‹ Lettres de Scheffmacher a un gentilhomme et un magistrat protestantChapitre 16 sur 22 · VI · texte numérisé non relu

VI

Réponse à la cinquième objection de F Anonyme : Qu'il ne se fait pas et ne iest point fait de miracles au tombeau des Saints 9 et que ces prétendus miracles ne prouvent rien pour F Invocation.

L'Anonyme répond & cette preuve» en prétendant, 1° que les miracles ont cessé dans l'Eglise peu de temps après la prédication de l'Evangile , et qu'il ne s'en fait plus ; «° que les miracles cités par moi , ne sont pas de nature à ne pouvoir être raisonnablement contestés; 3° que ces miracles ne sont pas faits à l'occasion de l'Invocation des Saints ; 4° que quand ils se seraient laits à cette 'occasion, il ne prouveraient rien pour nous autoriser dans notre usage*

Voilà à quoi se réduit tout ce que l'Anonyme dit en trenteunes pages , ce qui fait plus de la moitié de son libelle, qu'il grossit de citations aussi énormes qu'inutiles, y mêlant presqu'autant de latin que de français, farcissant le tout de petits contes, d'historiettes, de récits insipides de miracles puérils, ridicules et incroyables, de narrations absolument hors d'oeuvre, ce qui n'est qu'un mauvais artifice propre & amuser quelques ignorants, ou quelques entêtés» mais au fond beaucoup plus propre à révolter les gens d'esprit et de bon sens , qui ne souffrent qu'avec peine que par de fades digressions on pense ainsi leur donner visiblement le change.

Il ne me sera pas possible de suivre l'Anonyme partout ; pour le faire, il faudrait un volume d'une grosse taille; or, mon imprimeur manque de papier pour cela* Je ne laisserai pas d'en dire assez pour conserver à ma preuve toute sa force , et faire voir en même temps toute l'indignité de la mauvaise ruse que l'Anonyme emploie, et dont il parait se savoir si bon gré, qu'on lui voit tous les airs d'un homme qui s'applaudit.

BÉPONSÉ A UN ANONYME. 509

D'abord il fait de grands extraits de saint Augustin, de Saint Chrysostôme et desaint Grégoire, pou, prouver qucdc leur propre aveu les miracles avaient cessé de leur temps (l); puis il ajoute : » Or je demande maintenant s'il faut s'en « tenir à Augustin et aux Pères', quand ils disent que les « miracles avaient cessé de leur temps , ou quand ils race content une quantité innombrable de miracles, qu'ils « disent être arrivés de leur temps? Un homme qui se con- « tredit si visiblement , quelque grande que soit d'ailleurs « son autorité , perd son crédit , et ne mérite plus d'attente tion (3). »

Nous voici encore une fois aux contradictions. Notre docteur aura-t-il donc toujours l'esprit si bouché, qu'il ne puisse distinguer les choses les plus aisées à démêler t Dire, qu'ils ne se fait plus de miracles pour autoriser la mission des prédicateurs de l'Evangile, ni en confirmation de la vérité qu'ils prêchent, et qui étant déjà suffisamment établie , n'a plus besoin de ces secours extraordinaires, et dire qu'il se fait encore des miracles pour rendre témoignage à la sainteté des grands serviteurs de Dieu et faire connaître le grand crédit qu'ils ont auprès de lui , et cela pour l'édification des fidèles et pour la gloire de l'Eglise, sont-ce là des propositions qui s'entrechoquent et qui se détruisent? Les Pères ont dit l'un et l'autre, il est vrai, et c'est sur cela que l'Anonyme prend pied pour nous dire <t que « les protestants sont fondés sur les passages des Pères » quand ils ne croient pas les miracles que les Pères ont « débités; que les Pères sont eux-mêmes la cause de ce que » les protestants n'admettent pas ces miracles, que cela « vient à leur propre charge (3); » c'est-à-dire , (car il fout commenter ce beau français ) que c'est la faute des Pères, et que c'est à eux qu'il faut s'en prendre. Que de méprises, que de mécomptes et d'indignité dans cette manière de penser étde s'exprimer? N'est-ce pas se déshonorer soi-même que d'outrager ainsi de gatté de cœur les saints Pères, sans qu'ils en aient donné le moindre sujet ?

(t) Ahod. p. 31. 32. ô:>. — (3) IJ. p. 33. — (3) Ibidem.

L'Anonyme témoigne avoir peine à croire que le savant feu M. Obrecht ait jamais jeté par terre les livres des saints Pères , lorsqu'il les lisait dans le fort de ses préventions , outré qu'il était de les trouver partout si contraires à la doctrine de Luther et si favorables à la doctrine catholique (1). Notre contraditeur n'en fait -il pas lui-même tout autant? car n'est-ce pas fouler aux pieds le* livres des Pores et leur autorité 9 que de les traiter comme il feit? d'au lui vient cette amertume ie cœur qu'il fait paraître contre eux dans tout son écrit, si ce n'est de ce qu'il les voit absolument opposés aux sentiments de son parti, et très formellement déclarés pour nous? Puisse la grâce du Sauveur lui foire faire des réflexions aussi judicieuses et aussi salutaires , qu'en fit à ce sujet le grand homme , dont nous respectons la mémoire. I,a conversion de l'Anonyme dût-elle être sui vie et récompensée d'un crosse ou d'une prttre, nous n'irons pas chercher dans des vues politiques et intéressées de quoi en diminuer le prix et le mérite; nous imputerons uniquement à sa sagesse, de ce qu'il aura mieux aimé penser et croire comme ont incontestablement pensé et cru tous les Pères du quatrième et du cinquième siècle , sans parler des autres, et par conséquent toute l'Eglise de leur temps comme aussi celle de tous les siècles suivants, que penser et croire comme a fait un esprit écarté du seizième siècle, homme aussi suspect que le doit être un apostat à double titre. Ne vous offensez pas, Monsieur, de ce terme ; je sais combien votre politesse est délicate ; mais ne me sera-t-il pas permis de suivre les notions lès plus universellement reçues et les plus usitées dans tous les temps , quand il s'agit de faire en deux mots un juste parallèle qui mette en état de juger du premier coup d'oeil à qui il convient mieux de donner la préférence ?

Je ne dois pas manquer de remarquer que parmi les passages des saints Pères cités par l'Anonyme pour prouver que les miracles avaient cessé de leur temps, il rapporte un texte de saint Augustin , où ce Père dit : et Toute l'Afrique n7est-

(1) Anon. png. II.

RÉPONSE A UN ANONTMB. 511

« elle pas pleine de corps des Martyrs? et cependant nous a n'apprenons pas qu'à leur tombeau il se fasse de tels mice racles (1). » Or , je tous prie , Monsieur , de lire la cent trente-septième Epitre de ce Père, d'où ce texte est tiré , et vou» verres que saint Augustin y dit , « qu'il se fait des mi* « racles à Noie au tombeau de saint Félix, et à Milan, « pour découvrir les crimes les plus cachés $ qu'il a pris « le parti d'envoyer au tombeau de saint Félix deux de ce ses ecclésiastiques qui se chargeaient mutuellement d'un « grand crime, espérant que Dieu ferait connaître en ce « lieu lequel des deux était le coupable. » Après quoi il ajoute : « fl y a beaucoup de corps saints en Afrique, et ce cependant nous ne savons pas qu'à leur tombeau il se « fasse de tels miracles; » c'est-à-dire qu'on n'apprenait pas que les coupables y fussent forcés par une vertu secrète d'en venir à la manifestation de leurs crimes. Quoi de plus singulier que de vouloir prouver par cet endroit qu'il ne se faisait plus de miracles du temps des saints Pères? On cite pour cet effet une Epitre, dans laquelle nous lisons ces paroles : « Qui peut approfondir les conseils de Dieu, « dé ce qu'en de certains lieux il se fait des miracles, qui « ne se font pas en d'autres (8). » Que pensez-vous , Monsieur, de cette petite manœuvre de notre Anonyme? n'est-ce pas là employer sciemment la supercherie pour en imposer à son lecteur? Tels tours de souplesse, ou plutôt tels traits de mauvaise foi peuvent-ils faire honneur à sa pièce d'écriture ? et telle pièce d'écriture peut-elle faire honneur à son parti?

Ce n'en est là déjà que trop pour faire voir que l'Anonyme a mal pris la pensée d.es saints Pères , lorsqu'il a cherché à s'autoriser de leur aveu , comme s'ils avaient dit

(1) Nunquid non et Africa Sanctorum Martyrum corporibus plena est? et tamen nusquam hic scimustalia fieri mrracuta. S. Aug. Ep. 137. T. 2. Ed. Frob. p. 657.

(2) Quia potest ejus conaUiuih perscrutari, quarc in iliisfocis heee miracula fiant, in aliis non fiant? S. Aug. Ep. 137. Tom. 2. Edit. Froben. png. 657.

5 12 TREIZIÈME LBTTRE»

qv.e de leur temps il ne se faisait absolument plus de mira*» des; le grand nombre de ceux qui sont rapportés par les Pères, n'est pas pour les convaincre d'être tombés en contradiction , mais bien pour convaincre notre téméraire auteur de son peud'intelligenceetdel'excèsdesa présomption.

Voyons présentement si les miracles, que j'ai allégués comme autant de marques de l'approbation divine donnée à nos usages, sont de nature a pouvoir être raisonnablement contestés (i).

De quelle espèce sont ils P ce sont des miracles attestés par les Pères les plus éclairés et plus accrédités de l'Eglise, qui en ont été les témoins oculaires. C'est un aveugle de Milan nommé Sévère, guéri à la translation des reliques de saint Gervais et de saint Protais , saint Ambroise évêque decette villeprésidant à la cérémonie. Il en rend compte luimême, dans une lettre qu'il écrivit à sa sœur sur ce sujet • comme aussi de plusieurs autres miracles arrivés à la même occasion (2). Cet aveugle était connu de tonte la ville de Milan pour être devenu incapable* par la perte de ses yeux, de vaquer à la profession qu'il exerçait auparavant, et il recouvra si parfaitement la vue en touchant le linge qui couvrait ces saintes reliques, que par reconnaissance il se consacra au service de l'église des deux Martyrs pour le reste de ses jours;

S'il prend encore envie à notre Anonyme de douter de la vérité de ce miracle» qu'il lise sur ce sujet les mémoires de monsieur Tillemont (3) , la lettre même de saint Ambroise , les notes des révérends Pères bénédictins sur cette lettre (4) , ce que saim Augustin en a écrit en trois endroits différents de ses ouvrages (5} , et il verra qu'à moins d'eflàcer toutes les idées que l'auteur de la nature a gravées dans l'esprit de l'homme pour le mettre en état de juger du vrai ,

(1) Lettre sur révocation des Saiuti, pag. 203-206. (s) S. Ambr. Ep. 21. T. 2. Ed. novae Paris, p. 874.

(3) TiUem. Tom. 2. pag. 85. — (4) S. Ambr. Ed. nova. pag. 878. — (5) Lib. 9. Coof. c, 7% Lib. 25. de Civil. Dei. c. 8. Serra, in Rat. Mart. Gerv. et Prot.

H n'est pas possible de se réfuser à la créance d'un fait si parfaitement établi.

