‹ Lettres de Silvio PellicoChapitre 10 sur 103 · A SA FAMILLE · texte numérisé non relu

A SA FAMILLE

Venise, 2 février 1822.

Mon cher Luigi,

Un baiser pour ta folle et aimable lettre, qui m'a mis de si bonne humeur ; })uis cinq autres baisers pour papa, maman, François, Joséphine et Ma-

riette, dont les tendres sentiments, dont les affectueuses expressions tant de leur part qu'au nom de maman sont un trésor pour mon cœur... Cette cruelle interruption de correspondance qui, le mois dernier, nous a tous également affligés, n'est provenne ni d'aucune maladie que j'aie faite : je me suis toujours porté à merveille; ni de ma paresse, puisque j'ai écrit dans la première semaine de janvier; ni de la volonté de la Commission, ces messieurs, au contraire, ne cessant de mettre le plus délicat empressement à maccorder tous les égards que réclame l'humanité... Le 29 du mois passé j'ai reçu aussi la lettre où le cher papa m'annonçait en date du 20 décembre l'envoi de 200 livres italiennes par l'intermédiaire de S. E. le comte de Pralormo; ce dernier n'est, pas venu me voir; peut-être n'en aura-t-il pas eu le temps? Tu es singulier, mon cher Luigi : tu te donnes pour moi tant de peine, et tu ne veux pas que je te remercie. Crois-tu par hasard que ton style facétieux m'en impose? Je sais ce que valent, dans ta situation, les sacrifices d'argent, et je mesure ma reconnaissance sur le prix de ces sacrifices! J'avais peur que les Souffrances de Jésus ne fussent perdues. J'aime mieux qu'elles soient retournées à Turin. C'est là que j'irai les lire.

En attendant, cher papa, comme je vous l'ai déjà dit, de tous les saints livres j'ai le meilleur, la Bible ; c'est un aliment inépuisable pour le cœur et pour l'esprit.

Mon cher François, je t'assure que je ne te trompe pas quand je te dis que je sais vivre heureux pendant

que les autres me croient malheureux. Outre qu'ici Ton me traite avec bienveillance, j'ai appris de mon côté à borner mes désirs et à reconnaître que dans ce monde un peu plus de bien , un peu plus de mal ne change pas grand'chose à la condition humaine. Le premier des biens c'est Dieu; le second une courageuse résignation à ses volontés. Je te remercie des cordiales expressions de ton amitié.

* Je vous remercie aussi, ma chère Joséphine et ma chère Mariette, de ce que vos belles âmes me disent de tendre. Comme vous êtes les interprètes de maman envers moi, sovez-le aussi de moi envers elle. Dites-lui tout ce qui peut la consoler, dites-lui qu'après avoir pris patience jusqu'à présent, nous ne devons point la perdre maintenant; car sans doute ceci aura bientôt un terme, et lorsque j'aurai le bonheur de la revoir, je rivahserai avec vous tous en soins, pour la dédommager de ce qu'elle a souffert pour mOi ^^

Ce que je dis pour maman, je le dis pour vous, cher papa, vous suppliant de conserver votre santé et de bannir toute tristesse. Je vous embrasse tous avec toute la tendresse et la gratitude de mon cœur.

1 Nous meUrons entre deux astérisques les lettres ou parties de lettres que l'auteur a écrites en français, et, autant que nous le pourrons, nous chercherons à prendre pour modèle^, dans notre traduction, le ton aisé, naturel et lamilièrement tendre du style français de Silvio. {Note du Traducteur.)

— Al — XXXIY

A M, ONORATO PELLICO.

Venise, 18 février 1822.

Très-cher papa^

Comme il s'est écoulé seize jours depuis que j'ai reçu votre dernière et que j'y ai répondu, j'obéis à la recommandation que vous m'avez faite de vous écrire au moins deux fois par mois, et je vous donne de mes nouvelles, quoique je sois sans lettres de vous. De cette manière, si par malheur ma dernière s'était perdue comme certaines autres, celle-ci, mon cher papa, vous tirera d'inquiétude ainsi que toute la famille. Je Vais habituellement bien, et je vis dans l'espérance que cet orage s'éclaircira bientôt. Je n'attribue cette absence de lettres à aucun accident survenu dans la famille, et j'espère en recevoir prochainement une qui me confirme ce que mes cliers frères et mes chères sœurs m'ont dit dans une autre, à savoir que vous vous portez tous bien et que vous m'aimez.

Je vous embrasse de tout mon cœur avec ma trèschère maman, mon cher Luigi, mon cher François et mes bien-aimées Joséphine et Mariette.

A M. ONORATO PELLICO.

Venise, de mon ermitage, 19 février 1822.

Mon bien-aimé père.

Je vous avais déjà écrit hier, quoique sans lettres de vous, pour éviter que vous, mon cher papa, et toute

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