IV
$4ponse A la troisième objection de F Anonyme : Qu* T Invocation des Saints est contraire à ^ Ecriture et à la raison.
Mais il est temps d'examiner sa troisième prétention. Vous la trouverez encore plus outrée que la seconde et la première ; car il veut que l'Invocation des Saints soit contraire à l'Ecriture et à la raison. Ne faut-il pas que notre anonyme ait des lumières infiniment rares pour avoir pu découvrir ce que les plus grands génies de l'antiquité, tous les Pères du quatrième et du cinquième siècle, qui sont sans doute les plus célèbres, tout ce qu'il y a eu d'habiles gens depuis ce temps-là jusqu'à la naissance du luthéra* nisme, toutes les sociétés chrétiennes répandues par tout le monde , même celles qui sont séparées de nous depuis douze à treize siècles, n'ont jamais pu découvrir. Je ne dis rien dans tout ceci qui n'ait été prouvé, et dont tout homme de bonne foi ne doive rester pleinement convaincu.
Qu'est-ce qui fait l'hérétique ? permettez-moi , Monsieur, de vous faire ici cette question ; n'est-ce pas cet orgueil outré et démesuré, par lequel un particulier ose, en fait de religion , préférer ses lumières à celles de tout l'univers chrétien?
C'est là l'idée la plus nette que l'on puisse donner de l'hérétique et la plus conforme à l'étymologie du mot : or, je demande, si celui qui avant les disputes de Luther eût parlé de l'Invocation des Saints, comme l'Anonyme en parle au-, jourd'hui, n'eût pas été dans le cas de cette orgueilleuse et monstrueuse témérité? Il y eût. été sans doute, puisque Luther convient lui - même que dans toute la chrétienté on invoquait les Saints (1). C'est un fait sur lequel il n'est pas permis à ses disciples de contester après cet aveu fait
(1) Lulh. T. i. Ed. Jen. p. 163.
BÉP0N8B A UN ANONYME. 489
parleur grand patriarche* La chose est d'ailleurs trop notoire pour qu'on puisse la révoquer en doute. Mais, deman-e dé-je de plus, si tel langage eût été pour lors le langage d'un hérétique, comment peut-on se flatter que ce même langage aura depuis changé de nature ? car enfin une doctrine une fois hérétique reste toujours affectée de la même malignité: cela soit dit en passant, sans prétendre faire peine à l'Anonyme; on veut seulement par cette petite réflexion qui est des plus simples et des plus naturelles , lui faire connaître tout le mérite de son entreprise.
Voyons, après cela, quels sont les textes de l'Ecriture qu'il cite contre l'Invocation des Saints. C'est d'abord le dix-neuvième verset du huitième chapitre d'Isaïe ; et voici comme il le rappprte : Faut-il donc prier les mort* pour les vivants ? ne faut-il pa$ quhm peuple s'adresse à son Dieu (1)?
Vraiment, quand on se donne la liberté de fabriquer des passages à sa guise, il est bien aisé d'en faire qui soient contraires à l'Invocation des Saints. Non, Monsieur, il n'y a aucune version qui porte le sens que l'Anonyme donne au verset cité; ni la Vulgate, ni celle des Septante, ni la Syriaque, ni l'Arabique , ni la Chaldéenne ne disent rien d'approchant. Luther lui-même , tout intéressé qu'il est dans cette affaire, a rendu le verset par les paroles suivantes : S'ils vous disent : Interrogez les devins et les magiciens, répondez-leur: Ne faut-il pas qu'un peuple consulte son Dieu? ou faudra-t-il interroger les morts pour les vivants ? ce qui veut dire que quand on est en peine pour l'avenir, il ne faut pas consulter des idoles sans vie et sans mouvement, ni évoquer les âmes des morts pour apprendre quel sera le sort des vivants , ainsi que fit autrefois Saiil en employant les noires intrigues d'une magicienne pour parler à l'ombre de Samuel. Or, qu'y a-t-il en cela qui combatte l'Invocation des Saints? Je conclus du procédé de l'Anonyme, qu'il n'a pu trouver dans toute l'Ecriture & nous opposer aucun passage contraire à l'Invocation
(\) Anon. pag. 16*
des Saints ;*carsftl eût pu en trouver un seul, il se serait bien gardé d'avoir recours à la falsification* Je plains le pauvre peuple qui voyant citer l'Ecriture > regarde les paroles citées comme autant d'oracles du Saint-Esprit, et ne lit néanmoins assez souvent que la parole d'un homme ou trompé ou trompeur.
Ne vous attendez pas, Monsieur, qu'après un tel début l'Anonyme nous dise quelque chose de meilleur; voici ses autres preuves: Ëlie avant que <F être élevé au ciel dit à Elisée : Demande ce que tu veux avant que je sois enlevé* de ta présence (l). «Il a donc supposé, conclut « l'Anonyme, qu'étant enlevé il ne pourrait plus entendre « les prières d'Elisée (s). »
Je réponds, que selon le commun sentiment des docteurs, Elie et Enoch ont quitté la terre sans quitter la vie, ayant été transportés vivants» ou dans le paradis terrestre, comme l'Ecclésiastique semble l'insinuer (3;, ou dans quelque autre lieu qui nous est inconnu, où ils resteront jusqu'à la venue de l'Antéchrist, étant destinés à reparaître pour prémunir les fidèles contre la séduction. Il y a de célèbres interprètes de l'Ecriture , qui nous donnent cette opinion pour un sentiment qui approche de la foi (4;. Or, quelle merveille qu'un homme vivant, et qui par conséquent ne jouit par encore de la vision de Dieu , ne puisse entendre les prières de celui qui est très éloigné de lui ? C'est donc avec beaucoup de raison qu'Elie avertit son dis* ciple,quele pouvoir de son ministère visible sur terre allant finir, il fera bien de profiter du temps et de l'occasion : mais qu'on nous dise ce que l'Invocation des Saints souffre de cet avis P
« Il est dit au roi Josias, ajoute l'Anonyme : Je nCen vais te retirer avec tes pères, et tes yeux ne verront pas tout le mal que je ferai venir sur ce lieu (5) : » d'où
(1) Reg. 2. 9. — (2) Anon. p. 16.