De quelle espèce sont les miracles que j'ai rapportés? c'est un jeune homme nommé Paul et sa sœur nommée Palladie tremblants depuis fort longtemps de tous leurs membres par l'effet d'une malédiction qu'ils avaient reçue de leur mère, et guéris subitement en faisant leurs prières devant les reliques de saint Etienne enfermées dans une châsse, miracle qui fit éclater tout le peuple assemblé» en bénédictions et en actions de grâces» et sur lequel saint Augustin fit un beau discours le lendemain. C'est un évéque guéri, par l'intercession de saint Etienne » d'un mal très douloureux, en portant les reliques de ce Saint en procession. C'est une femme aveugle recouvrant la vue en appliquant sur ses yeux des fleurs qui avaient touché les mêmes reliques ; ce sont plusieurs morts ressuscites à peu près de la même façon , le tout attesté par saint Augustin (1) , qui nomme les personnes par leur nom , marquant leur emploi, leur demeure, toutes les circonstances du miracle; de sorte que rien n'eût été plus aisé que de convaincre saint Augustin d'être un diseur de contes , si , en rapportant de tels faits, il n'eût dit la vérité la plus exacte. Croira-ton que ce Père aura eu assez peu de soin de sa réputation , pour ne pas craindre de l'exposer aux piquantes railleries des libertins, et même aux justes reproches des gens de bien*

L'Anonyme nous dit que « la piété des saints Pères « s'est laissé surprendre en fait de miracles (2). Mais je de* mande s'il n'est pas beaucoup plus sensé de croire à notre homme un excès d'incrédulité , que de croire aux saints Pères un excès de crédulité; je demande s'il peut y avoir lieu à la surprise , lorsqu'en rapportant des faits de la qualité de ceux que nous venons de voir , on ose prendre à témoin toute une ville et toute une province.

D'ailleurs notre Anonyme fait trop de grâce aux saints Pères en se contentant de les taxer de simplicité ; il faut

(1) Lib. 23, deCiv. Dei. c. 8. T. 5. Ed. Froben. pag. i54?i

(2) A non. pag. 50.

VT

Si 4 TREIZIÈME LBTTBE.

que suivant son plan il les regarde comme des fourbes et des imposteurs 3 car enfin saint Augustin nous assure que saint Ambroise avait connu par révélation divine le lieu où reposaient les corps des Martyrs' saint Gerrais et saint Protais (i). Par quelle voie saint Augustin avait-Il eu connaissance de cette révélation , si ce n'est par les fréquents t entretiens qu'il avait eus avec saint Ambroise? Aussi le saint évéqne-de Milan dit-il dans la lettre à sa soeur qu'il ne s'est déterminé à faire creuser bien avant dans la terre, qu'après avoir connu par un instinct divin qu'il y trouverait de saintes reliques (S).

Que V Anonyme nous dise si saint Ambroise a eu une véritable révélation , ou si elle a été supposée par l'un et par l'autre Père. S'il a eu une véritable révélation, voilà doncun miracle en faveur du culte des reliques , et de l'Invocation des Saints qui ne manquait pas d'accompagner ce culte. Dès là même toutes les autres merveilles rapportées à la translation sont également croyables. Que si la révélation a été supposée , voilà donc ces deux Pères coupables d'une insigne imposture et d'une fourberie abominable. Il faut que-saint Ambroise eût fait cacher ces reliques en terre avant1 que de faire creuser , ou du moins qu'ayant été averti qu'elles y étaient , il ait feint de ne l'avoir appris de personne. Ces amis luthériens que vous cherchez à détromper ne trembleront-ils pas en pensant qu'ils ne peuvent espérer de salut , à moins que saint Ambroise et sajnt Augustin n'aient été des fourbes, et des conteurs de faux miracles ? car s'ils ont dit vrai , il est évident » que Dieu a autorisé le culte des reliques , et l'Invocation des Saints ; et si ce sont là de bonnes et de saintes pratiques, il faut que la religion qui les combat , soit mauvaise , et reprouvée de Dieu.

Continuons à examiner d'autres miracles rapportés dans mon écrit. Vous y trouverez aussi peu de prise , pour qu'ils puissent être révoqués en doute. J'ai produit un extrait de

(1) S. Aug. Lib. 9. Conf. c. 7. — Lib. 22. de Civit. Dei. c. 8.

(2) Slatimquc subik veluti cujusdam ardor prasagii. Ep. 23. T. 2. png. 874.

la lettre ducélèbreNieétiUs, évoque de Trêves à la reine Clotoswinde (l). Il y parle, d'énergumèues élevés en l'air, de lépreuxguéris,de sourds et de muetsentendant etparlant li brement, d'aveugle^nés voyant parfaitement clair après avoir fait leurs prières au tombeau de saint Martin , de saint Germain , de saint Hilaire, ou de saint Loup (2). C'est dans une lettre, qui devait être montrée à Alboin roi des Lombards engagé dans l'arianisnte ; c'était pour le presser parla considération de ees miracles de se convertir à la religion catholique; la lettre devait être exposée à la critique des évêques ariens; elle était accompagnée d'un défi qu'on leur donnait de faire voir rien de semblable dans leurs Eglises. À moins que Nicétius, un des plus grands évêques des Gaules, n'eût absolument perdu l'esprit et le jugement, pouvait-il écrire ces faits , et les assurer au point qu'il laissait? Que l'Anonyme nous dispense de regarder ce grand homme comme étant tombé ou en démence, ou en nlé!ire,au moment qu'il écrivait cette lettre. 11 nous parait que ce serait porter ia complaisance un peu trop loin ^qweée le penser ainsi , uniquement pour faire plaisir à notre Ano* nyme , et parce cpe sans cela il s* trouverait trop incom» modé d'un témoignage de cette nature. Telle complaisance serait injuste , et déraisonnable, et il ne doit pas l'exiger de nous. \

Prenez lapeàuedexglkie ce que fat marqué du tombeaude sainte Eupiiémîe, comme Pévèque s'y transportait de temps en temps avec un grand nombre de personnesde distinction pour y recueillir «ne grande quantité de sang caitté, incorruptible, d'une couleur «vermeille, et d'une odeur exquise, que l'on distribuait à une inanité de gens» et qu'on envoyait dans les provinces les plus éloignées comme un «excellent remède pour toutes sortes de maladies (3)*

C'est l'historien Evagre, qui rapporte cette merveille, ajoutant, que les miracles, qui se faisaient au tom-

(1) Lettre sur l'Invocation des Saints , pag. 512.

(2) Tom. 5. Con. Labb. pag. 835.

(5) Lettre sur l'Invocation des Saints , pag. 210*

beau de la Sainte , étaient si publics , qu'aucun chrétien* ne les ignorait (1). Notre Anonyme , qui traite Evagre d'esprit crédule (2), devait réfléchir , qu'attester les chrétiens de toute la terre, raconter une merveille comme se passant à la vue de tous les magistrats , de tout le clergé , tandis qu'il n'en est rien, n'est pas le langage de la crédulité, mais le langage de l'impudence , ou de la folie la plus insigne. Or , que nous a fait Evagre pour le soupçonner , ou l'accuser de tels excès ? Encore un coup que l'Anonyme cesse d'exiger de nous de si grandes complaisances en nous demandant, que pour le mettre au large, nous nous formions une idée si désavantageuse d'un écrivain célèbre d'ailleurs parmi les historiens ecclésiastiques.

Mais, nous dit notre antagoniste, toujours admirable dans ses réflexions , quand il entreprend de combattre nos miracles : « On sait assez peu de chose de la vie de sainte « Euphémie selon le sentiment même de monsieur Tille- « mont (3); » puis citantes paroles de cet auteur : « Ce n'est « pas que nous n'en ayons plusieurs histoires assez longues, « et assez remplies de miracles ; mais les miracles mêmes , c< quoiqu'ils puissent avoir été crus depuis bien des siècles, « paraissent moins tenir de la vérité que de la fable. » Après quoi notre esprit fort ajoute en parlant de moi : « Que l'Anonyme déclame donc ici contre M. de Tille- « mont écrivain si estimé de l'Eglise gallicane (4). »

Ne diriez-vous pas, Monsieur, que nous avons tiré le miracle du sang caillé de la vie et des actes de sainte Euphémie? admirez, s'il vous plaît, ce raisonnement: « On « sait assez peu de chose de la vie de sainte Euphémie- « les actes , qui en parlent sont pleins de fables <*t de mite racles très suspects; donc le miracle rapporté par Eva- « gre avec des circonstances si remarquables ne mérite « aucune créance. » Le raisonnement est d'autant plus

(1) Àc miracula quidem quœ subindé patrantur à sanctissimA virgine, nota sunt omnibus christianis. Lib, 2. c. 3. Ed. Val. p. 287. (9) Anon. pag. 40. — (3) Id. Ibid.

(4) Tillem. T. 5. p. 405.

BÉPOIfSE A UN ANOiNYME. al 7

singuliers, que M. de Tillemont marque expressément, qu'au rapport des historiens grecs l'empereur Maurice doutant de ce sang miraculeux, en fut lui-même témoin, après avoir pris toutes les sûretés possibles pour n'être pas trompé (1).

Fiez-vous après cela aux citations d'un homme , qui par de mauvaises conjectures prétend faire dire à un auteur tout le contraire de ce qu'il dit effectivement» et ce qu'il appuyé même de plusieurs témoignages. Ce ne sera donc pas contre M. Tillemont que nous déclamerons ; ce sera contre le mauvais raisonnement et contre les mauvaises ruses du docteur de Schaffouse , du moins aurons-nous très grand sujet de le faire.

Il me serait aisé d'établir avec la même solidité la certitude de tous les autres miracles rapportés dans mon écrit ^ mais le peu que je viens de dire poura faire juger du reste. Je sens trop la nécessité d'abréger pour ne pas m'y rendre ; ainsi je me contenterai de vous faire remarquer ici les plaisants stratagèmes dont l'Anonyme se sert pour affaiblir la créance de nos miracles. Il ramasse d'abord dans des légendes de nulle autorité, dans les vies de Saints composées par des auteurs qui avaient beaucoup plus de piété que de critique , beaucoup plus de zèle pour la gloire de leur Saint que de discernement, une grande quantité de petits faits merveilleux propres à fatiguer la foi (2). C'est un loup guéri de la rage par saint François, et qui lui donne ia patte pour lui promettre qu'il ne mordra plus personne; c'est une brebis qui par ordre de saint Patrice se met A bêler dans le ventre de celui qui l'avait mangée et volée ; c'est un veau rétabli sur ses quatre pieds, après que le pauvre homme à qui le veau appartenait , en eût régalé saint Germain et ses compagnons, la peau et les os s'étant réunis et remplis de chair à la prière que fit le Saint, de sorte que le veau parut tel qu'il était auparavant ; ce sont des oiseaux excommuniés par frère Eollus, pour s'être rendu incom-

(1) Tillem. T. 5. p. 411.

(2) A non. pag. 47 et 48.

S 18 TREIZIÈME LETTBE.

modes dans un bois où il faisait oraison, et qui depuis ee temps-là n'approchèrent plus de ce bois; ce sont encore de petits oiseaux rôtis sfenvolant d'un plat à un signe de croix que le frète Ànania fit sur le plat, en témoignant se repentir de la friandise qui les lui avait faRapprétor* etc.

