BU CULTE DES RELIQUES
Nous prions, dit es- vous, devant les reliques des Saints , cela est vrai ; mais à qui s'adressent ces prières ? Est-ce aux reliques mêmes? Non, Messieurs. Jamais vous n'avez entendu, ni entendrez l'Eglise ou les fidèles dire : «Saintes reliques, priez pour nous. » C'est aux Saints dont les reliques sont présentes , qu e s'adressent nos prières : nous leur témoignons , il est vrai , la vénération que nous avons pour eux en respectant leurs reliques , en nous mettant à genoux devant elles , en les baisant avec respect , et en nous rappelant , à la vue de ce précieux dépôt , le souvenir des vertus qu'ils ont pratiquées ; mais en toutes ces pratiques de dévotion , notre but et notre intention est de les engager à s'intéresser à notre salut , à prier pour nous , à solliciter auprès du Père des miséricordes les secours dont nous avons besoin.
Quand vous examinerez les choses sans prévention , vous reconnaîtrez facilement , Messieurs , la pureté et la sainteté de cette doctrine j et vous serez surpris des fausses imputations et des calomnies dont vos ministres s'efforcent de la noircir; et, revenus de vos préjugés, vous reconnaîtrez enfin avec nous , que ce n'est pas sans raison que Ton révère et que l'on honore les reliques des Saints.
TRAITÉ
BU
CULTE DES IMAGES (i\.
Ce n'est pas d'aujourd'hui , yous ie savez , Messieurs ,* que le culte des images a été attaqué. L'Histoire ecelé^ siastique nous apprend que l'empereur Léon Isanrique, appelle Conon de son nom de famille, en â*été le plus grand ennemi; Les excès auxquels il s'est abandonné pour les abolir, font horreur : mais qui lui avait inspiré eette haine implacable ? Théophane , Cedrenus et Zonare rapportent que ce furent des Juifs imposteurs qui, prenant le ton de prophète, lui prédirent que quoiqu'il fut de basse extraction , il serait néanmoins élevé à la dignité d'empereur. Il promit par serment, que s'il devenait empereur en effet, il serait l'ennemi mortel des images. Mahomet les ^pareillement proscrites et condamnées. C'est dans son Alcoran , chapitre 1 5 et 17.
Avant eux , Xenaias , Persan et esclave fugitif, qui, sans avoir reçu le baptême, avait trouvé le secret de s'introduire dans l'épiscopat , avait tenté d'en aboli* le culte ; et de là vient que Nicéphore , dans son seizième
(1) Par M. Vicaise , curé de Saiht-Pierre , & Cten;
livre , chapitre 27 , le regarde comme premier auteur des iconoclastes. Mais cet homme était si digne de mépris qu'il n'eut point de sectateurs. Consultez vous-mêmes les historiens ecclésiastiques , et vous reconnaîtrez que dans toute l'ancienneté, on ne saurait en trouver d'autres qui (se soient déclarés edntre le culte des images, à moins que vous ne vouliez remonter jusqu'aux Manichéens et aux Juifs , qui , selon quelques auteurs , ont été les premiers à attaquer cette pratique religieuse. De pareils auteurs sont-ils de caractère à faire honneur à votre parti ? Et s'il faut juger des fruits par la nature de l'arbre , que doit-on penser d'une doctrine si décriée par les noms odieux , et par les impiétés de ceux qui en on été les premiers défenseurs et les plus zélés partisans ?
C'est cependant leur doctrine que ws ministres adoptent ; et en l'adoptant, ils prétendent rendre gloire à Diqp. Découvrons l'illusion, et tâchons d'y remédier.
Est-il permis , et même louable et utile d'avoir et de placer dans nos églises et dans nos maisons des images ? Les honorer , est-ce une idolâtrie et une superstition , ou bip n un culte, saint, bon et utile ? Voilà la question à développer. Question d'autant plus importante, que c'est un des articles sur lesquels vos ministres s'imaginent triompher , et qu'ils prétextent pour justifier leur séparation d'avec l'Eglise romaine. Sont-ils fondés dans ce prétendu triomphe? ont-ils raison? C'est ce qu'il s'agit d'examiner.