(S) Heooch plaçait Dco, et translatas est in paradîsum, ut <1et gentibui jiœmtentiam. Eccle.44. 16.
(4) Cornel. à Lapide, in G eu es. 5, 22,
(5) 4, Reg, 2, 9.
RÉPONSE A UN ARONYMB. 49 1
l'Anonyme condut que ce roi étant mort ne savait donc pas ce qui se passait sur la terre (1).
Assurément il ne le savait pas, et cela pour plus d'une raison. U me suffira de dire pour le présent, que nous sommes bien éloignés de penser que des morts sachent tout; naturellement pariant et selon le cours ordinaire des choses» ils ne savent rien de ce qui se passe parmi les vivants. Les bienheureux même ne savent que ce qu'il plaît à Dieu de leur faire connaître» ce qui peut leur donner de la joie , ce qui convient A leur état de savoir, et non ce qui peut les affliger.
a II est dit aussi dans Job, continue l'Anonyme: L'homme % meurt et s'en 9a, ses enfants seront avancée et ii n'en « saura rien. Us seront abaissés et ii ne s'en souciera « point (3).»
Saint Grégoire répond ici pour moi : « Il est vrai, dit-il, « en expliquant ce passage, que comme les vivants ne Sfc» € vent pas ce qui se passe à l'égard des morts, aussi les € morts nesavent-ils pas ce qui se passe à l'égard des vivants; % Il ne faut pas néanmoins, ajoute-t-il, entendre cela des « Ames saintes ; car comme elles voient clairement l'essence « du Tout-Puissant, il n'est point à croire qu'il y ait rien. « hors de Dieu, qu'elles ne voient également (3) ; » ce qui doit s'entendre du moins des choses qui les concernent, et qu'il leur importe de savoir.
Pour ce qui est du passage si rebattu : Tu es noire Pire, car Abraham ne sait rien de nous et Israël ne nous connaît pas (4). J'y ai fiait deux réponses, que l'Anonyme a fait semblant d'attaquer, Juges, Monsieur, si c'est avec succès , et s'il n'eût pas mieux valu les passer sous silence , comme il a fait de tant d'autres articles. J'ai dit premièrement, qu'Abraham et Israël étant pour lors dans les lim-r
(I) AnoD. p. 16. — (2) Job. 14. 21.
(3) Qaodtamen de animabus sanctis sentiendum non est, quia qua inttu omnipotentis Dei claritatero vident, nullo modo credendam est quia foris fit atiquid qood ignorent. S. Greg. pap. Lib. 19. Mor. c. «1. T. 1. Edit. oot*.
(4) bai*, 63. 16.
bes, il n'est pas étonnant qu'ils ne connussent pas les be« soins et les misères du peuple (i). L'Anonyme prétend qu'Abraham et Israël étaient au ciel , et pour le prouver il indique trois passages qu'il n'a osé rapporter, sentant bien qu'aucun n'a force de preuve (S). Il se contente de dire que les limbes sont une fiction; mais pour détruire ma réponse, qui les suppose sur la foi commune de l'Eglise, ce n'était pas assez de le dire, il fallait le prouver. Quand il l'entreprendra, on saura que lui répondre.
Ma seconde réponse était que par le terme ignorer, on pouvait entendre une espèce d'oubli et d'indifférence fondée sur le mécontentement qu'avaient Abraham et Israël de la mauvaise conduite de leurs descendants.
L'Anonyme rejette cette explication comme étant hors de toute vraisemblance. Il ne savait pas apparemment qu'elle est de saint Jérôme; il ne pouvait deviner la dispute qui s'élèverait un jour entre nous sur ce sujet , et dès là même il ne peut être suspect de partialité. Voici comme il fait parler les Israélites en commentant cet endroit : a Abra- « ham ne sait rien de nous et Israël |nous ignore, parce <c que nous vous avons offensé, et ils refusent de recon- « naître pour leurs enfants ceux qu'ils savent n'être pas « aimés de leur Dieu (3).»
Mais, nous objecte l'Anonyme; ce Est-ce donc que les « Saints au ciel ne sont pas sensibles aux maux des vi-* « vants (4) ? »
Je réponds, qu'il se fourvoie ici doublement. Premièrement en ce qu'il suppose qu'Abraham et Israël étaient an ciel, ce qu'il n'a point encore prouvé; en second lieu, en ce qu'il nous fait prêter à Abraham et à Israël une insensibilité véritable, tandis qu'il n'est ici question que d'une insensibilité présumée par les Israélites, qui pour mieux.
(1) Lettre sur l'Invocation des Saints , p. 185. (î) Aqoq. pag. 17.
(3) Nescii nos Abraham et ignorât nos Israël , quia te offendinros; neç coguoscunt filios suos, quos à Deo suo intelligunt non amari. S. Hierou, jn cap. 63. bai*, T. 5. Ed. Marlianai. p. 470.
(4) Anon. pag. 17.
marquer leur confiance envers Dieu, lui disaient : « C'est vous, Seigneur, qui êtes notre véritable Père; votre miséricorde infinie ne vous permettra pas d'en oublier ni le nom ni les sentiments, il est bien vrai que nous sommes la postérité d'Abraham et d'Israël ; mais nous avons tout lieu de craindre par notre mauvaise conduite , qu'ils nous refusent de nous reconnaître pour leurs enfants. » Ce n'est pas la première fois que l'Anonyme manque de cet esprit de précision qui saisit les choses par le véritable endroit par lequel il faut les prendre.