Quoique lien ne seitiinpossibleà Dieu, et que- plis on a d'esprit et moins <m doive pensera mettre des bornes à la puissance divine, et que d'ailleurs il soit très vrai queDieu a ftritsowventdes choses fort singulières et fort extraordinaires en favwr de ses serviteurs ,soit pour récompenser lew fei, soit pour Mimer cette <te* autres fidèles, iè &ut pourtant oettventr que le reert de» laits ai peu vraisemblables , étonne et révolte plus de gens<fti'il «ten édifie r et que plus l'événement es* extraordinaire, plus: il » besoin de garante pour mériter d'être cru»

Or, ce son* de* miaules de cette catégorie r axanoâs por dea auteurs sas» nom 7 qjui no son* avonés de: personne et dont ai est tess permis de rejeter l'autorité sans s'exposer a rendresa foi suspecte : ce son*, dis-jet des mirndas.de cette espèce qpae PÂnonyme oppose à ceux que j'ai tirés de l'Histoire ecclésiastique, et que j'ai rapportés sur le témoignage des Pères les pins éclairés qui ont pris toutes les précautions possibles pour n'être pas trompés, et qui sont également à couvert du soupçon d'avoir voulu, tromper personne.

Que dites-vous, Monsieur, du généreux effort de l'Anonyme? n'y a~t*il pas là de quoi nous terrasser? vraiment oui, qxe les catholiques se Vantent après cela de trouver dans des miracles éclatants la preuve de l'approbation que Dieu donne par lui-même à l'invocation desSaûats , on leur a bien lait voir que tous ces miracles, dont ils font tant de brait, ne sont an fond que des contes puérils. Parlons plus sérieusement. Quoi donc? parce qu'il y a de fausses pièces de monnaie, n'y ena-t-il aucune de bon aloi? vous savez-, Monsieur» qu'il y a eu des imposteurs qui ont fabriqué de faux Evangiles, qu'ils ont taché d'accréditer en leur donnant le nom de quelque Apôtre. Conclura-t-on de là que nous devons rejeter nos quatre Evangiles, et que nous ne pouvons les regarder comme des livres divins, parce qu'il

RÉPONSE A UN AHONYKB. 5 19

s'en est trouvé qui étaient supposés ? A quoi ne mènent pa*. les beaux raisonnements de l'Anonyme ? et que font-iU voir , sinon qu'il a compté su* l'imbécillité de son lecteur, espérant faire tomber tous les miracles da«s le mépri» par le soi» qu'il s'est donné d'en ramasser un grand nombre qui ont tout l'air de fictions et de» fables; mais la ruse est trop grossière pour que te? gens d'esprit s?y laissent prendre»

Que fait encore FAifonyme peur décréditer nos miracles? il entreprend de rendre douteuses tes reloues qui en ont été l'instrument ou Foccaâon* celles de saint Etienne, en formant des difficultés sur l'histoire de le^h* découverte et sur cette de leur translation en Afrique (1 ) ; celles de saint Gervaisetde saint Protais , en* disant que puwquton n'a aucune connaissance ni de la personne, ni de lu vie> ni des moeurs, ni du martyre de ces demi Sainto* lenra iteii-* que* ne peuvent être que très incertaines (*>? celles dn sang d» saint Janvier r en prétendant qu'en peut dftnteirslit y 8 jamais eu un évèque et martyr de ce imnm *» vu qu'il ne s'en trouve presque aucune trac» dans l'antiquité^ et que les actes qu'on a de lui ne sont dfaueutie autorité, ayant été écrits dans un siècle fabuleux y qne ses relique* sont eneore plus douteuses, pour avoir été taansferéea tanr tôt à Bénévent , tantôt à Pouzoles , tantôt à Naptes (3).

Notre pyrrhonien outré n'est-il pas admirable? Esfree donc que la voie de Dieu,, qui s'explique de la manière la plus éclatante par les effets d'une puissance tonte divine* ne lui suffit pas pour le rassurer? Le presse Lucien déclare devant son évèque qucGamaliev qui » enterré saiat£tienne lui a apparu en songe, et qu'il lui a Appris le tombeau de ce premier martyr en lui indiquant le&marques auxquelles il le reconnaîtra.. Saint Ambrasse et saint Augustin disent qae Dien a fait connaître par révélation le lien où reposaient les corps de saint Gervais et de saint Protais. Jusquelà qu'il nous soit permis de douter de la vérité de l'apparition et de la révélation ; doutons enenre également de la

(1) Anon. p. 37. — (2) Id. p. 58. — (3) M. pv41.

vérité de ce qui est marqué dans les archives de l'église de Naples touchant le sang de saint Janvier. Mais il s'opère une très grande quantité de miracles par l'attouchement des reliques qu'on regarde comme étant de saint Etienne, de saint Gervais et de saint Protais. C'est saint Ambroise c'est saint Augustin qui nous assurent de ces miracles; ils ont un million de témoins de la vérité de ce qu'ils écrivent pour en instruire la postérité. On voit encore de nos jours dans le sang de saint Janvier un bouillonnement merveilleux qui ne pput être l'effet de la nature. Je demande à tout homme sensé si ce n'en est pas là assez pour assurer la vérité de l'apparition et de la révélation , et des attestations qui sont dans les archives; et si, dès là, même ce n'est pas le témoignage le plus éclatant et le plus irréfragable qu'on puisse désirer en faveur de toutes ces reliques. Ce n'est donc pas l'incertitude de l'histoire de leur découverte ou de leur translation, qui doit faire douter des miracles qu'on voit de ses yeux, ou qui sont attestés par des témoins irréprochables et non suspects : ce sont des miracles aussi certains que ceux qui ont été rapportés, qui doivent dissiper tous les doutes qu'on pourrait former sur les reliques. C'est ainsi qu'on conçoit les choses quand on consulte le bon sens et qu'on ne cherche pas à chicaner sur tout, en portant le raffinement de la sagesse au delà des bornes de la sobriété.

Mais , à propos du sang de saint Janvier, l'Anonyme nous assure qu'un « chanoine de la métropolitaine de Naples, « autrefois missionnaire apostolique, lui a fait serment « qu'il a vu de ses propres yeux la fraude qui se commet « lorsqu'en feignant le miracle de la liquéfaction du sang, « un prêtre bien adroit substitue à la fiole où est le « sang endurci une autre toute semblable remplie récem- « ment d'un sang frais et liquide, qu'il approche du chef de « saint Janvier (1).»

A cela je dis qu'un homme qui fabrique des textes de l'Ecriture et qui suppose des passages des Pères, peut bien

(y Aoob. p. ^t> • i

BÉPONSE A UN ANONYME. 521

aussi prêter à un chanoine italien un serment qu'il ne fit jamais; que l'on nous dispense d'en croire l'Anonyme sur sa parole. Je dis en second lieu, que si ce chanoine italien a fait effectivement ce serment , il faut que ce soit un misérable apostat, qui, pour gagner la bienveillance du docteur de Schaffouse, aura cru devoir relever le mérite de son apostasie par un parjure. Or, nous ne recevons pas la déposition de telles gens, elle nous parait trop suspecte; après un premier sacrifice qu'ils ont fait de leur Ame au père de la révolte et du mensonge, il ne leur coûte rien d'en faire un second et un troisième.

Le miracle de la liquéfaction et du bouillonnement du sang de saint Janvier est si authentique, que l'Eglise en fait mention dans les leçons de l'office qu'elle fait réciter à tous tes prêtres du monde au jour de sa fête. Le Père Putigani, jésuite , a donné au public un livre sur la vérité et les particularités de cette merveille. Un miracle qui se renouvelle si souvent à la vue d'une infinité de gens qui l'observent avec les yeux les plus attentifs, ne peut être l'ouvrage delà supercherie; il est ridicule de supposer à tant de monde et pendant tant de siècles un éblouissement si uni* versel, qui serait encore plus merveilleux que la merveille même. Si l'Anonyme (doute encore de la réalité de ce mi* racle; qu'il lise ce qu'en ont dit les auteurs des Mémoires de Trévoux au mois de janvier 1726, et il verra qu'il ne peut y avoir que de l'imprudence à le contester.

Pour ce qui est des corps de plusieurs Saints et Saintes, l'Anonyme a prétendu y satisfaire en nous disant « qu'il a « vu lui-même des corps de soldats enterrés il y a cent ans « dans une crypte sous la sacristie d'une église de Brème « entièrement conservés, et d'une' consistance à toute « épreuve (1).» Mais cela répond-il à la demande que j'ai faite , si des terres pleines de sel et de nitre peuvent traiter différemment les corps des justes et des pécheurs, si elles ne conserveront pas également les uns et les autres (2)? cela répond-il à ce que j'ai dit du corps de sainte Magdeleine

(1) Anon. p. 40.

(2) Lettre sur l'Invocation des Saints » pag. 915.

522 TfifilZIÉMfi LETTRE.

dePazzi, qu'on voit avec la consistance] la fraîcheur, le coloris et la flexibilité que donne la vie , de sorte qu'à considérer son airet sa situation, on dirait que c'est une personne qui dort tranquillement et non un corps sans âme (i)« Notre anonyme a-t-il vu des corps morts de soldats, de cette façon? ne peuUon pas dire du corps de cette Sainte oe que L'Ecriture dit de celui d'Elisée» qu'il prophètùa gprèê #* mort (2>* En effet, ce corps, dans l'état oà il est, ne Éaifc-il pas une eoceeUento controverse à toutes les sectes séparées de l'Eglise romaine? Controverse dans laquelle il leur apprend que l'Âme qui est détachée de ce corps jouit présentement de la gloire des Saints» qu'elle y est parvenue pat l'attachement* qu'elle a en à ht foi catholique et par les saintes pratiques de la religion qu'elle a professée, et que Dieu agréé les prières qu'on vient faire & son tombeau?

Que ne pourrais-ji* pas direici du corps de saint Xavier, i'apêftr* des Indes et du Japon.9 II fufc mi», dan» une caisse de chaux vive , afin que les chairs étant consumées, on put plus aisément transporter se» os de lf sjede Saacian où le corps était mort; six semaines aprèst, le corps fut trouvé aussi frais et aussi entier que s'il eût été encore en vie. Ayant été remis en terre à Malaea, il en fut tiré après y être resté cinq mois, sans que l'humidité de la terre l'eût altéré le moins du monde. On trouva même le linge qui avait été mis sur son visage teint d'un sang vermeil , et une plaie qu'on lui avait faite aussi fraîche que si elle venait d'être faite* et quand le corps eut été transporté à Goa, on le laissa pendant trois joursà découvert pour la consolation des habitants; onl'évigea même en pied afin qu'ils le pus* sent voir plus commodément. Us pied ayant été endommagé par l'indiscrétion df une femme, on vit aussitôt couler le sang en abondance* mai» un sang, vermeil et tel qu'en ont les personnes les plus saines, speetaele dont toute la ville de Goa fut témoin, non sans en être vivement frappée.

(1) Lettre sur l'Invocation des Saints, pag. 21 G.