Pour cet effet , Messieurs , je vous demande en grâce de vous mettre bien au fait de notre profession de foi ,
de ne pas tous en rapporter aveuglément à ce que vos ministres débitent sur notre compte à ce sujet. Car si yous voulez examiner sans prévention et sans partialité ce que nous vous disons , et ce qu'ils nous imputent , je me flatte que vous serez forcés d'avouer que sur cet article , comme sur les précédents , ce n'est encore de leur part que mensonges , et calomnies. Il vous est, au reste, Messieurs , fort aisé de vous en éclaircir par vous-mêmes. Vous avez entre les mains le Concile de Trente ; vous n'y ajoutez pas foi , il est vrai , et ce n'est pas ce que je prétends obtenir pour le momept ; mais vous savez que nous nous faisons un devoir d'embrasser ses décisions et sa doctrine. Si vous voulez donc pus rendre justice , vous devez croire que nos sentiments sont ceux de ce concile. En effet notre profession de foi y est parfaitement conforme ; prenez en main l'un et l'autre , et sur la lecture que vous en ferez , formez-vous l'idée de nos sentiments , et en cela je crois ne vous demander rien que de juste et de raisonnable.
Voici les paroles de ce concile : « Les images de Je- « sus-Christ , de la sainte Vierge, mère de Dieu, et des « autres Saints sont à avoir et à retenir principalement « dans nos temples. Il faut leur rendre l'honneur et la « vénération qui leur sont dus ; non pas que nous croyons <( qu'il y ait dans ces images quelque divinité ? ou queL <( que vertu pour laquelle elles méritent d'être honorées; <( non pas qu'il faille demander quelque chose k ces ima- « ges , ou mettre en elles sa confiance , comme faisaient « autrefois les Gentils qui mettaient leur espérance « dans leurs idoles } mais parce que l'honneur qu'on leur
« rend se rapporte aux prototypes qu'elles représen- « tent; de sorte que par les images que nous baisons, « et devant lesquelles nous nous inclinons et proster- < nons , c'est Jésus-Christ que nous adorons ; ce sont « les Saiùts qu'elles représentent que nous révérons , «' ainsi qu'il a été statué et défini par les décrets des « conciles , et principalement du second concile de Ni- « cée , contre les iconomaques. Que si quelquefois pour « le bien des peuples grossiers , il arrive que Ton expose « à leurs yeux , par peinture ', ou par figure , quelques * histoires de l'Ecriture Sainte , qu'on ait soin d'ins- « truire ces peuples que Ton ne prétend point par là « que la Divinité «soit figurée , comme si Ton pouvait « voir Dieu des yeux du corps, ou l'exprimer (1). » Ensuite ce concile recommande fort qu'on prenne garde qu'il ne se glisse quelque superstition dans l'usage sacré des images ; qu'on n'y souffre rien de profane , rien de contraire à la modestie , comme il convient à la sainteté de la maison de Dieu; et pour prévenir ces abus , il défend de mettre dans les églises aucune image
{4) Imagines porro Ghristi , Dei paras Virginia, et aliorom Sanctorum in templis prajsertim habendaa et retinendas , eisque debitum honorem et veoerationem impertiendam , non quod credatur inesse aliqua in iis di» vinitas , vel virtus, propter quam sint colendae , vel quôd sit ab iîs aliquid petendum , vel quôd fiducia in imaginiboa sit figenda , velali olim fiebat à.gentibus qus in idolis spem suam eollocabant ; sed qooniam honos qui eis exhibetur, refertur ad Prototypa qu» ills représentant, itàutper imagines quas osçulamur, et coràm quibus caput aperimus et procumbimus , Christum adoremus , et Sanctos quorum illse similitudinem gérant, veoeremur. Id quod concUiorum prsesertim vero secundas Nicaena synodi decretis contra imaginum oppugnatores est aancitum. Gonc. Trid. ses*. 95 de Iovocatione , Vcneratione et Reliquiis Sanctorum et sacria Imaginibui.
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nouvelle et extraordinaire , qu'auparavant elle n'ait été approuvée par l'évêque du lieu (1).
Voilà, je vous le répète , Messieurs , Pexposé Cdèle de notre doctrine sur le culte des im âges ; et telle est aussi notre profession de foi. Je tiens fermement que les images de Jésus-Christ , de la mère de Dieu, toujours Vierge , et des autres Saints sont à avoir et à retenir , et qu'il leur faut rendre l'honneur et la révérence qui leur est due (2).