Voilà donc à quoi se réduit toute la prétendue opposition de l'Ecriture à l'Invocation des Saints. Qui ne serait tenté de rire en voyant combattre avec de telles armes une pratique si ancienne , si constante * si universelle et si autorisée par tout ce que l'Eglise a eu de plus habile et de plus saint.
Voyons si l'Anonyme aura mieux réussi à prouver que l'Invocation des Saints répugne au bon sens et à la raison. J'ai dit , que l'Eglise n'a rien décidé sur les moyens dont il plait à Dieu de se servir pour faire connaître nos prières aux Saints; qu'il se peut que ce soit par le ministère des anges, qui veillent à ce qui nous regarde; qu'il se peut aussi que les Saints apprennent par une révélation particulière et immédiate de Dieu les prières que nous leur adressons; que peut-être ils découvrent dès le premier moment de leur béatitude dans l'essence divine tout ce qui pourra jamais contribuer à leur gloire et à leur satisfaction (i).
A cela l'Anonyme réplique « que la foi n'est pas fondée « sur des possibilités, ni sur des peut-être, mais sur des « suppositions sûres et fondées sur la parole de Dieu (*).»
Je vous demande , Monsieur, si c'est là raisonner. J'avais à faire voir contre Brentius , qu'il n'est pas nécessaire que les Saints soient partout pour entendre nos prières; c'était là son objection : je suggère trois moyens, par les-
(1) Lettre sur l'Invocation des Saints, pag, 175. (t) Anon. pag. 14.
quels ils peuvent entendre nos prières sans être présents i dés que ces trois moyens sont possibles, n'en déplaise à notre subtil Docteur, je conclus très légitimement contre Brentius que de là connaissance que nous attribuons aux Saints, il ne s'ensuit pas qu'ils soient présents partout.
J'ai de même à prouver ici contre notre Anonyme , qu'il n'est pas contre la raison, ni contre le bon sens de croire les Saints instruits de nos prières : il me suffit pour cet effet de faire voir par quels moyens ils peuvent en être instruits. Dès que je montre la possibilité de la chose, je bis voir en même temps qu'elle ne répugne ni au bon sens , ni à la raison. Il a été prouvé ailleurs que les Saints ont connaissance de nos prières; la pratique constante de l'Eglise supposeassez la chose, sinon comme absolument nécessaire, du moins comme très convenable. Il ne s'agissait plus que <f expliquer comment elle se peutf&tre; je l'ai expliqué, de quoi se plaint l'Anonyme P II ferait fort bien de donner une bonne année à l'étude de la logique ; cette étude lui apprendrait à remarquer la juste liaison des conséquences avec les principes dont elles sont tirées; il verrait mieux jusqu'où porte la force de chaque preuve , et le point précis où elles aboutissent On est à plaindre quand on a affaire à des gens qui ne font de si mauvaises chicanes , que parce qu'ils prennent tout de travers ; sans cesse on est obligé de les relever, et ce n'est pas le moyen d'avancer, ni définir.
« Mais, nous dit l'Anonyme, pourquoi chercher tant « d'embarras et adresser nos prières premièrement aux «c anges , qu'il faudrait par honneur invoquer les pre- « miers, et après, par leur médiation, aux Saints, qui enfin « les portent devant Dieu (1).»
Remarquez d'abord, s'il vous plaît , la beauté de Pélocution, et quand vous en aurez admiré la justesse et la netteté, je répondrai en premier lieu, qu'il est fort inutile de vouloir ici régler les devoirs de celui qui prie les Saints; car il ne prend aucun parti sur les trois moyens qui ont
(!) Aoon. pag. 14.
été expliqués ; persuadé qu'il est en général que les Saints ont connaissance de sa prière; il ne se met point en peine de discuter par quelle voie cela ce fait; ainsi tout ce que l'Anonyme dit sur ce sujet, est absolument hors d'oeuvre.
Je réponds, en second lieu, que si notre ange gardien fait connaître nos prières aux Saints, lorsque nous les invoquons, il le fait par office et sans qu'il soit nécessaire de l'en prier. J'ai déjà dit que nous n'assurions pas que la chose se fit ainsi , que nous nous contentons de dire qu'elle est possible, et que cette manière n'a rien de choquant, ni d'absurde.
« H est malséant, continue l'Anonyme, en attaquant le « second moyen, il est malséant que les Saints apprenne nent nos invocations par une révélation divine, parce « qu'il faudrait en ce cas que Dieu avertit les Saints d'em- « ployer leurs bons offices en faveur de ceux qui s'adres~ « sent à eux, ce qui choque le bon sens. D'ailleurs, ajoute- « t-il , le respect qu'on doit à Dieu, demande qu'on prie « auparavant Dieu de vouloir bien révéler aux Saints, que « tel et tel demande leur intercession. Voilà un tissu <Tab- « surdités qui naissent de ce système (1). »
J'ai déjà remarqué que celui qui invoque les SarnTg, ne s'occupant pas des moyens par lesquels les Saints ont connaissance de nos prières, on a tort de lui prescrire des loi» et des règles de bienséance, comme tfîl s'était déterminé à adopter un des trois systèmes en particulier. Mais quelle incongruité trouve-t-on à ce que Dieu sans en être requis se porte de lui-même à manifester à un Saint ce qui l'intéresse, ce qui peut lui donner de la joie et delà salisfaction, et contribuer à sa gloire P y a-t-il rien de plus eonvenable et à Pétat d'une béatitude aussi parfaite, et à la bonté de Dieu , qui met une partie de sa gloire à relever la gloire des Saints? Depuis quand ces deux dloses : faire connaître à un Saint des marques de confiance données par ceux qui réclament son intercession , et lui intimer qu'il doit employer pour eux , furent-elles la même ? Avec
(1) Anon. p»g. 14.
une telle évaluation de termes que ne dira-t-on pas» ei que ne nous fera-t-on pas dire? Bien loin donc qu'il soit vrai qu'il naisse de notre système un tissu d'absurdités, nous voyons que les objections de l'Anonyme ne contiennent qu'un tissu de pauvretés et de misères , qui ne méritent pas d'être rélevées.