(2) Mortuum prophetavit corpus ejus. Eccli. 48. 14. i

RÉPONSE A DR AnORYMB. 523

nous fasse voir te corps de quelque minis- 'iieu ait Tait également éclater les merveilles

sa miséricorde, dit-il avec son sel et sa politesse ordinaire , à M. le théologien, il ne ait pas l'urtde te , il est visible que 1s plupart des miracles sont pas une suite d'une invocation pressée •iv S aints. Nous torons qu'une grande tjt attribuée qu'a 11 vertu et 3 l'attouchement I comme sont ceux que saint Augustin rapv C'est la troisième difficuté de l'Anonyme s»r I miracles. Voyons si nous tarons autant de >ndre, qu'il témoigne avoir de peineaainV rendre la justesse d'un raisonneusenteur ignore dune, ou tait semblant d'ignorer niracles qui ont été rapportés , l'Usage inder les prières des saints Martyrs en r*v*lîques. Saint Grégoire de Nysse ne marquemes exprès que Ceux qui considéraient les désaints Martyrs, les priaient en même temps intercesseurs auprès de Dieu [a) ? Saint Bfliilr 1 pas la même chose de ceux qui allaient foire s au tombeau de» quarante Martyrs? saint A«on vieillard de Florent, qui courut» l'église do» rspour leur demander le secours de leur inM» int.Chrysostome, de ceux qui m rendaient amV des reliques de sainte Bemioeel de sainte Pswtriant d'être leurs patronnes ?

Il est clair par tous ces faits qu» l'rnTOcetion awxmnwgtlttit toujours, OH du moins très ordinairement la -vesteration des reliques- Je dis mémo qae lorsque l'Invocation u*éfait posai expresse, l'honneur ;qn' an rendait aux renques était une espèce d'invocation tacite, puisque c'était

(t) Anoa. pag. Kl.

(1) tt pn> iptù dapneauu intercédât, supplia» precei ofl«r»m. In Oral. deS. Theodot. T. 9. p. 580.

marquer au Saint le désir qu'on avait de se procurer ses prières et sa protection. Dieu ne pouvait donc autoriser par des miracles le culte qu'on rendait aux reliques , sans autoriser en même temps l'Invocation des Saints, qui en était la suite ou l'accompagnement ordinaire. Il savait fort bien que l'effet le plus naturel de ses merveilles était d'exciter et d'augmenter la confiance que les peuples avaient aux prières des Saints j si la demande qu'on faisait de leurs prières lui eût déplu, ils se serait bien gardé d'entretenir et de fomenter par de si étonnants prodiges une pratique damnable.

Sans doute, Monsieur, que vous ne trouverez pas ce rai. sonnement difficile à comprendre. Si l'Anonyme n'a pu en voir la justesse , il ne doit pas s'en prendre au théologien , comme ne sachant pas l'art de raisonner juste; qu'il s'en prenne plutôt à des lumières trop bornées, qui l'empêchent de voir jusqu'où porte la preuve que nous tirons des miracles faits dans telles et telles circonstances.

a La victoire de l'empereur Théodose, ajoute l'Anonyme, « est attribuée par Théodoret aux prières qu'il fît à « Dieu (1}.»

Cela empéche-t-il qu'il n'en fût aussi redevable à l'intercession des Saints qui s'intéressent à la lui procurer auprès de Dieu P Ruffin ne marque-t-il pas que Théodose commença par visiter les églises de Constantinople accompagné d'un bon nombre de prêtres et d'une grande suite de peuple, et que revêtu d'un cillce il se prosternait devant les tombeaux des saints Apôtres et des saints Martyrs, demandant par leurs intercession le secours dont il avait besoin contre son ennemi (2) ? Et quand Théodoret rapporte qu'à la veille du combat Théodose vit en songe venir & lut deux hommes bien armés et parfaitement bien montés, dont l'un était l'apôtre saint Jean, l'autre l'apôtre saint Philippe , se disant envoyés de Dieu pour combattre avec

(1) Anon. p. 51.

(2) Jacebat cilicio prostratus et auxilia sibi fida Sanclorum intercession© poscebat, Rnffin , lib. 2. c. 33. Ed. Frob. p. 2G2.

lui, qui ne comprend que ce fût là l'effet des prières qu'il avait adressées aux saints Apôtres , et que Dieu voulut lui marquer par cette vision qu'à la sollicitation de ces puissants intercesseurs il lui préparait une grande victoire (1) ?

« Les guérisons, poursuit l'Anonyme , qui ont été faites , « selon le rapport de Sozomène , dans l'église prétendue « de saint Michel, n'étaient pas la suite de l'invocation de « cet archange; car l'historien dit : Precibuë il lie ad « Deum fusit malts liberati sunt ; que plusieurs y ont « été délivrés de leurs maux, après y avoir fait leurs « prières à Dieu (2). »

Je comprends aisément que ceux qui allaient prier dans cette église pour y être délivrés de leurs maux , faisaient leurs prières à Dieu ; mais ces prières étaient présentées par l'archange saint Michel, elles étaient soutenues de son intercession. Car pourquoi se croyait-on plutôt exaucé en ce lieu qu'en un autre, si ce n'est parce que saint Michel y ayant paru sous une forme visible, on le croyait disposé à employer son crédit en faveur de ceux qui viendraient y exposer leurs besoins ?

Je remarquerai en passant que l'Anonyme me prête « d'avoir dit faussement que cette église était consacrée « à saint Michel (3).» Prenez la peine, Monsieur, délire l'endroit où j'en ai parlé (4), vous n'y trouverez pas le moindre vestige de cette expression; je me suis contenté d'appeller ce lieu l'église de saint Michel» et comment l'Anonyme traduirait-il autrement le mot Michaelium? mais c'est qu'il a voulu avoir lieu de nous débiter sa belle doctrine sur le concile de Laodicée. Rien de juste ni d'exact dans ses observations , ni dans ses reproches.

« Le sang qui coulait du tombeau de sainte Euphémie , « l'odeur exquise qui en sortait(c'est toujours l'Anonyme qui « parle) que cela fait-il pour établir l'Invocation des Sai nts(5) ?

Le voici : ces merveilles rendaient le tombeau de la Sainte

(1) Theodorel. Lib. 5. cap. 24. — (2) Anon. p. 51. — (3)Id. p. 59. —(4) Lettre sur l'Invocation des Saints, pag. 209. —(5) Anon. p. 51 .

526 TREOIÉMK LETTfiE.

très célébra , «lies excitaient la confiance du peuple en son crédit et le portaient à lui adresser des prières et des vœux, eommeEvagne le manque expressément,endisattt qu'il y avait dans l'église une tribune élevée , d'où Mon priait commodément la Sainte (1). Si c'étaient là des prières superstitieuses et déplus injurieuses h Dieu et à Jésus-Christ , qui ne voit que l'effet de ces merveilles eût été de nourrir la superstition du peuple etd'autoriser les outrages bits à Dieu et à Jésus-Christ? Dieu eafcil capable d'employer sa puissance à tels usages? Donc les prières adressées aux Saints n'ont rien de blâmable,, et qui plus est , *c'est que Dieu a témoigné les agréer très fort en les autorisant pat de si grandes merveilles.

a Ntcétius rapporte les miracles faits «dans ^église deaaint « Martin , ad Deummùtrwntem, au Dieu de Jniséricjor- « -de >(&)•»

Vraiment il n'avait garde de les rapportera un Dieu courroucé. Il dît que des «veugies de naissance retournaient par la miséricorde de Dieu à la maison « vouant parfaitement clair; Deo miserante cœcos ilhtmimttas conspicimus , et ad propria sanos reverti vidtmus (3). N'était-ce pas véritablement un grand effet de la miséricorde divine de ce que Dieu écoutait si favorablement les prières qui se faisaient au tombeau de saint Martin? Mais pourquoi obte- «taitHen des faveurs si singulières dans cette église et non ailleurs, si ce n'est parce que Dieu voulait marquer la considération qu'il avait pour ce Saint, et combien son intercession qu'on venait réclamer était puissante et efficace?

« Que les corps -des Saints restent sans corruption , que « la langue de Jean de Nepomuoèoe reste encore en son h entier, s'ensuit-il donc, ergoSanctiêuntitivoc&ndi{£)?

(t) Super hÎR est ccenaculum suhlime, ex qno licet io qui «okicrint Martyri supplîeare etsacris intéresse mysteriis * life. ?. tbap. 3.

(2) Anon. pag. 51.

(5) Tora. 5. Conc. Labb. pag. 85o.

(4) Anon. pag. 51.

Oui, M. le docteur de Schaffouse, il s'ensuit qu'il est très utile d'invoquer les Saints; car Bien déclare par des effets si extraordinaires que ce «ont là ses amis les plus distingués, et qu'ils ont un crédit spécial auprès de lui. Sachant que plus il se plaît à relever la gloire de ses Saints, pi us le peu pie chrétien a de confiance en leurs prières; si telle confiance était ou inutile ou pernicieuse dans ses effets, il n'aurait garde sans doute de l'exciter, ni de l'entretenir par une continuation de merveilles. Voilà ce que nous dît la langue de saint Jean Nepomueène , fraîche et entière; nous entendons parfaitement ce langage, si l'Anonyme ne l'entend pas , c'est qu'il a l'organe de fouie mal affecté.

a Eh bien ! dit l'Anonyme en dernier lieu , que ceux « qui invoquent les Saints, le faisant de bonne foi, soient « guéris et exaucés : s'ils joignent cette Invocation des « Saints à celle de Dieu pour ne la rendre pas tout à fait « criminelle , faut-il donc après rapporter le miracle à « l'Invocation des Saints plutôt qu'à lf nvocation de Dieu « même , qui est seul l'auteur des miracles , Dieu pouvant « pardonner une erreur de prévention et de préjugé « d'enfance à un cœur de bonne volonté et qui n'erre pas « à dessein P (1) »

Notre Anonyme ne cessera-t-il donc jamais de chicaner? On dirait qu'il ne sait plus de quoi il s'agit; ceux qui invoquent les Saints, que font-ils autre chose que de les prier d'intercéder pour eux auprès de Dieu? n'est-ce pas là véritablement recourir à Dieu, et que peut-il y avoir en cela de criminel? Il est vrai que ceux qui prient les Saints ne manquent guère d'adresser en même temps leurs prières directement à Dieu ; mais il n'est pas moins vrai que s'ils ne priaient que Dieu seul , il arriverait assez souvent que pour de bonnes et justes raisons ils n'obtiendraient rien ; Dieu accorde aux prières de ses serviteurs chéris ce qu'il n'accorde pas toujours aux prières de tous ; il se plaît à glorifier ses Saints , à rendre témoignage à leur vertu et à leur sainteté, à faire connaître le crédit

(l) Anon.pag. 51.

qu'ils ont auprès de lui , et cela, pour la gloire de soii Eglise et pour exciter les fidèles à les imiter. On juge que Dieu agit conformément à ces vues, lorsqu'on obtient l'effet de sa prière en la faisant en certains lieux plutôt qu'en d'autres, et en associant les prières d'un Saint à celles qu'on faisait auparavant sans effet*

Pour ce qui est de Y erreur de prévention que Dieu pardonne à un cœur de bonne volonté' agissant de bonne foi, l'Anonyme ne prend point assez garde à ce qu'il dit ; car si Dieu fait tant que d'accorder des grâces miraculeuses à ceux qui invoquent les Saints, ce n'est pas seulement leur pardonner leur erreur, c'est l'autoriser , c'est en quelque façon y souscrire de sa propre main , ce qui répugne infiniment et à sa sainteté et à l'amour inviolable qu'il a pour la vérité ; mais l'Anonyme aime mieux mettre en avant les raisonnements les moins arrangés et les plus mal imaginés , que de se rendre à la voix de Dieu qui s'explique si hautement en notre faveur.