Faisons maintenant un parallèle de cet exposé avec ce que vos ministres nous imputent à ce sujet. Calvin et yos ministres donnent les noms d'idoles aux images que nous honorons, et parce que nous les honorons, ils nous traitent d'idolâtres. C'est même sur cette supposition que roulent tous les raisonnements dont ils se servent pour combattre notre doctrine ; mais y a-t-U rien dans notre profession de foi et dans les paroles du Concile de Trente , qui donne lieu à cette accusation ? Qu'entendez-vous et que doit-on entendre par idole et par image ? Car enfla vous conviendrez que les termes d'idole et tf image ne sont pas termes synonymes , et n'ont pas la même signification. Vous avez le portrait de votre père, de votre mère, de vos ancêtres; voudriez-vous , et serait-il juste que pour cette raison on vous accusât
(1) Oranis ponrô supentitio in... imagionm sacro uau tollatur, etc... Use ut observentur fideliùs ; statuit sancla synodua nemini licere nllo in loco, Tel Ecclesia.... ullam insolitam ponere, vel ponendam curare imaginent , nui ab EpUcopo approbata fuerit. Id. Ibid;
(2) Firmiter habeo credoque imagines Christi » Dei-parœ Virginia et aliorum Sanctorum habendas at relinendas, eûque debitum booorem>et venerationem imper tiendam.
d'avoir dans votre maison des idoles et d'être idolâtre ? II est donc constant que les termes d'idole et $ image ne sont pas termes qui signifient la même chose. Qu'entendez-vous donc et que doit-on entendre par le terme Hl idole? On a toujours entendu par ce terme une représentation regardée et honorée comme une vraie Divinité, ou du moins faite pour représenter, comme Dieu, ce qui n'est pas Dieu. Les statues de Vénus , de Minerve, de Diane, de Jupiter, etc. , étaient des idoles , parce que Ton regardait et Ton référait ces statues , ou du moins les faux dieux qu'elles représentaient , comme de vraies divinités ; on leur attribuait une vertu et un pouvoir divin , comme de proférer des oracles , de prédire l'avenir, d'être auteurs du bonheur ou du malheur des hommes. On mettait en ces statues , ou du moins dans les faux dieux dont elles étaient la ressemblance , sa confiance. Voilà la vraie idée que présente à l'esprit le terme S idole} c'est dans ce sens, qu'on l'a toujours entendu , et que vous-mêmes l'entendez , j'en suis sûr ; or, pçtit^on dire qu'on entende la même chose par le terme ÏÏimage ?Vous avez l'image , le portrait de monsieur votre père ; prétendez-vous par là représenter vo-: tre père comme un dieu , et lui attribuer un pouvoir et des honneurs dus à la Divinité ? Concluez donc que ces deux termes tf idole et tfimage ne sont en aucune façon synonymes.
Que si vous me dites que nous rendons des honneurs divins aux images , en nous inclinant et nous prosternant devant elles , et que par conséquent le terme d' } idole , quoiqu'il ne soit pas synonyme avec celui tf image , l'est
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cependant dans notre système , alors j'en appellerai à votre bonne foi. Vous venez de voir la déclaration que fait le concile de Trente. Nous révérons les images , il est vrai , le concile le déclare ; mais en même temps ne déclare-t-il pas que si nous les honorons , ce n'est pas qu'il y ait dans ces images quelque divinité , ou quelque vertu pour laquelle elles soient à honorer (1 ). N'ajoute-t-il pas même que ce n'est pas aux images qu'il faut demander quelque chose , et que ce n'est pas en elles qu'il faut mettre. sa confiance, ainsi que faisaient les Gentils qui mettaient leur espérance dans les idoles (2) ? Ne nous déclare-t-il pas encore que l'honneur qu'on leur rend se rapporte aux prototypes, c'est-à-dire aux objets qu'elles représentent , et qu'en baisant les images , en. nous inclinant et nous prosternant devant elles, c'est Jésus-Christ que nous adorons , et les Saints que nous honorons (3) ? Toutes les imputations de vos ministres , destituées de preuve et même de vraisemblance , peuvent-elles prévaloir contre une déclaration si formelle, si authentique et si respectable ?
Vous ne pouvez pas, d'ailleurs, dire que Jésus» Christ qui est représenté dans nos images et dans nos
(1) Non quôd credatur inesse aliqua in iis divinitas , Tel virtus proptei quam sint colendae.