« Enfin, poursuit l'Anonyme, en nous disputant le troi- « sième moyen , quand on dit que les Saints voient tout « dans l'essence divine, on le dit premièrement sans au- « cun fondement et même contre des passages formels de « l'Ecriture. En second lieu on choque la raison , en at- « tribuant aux Saints une connaissance de toutes cho- « ses(l).»
A cela je ne dis autre chose , si ce n'est que l'Anonyme lit trop superficiellement ce qu'il entreprend de réfuter ; il parait ou ne pas assez le comprendre, ou ne pas assez s'en souvenir. Qu'il le lise donc avec plus d'attention , et qu'il s'efforce d'en mieux pénétrer le sens et de le mieux retenir, pour lors il s'abstiendra de nous faire de pareilles objections; c'est tout ce que j'ai à lui répondre sur le présent article.
« Il y a encore autre chose qui choque le bon sens, dit « l'Anonyme en dernier lieu , des milliers de personnes « invoquent à chaque moment la sainte Vierge et les Saints, « qui doivent donc être attentifs à des invocations infinies « qu'on leur adresse (3).»
Je réponds , que si l'Anonyme avait une juste idée de la lumière de gloire, son imagination ne se révolterait pas si fort contre cette multitude d'invocations. Tâchons de l'aidera concevoir la chose, et supposons pour cet effet que dès sa plus tendre enfance il ait été enfermé dans une obscure prison , où aucun rayon de lumière ne pénétra jamais , et que sans avoir rien vu de sa vie, après être parvenu à l'âge où il est aujourd'hui , il entende dire que si la lumière éclairait ses yeux, il pourrait voir en même temps la moitié du ciel, tout l'horizon , des plaines, des montagnes, des rivières, toutes , les fleurs d'un jardin,
(1) AnoD. pag. 14. — (î) Ihi>L
BÉPONSB A UN AN09YMB. 497
toutes les feuilles d'un arbre, toutes les malsons d'une ville; que tout cela se peindrait dans un aussi petit espace qu'est celui de son œil, et y serait représenté sans aucun mélange et sans aucune confusion 5 que pour Tûirunesi grande multitude d'objets et en distinguer la variété il ne lui en coûterait que d'ouvrir les yeux à la lumière. Je demande à l'Anonyme, si dans la situation où nous le mettons il n'aurait pas mille peines à comprendre que telle dût être en effet la vertu et inefficace de la lumière. Rien ne serait néanmoins plus vrai que toutce qu'on lui aurait dit, et pour peu qu'on lui permit d'en faire l'épreuve * il en aurait au moment même la plus sensible conviction. Or, que l'Anonyme sache que nons sommes dans une obscure prison» et que l'effet de la lumière de la gloire sera incomparablement plus grand que ne le peut être celui de la lumière du soleil. Qu'il cesse donc de vouloir mesurer les merveilles de la puissance divine et la grandeur des dons de Dieu à ces faibles idées, et qu'il se souvienne de la parole de l'Apôtre : Animaliê homo non peretpii ea quœtunt Spiritû* Dei (1).
Mais je ne m'aperçois pas que mon écrit devient beaucoup plus long que je n'avais projeté de le faire et que le besoin ne le demandait. Qu'y faire ? me voilà embarqué; j'ai à suivre l'ordre des cinq articles et j'en suis au quatrième* où il s'agit de faire voir que l'Anonyme a également tort de prétendre que l'Invocation des Saints ne s'est établie que vers le milieu du quatrième siècle , et que par conséquent elle n'est pas de la première antiquité, ni de tradition apostolique.
(•I) J.Cor. 2. 14.
Réponse à la quatrième Objection de ï Anonyme : Que tliwoeatim de* Sainte ne test introduite fut au quatrième
Je lui demande d'abord sur qaoi lise fende, en nous marquant le milieu du quatrième siècle pour époque de la prétendue innovation. À-t-il quelque auteur contemporain à produire qui nous apprenne que c'est en effet vers ce temps-là que l'Invocation des Saints s'est introduite dans l'Eglise? non, il n'en cite aucun et n'en citera jamais; il veut que nous l'eii cf oyioiis sur sa simple parole. ' Il est vrai qu'il prétend que les Pères des trois premiers siècles n'ont point parlé dp l'Invocation des Saints , et c'est apparemment de 11 qu'il se croit en d>oit de conclure qu'elle s'est introduite au quatrième.
À cela je dis , que quand nous lui passerions le prétendu silence des premiers Pères, silence que nous ne lui passons pas néanmoins tellement que nous n'ayons à citer de bons endroits, de sajpt Irénée (t),et 4'Qrigène W> la conséquence que l'Anonyme çn tire ne serait pas encore, juste; il s'ensuivrait seulement qu'on n'a commencé à faire mention de l'Invocation des, Saints 4ans les livres qu'au quatrième siècle, et non qu'on ne l'a pas pratiquée avant ce temps-là. On sait assez le peu de fond qu'il y a $ faire sur ces sortes
(1) Si Eva inobedierat Deo , hase suasa est obedire Deo , ut virgini* Eva? Virgo Maria fîeret advocata. Irense. Lib. 5. cont. Haeres. c. 19. Ed. Renat. Mansuet. p. 316.
