtuli orationem tuam Domino. Tob. 42. 18.

les traces d'an usage , qui , peu de temps après , paraît avec tout l'éclat possible et d'une manière à prouver bien clairement la nécessité de reconnaître l'origine de cet usage, telle que nous la marquons?

Cest, au fond, à ^Eglise à cxpliquerl'Eeriture, si , s'appuyait sur la tradition constante, elle entend les prières présentées par lesvingttqoatre vieillards, des prières des fidèles, seronsnous fort blâmables 4e préférer cette explication & celle de P Anonyme P a-t-il bien asses bonne opinion de lui-même pour se croire une intelligence plus sûre et plus infaillible que celle de FEglise? c'est elle qui a toujours passé pour être la dépositaire des Livres saints et de leur véritable sens ; avec de tek principes en ne s'égare jamais, et sans ce* principes on ne sait plus où Ton en est, ni à quoi s'en tenir.

Un autre texte que j'ai cité pour autoriser notre pratique, est tiré du quarante-huitième chapitre de la Genèse, où le patriarche Jacob dit en bénissant les enfants de Joseph : Que tange gui m* a préservé de tous les dangers , bénisse ces enfants (l)/cequi, à le bien prendre, est une véritable prière faite à l'ange, par laquelle Jacob le prie de bénir les enfants de Joseph , de les protéger et de leur faire sentir les mêmes effets des charitables soins qu'il a ressentis lui-même. Or ce patriarche se fût-il exprimé de la sorte , demandais-je (2) , s'il n'eût été persuadé que l'ange avait connaissance de son désir et de sa prière, et s'il n'eût espéré qu'il en reviendrait quelque avantage aux enfants de Joseph ?

Que dit à cela l'Anonyme ? il soutient que plusieurs pères entendent par Vange le Fils de Dieu, l'ange incréé, Fange de la nouvelle alliance ; mais qu'il me soit permis de prendre ici l'Anonyme par ses propres principes. 11 veut partout ailleurs qu'on considère la parole de Dieu en elle-même et indépendamment de toute autorité humaine; suivons ici cette méthode. Le terme hébreu, Malach, qui est traduit par Ange-

(1) Angelns, qui eruit me de cunctU malis, bcncdicat puer» îstis. Gcn. 43. 16.

(t) Lettre sur l'Invocation de* Sainte , fwg, i99.

RÉPONSE A UN ANOKtMB. 483

tus * est dérivé d'une racina qui signifie envoyer; or, le Fils de Dieu n'est point envoyé pour des fonctions extérieures, telles que sont celles d'assister et de protéger les hommes; ce sont les anges qui sont destinés à ce ministère, comme saint Paul nous rapprend très expressément (1). D'ailleurs quel est l'ange qui avait délivré Jacob de tonte sortes de dangers, de la poursuite de Laban, des ressentiments de son frère Esaû, et qui lui avait fait trouver d'heureuses ressources contre les pertes qu'il avait souffertes par la mauvaise foi de son beau-père t n'est-ce pas l'ange que Dieu avait chargé de veiller à sa conservation , et à tout ce qui regardait sesintérétst II est doqc incomparablement plus nattrrfel d'entendre ici Fange gardien de Jacob, Or c'est cet ange qui est requis par le patriarthe de béttfrlesenfents de Joseph et de les prendre sons sa protection. Qu'appeliez ~vontf, Monsieur, invocation , si ce n'en est pas ïk une? et s'il est utile «Hnvoquer les anges', pourquoi ne serait-il ^as également utile d'Invoquer lès Saints?

Cest sur cette parti» du texte que j'ai établi la lotte de ma preuve, et non sur lés paroles snfvantesf r ffu& mon nom et le nom de mes père* Abraham et Isacte soient invoques sut eux (3). Jeifai cité ces dernières parafes, que parce qu'il potfvait en effet être utile aux enfants de Joseph , qu'en pilant pour eux on rappellâf ft Dieu le souvenir des bontés qtfri avait eues pour Abraham , Isaac et Jacob ses fidèles serviteurs, ainsi que le lait Moïse atf trettte-dteuxféme chapitre de Iflxod* (*>. Le teste et très susceptible de ce sens^f et c'est celui que j'ai e* uniquement' en vue» Ainsi c'est bien a tort que l'Anonyme me reproche d'avoir oublié qu'Abraham* et Isaac éftakkit pour lors dans les limbes, et que par conséquent Hs nm pouvaient être invoqué»; autre chose est d'invoquer Abraham , Isaac et

(1) Nonne omnes sunt administratorii spiritus, in ministerium mîrsi propicr eos qtri haereditatem capient salutis* Hebr. 1 . 14.