Il va jusqu'à prétendre que quand nous aurions de notre part les miracles les plus avérés , et qu'ils seraient incontestablement la suite ou l'effet de l'Invocation des Saints, nous ne pourrions néanmoins en tirer aucune preuve en faveur de cette pratique ; pourquoi P « parce que , dît-il , « les miracles en fait de religion ne prouvent absolument « rien (1). C'est la dernière de ses propositions selon l'ordre que je lui donne , quoiqu'il l'ait placée d'abord à la tête de toutes celles qui regardent cette matière.

N'est-il pas étonnant que des gens qui se piquent de suivre l'Ecriture partout à la lettre, ne craignent pas d'avancer des paradoxes qui lui sont si formellement opposés, et que pressés par des arguments non moins propres à frapper les sens que la raison , ils n'aient d'autre ressource que de contredire en face les livres sacrés ? Le Sauveur ne dit-il pas aux Juifs que les œuvres merveilleuses qtûil faitaunom de son Père rendent témoignage de lui (2) ? que s'ils ne veulent point croire à ses paroles, ils doivent croire

(1) Anon, pag. 28.

(2) Joan. 10. 25.

du moins â ses œuvres , et qu'ils connaîtront que le Père est en lui et qu'il est dans le Père (l). Que s'il n'avait fait des œuvres que personne n'a faites avant lui, tisseraient exempts dépêché (2). Quoi de plus aisé aux Juifs que de se mettre à couvert de tous ces reproches, s'il est vrai que « les miracles ne prouvent absolument rien « en fait de religion ? » dès là même les voilà parfaitement disculpés.

Au compte de l'Anonyme, les disciples du Sauveur n'étaient point assez fondés à croire en Jésus-Christ pour lui avoir vu changer l'eau en vin aux noces de Cana (à), et c'était en eux faiblesse d'esprit de s'attacher à lui sur des signes si équivoques. Le Sauveur prouvait très mal à Jean qu'il était le Messie, en lui envoyant dire : Les aveugles voient, les boiteux marchent , les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent (4). L'aveugle-né , dont saint Jean se plait à rapporter le raisonnement jusqu'à la moindre parole , n'omettant rien de ce qui peut en faire sentir la justesse et la force , n'aura raisonné dans le fond que d'une manière pitoyable , en concluant que celui dont la puissance lui avait ouvert les yeux devait être l'envoyé de Dieu (5). Ceux qui suivirent Jésus-Christ par troupes , après avoir appris le miracle de Lazare ressuscité (6) , étaient de bonnes gens , qui ne voyaient pas le peu de justesse de la conséquence qu'ils tiraient d'un fait de cette nature. L'apôtre saint Paul s'y prenait fort mal pour autoriser sa mission et son apostolat , en disant aux Corinthiens: C'est parmi vous qu'ont paru les preuves de mon apostolat , par des miracles 9 par des prodiges et par des effets extraordinaires de la puissance divine (7). Telles sont les suites du beau principe de l'Anonyme , que « les miracles ne prouvent absolument rien en a fait de religion. »

A quelles extrémités ne se porte-t-on pas , quand pressé par la force de la vérité , on a résolu de lui échapper par

(1) Joan. 10. 38. — (8) M. 15. «4. — (3) Id. 2. 41. — (4) Mattb. 11. 5. — (5) Joan. 9. 30. — (6) Id. 12. 18. — (7) 2. Cor. 12. 12. TOM. IT. 34

quelque issue que ce puisse être ? Suffi f a-t-il donc toujours à nos adversaires de crier bien haut à l'Ecriture , tandis que dans leurs défenses ils s'en écartent visiblement?

« Mais , nous dit l'Anonyme , nous sommes avertis que « l'Antéchrist fera des miracles (1) ; le Sauteur nous re- « commande de nous tenir en garde contre lés faux Pro- « phètes , qui en feront de si grands que les élus mêmes » seront en danger d'être séduits (2). C'est donc unemau- <c vaise preuve que celle des miracles (S).

Voici en deux mots ce qu'il y a à dire sur ce sujet, et ce qui servira en même temps de réponse à l'objection. Tant qu'il est douteux si les faits extraordinaires et supérieurs aux forces dé là nature , sont des prestiges du démon ou dés effets dé la puissance divine, il est Vrai qu'ils ne prouvent rien. Mais si l'on ne peut soupçonner que Satan y ait aucune part , et que ce soient indubitablement des œuvres de la main du Très-Haut , il est visible que ce sont pour lors des attestations de Dieu même , données de sa main, scellées pour ainsi dire de son sceau , et qui par conséquent ne peuvent servir d'appui ni à l'erreur, ni au mensonge.

L'Antéchrist et les faux Prophètes feront des prodiges extraordinaires et qui auront tout l'air de miracles , j'en conviens ; mais quelque merveilleuses que doivent être leurs œuvres , on pourra toujours y soupçonner de l'illusion et de l'enchantement, parce qu'elles seront de nature à ne pas passer le pouvoir de l'esprit infernal ; et comme la doctrine de l'Antéchrist sera évidemment mauvaise et impie , on en conclura très légitimement que tous les prodiges sortant de sa main ne sont que des opérations magiques.

Il n'en est pas ainsi des merveilles faites aux tombeaux des Saints, ni de toutes celles que nous regardons comme ayant été l'effet et le fruit de leur invocation. On ne peut soupçonner ces merveilles d'avoir été opérées par le mi-

(1) 2. tfhess. g. 9. — (2) MotÉh. 24. $4. (3) Ahon. pag. 30.

nistère du démon : 1* Parce qu'il y en a beaucoup qui sont au-dessus de ses forces, toutes ses artificieuses pratiques et industries ne pouvant aller jusqu'à faire revivre un mort; ni à rendre la vue à un aveugle; 2° parce que les saints Pères qui nous rapportent ces miracles et qui souvent en ont été les témoins oculaires, ont bien eu assez de discernement pour pouvoir démêler les prestiges du démon d'avec les véritables miracles ; on ne peut croire prudemment qu'ils s'y soient mépris, bien moins encore qu'ils aient été d'intelligence avec l'enfer pour avoir voulu accréditer des œuvres diaboliques ; 3* les illusions et les enchantements de l'Antéchrist ne dureront tout au plus que trois ans ; la séduction sera courte et passagère , et il n'y aura guère que les mauvais chrétiens qui s'y laisseront surprendre , au lieu qu'il y a quatorze à quinze siècles , à notre connaissance , que les grâces miraculeuses s'obtiennent en invoquant les Saints ; cette invocation a été constamment pratiquée par les personnes les plus parfaites et les plus vertueuses. Si Dieu a permis à Satan l'usage de son malin pouvoir pendant tant de siècles , en connivant à la séduction de tant de gens de probité qui croyaient bien faire , quelle idée nous restera-t-il de sa providence ?

Enfin le démon n'y trouvait pas son compte pour se donner de si grands mouvements ; car de quoi s'agit-il dans cette affaire P il s'agit de demander les prières des amis de Dieu , de bénir Dieu du crédit et du pouvoir qu'il leur a donné , de sentir naitre dans son cœur une sainte émulation d'imiter de si grands modèles. Qu'y a-t-il en tout cela qui avance le dessein de Satan , ou qui puisse l'intéreser si fort à se mettre en action, comme il s'y mettra quand il s'agira d'appuyer les projets de l'Antéchrist , qui ne pen*sera qu'à établir son règne sur les ruines du christianisme?

C'est pour toutes ces raisons qu'on ne peut ici recourir aux profondeurs de Satan pour y trouver un dénouement à nos miracles ; donc il est nécessaire d'y reconnaître la main de Dieu ; donc les faveurs miraculeuses obtenues par ceux qui ont invoqué les Saints, sont une excellente preuve en faveur de l'Invocation.

Pour ce qui est des passages de saint Augustin que l'Anonyme cite contre nous, prétendant faire voir que ce Père n'a fait aucun cas de la preuve tirée des miracles (1) , j'ai déjà remarqué qu'il avait à faire aux donatistes qui ne ces* saient de se vanter de beaucoup de miracles et de visions , et qui en abusaient pour se rassurer dans leur schisme. Saint Augustin ne jugeant pas à propos d'entreprendre la discussion de leurs miracles , crut devoir les attaquer par d'autres endroits plus efficaces par rapport à eux. Vous comprenez assez , Monsieur, que nous ne sommes pas dans le même cas. MM. les protestants ne se vantent pas d'avoir des miracles à produire contre l'Invocation des Saints, comme nous en produisons pour faire voir que Dieu s'est plu à l'autoriser. Quand sur ce sujet ils se croiront aussi forts en miracles que nous , alors nous penserons aussi à changer de méthode.

Du reste bien loin que saint Augustin ait cru devoir rejeter la preuve que nous tirons des miracles, il enseigne positivement que les hérétiques ont été condamnés et par l'autorité des conciles et par la grandeur des miracles. Ses paroles sont trop remarquables pour ne pas les rapporter ici tout entières. « Hésiterons-nous , dit-il , à nous renferme mer dans le sein de cette Eglise , qui de l'aveu du genre « humain a reçu du siège apostolique le comble de l'auto- « rite par la succession des évêques malgré les aboiements « des hérétiques , condamnés en partie par le sentiment « du peuple , en partie par le poids des conciles , en partie « aussi par la grandeur des miracles? Car refuser de se « soumettre à cette autorité , ce ne peut être que l'effet « d'une impiété sans bornes, ou d'une arrogance sans « jugement (2). » Que l'Anonyme médite bien ces paroles , et qu'il voie s'il y trouvera son apologie.

(1) À non. pag. 29.

(2) Et dubitamus nos ejus Ecclesiae gremio condere, que ad confessionem generis huraani ab apostolicâ sede per succession» episcoporum frustra haerelicis circumlatrantibus, et partim plebis ipsius judicio , partira conciliorum gravilate , partim etiam miraculorum majestate damnatis,

S'il désire en voir davantage sur le sujet des miracles, qu'il lise les savantes Lettres dogmatiques d'un théologien jésuite , écrites de Lyon à M. Turretin , ministre et professeur de Genève ; il y trouvera cette matière traitée avec beaucoup d'ordre, de netteté et de solidité. M. Turretin , quoique fortement sollicité d'y répondre, a cru devoir s'en tenir au parti du silence , comme à celui qui lui a paru le plus sage pour lui.