(2) Non quôd sit etiam ab illis quid petendum } vel quôd fiducia in îmaginibus sit figenda , Teint* olim flebat à Gentibus qua? in idolis spem snam collocabanL
(3) Sed quoniam honos qui eis exhibetur , refertur ad Prototypa qu» illae représentant ; ità ut per imagines quas oscularaur , et coràm quibus caput aperimus et procumbimus, Christum adoremus , et Sanctos quorum illae similitudinem gérant , veneremur .
crucifix , comme le bon pasteur et notre Sauveur , ne soit pas en effet le bon pasteur et notre Sauveur; que la très sainte Vierge r saint Pierre , saint Paul , saint Etienne , et tant d'autres dont nous avons les images , ne soient pas en effet des saints et de grands saints. Enfin vous ne pouvez pas prétexter que nous les regardons , ou même que les images nous les représentent comme des dieux. Nous les honorons et les invoquons comme les amis de Dieu , comme les confesseurs de Jésus- Christ, comme les martyrs de la foi , dont Dieu récompense dan* le ciel lés vertus et le mérite ; et ce n'est que sous ces idées que nos images les représentent. Convenez donc qu'il suffit d'un peu de bonne foi pour ne pas traiter d'idoles nos images , et le culte que nous leur rendons de superstition et d'idolâtrie.
Vous nous objecterez, peut-être, que du moins il ** faut convenir que l'on na doit point avoir , encore moins
exposer aux ydnx du simple peuple, des images de Dieu , de la Trinité ou des Anges. Calyin , dans le onzième chapitre de son premier livre d'Institution , s'étend fort au long sur cette objection. « Peindre Dieu , < dit-il, en faire des images 1 o'est Je représenter sous « figure corporelle ; c'est lui attribuer «e qui ne lui con- « vient nullement; c'est donner occasion de croire qu'il „ « a un corps , et autoriser l'erreur des anthropomorphi- « tes ; il faut donc bannir ces sQrtes d'images. »
A cela je réponds premièrement , que quand on accorderait qu'il ne faut pas retenir dans nos temples les images de Dieti et dé la sainte Trinité , il ne s'ensuivrait pas de là que Ton ne devrait pas en avoir de Je-
sus-Christ , de la sainte Vierge et des Saints : et je me sers même du raisonnement de Calvin pour le démontrer. La raison pour laquelle qe chef de votre réforme proscrit les images de Pieu, de la Trinité et des Anges, c'est que ces images , selon lui , leur attribuent ce qui ne leur convient nullement. Si donc les images de Jé&u*- Christ et des Saints, ne leur attribuent q*e ce qui leur convient parfaitement , il est bien clair que le raisonnement de Calvin ne conclue en rien contre les images de Jésu$-Christ , 4e la sainte Vierge, mère de Dieu 9 et de» Saints. *,*?'» ,
Or, il est très certain que les images de Jésus-Christ et des Saints ne leur attribuent que ce qui leur convient parfaitement. Quand» par exemple, on peint Jésu*» Christ sous la figure humaine , on ne lui attribue que ce qui lui convient, puisque réellement il s'est revêtu de la nature humaine. Quand on le représente sous la figyre du bon pasteur , qui rapporte sur ses épaules la brebis égarée, ou souffrant et mourant en croix pour nos péchés , on ne représente encore que ce qu'il a fait et soufe fert pour opérer le grand ouvrage de notre rédemptioo. Cçfrt-à-dire, que par ces images , loin de nous induire en erreur , on nous instruit , et on nous rappelle le souvenir des plus importantes et des plus touchantes vérités de la religion $ c'est-rà-diiu que , par ces images , on nous remet devant les yeux les plus éclatants témoignages d'amour que Jésus-Christ nous ait donnés , et on nous excite à la plus tendre dévotion , à l'amour le plus parfait , à la plus vive reconnaissance , à la confiance la plus entière envers ce divin Sauveur * est-ce là induire
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en erreur, et attribuer à Jésus-Christ ce qui ne hri confient pas.
Disons à proportion h même chose des images des Saints; elles nous représentent les vertus qu'ils ont pratiquées, leur zèle pomr h gloire de Dieu , ce qu'ils ont fait et souffert pour la foi ; et par ce moyen, elles sont très propres à exciter le zèle , et à nourrir la piété des fidèles. Est-ce là leur attribuer ce qui ne leur convient pas , et nous induire en erreur? Concluons donc qu'en supposant qu'on dût retrancher les images do Dieu , de la Trinité et des Anges , cm ne devrait pas *fbwr cela improuver les images de Jésus-Christ et des Saints. Cestlà surtout ce que déclare le concile de Trente et notre profession de foi , et ce que nous vous demandons. Si vous vous rendez sur cet article, je me flatte que nous serons bientôt d'accord sur le reste.