(S) Gènes. 48. 16.

(5) Recordare Abraham , Isaac et Israël aerrorum luontm. Exoâ* 52. 13.

Jacob, autre chose est de faire mention de leurs noms pour* obtenir une continuation de bonté pour leurs descendants.

Vous voyez, Monsieur, quele fort de l'Anonyme est de trouver partout des contradictions et des défauts de mémoire. Disons plutôt que son faible est d'en voir où il n'y en a point, et de les reprocher très mal à propos. J'aurais néanmoins tort de m'en plaindre , puisqu'il me traite de la même façon dont il traite les saints Pères ; n'est-il pas bien honorable pour moi que pour affaiblir mes preuves, il se serve des mêmes moyens dont il se sert pour affaiblir l'autorité de ces grands hommes?

Vous savez , Monsieur, que » selon moi , les principes de l'Invocation des Saints sont clairement dans l'Ecriture, parce que d'un côté l'Ecriture nous apprend en plus d'un endroit qu'il est très utile de recourir aux prières de ceux qui par la sainteté de leur vie sont en faveur spéciale auprès de Dieu (l) , et que de l'autre elle insinue suffisamment que les Saints qui jouissent de la gloire , ont connaissance des prières que nous leur adressons. Outre la preuve que vous en avez vue dans le texte de l'Apocalypse , la prière du mauvais riche adressée à Abraham et rapportée par le Sauveur même est encore très propre à nous confirmer dans la même idée (S). Le mauvais riche , disons-nous , a fait entendre sa voix du fond de l'enfer à Abraham ; donc à plus forte raison pouvons-nous, du lieu où nous sommes, faire entendre nos prières aux Saints.

L'Anonyme dit que ce n'est là qu'une parabole (3). Soit; mais la parabole garde les vraisemblances, sans quoi elle devient une fable d'Esope , comme je l'ai déjà remarqué.

« Il est dit dans la parabole , ajoute l'Anonyme , que le « mauvais riche étant aux enfers a vu de loin le patriarche et « Lazare dans son sein ; nous ne condamnerions pas la « prière aux Saints , poursuit-il, si on pouvait les voir prête sents. »

N'admirez-vous pas , Monsieur , l'ingénieuse défaite? Suf- (t) Job. 42. 8. Rom. 15. 30.— {«) Luc. 16. 24. — (3) Anon. p. 16.

fit -il donc de voir quelqu'un de loin pour pouvoir lui parler? Quoi ? je découvrirai avec une lunette d'approche un homme sur une haute montagne, et cela me suffira pour pouvoir lui adresser la parole ? Le joli spectacle que ce serait de voir pousser la voix vers cet homme quelque éloi^ gné qu'il fût ! Qui ne sait que ce n'est pas la vue d'une personne, mais l'espérance de s'en faire entendre, ou la persuasion où l'on est qu'on en est entendu, qui fait ouvrir la bouche pour lui parler? Ainsi l'Anonyme remarque fort inutilement que le mauvais riche voyait de loin Abraham et Lazare dans son sein ; il fallait de plus pour pouvoir lui adresser sa prière , que l'infortuné fût persuadé que sa prière serait entendue, ce qui nous suffit.

Quel peut être le dessein de ceux qui font de si mauvais raisonnements , si ce n'est de chercher à obscurcir la vérité ? c'est bien là ce que l'Anonyme se promet des siens; les esprits bornés s'y laisseront prendre sans doute ; mais ceux qui ont de la pénétration , perceront aisément le voile dont on cherche à la couvrir.

Il m'objecte de plus qu'Abraham étant pour lors, selon nous, dans les limbes , la prière du mauvais riche ne pouvait être que très blâmable , puisqu'en ce cas il ne pouvait se faire entendre d'Abraham, ni en espérer aucun secours (1).

Je réponds , qu'il devait faire cette objection au Sauveur même, et non à nous; je ne laisserai pas de lui dire que quoiqu'Abraham fût effectivement pour lors dans le» limbes avec toutes les âmes des justes , Jésus-Christ ne les en ayant tirées qu'à sa descente aux enfers, pour les rendre participais de sa gloire en qualité de chef des prédestinés, comme il me serait aisé de le prouver par plusieurs textes de l'Ecriture , la parabole ne laisse pas de nous représenter ici Abraham et Lazare comme jouissant déjà d'un état de béatitude , parce que le dessein de cette parabole étant de nous faire sentir la différence du sort du mauvais riche et de celui du pauvre Lazare, le contraste demandait que comme le mauvais riche paraissait dans un lieu de souffrances , Lazare.