Je ne sais , Monsieur, si je me flatte ; mais il me paraît que j'en ai bien assez dit pour réfuter les cinq prétentions de l'Anonyme qui font toute la substance de son libelle. Il me paraît encore que j'ai plus de droit que jamais d'insister sur cette proposition avancée par moi , que l'Invocation des Saints n'est pas moins autorisée que l'Ecriture sainte ellemême. « Car enfin, disais-je, qu'est-ce qui nous oblige à « reconnaître les quatre Evangiles et les autres livres du « Nouveau Testament comme des livres divins et canoni- (c ques, si ce n'est la tradition constante de l'Eglise, le « consentement de toutes les nations chrétiennes à les rece- « voir pour telles , l'autorité de l'Eglise qui nous les gâte rantit comme dictés par le Saint-Esprit» et plusieurs « grands miracles qui ont été faits pour en attester la cé- « leste origine ? Or toutes ces preuves ne concourent-elles « pas également à prouver l'utilité de l'Invocation des « Saints (1) ? »

L'Anonyme a beau nous dire « que la tradition de l'E- (( glise la plus reculée soutient la Bible (2) » N'ai-je pas

cuimen auctoritatis obtinuit, cui nolle primas dare Tel suraraae profectô impielatis est, vel praecipitis arrogantis. Lib. de Utilitalc credendi. Ed. Froben. T. 6. p. 114.

(1) Lettre sur riDTOcaliou des Saints , pag. 221.

(2) Anonj pag. 53.

démontré qu'il en était de même par rapport à l'Invocation des Saints ? Quelle plus forte preuve peut-on désirer sur ce sujet , que la persuasion où ont été tous les Pères du quatrième et du cinquième siècle de l'ancienneté de cet usage ? y en a-t-il un seul qui n'ait été persuadé que pour en trouver l'origine il fallait remonter jusqu'au temps des Apôtres?

D'ailleurs il y a plusieurs écrits du Nouveau Testament , comme la seconde épître de saint Pierre > la seconde et la troisième de saint Jean , celles de saint Jacques et de saint Jude , l'Apocalypse enfin , qui au rapport d'Eusèbe n'étaient pas universellement reçus au quatrième siècle ; il se trouve même plusieurs témoignages qui leur sont positivement contraires (1). Ainsi le moins que nous puissions prétendre, est que la tradition qui autorise l'Invocation des Saints , n'est pas moins ancienne que celle qui garantit plusieurs livres saints reçus de MM. les protestants.

L'Anonyme ajoute que « la Bible n'a pas même besoin « des preuves de sa divinité , ab extra, étant soutenue des « caractères intérieurs et inébranlables qui la prouvent (2). »

Je lui demande si saint Augustin n'avait pas d'aussi bons yevx que lui pour découvrir ces caractères intérieurs et inébranlables ? ce Père n'hésite pas néanmoins à déclarer qu'il « ne croirait pas à l'Evangile , s'il n'y était déterminé « par l'autorité de l'Eglise (3). » Qu'il me soit permis de déférer autant à cette autorité , lorsqu'il s'agit de croire l'utilité de l'Invocation des Saints , que saint Augustin y déférait lorsqu'il s'agissait de croire la diyinité des livres du Nouveau Testament. C'est à cette occasion que je disais au magistrat protestant : « N'y a-t-il pas lieu de s'étonner que « vous insistiez si fort à nous demander des preuves tirées

(1) Euseb. Hist. Eccles. Lib. 3. cl. c. 24. c. 25.

(2) Anon. pag. 53. — Cela s'appelle en bon français , un vrai galimathias.

(3) Ego vero Evangelio non crederem , nisi me Ecclesiae calholicœ coinmoveret auctoritas. In Epist. fundara. cap. 5. Tora. 6. Edit. Froben. pag. H8.

ce de l'Ecriture sainte , tandis que tous nous voyez si J>ien « munis de celles dont la force concilie à l'Écriture même « toute votre déférence et tous vos respects (3) ? »

Mais, Monsieur, il est temps de penser à finir; je le ferai en vous priant de suggérer encore à ces messieurs » qui font l'objet de votre zèle, quelques courtes réflexions sur la nature et la qualité de l'ouvrage anonyme ; elles me paraissent bien propres à effacer toutes les impressions que cet écrit peut avoir fait sur eux.

Faites-leur remarquer en premier lieu , qu'en tout ce qui a été dit de part et d'autre , l'Anonyme et moi avons fait chacun un personnage fort différent. De ma part je me suis porté pour défenseur de l'Eglise, n'ayant eu en vue que de justifier ce corps si respectable , continué sans interruption depuis le temps des Apôtres et toujours gouverné p^r leurs successeurs légitimes ; et lui de son côté n'a pens£ qu'à s'élever contre ce corps , à le critiquer et à le blâmer ; enfant rebelle qui n'a pas craint de plaider contre sa mère : citoyen révolté, qui cherche des prétextes à quelque prix que ce soit, pour donner quelque couleur de justice à s$ révolte.

Quand donc, à considérer le fond de la chose , les raisons seraient à peu près égales de part et d'autre , les présomptions ne doivent- elles pas être pour l'Eglise qu'on attaque , et l'autorité légitime ne doit-elle pas l'emporter sur ce raffinement de critique qui nous vient de la part de ceux qm ont quitté l'ordre et la soumission ?

De l'aveu même des protestants , l'Eglise universelle ne peut ni pratiquer, ni enseigner aucune erreur préjudiciable au salut. Or Luther convient qu'avant lui l'Eglise universelle pratiquait l'Invocation des Saints ; car il atteste que c'était l'usage de toute la chrétienté (2) , qui bien sûrement renferme l'Eglise universelle , quelque notion qu'on puisse en donner ; donc l'Invocation des Saints ne peut être préjudiciable au salut. L'Anonyme n'a eu garde de toucher à

(1) Lettre sur l'Invocation des Saints, pag. 221.

(2) Luth. Edit. Jen. géra, p. 65.

cet argument , quoiqu'il eût une occasion très naturelle de le faire (1). C'est qu'il y a des armes si meurtrières , qu'on craint de les manier.

Faites-leur remarquer en second lieu , que l'Anonyme a fort mal choisi son sujet. De douze Lettres que j'ai données au public , il s'est avisé de n'attaquer que la dixième , qui traite de l'Invocation des Saints. Est-ce donc là le point capital et celui sur lequel roulent nos plus grandes disputes? que ne s'attachait-il à quelque article plus décisif? Par exemple , n'eùt-il pas beaucoup mieux fait d'essayer à faire voir que lui et ses confrères ne sont pas séparés de la véritable Eglise de Jésus-Christ , et que c'est à tort que je leur ai reproché de s'être précipités dans un schisme damnable ? qu'on ne peut dire avec vérité que leur foi n'est qu'une foi purement humaine et dépendante d'un choix capricieux de quelque sens de l'Ecriture , lorsqu'il s'en présente plusieurs dans les passages qui font le sujet de la contestation ; que dans ces occurrences le luthérien a , pour bien entendre ces passages , des sûretés que le calviniste , l'anabaptiste et le socinien n'ont pas ? N'eùt-il pas été beaucoup plus digne de ses soins et de son travail , de prouver que c'est une pure calomnie d'imputer à Luther d'avoir enseigné des dogmes condamnés par l'antiquité , et insérés dans le catalogue des hérésies ; que Luther en préférant son jugement à celui du corps des pasteurs de l'Eglise, n'a pas mérité pour cela d'être regardé comme hérétique , et que ses sectateurs ne participent pas à la même qualité ; qu'il a été en son pouvoir d'établir une nouvelle ordination, dont on n'avait jamais ouï parler jusque-là « et que , quoique les ministres ne reçoivent l'imposition des mains d'aucun évêque ayant caractère , ils ne laissent pas d'avoir un véritable pouvoir d'absoudre et de consacrer ?

Ce sont là des articles sur lesquels il convenait à l'Anonyme de rassurer l'esprit des siens. Je sais que plusieurs , après avoir lu ce qui a été dit sur ces importants sujets , en ont été très fortement ébranlés , et que Dieu y donnant sa

(1) Anon. p. 53.

bénédiction , des personnes du premier rang se sont rendues à la force de la vérité. Que fait notre Anonyme pour venir au secours de sa religion si vivement attaquée? il s'amuse à disputer sur l'Invocation des Saints , et soutient que demander les prières des amis de Dieu , qui sont au pied de son trône , a été un sujet suffisant et légitime pour se séparer de l'Eglise ; en est-il bien persuadé? je n'en crois rien , Monsieur ; mais c'est qu'il s'agissait de ne pas rester tout à fait muet ; il avait de petits contes et de petites historiettes à dire; faute d'un certain style vif, animé et propre à soutenir l'attention du lecteur, il a cru pouvoir y suppléer par ces sortes de sornettes. Voilà ce qui a déterminé notre Schaffousien à parler de l'Invocation des Saints plutôt que des autres articles , et c'est justement ce qui a fait tomber son écrit dans le mépris , les gens d'esprit n'ayant pu goûter qu'il se soit jeté si fort à quartier, en se faisant une étude de ne repaître son lecteur que de fariboles.

Pour troisième réflexion , dites-leur, s'il vous plaît , que l'auteur de la réponse s'est si fort défié de son ouvrage , qu'il n'a pas osé y mettre son nom ; et c'est à ce sujet qu'un honnête homme de son parti disait très sensément ; « Ou « l'écrivain de Schaffouse avait quelque chose de bon à « nous dire , et en ce cas il devait se nommer; ou il n'avait « rien de bon à nous dire , et en ce cas il devait se taire. » Que s'est proposé l'Anonyme» si ce n'est de défendre sa religion P or est-ce s'y prendre comme il faut que de n'oser paraître ? que de marquer de la défiance et de la timidité en entrant en lice , tandis que l'adversaire se montre à découvert et marche tête levée P 11 me traite partout d'anonyme : ne suis-je pas un anonyme d'une espèce bien particulière P moi, dont le nom se trouve marqué jusqu'à six fois dans les deux tomes de mes Lettres, deux fois au commencement de chacun et une fois à la fin (i)P Vous m'avouerez , Monsieur, que le parti du silence eût fait dans cette occasion beaucoup moins de tort et de déshonneur à

(4) L'ancienne édition de Scheflmacher était en deux volume*.

538 TREIZIÈME UBTTRB.

la cause de MM. les protestants > qu'une défense si timide et si précautionnée.

Mais c'est que notre docteur, incertain du succès de sa pièce, n'a pas cru devoir s'exposer à encourir le blâme d'avoir mal réussi ; en quoi il a fait beaucoup plus prudemment pour lui , qu'il n'a fait honorablement pour sa religion. C'est encore qu'il a voulu se conserver la liberté du style ordinaire aux ministres d'Allemagne , qui est d'outrager, de mordre et de déchirer ; autre endroit par lequel il a souverainement déplu aux honnêtes gens , même à eeux de son parti qui n'ont vu qu'avec peine que leur champion ayant & répondre à des lettres écrites avec tous les ménagements possibles , ait gardé si peu de mesure avec son adversaire. C'est mai soutenir la qualité d'évangélique , qu'on se donne si gratuitement, que de répondre d'une manière dure, aigre et désobligeante k celui qui, de l'aveu même des protestants , a gardé dans ses ouvrages toutes les règles de la modération et de la charité chrétienne. Si dans cet écrit il se trouve quelques traits un peu plus vifs , l'Anonyme ne peut ignorer le droit de la réplique. D'ailleurs un inconnu étant hors de la portée du trait et ne pouvant être blessé, il aurait tort de se plaindre de ce qu'on ne l'a pas assez ménagé.