(S) Quis dubitat, quin Sancti nos ©ratio nib us jurent? Orig. Ho m. £6in numéros. Ed. Vet. T. 1 . f. 143. — Habenl is»tur jam repromissionem suam , et requieverunt ; verumtamen et ipsi pugnant , et in certamin»' suntproiis, qui sub Jesu militant.... pugnant et adjuvant nos orationibus suis. Hom. 16. in Josue. T. 1 . p. 168. — Veni Angele , suscip* serraone conversum ab erroro prislino, etc. , quasi bonus medicus confove atque institue. Hom. I . in Ezccb. T. 2. f. 133 . B.
RÊPQNSE A UN ANONYME. 499
d'arguments négatif , et en combien d'ocça?LQf\s ils sont fautifs et trompeurs % surtout lorsqu'on peut aUéguer ou soupçonner de bonnes et justes raisons du silène* qui donne lieu à l'objection. Or, nous ne manquons pas/ de ces sortes de raisons; car, 1.° plus de la moitié des ouvrages des Pères qui ont écrit pendant les trois premiers siècles , se sont perdus : s'ils étaient tous parvenus jusqu'à nous , qui peut nous assurer qu'il ne s'y trouvât sur le sujet en question des témoignages aussi clairs et aussi positifs qu'on peut les désirer ?
2.° Les Pères qui ont écrit dans ces premier* temps, ne pensaient qu'à faire des apologies pour la religion chrétienne, à établir les vérités fondamentaAeadu christianisme, à combattre les erreurs et les hérésies de Jeu* temps* à faire voir le ridicule des fables et des ebiurëfçs du paganisme î'rien de tout oela ne W* portait à parler 4$ évocation des Saints. ,
3,° Peut-être eat-ee par une; sage précaution qu'ils se sont abstenus d'en parler, pour ne pas donner Itouau* reproches que les gentils faisaient au* chrétiens dè,s le temps d'Eusèbe (t) et bien auparavant , qu'en combattait la pluralité des dieux , ils ne ^auraient cependant que substituer d'autres dieux à la place de tm* qu'il* cherchaient h détruire.
Quoiqu'il en soit, lofait est> qu'au milieu du quatrième siècle l'Invocation des Saints était aussi gito oralement établie et aussi diligemment pratiquée, qu'elle ta peut être aujourd'hui. Vous en avee vu les preuves , 9towieur.»çtje suis sur que vous en êtes satisfait , comme Je sera quiconque réfléchir* sur la nature des témoignage qui, onf £(ê produits. Or, nous demandons, commet *'«$t pH.&Me un changement si subit » un si prqdigieu* r^uxer^eu^cpt en si peu de temps, s'il est vrai qu'à la fin du Jrqistëw fttàcle, et même au commencement du qua£ri$me op condamnât toute autre prière, toute autre invocation que celle d? Dieu, comme absolument contraire au premier commandement
(1) Euseb. Hist. Eccl. Lib. 8. c. 6. Ed. Vale?. p. «98.
500 TBEIZ1ÉME LETTRE.
et que vers le milieu du quatrième siècle an priât les Saint* dans tous les pays du monde chrétien , on se recommandât partout h leur intercession , et cela sans aucune contradiction» sans reproche et avec l'approbation universelle des plus grands évéques de l'Eglise.
« Il est bien étrange, dit l'Anonyme, de demander cornet ment une chose est possible, si elle est effectivement « arrivée (1).»
Oui, Monsieur quand on a prouvé clair comme le jour que la chose est effectivement arrivée, et qu'on ne s'est pas contenté de le dire, il est pour lors étrange de disputer sur sa possibilité ; mais si l'événement n'est point démontré et ne petit être démontré , l'impossibilité de la chose rendue sensible est une preuve très légitime et très convaincante , qu'effectivement la chose n'est point arrivée.
« Supposez un homme , ajoute l'Anonyme, pour nous « mieux faire concevoir la possibilité du prétendu change- « ment, supposez un homme qui étant avant trois ou quatre a jours dans un état de parfaite santé, vienne à tomber dans « une maladie chronique, même bien dangereuse, il serait « bien ridicule de demander comment il est possible qu'il « soit devenu si mal , même ayant gardé un bon régime. « Il suffît pour être persuadé de la possibilité de sa maladie, « qu'il soit en effet malade; le sang , les humeurs , les parce ties nobles du corps humain se gâtent et s'usent peu à « peu; on ne peut guère nommer une certaine époque « (5) ; » il en est de même , à ce que prétend l'Anonyme, du corps de l'Eglise. « Les abus s'y sont glissés peu à peu , dit- « il; on outrait les honneurs dus aux Martyrs; les bruits « qui se répandaient de leurs miracles , les apostrophes et « figures de rhétorique des Pères dans leurs panégyriques, « les excès du peuple, naturellement porté à la bigoterie , <c y contribuaient visiblement (3). »
Je réponds premièrement, qu'il n'est point difficile de concevoir qu'un homme qui se portait bien , vienne à faire une grosse maladie sans qu'on en sache la cause , ni le
(1) Ànon.p. *7. — (*) Ibidem. — (5) Ibidem.
moment précis de son dérangement; le sang, les humeurs et les parties nobles étant dénaturée pouvoir s'altérer et se gâter en tout temps; mais il n'en est pas ainsi du corps de l'Eglise | que Jésus-Christ a mis fort à couvert par ses promesses de ces sortes d'altérations , qui la fassent tomtter dans une maladie mortelle. D'ailleurs l'Eglise est un corps répandu partout l'univers; or, il est tout autrement difficile de comprendre comment la contagion a pu se communiquer en si peu de temps dans le mqnde entier, qu'il n'est difficile de comprendre comment un dérangement d'humeurs a pu affaiblir et ruiner la santé d'un seul homme.