(I) AnoDf pag. t8.

parût également dans un état de félicité. En tout cela» Moiw sieur , H n'y a ni ombre de contradiction , ni affaiblissement de preuve ; car vous remarquerez , s'il vous plaît, que dès que la parabole nous représente Abraham et Lazare comme heureux , elle nous fait comprendre en même temps que c'était un apanage de leur béatitude d'entendre les prières de ceux qui sont éloignés. La réflexion devient encore plus pressante dans les principes de l'Anonyme , qui veut qu'Abraham ait été dès-lors dans le séjour de la gloire ; Car si Abraham jouissant de la vision de Dieu entendait la prière du mauvais riche, quelque éloigné qu'il fût de lui, il est donc juste de présumer des autres Saints que, participant à la même gloire, ils ont aussi le même avantage.

Il me reproche encore de placer Abraham tantôt dans les limbes, tantôt dans le ciel(l). Et sur quoi sefonde-t-ilî le voici : j'ai dit que les Saints qui sont devant Dieu ou dans le ciel sont véritablement vivants ; j'ai dit aussi d'après le texte de saint Luc, XX, 38, qu'Abraham était vivant, parce que le Dieu d'Abraham n'est pas le Dieu des morts (2) ; d'où l'Anonyme conclut que j'ai dit qu'Abraham était aussi devant Dieu ou dans le ciel, et c'est à ce sujet qu'il me dit : Oportebat Anonymum hic esse memorem. Qui n'admirera ici la rare dialectique de l'Anonyme ? Quand on ne sait pas mieux ce que c'est que raisonner, il me parait qu'on devrait un peu se défier de soi-même , et y penser plus d'une fois, avant que de reprocher des contradictions. Mais que voulezvous? c'est-là la marotte de l'Anonyme, on ne l'en guérira pas.

Je me dispense de justifier les autres preuves que j'ai tirées de l'Ecriture sainte. En voilà bien assez pour faire voir que nous n'en manquons pas. Les vains efforts de l'Anonyme nous répondent de la bonté de celles que j'ai retouchées , et servent en même temps de préjugés pour celles que je ne rapporte pas; mais les unes et les au-

(I) Anon. p. 17.

(t) Lettre sur l'Invocation des Saints , pag. SOI.

très fussent-elles aussi faibles que l'Anonyme a voulu les faire paraître, nous avons de plus par devers nous la constante tradition, qui nous autorise bien autant qu'elle peut autoriser messieurs les protestants dans un grand nombre d'usages , qu'ils conservent parmi eux et dont ils ne peuvent rendre aucune raison par l'Ecriture.

J'en ai rapporté plusieurs exemples dans mon écrit (1), L'Anonyme distingue entre les traditions dogmatiques qui touchent à la foi , et les traditions rituelles qui ne regardent que les rite et la discipline ; il dit que pour ce qui est des premières, il ne s'en trouve aucune qui ne soit marquée dans les écrits canoniques de là sainte Ecriture^*)- Je lui demande si la tradition qui nous apprend que les quatre Evangiles sont des livres divins > n'est pas une tradition dogmatique et qui touche à la foi ? je lui demande dans quel livre dé l'Ecriture il est marqué que les quatre Evangiles sont des livres divins? sa belle distinction ne lui sert donc de rien et ne le tire pas d'affaire.

Il ajoute que le dogme du baptême des enfants et la nécessité de prononcer ces paroles : Je te baptiee au nom du Père, et du Pilé, et du Saint-Esprit , qui sont des traditions dogmatiques # se trouvent dans l'Ecriture, « non « pas en termes formels, mais en vertu des conséquence», « qui , au moins à nous , dit-il , paraissent très solides (3).»

Qu'en dites vous, Monsieur? n'est-ce pas là un dénouement dés plus heureux? Eh quoi ! ne serons-nous pas en droit d'en dire tout autant de l'Invocation des Saints ? qu'elle ne se trouve pas en termes formels dans l'Ecriture , « mais a en vertu des conséquences, qui, au moins à nous, pa- « raissent très solides ?» Si cette réponse est bonne peur l'Anonyme, pourquoi ne sèrait-élle pas bonne pour nous? Vous voyez, Monsieur, que notre homme au lieu de sortir de la difficulté qu'on lui proposé, ne fait que tfy embarrasser davantage ; semblable à ces oiseaux qui ayant donné dans un filet, s'y engagent d'autant plus qu'ils font plus d'efforts pour en sortir.

(i) Lettre sur l'Invocation des Saints, p. 197. (t) Aoon. p. 98. — (3) lbid. p. 18.

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