Mais , Monsieur , n'en voilà que trop et sur le fond de l'écrit anonyme et sur la manière dont il a été donné au public. Je finis en vous priant d'excuser mes longueurs. J'en ai dit beaucoup plus que je n'avais projeté d'en dire, et peut-être beaucoup plus que vous ne désiriez en voir sur ce sujet ; comme c'est vous qui m'avez engagé à écrire, aussi me crois-je en droit de m'attendre à quelque indulgence de votre part. Quelque ample néanmoins que soit cet écrit , il s'en faut bien que j'aie relevé dans celui de l'Anonyme tout ce qui le méritait. L'auteur donne prise partout , et mon embarras n'a pas été de trouver de quoi réfuter, mais de choisir entre ce qui le méritait le plus.

Ainsi, Monsieur» c'est avec beaucoup plus de raison que vous ne le pensez , qu'il s'est servi de cette expression si mignonne et si polie , en disant à la fin de son ouvrage >

que « j'en avais tout mon soûl. » Oui , j'ai été véritablement fatigué par cette multitude de choses à reprendre; d'un côté la crainte de donner à mon écrit une étendue démesurée , et de l'autre le chagrin de passer tant de choses qui méritaient correction , n'ont cessé de m'inquiéter pendant tout le temps que j'ai travaillé à ma réplique ; je vous avoue que c'a été souvent jusqu'à me lasser et à me donner une espèce de dégoût. C'est dans ce sens que l'Anonyme m'en a donné véritablement « tout mon soûl. » Du reste , Monsieur» vous devez me savoir quelque gré de la complaisance que j'ai eue pour vous , en réfutant un écrit qui me paraissait en mériter si peu la peine. Car pour vous satisfaire, il m'en a coûté du temps, que j'ai été obligé de dérober à d'autres occupations , peut-être plus utiles et plus pressantes que celle-ci. Si jamais vous y revenez pour pareil sujet » vous êtes condamné par avance aux frais de l'impression ; car qui peut «'intéresser à la réfutation de ces sortes d'écrits , qui sont sans nom et sans réputation ? J'ai l'honneur d'être avec tout le respect et tout l'attachement que vous me savez ,

Monsieur ,

Votre très humble et très obéissant serviteur ,

Jean- Jacques SCHEFFMACHER , jésuite ,

V auteur des douze Lettres.

P. S. Je me crois très dispensé de suivre l'Anonyme dans tontes les excursions qu'il fait après avoir fini son écrit contre l'Invocation des Saints. Quand il lui prendra envie d'attaquer quelque autre Lettre dans les formes, s'il se nomme et qu'il écrive avec plus de politesse. Dieu aidant , je lui en rendrai aussi bon compte que je pense l'avoir fiait de celle qu'il a attaquée.

Je m'aperçois que je n'ai rien dit de sainte Aurèle ; seraitelle donc une Sainte imaginaire, comme le prétend l'Anonyme pour avoir lieu de disculper son Bucer ? Le Martyrologe universel , imprimé à Paris en 1709 nous la donne pour une sainte vierge du onzième siècle, décédée en 1027 (1). Ainsi elle ne peut être une des onze mille vierges compagnes de sainte Ursule. D'une circonstance fabuleuse insérée dans sa légende, il n'est pas juste de conclure qu'elle n'exista jamais. La persuasion des peuples de sa sainteté, le jour marqué pour célébrer sa mémoire, son corps conservé comme un gage précieux, des églises bâties sous son nom; sont des preuves très certaines de la réalité des vertus qui l'ont fait mettre au catalogue des Saints ; surtout s'il n'y a aucune raison légitime , comme il n'y en a point ici , qui puisse faire révoquer cette réalité en doute. Il n'y a jamais eu que des idolâtres, des juifs, des mahométans, ou des hérétiques capables dans leur fureur de brûler des corps qui depuis plusieurs siècles faisaient l'objet de la vénération publique. Il convenait à un moine apostat, mari incestueux d'une religieuse dévoilée, concubinaire sacrilège qui, après la mort de sa moinesse , entretint encore consécutivement deux autres femmes contre toutes les lois divines et humaines ; il convenait , dis - je , à un homme de cette espèce de se joindre à eux. Car, n'en déplaise à notre Anonyme, c'est là l'idée constante qu'on a eue depuis quinze et seize siècles de tous ceux qui jusqu'au temps de Bucer avaient donné dans les mêmes excès que lui ; ce ne sera ni par complai-

(1) Le 15 octobre.

sance pour notre Anonyme ; ni par déférence à ses beaux principes que nous changerons d'idée. En toul cas il ne disconviendra pas que des réformateurs à tel coin ne soient des Saints d'une espèce bien nouvelle et bien particulière ; il prétend que Bucer a signalé son zèle et sa piété en faisant brûler les reliques de sainte Aurèle; telles actions de piété etdezéle étaient dignes d'un tel Saint, et le panégyriste dételles actions méritait d'être le critique et le censeur de l'Invocation des Saints. Dieu a puni visiblement le premier par un châtiment qui a été une espèce de représaille pour venger l'injure faite à la Sainte. Que le second se hâte de se mettre à couvert de la vengeance divine, dont il n'a pas peu à craindre à son tour» après avoir outragé les Saints de plus d'une façon»

TRAITÉ

DES

TRAITÉ

DES

INDULGENCES o>.

Quoique le poids des années m'avertisse que je de suis plus en état de travailler avec la même assiduité que je l'ai fait ci-devant, je ne saurais cependant vous perdre de vue, mes chers paroissiens : j'ai trop à cœur votre salut» pour ne pas faire, jusqu'à la fin de mes jours, tous mes efforts, pour vous ramener dans le seia de cette Eglise qvft t vous a engendrés à Jésus-Christ sur les fonts baptismaux/* et hors de laquelle, pour me servir des termes de votre Catéchisme /au dimanche 16e, « il n'y a que damnation et « mort.»

Je vous ai déjà exposé les sentiments de cette Eglise» interprète infaillible des oracles divins, sur Quelques-unes des principales questions qui nous divisent; en voici encore une qui mérite toute votre attention ; c'est celle des Indulgences : question qui a été la première pierre d'achoppement de Luther , et qui a commencé sa séparation d'avec l'Eglise romaine. D'abord il n'attaqua que l'abus des In-» dutgences, introduit par certains religieux qui avaient commission de les publier. S'il en était demeuré là, on aurait pu se persuader que c'était le zftfcqui l'animait dans ses prédications et ses discours; mais trop vif et trop entreprenant pour se contenir dans de si justes bornes, peu de temps après, il s'éleva ouvertement contre le fond du dogme : donner à l'Eglise le pouvoir d'accorder des Indul-

(1) Par M. Vicaire , curé de Cacn;

tom. i?. 3 5

gences , c'est, selon lui , regarder les satisractfons'de Jestfé- Christ comme insuffisantes; c'est avoir plus de confiance aux mérites des Saints, Qu'aux mérites et aux satisfactions de Jésus-Christ; c'est faire dépendre des Saints , et conséquemment de la créature, la justification du pécheur; c'est anéantir l'esprit de pénitence et de mortification.

Tel est le préétè de lk doctrine 4e LétW: telle est pareillement oelle de Calvin ; et c'est de ces deux chefs de votre prétendue réforme que vos ministres ont emprunté les discours et les calomnies qu'ils vous débitent sans cesse au sujet des Indulgences, et contre ceux qui en prennent la défense. Voilà ce qui vous prévient si fort contre ce dbghïè dé fol et côiÀré nous ; je vous plains eu éefa etfcore pîus que je né Vôlis BÏânïé. Vdïft crttyé* â l'aVédgië but te que V6uJs disait VAs mihisftreS. tous né èÂûrfâte^É Ut dttô^

umb&Miiqûeqtâpxi1 îéùrs $wit&, et vôu* i'êtfvi&g&

souk tes àdufêurs qu'ils lui prêtent.

Si ce qu'ils vous avancent d'un ton si assuré était Vrai , ^èsi-a-dire, si en admettant les indulgences, on était obligé d'avouer lès conséquences qu'ils nous imputent malicieusement, vous auriez grande raison de vous récrier contre nous; mais s'il est constant, et si l'on vous montre clairement qu'elles n'ont jamais été avouées des catholiques, et qu'elles hé sont nullement une suite de leurs sentiments àù sujet dès Indulgences , ne sërez-vbus J)as forcés de convenir avec nous qu'il est bien triste pour vous d'avoir aveuglément donné votre confiance à dès maîtres qui ont si peu de droiture , et qui n'épargnent ni le mensonge ni la calomnie p^our attaquer les dogmes de foi, et pour grossir lé nombre de leurs partisans.

C'est ce dont je me flatte de vous convaincre, Messieurs , en vous exposant premièrement le véritable état de la question : secondement, en prouvant solidement le pouvoir qu'a l'Eglise d'accorder des Indulgences : troisièmement) en faisant voir quel est le trésor de l'Eglise , en vertu duquel s'accordent les Indulgences : quatrièmement , en répondant aux objections que vos ministres ont coutume de proposer contre ce dogme de notre foi.

Dans tqus ces articles , je vous exposerai nettement et sans dégujseinent la doctrine catholique au sujet des Indulgences, ef tous verrez que nous sommes bien éloignés d'admettre Jes conséquences et les sentiments que vos ministres oqt l'audace de nqus imputer : dans le dernier article , surtout , vous remarquerez; qu'ils n'ont que des mensonges et des, calomnies ^ npqs, opposer,

Je suis ençor* Méprise de yçupray^r|ir que je n'entrerai point dans \ea quêtions, qu$ l'Eglise a abandonnées à la dispute 4?? ^GÇte?» et ^ur lesquelles chacun est libre de prendre le parti qui luji parait le plus y rai, Je ro'atta? entrai uniquement au gogniç et aux questions qui intéressent, esseatiejleineni la véritable crpyancp : il est juste; , cornue dit l'Apôtre ? j\p çajpVve? Wn Gn^fdwent s<?us î* joug fie la fpi; ipaiss^r le? questions quj n# l'attaquent pp^nf. , il fau{ , coinme dit» encore le même Apôtre , lajs^ejf chacun ah$f$et4w* *on *tn*>

ARTICLE PREMJEQ.

Exjpotp' de la gupitjon fur les Indylqence^.

Pour procéder avec l'jjtyjfrp et Ja pré^sjpii eonyenables, il faut d'abord se rappeler certaines notions $t certains pr^nç^pes nécessaires pour l'intelligence de la qucjsjtip.fi présente.

Qp'enjtend-on par fa couine $u P^cbé ? On entenjj la tache dont l'âme est souillée par lç péché : Jtach/e qui la rend odieuse h Dieu ; et digne des pfines éternelles fie j'enfer, si le p£cbé est mortel, mais digne seulement dé peine» temporelles , s'il n'est que yéniel f sans néanmoins lui taire

perdre enti^renient la gr^Çe* Que la coulpe du péché étant remise , la peine éternelle

le soit aussi, c'est une vérité dont tout le monde convient;

dès là en effet que la coulpe est reinise , la tache dont l'âme

était souillée , et qui la rendait odieuse à Dieu, et digne des

peines éternelles de l'enfer, est efiacée, fit le pécheur est

réconcilié avec Dieu, et cesse conséquent ment d> mériter

les peines éternelles que méritait sa faute.