- En second lieu , à l'égard des images de Dieu , de la Trinité et des Anges, je conviens que, si par ces sortes d'images , on voulait représenter leur forme propre et naturelle , ou insinuer que Dieu et les Anges sont matériels , ou qu'on peut les voir des yeux du corps , ce serait induire les peuples en erreur; mais ce n'est nullement là le but qu'on se propose , en exposant aux yeux des fidèles ces sortes d'images. On veut seulement par le moyen de la peinture remettre sous leurs yeux certains traits , certaines histoires de l'Ecriture sainte , certaines vérités intéressantes , et propres à inspirer la ferveur et la dévotion. Quand , par exemple , on peint les Anges sous la figure humaine , on ne prétend pas insinuer par là qu'ils aient un corps comme non* ; mais seulement
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qu'ils ont apparu sous la figure humaine aux patriarches et aux prophètes ,. ainsi que l'Ecriture sainte nous en assure. Quand on leur donne des ailes dans certaines images, c'est que l'Ecriture sainte leur en donne pour marquer leur agilité et leur promptitude à exécuter les ordres du Seigneur. Quand pareillement on peint le Père éternel sous la figure d'un vénérable vieillard, c'est parce que dans le prophète Daniel , il est appelé l'ancien des jours , c'est pour exprimer la sagesse infinie, avee laquelle iiçourvoit à tout et gouverne tout. Quand on représenté* le Fils de Dieu sous une figure humaine, c'est que dans l'auguste mystère de l'incarnation , il s'est véritablement fait homme. Quand on représente le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe, c'est que , comme il est dit au troisième chapitre de saint Matthieu , il est en effet descendu sous la forme d'une colombe sur Jésus-Christ baptisé par saint Jean. Peindre la Trinité et les Anges de cette sorte , et dans l'intention de rappeler le souvenir de ces histoires et de ces vérités intéressâtes , rapportées dans l'Ecriture sainte , n'est-ce pas exprimer par le moyen des images ce que les écrivains sacrés ont exprimé par des paroles , dans les livres. divins , et insinuer par la peinture les mêmes sentiments de . respect et de religion , que les écrivains sacrés ont voulu inspirer par les descriptions qu'ils nous ont laissées dans leurs écrits. Est-ce là attribuer à la Divinité ce qui ne lui convient pas ? est-ce là induire en erreur ?
On sait bien , répliquerez-vous , que quand l'Ecriture sainte parle de Dieu , comme ayant apparu aux hommes
sous la figure humaine , ou comme ayant des bras et un corps ; quand elle parie des Anges , comme ayant été vus sous la figure humaine, ou comme ayant des ailes , elle ne veut pas par le insinuer que Dieu et les Anges soient corporels et de nature à être vus naturellement des yeux du corps ; c'est pour s'accommoder à notre faiblesse qu'elle se sert de ces sortes d'expressions. Nous en disons autant des images. On sait, et les pasteurs ont grand soin d'instruire leurs ouailles de cette vérité , que jpar les images , on ne prétend point attribuer à Dieu et aux Anges une forme humaine , ou persuade!* qu'ils soient corporels , ou visibles aux yeux du corps ; mais on veut seulement remettre devant les yeux des fidèles , et surtout des personnes grossières qui ne savent point lire , les vérités , les traits et les histoires rapportées dans les Saintes Ecritures.
Au reste , Messieurs « ne vous imaginez pas que l'Eglise approuve indifféremment toutes les idées des peintres , et toutes sortes d'images*- J^e concile de Trente s'est suffisamment expliqué sur cet article ,non-seulem en t en déclaraut que ce sont les histoires rapportées dans les Saintes Ecritures , que l'çp peut exposer en peinture aux yeux des fidèles ; non-seulement en recommandant expressément que l'on prenne garde qu'il ne se glisse quelque superstition dans l'usage de ces images ; nonseulement en prescrivant que l'on n'y souffre rien de profane , et qui soit contraire à la modestie , mais encore en défendant de mettre dans les églises aucune image nouvelle et extraordinaire . que préalablement
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elle n'ait été vue et approuvée pas Pévèque (1 ). Si Ton manque quelquefois à ees règlements , la faute en doit être imputée aux particuliers qui oublient leur devoir , et dont Pexemple ne doit pas tirer à conséquence ; mais non à l'Eglise qui prend tant de mesures pour prévenir tous ces abus.
Ne perdez point de vue , Messieurs , ces observations % et vous verrez qu'elles seules suffisent pour dissiper la plupart des préjugés que vos ministres vous donnent contre le culte des images. Mais allons plus loin ; 1110117 Irons que ce culte est fondé sur l'Ecriture sainte , sur la pratique constante de l'Eglise , dès les premiers siècles , et sur les plus solides raisons , et que conséquemment c'est un culte louable et utile.