Je réponds en second lieu, qu'il serait infiniment sur-, prenant de voir un homme vivant en parfaite santé au milieu de ce qu'il y a de plus habiles médecinst tomber en leur présence dans les plus fâcheuses syncopes , avoir des mouvements convulsifs, des palpitations de cœur, des pâmoisons , des absences d'esprit, sans qu'aucun de ces médecins s'aperçoive du moindre dérangement dans la santé de cet homme , tous estimant qu'il se porte parfaitement bien» et que ces accidents ne sont que des indices et les effets de sa bonne et vigoureuse constitution.
Voilà , Monsieur, précisément le cas où il plaît à l'Anonyme déplacer l'Eglise. Il veut que le culte et l'invocation des Saints , soient des faiblesses de cœur, des absences d'esprit , des symptômes des plus fâcheux. Les saints Pères , les plus habiles médecins spirituels, ne s'aperçoivent néanmoins & ce sujet d'aucun dérangement dans le corps de l'Eglise; bien loin de là ils regardent le culte et l'Invocation des Saints comme les effets d'une piété sage et salutaire. Quoi de plus merveilleux que ce défaut d'attention ou d'intelligence de la part de tant de médecins spirituels si consommés dans leur art? ou plutôt quoi de plus chimérique que la supposision de notre auteur? Qu'en pensez» vous, Monsieur» les comparaisons qu'il emploie, lui sontelles fort avantageuses? ou plutôt ne tournent-elles pas évidemment en démonstration contre lui ?
Je demande de plus à notre habile chronologiste, s'il se croit mieux instruit sur l'origine de l'Invocation desrSaints,
502 TBEK1ÈME LETTRE.
que ne l'ont été tous les Pères du quatrième et cinquième siècle, si voisins du prétendu changement ? Or, il est bien sur que nul de ces frères tôt regardé cette pratique comme nouvelle, et comme s'était réceniment introduite dans l'Eglise, qu'il en notante un seul qui en ait m cette idée. Ils font voir «il contraire qu'ils ont regardé «ette pratique comme vertue jusqu'à etax par tradition > et Observée dans les siècle* précédent* gussi bien que dans le leur.
Saint Jérôme traite Vigilance de novateur et d'ennemi dePEglise pour avoir combattu le Cafte des reliques, et dit un mot en passant contre l'Invocation des Saints.
Saint Grégoire de Nazianze croit que la vierge Justine a invoqué la sainte Vierge plus de cent ans avant qu'il fût au monde ; comptant sans doute qu'elle avait imité en cela la pratiqué des autres fidèles.
Saint Astère, évèque d'AmaSée, fait dire à une mère affligée , dans la prière qu'elle adresse à un saint Martyr : « Vous fevez tous-même prié lès Martyrs avant que vous « fussiez martyr \i).%
Saint Cyrille de Jérusalem et saint Augustin en marquant qu'on faisait mention des Martyrs dans le Cation de la messe , non pour prier en leur faveur, mais pour être aidé par leurs prières, font voir clairement qu'ils croyaient l'invocation des Martyrs du moins aussi ancienne que l'ordre de la liturgie. Or, qui sait l'origine de Cette liturgie? ne la rapportè-t-on pas Jusqu'aux temps les plus voisins des Apôtres?
Que l'Anonyme ne trouve donc pas étrange que J'aie fait valoir ici la célèbre maxime de saint Augustin , où il est dit : « Qu'un usage généralement observé dans l'Eglise et « dont on ne peut trouver l'origine dans aucun concile, « ni ailleurs, vient indubitablement des Apôtres, qui l'ont « enseigné de vive voix (2). » C'était ici le véritable lieu
(1) S. Aster. Hofti. ia 5. Mfcit. ex auctario P. Coftibefi*. p. 187.
(2) Quod universa tenet Ëtctesia , Dec coociliis institutum , sed sen> per reicnmm csl, non nisi auctorîlatc npostolicâ rcctissîmé creditur.
RÉPONSE A UN AHOîrYtoE. 103
d'appliquer* cette tfraiiitfe; car on lie peut nàfeoier M concile, ni pape, ni évéque , qui soit auteur de l'kWftlft* tic-n de* Siirtts? <Tbà httua tiDiicluttntf ttê* justétnetit, qu'elle &t donc étoàftéé de* Ap&tre* tMtttfe. tin effet /HWn* sieut, comment totites les nAiittn*t!>fe^ pu s'accorder à recevoir àétfé prtftiqttè *é là main d'an particulier qui tfattràlt éû ni ttttfttft*, rit titr&Gfétopttir la mettre en "Vogué? côintttént le fcôul* âènoeff* pratique eût-41 été si rapide, si généra», si t^ëtti^dêto^r^^ch^ dé tiôuV eatrté , ^fl M tiôu* était ¥ènj* deaprémftrr*ia1(r*& dû christianisme ? ,f,ï"'
C'est néanmoins contre oetté rêgte, la inëlllétttt tftf tomes pour juger des vérttaitféft ttt^én» Apo*t6li<iuél/ tfe qui est encore plus fondée éiif lés lumières dfr feoVi ttoùi et de la raison , que sur l'autorité de saint Augustin , tfé&i j dis-je, contre cette règle que PÀnonyme ùëtàMpkà de s'êléVèr, «Kt nous &*ànt premièrement, que le srfiht ^èYé ne parlé poîilt iftfcé flHHriidiftè ôppoïitî, Vtisi^àiW, qu'il ne garantit pas la régie de manière à éxdùrétottt danger de se tromper, puisqu'il dit i cMftfa,àï*tAtrt± tur(l). - ■ " ■'•':'. - -'.:•■:.■ . "I
Il est vrai <ftré c* tftnt les mots de latêglé; mâtë PÀrtfc* tiyme n'y ajouta pa** <fcu* qybtry vôftai* même endroit, réetè, tèàti**ithè';M, tidtié sOininë* très contient* sfiïitttt& passe les ternies de tfâirtf Àtguifttir. t'est bien às&fc iMmi1 nous Si! ndtls aCéoYdc a qftaè nèùs fcrdyottë tfVéC fàikcfti, « âVéc* très grande raison , et tjrutâ tiôtrà tônMfcs îm tÔhÊëà « i ètdlre » qtre Vttltaft* d'invoquer lé* Sàlnfc est de tttflMà tiôti'a^Ostotiqaë, frôtisti'eïi dètoaifdo4i^^At¥Mtl^|é.(Afl compté de l'Andnymé, qui Veut que 14 mttt érHftfe fetiferine nécessairement, formtdinem oppositi, la craïtite dèr se trdm'pér, il tlé tfôûrrtt fécitér fe CWrfo* Sântfntàrqiïer ijfo'il ctfâfnttfe âd 'ffAiftfttf iiuVtat' âfticî* flul y font contenus*. Que de pitoyables suMBt* fr Né fe*t«ff paf* qto'on tetéMe
ib. 4. de flapu côntri tionaL cap. 24. t. *l. Éd. froBen, p. M\ nom. ib. 2. c. 7. p. 306. ttcm. Lit. 8. c. fco. p. 449.