Mais qu'après la coulpe du péché mortel remise, ou qu'après un péché véniel, il puisse encore rester, et il reste eh effet souvent certaine peine temporelle à subir, soit en cette vie» soit en l'autre , pour satisfaire à la justice divine * c'est une antre vérité dont on ne convient pas dans votre prétendue réforme, l'Ecriture sainte y est pourtant si formelle > qu'on ne peut la révoquer en doute.

Dans le livre des Nombres , chapitre XIV, nous lisons que les Israélites offensèrent grièvement le Seigneur, en murmurant contre Moïse et Àaron, et en voulant se choisir un autre chef pour retourner en Egypte: Dieu, tout irrité qu'il était, se laissa néanmoins fléchir à la prière de Moïse et d'Aaron, et pardonna aux Israélites; mais il fallut que tous les coupables, en punition de leur crime, fussent privés d'entrer dans la Terre promise, après laquelle ils soupiraient depuis si longtemps, et avec tant d'ardeur (l). Dans le même livre des Nombres, nous voyons encore que Moïse n'eut pas toute la confiance qu'il devait avoir en Dieu, lorsqu'il frappa deux fois, avec sa verge, le jucher dans le désert: Dieu lui pardonna son péché, quant à la coulpe; mais pour satisfaire à la justice divine, il vit la Terre promise : il y conduisit le peuple d'Israël jusqu'à l'entrée ; mais il n'eut point la consolation d'y entrer , et de voir par lui-môme le succès de cette grande entreprise qui lui avait coûté tant de veilles, de fatigues et de prières (2).

Vous-mêmes, Messieurs, vous n'ignorez pas que Dieu remit à David son péché, qu'il l'en assura par la bouche du prophète Nathan (3); mais ce même prophète lui déclara que, pour expier sa faute, et réparer le scandale qu'il avait donné , il aurait de rudes traverses à essuyer , et entre autres la douleur de se voir enlever, par la mort, l'en-

(1) Non videbunt Terram pro qua juravi patribus eorum. Num. 14.

(2) Quia non credidistis mihi, ut sanclificaretis mecoram filiis Israël , non ''ntroducetis hos populos in Terram quam dabo cis. Num. 20,

(3) Dixitqtie Nathan ad David : Domiuus quoque tramtulît peccatum tu'im ; 2.Rcg. 12. 13.

fantqui avait été le fruit de son crime, et qu'il chérissait tendrement (l).

Vous savez encore ce qui est rapporté au sujet de ce saint roi, chapitre XXJVdu second livre des Rois: il fit faire, par ostentation et avec une vaine complaisance, le dénombrement de tous ses sujets; et en cela il commit un grand péché (2). Grâce à la divine miséricorde , il reconnaît sa faute, il s'humilie devant le Seigneur, il lui demandé miser ri corde; Dieu lui accorde son pardon ; son péché est remis quanta la coulpe et à la peine éternelle 5 mais il lui fallut subir la peine temporelle due à la justice divine, à cause de son péché : il eut le chagrin de voir son royaume attaqué de la peste, et soixante-dix mille de ses sujets enlevés en trois jours par ce terrible fléau,

L'Ecriture sainte nous appprend donc que souvent, après le péché remis quant à la coulpe et à la peine éternelle, le pénitent n'est pas entièrement quitte, et qu'il doit encore satisfaire à la justice divine : c'est une dette qu'il lui faut nécessairement acquitter, soft dé son vivant , par de dignes fruits de pénitence, soit après la mort, par les peines du purgatoire. Voilà ce que l'on entend par la peine temporelle due à la justice divine, pour les péchés déjà remis quant à la coulpe et à la peine éternelle.

Ce n'est point en vertu des Indulgences que la rémission de la coulpe et de la peine éternelle s'accorde : c'est en vertu du sacrement de Pénitence, ou d'une contrition parfaite qui emporte avec elle le vœu de recourir au plus tôt à ce Sacrement; en voulez-vous savoir la raison? la voici : c'est que l'Indulgence suppose lé péché remis quanta 'a coulpe» par le sacrement de Pénitence, ou pal* la contrition parfaite, et elle n'a pour objet que la rémission de la peine temporelle» qui après le péché remis quant à la coulpe, est encore à subir , pour satisfaire pleinement à la justice divine.

Il faut encore observer que le sacrement de Baptême

(1) Verumtamen quoniam bîasphemare fccisti inimïcos Domini, projeter terbura hoc, filius qui Datas est tibi morte morietur. 2. Rcg. 14. 1e (8) Peccati valdé in hoc facto. Id. 24. 10.

550 BBS INDULGENCES.

remet non seulement la wuîpe, métis encore toute la peine temporelle pour les péchés commis avant fa fêéfeption dé ce sàeremeht ; de sorte àn'à^rèsTaVbtrréçw, H ne reste riètt à payer 'à la justice divine. Sur cet article, nous sommes d'accord tous et nous, et il serait ftiirtiledfetoèvs y arrêter dàvaàtagb.

n n'en est pas de même â regard 'dû sècremènt dé PéhU tencè : ce sacrement, 11 est vrai , i^emët le péché quant â là coùtpe et à la pèïne étemelle : il Vernet aussi Write pallie de Ta peine 'tempôrtefte, suivant tes xtisp^sitfiïnsdù^étfltënt : il peut niéme arriver <Jué la contrition (tu pénitent soit si parfaite , qnîl reçoive la rémission de toute là peiné lémporeïïe ; mais il faut avouer que Cela est rare et bien douteux : et de là vient que le ministre de ce sacrement impdse toujours au pênïteht certaines teùvre* saiiâfectofotes.

Vous demanderez 'peut-être pourquoi cette différence entre le sacrement de fiaptême et celui delà Pénitence ; voici les raisons qu'en donne le saint concile de Trente : il est delà justice divine que ceux qui pèchent après avoir reçu le Baptême , ne soient pas reçus aussi favorablement , ni admis à la réconciliation avec autant de facilité que ceux qui ont péché avant le Baptême : ceux-ci lorsqu'ils ont péché, n'avaient point encore été éclairés des lumières de la foi ; ils étaient esclaves du péché et du démon -, ils n'avaient point reçu et goûté le Saint-Esprit; ils n'étaient point encore enrôlés au service de Jésus-Christ : ceux-là au contraire ont été éclairés des lumières de la foi ; ils ont été affranchis de l'esclavage du péché; ils ont reçu et goûté le Saint-Esprit ; ils ont été enrôlés au service de Jésus-Christ; et en péchant, ils violent le Temple de Dieu : ils consistent le Saint-Esprit; toutes circonstances qui les rendent plus inexcusables! et exigent qu'ils ne soient pas admis à la grâce de la justification avec la même facilité que les autres qui n'ont pas eu les mêmes avantages. Il est même de la bonté de Dieu, qu'on n'use point à leur égard de la même indulgence, et que leurs fautes ne soient point pardon nées sans œuvres satisfactoires; sans cela, souvent le pécheur n'aurait pas la juste idée qu'il doit avoir du péché, il ne le

DES IHDÎJlGEHCEg, 531

craindwi* pas «sw i * âl J retomberait a.Y« *rop de facilité, ^fi* p£u,v«# saUsfactojres sont un frein qui airéfo Je pénj^enU nui crucifiant ta chair, l'empéçhe de se ré vol 1er <x*Wt fôftPV '** V* déra(àw 'es mauvaises habitudes : (1 estrdonc, ^e Je répète, de la justice et de la bonté de Dieu, que 1)$ p.êçbés poniinis après avoir reçu le IJapléme, ne «oient po\i\t pardonnes avec la même facilité que cens; qui ont éj^ ç^rna^ auparavant; et eonséquemjnent, quoique la MÎnje.m^me temporelle, soit toujours remise en yeriu du Baotéme, il ne convient pas qu'elle le spit également en vertu dusacrementdepéuijence.

Mais quelle est l'étendue de la peine temporelle due k la justice divine, pour Je péçh^P^lest un secret réservé à la connaissance de Dieu, qu'il ne nous est pas donné de sonder (il. Cependant pour nous en former Quelque idée, jugeons-en par la manier* dont Dieu a puni les péchés $ë Moïse et.de David, mente agrès les avoir pardonnes quant à la couine; je vous en fait l'exposé pi-devant. Jugèan.fren par la pénitence de l'incestueux de Corinne; pénitence si ijgoureuse, que saint Paul craint que le coupable ne puisse point en soutenir le poids (ï). Jugeons-en enfin par les peines canoniques décernées par l'Église des premiers siècles contre ceux qui étaient coupables (Je certains crimes énormes et scandaleux ; des cinq; des sept, des dix années passées dans les exercices pénibjçs d'une pénitence austère et publique, suffisaient âpej#e pour satisfaire a la justice divine, quand on s'en était souillé.

Dn ïh il est ^isé de conclura combien longue et .rteou.- ■ reuse doit être la pénitence de ceux surtout qui son bés dans de grands crimes, et .qui y sont tombés souiepï; c'est alors que l'on a bien besoin de la grâce de |"fij.HJuftgence; de n pus- mêmes trop lâches et trop .fîîj"?» P.ou,r embrasser généreusement.^! souiemY constamment fi rigueur des pénitences qu'exigerait 4e nous je nombre et la

(1) Qui* eiilm cognotil icroam Domîni , aut quii oontiliariu» eju foilpRon». 11.54.

(3} NfiihuadiulioriabsorbeaiuT irislilia.S. Cor. I. 7.

552 DBS INDULGENCES .

qualité des péchés , que ferons-nous , el à qui aurons-nouç recours ? L'Eglise que Jésus-Christ a (ait dépositaire des trésors de la divine miséricorde, vient à notre secours : cette bonne mère compatissante à nos faiblesses et à nos besoins , ainsi que saint Paul aux besoins de l'incestueux de Corinthe , nous aide par le moyen de l'Indulgence , à acquitter nos dettes envers Dieu ; comment cela? Le voici : l'Eglise, en vertu du pouvoir des clefs qu'elle a reçues de Jésus-Christ, son divin époux, ouvre en notre faveur le trésor des satisfactions de Jésus-Christ et des Saints, mais surtout celui des satisfactions de Jésus-Christ ; elle nous en fait l'application à certaines conditions , et pour les causes justes et utiles au bien de l'Eglise et des fidèles : par ce moyen, les satisfactions de Jésus-Christ nous étant ainsi appliquées, et offertes à Dieu pour suppléer à notre impuissance et à notre faiblesse, Dieu, de son côté, riche en miséricorde, qui a promis de délier dans le ciel ce que l'Eglise déliera sur la terre, daigne accepter l'offrande qui lui en est faite, et nous remet, en tout ou en partie, la peine temporelle qu'il nous aurait fallu subir pour satisfaire à sa justice.

L'Indulgence est donc une remise, on une relaxation de la peine temporelle due à la justice divine; pour l'expiation des péchés déjà remis quant à la coulpe et à la peine éternelle. Remise et relaxation qui se fait et s'accorde en vertu des satisfactions surabondantes de Jésus-Christ et des Saints , dont l'Eglise nous fait l'application, et que nous offrons au Père des miséricordes pour suppléer à notre impuissance.

Voilà , Messieurs , un précis et un exposé fidèle de la doctrine catholique sur les Indulgences : il s'agit maintenant de l'établir par des preuves solides , et auxquelles vous ne puissiez vous refuser. C'est ce que, Dieu aidant, j'espère faire dan s l'article suivant.

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