Lib. 2. c. 7, p
(1) Anon. pi 23.
5<ft TJiBIZlÈMIt LBTTBB,
extraordiqairement pressé pour se croire obligé d'y avoir recoure*
Il dit en second lien «qu'il suffit aux protestants pour « faire voir la fausseté de cette règle que le bon Père « donne , qu'il se contredit lui-même, en avouant ailleurs « que tout dogme de foi doit être tiré de l'Ecriture (1).*
Que dites-vous , Monsieur, de ce langage ? ne sommesnous pas bfan obligés à l'Anonyme de ce qu'au lieu de traiter saint Augustin d'homme simple et idiot , il se contente de l'appeler le bon Pire P Le terme est sans doute bean» coup plus doux; mais placé comme il est» ne dit-il pas absolument la même chose? Qui ne serait indigné de voir des gens si petits et si minces en tous sens* traiter avec tant de hauteur et d'indignité la plus brillante lumière de l'Eglise?
On ne *a contente pas de reprocher au saint Docteur sa bonté et sa simplicité, on lui reproche déplus, d'être tombé en contradiction ; et sur quoi fonde-t-on ce reproche? Çest que ce Père., disputant contre les donatistes, veut qu'on cherche les marques de la véritable Eglise dans l'Ecriture sainte, sans s'arrêter à des bruits populaires, à des assemblées d'évêques, à des écrits pleins de chicanes, à des miracles faux et supposas; prétendues preuves qui faisaient toute la ressource des donatistes. C'est encore que, disputant contre les ariens» qui ne soutenaient pas moins que les catholiques avait ppur eux la tradition, l'autorité des ancien?, la déclaration des concileq , la succession des évêques, il veut que de part et d'autre on s'abstienne d'étaler ces avantages, et qu'on s'en tienne uniquement à l*EcriT ture pour terminer plus promptement et plus efficacement le différend.
Qu'y a-t-il en tout cela qu| nous Casse voir que saint Augustin n'a eu que du mépris pour des usages venus jusqu'à nous par la seule voie d'une constante tradition ? Hors du cas où il a eu à combattre telle espèce d'hérétiques, ne s'est-il pas déclaré en toute occasion très fortement pour les traditions apostoliques et pour les usages universelle-
(1) Anon» pag, 25,
RÉPONSE A UH AHONTMB. 505
ment reçus dans l'Eglise? Ne dit-il pas dans son livre de Cura pro mortuù, que « quand bien on ne trouverait rien dans « l'Ecriture touchant la prière pour les morts, la pratique « universelle de l'Eglise autorise cette prière avec trop i» d'édat pour qu'on puisse la rejeter (1)?» dans son premier livre contre Cresconius que * si l'on craint de se « tromper en se déterminant sur une question obscure r d'elle-même, on n'a qu'à consulter l'Eglise, que l'Ecriture « nous fait connaître sans aucune obscurité (9); » et dans l'Epttre à l'évéque Januarius , qui est le même que l'Anonyme cite ici contre nous, « qu'il faut être impudent, fou « et insensé pour oser disputer contre des usages univer- « selleraent reçus et pratiqués par toute l'Eglise (3). »
Oq n'a qu'à examiner de quelle méthode le saint Docteur se sert en combattant les Manichéens , qui n'avaient ni les mêmes principes, ni les mêmes défenses que les donatistes et les ariens , et on verra qu'il cite contre eux le « consentement général des peuples, la succession des évê- » ques, l'éclat des miracles , le nom de catholique (4) , » sans qu'on puisse dire pour cela que le Saint en employant ces différentes méthodes ait varié dans ses principes. Il choisit son terrain et ses armes en habile homme ; ici il fait ferme contre les uns; là il se porte en avant pour attaquer les autres. En tout cela il n'y a que sagesse, mais nulle ombre de contradiction ; et dans le reproche qu'on lui fait de
(1) Sed etsi nusquam in veteribus eariptnrfs legtretor , non pana ta. men eaaet univerta Ecdeose qoa in hac consuetudine claret anctoritas. Lib. de Cor* pro mortnis. T. 4. Ed. Frob. p. 880.
(2) Quîsqoif falli matait , hajaa obscuritate queationis, eandem Eocleaiam de illà consulat , qoam sine ulUi ambigoitate Scriptura demoastrat. Lib. 1. ©ont. Crescon. c. 33. T. 7. Ed. Frob. p. 219.
(3) Siquidtotaper orbem terraram fréquentât Eodetia, quin ita facieodum sit , dispntare , insolentiadnuB insania est* Ep. 118. Toin. ï. Ed. Freben. p. 558.
(4) In Ecclesia) gremio me tenet consensio populorum , tenet auctoritas miraculis inchoata...* tenet ab ips A sede Pétri nsqnead prœsentem Episcopatom soocestio taoerdotum, tenet postremô ipsum catbolicae nonien , etc. Cont. Ep. fundam cap. 4. Tom. 6* Edit. Frob. p. 117.
50 G TREIZIÈME LHTTRE.
se contredire , il y a témérité , arrogance » foule de pénétration , manque déjugeaient et petitesse de génie de ne pouvoir accorder des réflexions aussi aisées h concilier que celles dont il s'agit.
Je pense | Monsieur , que vous nemosanrea pas tout à fait mauvais gré, de ce que je venge ici l'honneur de saint Augustin un peu aux dépens de l'Anonyme ; ne contenait il pas de lui dire une partie de ses vérités pour réprimer cette audace qui le fait parier en terme» si peu- mesuré» contre les Pères tes plus respectables de l'Eglise?
« Maiif nous dit l'Anonyme, Origène» auteur do troisième « siècle , enseigne positivement que les tàtfétien* de son u temps nepriaient que Dieu (i); » et c'est apparewament sur letémoignagedeeetauteur encore plus que sur lé sflenee des premiers Pères que notre Anonyme appuyé , pour en tirer la conséquence qu'it-tfeffbrce d'ériger en principe* que ce n'est qu'au quatrième siècle qu'on a commencé à Invoquer les Saints. :
Je réponds qu'il a y prières et prières , invoe&tiotis et invocations. Origène écrivait eotttre Celse (pli voulait qu'on adorât les Anges et les démottsi, qu'on leur demandât ses besoins/ qu'on leur fit des sacrifices , c'éttrfà le culte qtfOrigène rejette , disant , qui! ne faut prier (Jus* Dieu , n'invoquer que Dieu , on voit assei en quel sens ; c'est-à-dire , qu'il ne fout prier et invoquer que Dieu, de la* manière dont Celse voulait qu'on priât et qu'on invoquât les Anges et les démons, en lear offrant âèi sacrifices et e*n les faisant auteurs des biens qu'on leur demandait; car pour ce qui est de la prière et de l'invocation telle qu'elle est pratiquée parmi nous, Origène était si éloigné de la condamner , qu'il adresse lui-même sa prière à Fange gardien d'un bon vieillard qu'on allait baptiser. » Vene* , Ange, lui dit-nl, re- « ceve* celui que la prédfcaiiOn de rEvângite a retiré de « son ancienne erreur , de la doctrine de* démons et de « l'iniquité , recevez-le comme un bon médecin , prenez » en soin et apprenez-lui à bien vivre. (2). » Se pétit-il une invocation plus formelle que celle-là V
(t) Anon. pag. 20.
(2) Veni, Angele, suscipe sermoiJe conversum ab enrore pristioo, à doc-
Aussi saint Jérôme, qui a combattu arec tant de zèle les erreurs d'Origène, ne lui a-t-it jamais reproché celle d'avoir nié l'invocation des Saints et des ange*, ce qu'il n'aurait pas manqué de faire, lui qui avait si peu épargné Vigilance sur le même sujet; il n'y aurait, dis-je, pas manqué, s'il avait entendu les paroles d'Origène dans le sens où l'Anonyme veut que nous les entendions. Et saint Àtnbroise, qui , aux erreurs près qu'il condamnait dans Origène, faisait tant de cas de ses écrits qu'il semble les avoir copiés ou abrégés en plusieurs endroits , aurait bien mal profité de la doctrine de ce savant homme, si au lieu de comprendre par les paroles citées qu'il ne faut point invoquer les anges , il avait enseigné positivement le contraire, comme 11 fait en disant ce qu'il faut prier et invoquer les anges (1). »
Toutes lés objections de l'Anonyme Sont donc trop faibles pour prouver , qu'il se soit fait au quatrième siècle aucune innovation louchant le présent article. Il n'y a pas homme de bon sens , qui ne juge que les sieurs Dallié et Basnage , les; deux oracles de notre Anonyme, n'ont pas été si bien informés des sentiments des trois premiers siècles , que les Pères du quatrième et cinquième , qui ont cru que l'Invocation des Saints était non- seulement strtnte, mais qu'elle avait toujours été pratiquée dans l'Eglifte.
Je ne prétends pas dire pour cela que Cet usage ait toujours é€é également éclatant; il a pu l'être moins dan* un siècle que dans un autre; l'esprit de Jésufr-Christ quireglc les mouvements des membres deson Eglise, leurinspir* toujours l'approbation des moines règles t perce la Vérité est invariable ; mais il ne les applique pas toujours également aux mêmes, pratiques, rendant certaines actions de piété plus fréquentes en un temps qu'en un autre, selon les desseins secrets de sa conduite toute divine*
Venons présentement au tinquîèttwet dernier article. Je
trinâ dâïtaônioraïn , ab iniqtlitate, sostipietté éuto quasi tnedicus bonus confove âtqtm mfctftttè. Hom. i. tri E*ech. t. 2. f. 135. B.
(1) Obscûrâtidt sunt aogeli, qtii nobis ad praesidium dati sunf. Lib. <!< Viduis. c. 9. T. t . Ed. Paris, p. 200.
dois y parler des miracles qui se font par l'intercession des Saints , et que j'ai dit être une preuve éclatante de l'approbation donnée par Dieu à notre pratique.